La Kerlenn Pondi est un ensemble traditionnel regroupant un bagad et un cercle celtique. Il est fondé à Pontivy dans le Morbihan en 1953 sur la base de deux groupes plus anciens, la Garde Saint-Ivy et les « Moutons Blancs ». Il hérite du nom de cette dernière association comme surnom, en raison de la couleur et de la texture laineuse des costumes de cette région.

Son bagad évolue en 2015 en première catégorie du championnat national des bagadoù, qu'il a remporté une seule fois en 2001. Il a par ailleurs produit cinq albums depuis sa création. Son cercle celtique évolue lui aussi en première catégorie des concours de Kendalc'h, qu'il a remporté une seule fois en 1966. Ces deux groupes se produisent fréquemment ensemble et sont à l'origine de la sauvegarde d'airs de musiques bretons, notamment de danse comme la laridé-gavotte et la gavotte Pourlet.

L'association est aussi active dans d'autres domaines de la culture bretonne, touchant par exemple la langue bretonne et l'organisation d’événements comme le Kan ar Bobl.

Historique Les Moutons Blancs thumb|upright|alt=Costume traditionnel blanc porté sur un mannequin.|Costume de la région de Pontivy du début du . Deux autres groupes ont précédé la Kerlenn Pondi, plusieurs de leurs membres rejoignant par la suite celle-ci, lui apportant des cadres et des savoir-faire. L'ensemble des « Moutons Blancs »Le costume traditionnel des hommes de la région de Pontivy a la particularité, contrairement au reste de la Bretagne, d'être fait de laine blanche, et non brune ou noire. Cette spécificité est à l'origine du nom de plusieurs groupes culturels ou sportifs de la région de Pontivy. est dirigé par Pierre Ropert de 1932 à 1939 et tourne ses activités vers la conservation des costumes traditionnels de la région et vers la danse bretonne. Il se produit un peu partout en France, notamment à Nice en 1939 ou lors de l'exposition universelle de 1937 à Paris. La Seconde Guerre mondiale sonne cependant la fin des activités du groupe ; son dirigeant Pierre Ropert, membre du réseau de résistance Pat O'Leary, étant mort en déportation, le groupe n'est pas relancé après guerre.. Le groupe laïque, recrutant dans les milieux bourgeois de la ville, compte dans ses rangs des commerçants, des avocats ou des médecins. Certains de ses membres vont se retrouver dans la Kerlenn Pondi après-guerre et former les cadres de celle-ci.

Un second groupe, la clique de la Garde Saint-Ivy, est une fanfare d'un patronage catholique dont le recrutement est plus populaire et dont la notoriété se limite à Pontivy. Sa disparition en 1948 laisse un vide dans la vie musicale de la ville ; plusieurs de ses membres vont intégrer et structurer la Kerlenn à ses débuts.

Création sous l'impulsion de l'abbé Le Teuf La Bretagne connaît un renouveau dans son expression culturelle à partir de la fin des années 1940, avec notamment la création des premiers bagadoùLe Bagad Karaez est créé par Polig Monjarret en , suivi par le Bagad Kemper en , la même année que la création du championnat national des bagadoù.. Ce mouvement motive un ancien responsable de la Garde Saint-Ivy, l'abbé Le Teuf, pour créer à Pontivy un groupe du même type en 1953, d'autres groupes musicaux de ce type ayant déjà été créés par des ecclésiastiques les années précédentesLe bagad Melinerion est par exemple créé à Vannes en 1952 par l'abbé Nicolas, prêtre à la cathédrale de Vannes.. Aidé par le chanoine Guyonvarc'h, archiprêtre de Pontivy, qui lui fournit une salle paroissiale au Vieux-Chemin pour les activités du groupe, Le Teuf commence à recruter des musiciens en passant au café Autret qui est alors fréquenté par de nombreux sonneurs de la région. Une première répétition a lieu en , avec trois musiciens et une chanteuse, et les statuts de l'association « Kerlen Pondi » (avec un seul n). sont déposés au Ceux-ci précisent notamment que l'association a pour but de « contribuer à la formation de Français profondément attachés à dévoués à leurs pays », précaution prise à l'époque en raison de la compromission de certains acteurs du mouvement breton avec l'occupant pendant la Seconde Guerre mondiale. La ville de Pontivy a notamment été le théâtre d'un congrès du parti national breton en qui a suscité à l'époque une opposition assez marquée des habitants de la ville.. Le groupe adhère dès son origine à la Bodadeg ar Sonerion et à Kendalc'h, la première association fédérant les bagadoù, et la seconde s'occupant plus largement de la culture bretonne, le projet de Le Teuf ne se limitant pas à un aspect musical et s'inscrivant dans une approche culturelle plus large, incluant notamment la danse bretonne.

Le recrutement initial comporte des anciens sonneurs de la région, ainsi que des jeunes du quartier populaire de Tréleau. Les premières priorités du groupe sont d'équiper les jeunes sonneurs d'instruments et de costumes ; dans ce but, des parades sont organisées tous les dimanches afin de récolter de l'argent pour acheter des instruments. Ceux-ci sont commandés dans un premier temps à Dorig Le Voyer, le fournisseur officiel de la BAS, puis auprès d'un autre facteur d'instruments, le nantais André Laurenceau, puis enfin concernant les cornemuses auprès de fournisseurs écossais. Les costumes sont eux acquis auprès des familles des musiciens, auprès d'anciens de la région, ou à l'occasion d'héritages.

L'apprentissage des instruments se fait en imitant les musiciens plus anciens, les méthodes instrumentales étant peu ou pas développées à l'époqueLa première méthode d'apprentissage de la bombarde vient juste d'être éditée, et la première méthode de cornemuse n'est publiée qu'en 1954., sans passer par l'enseignement du solfège. Les apprenants commencent tous par la bombarde, avant de passer par la suite au biniou kozh dont le doigté est très similaire ; les premiers morceaux appris incluent le plus souvent la marche de Cadoudal, ou encore la Marche de Pontivy écrite par Jef Le Penven. La première sortie officielle du bagad a lieu en à Pontivy et il est alors sollicité pour accompagner la tenue d'un match de football opposant deux corporations de la ville. Dès le mois suivant, il est invité en dehors des murs de la cité pour se produire à Pluméliau, à l'occasion d'une course de moto-cross, et est cette fois accompagné de trois autres bagadoù du Morbihan, venant de Gourin, Guémené et Landaul. La première participation à un concours est enregistrée en 1957, mais le groupe ne parvient pas à accéder à la seconde catégorie, à une époque où les bagadoù du Morbihan sont surclassés par ceux du Finistère ou de Rennes et Nantes.

Le cercle celtique se développe sur la même base que le bagad, le recrutement se faisant de bouche à oreille et provenant de quartiers populaires comme celui de Château-Gaillard. L'encadrement compte par contre quelques notables de la ville, dont des anciens des Moutons Blancs. Les échanges avec le bagad se limitent les premières années à la participation d'un couple de bombarde-biniou pour l'accompagnement musical, les deux groupes ne visant pas le même type de production artistique. Les débuts en concours sont meilleurs que ceux du bagad, le cercle remportant en 1957 une cinquième place en championnat de Bretagne.

D'autres activités sont organisées dans les premières années de la Kerlenn, comme une chorale ou des expérimentations théâtrales, mais connaissent une existence plus brève. L'abbé Le Teuf est par ailleurs nommé loin de Pontivy en 1958 et la gestion du groupe revient à l'abbé Corvec.

Dynamisme des années Blanchard

L'abbé Blanchard prend la tête du groupe lors de sa nomination comme vicaire dans la paroisse de Pontivy en 1966, prenant ainsi la suite de l'abbé Péron. Celui-ci, bien qu'ignorant tout de la musique bretonne, dispose d'un bagage technique musical depuis ses études au séminaire pendant lesquelles un de ses enseignants, Auguste Le Guennant, l'a initié aux travaux de Béla Bartók sur la musique hongroise. Il prend très tôt appui sur Jean-Claude Jégat, responsable du pupitre des bombardes, pour moderniser le groupe. Dès 1967, il impose l'apprentissage du solfège aux débutants et les rassemble dans un groupe spécifique, préfigurant les bagadigLittéralement « petit bagad », groupe faisant office de bagad école..

Musicalement, le groupe connaît plusieurs évolutions. Blanchard se met à la caisse claire, expérience de laquelle il tire une des premières méthodes d'apprentissage, et introduit l'utilisation de l'harmonie dans les compositions du groupe, alors que précédemment celui-ci joue à l'unisson : c'est là une innovation dans la musique de bagad, introduite quelques années plus tôt par des sonneurs de la Kevrenn Brest Sant Mark et de la Kevrenn de Rennes. Ce travail permet au bagad d'atteindre la seconde catégorie du championnat national des bagadoù en 1967, puis la première catégorie en 1970. Blanchard se lance aussi dans la collecte d'airs locaux, écrit quelques airs pour la Kerlenn et prend un rôle comparable à celui d'un chef d'orchestre lors des représentations du groupe, chose alors interdite par les règlements de la BAS. Un second disque est publié en 1972, après un premier enregistrement fait en 1960.

La danse connaît quelques évolutions. La laridé-gavotte bénéficie d'un regain d'intérêt à l'époque et est intégrée au répertoire du cercle, comme du bagad. Pour la première fois en 1968, les deux groupes se produisent en même temps sur scène, lors d'une fête à Combourg. Sous l'impulsion de Raphaël Hellec, l'enseignement des danses est revu, de même que les costumes utilisés lors des danses qui sont simplifiés avec l'abandon du chapeau puis de la veste, inadaptés aux danses dynamiques. La chorégraphie est elle aussi modernisée. C'est à la même époque que le cercle remporte son seul titre de champion de Bretagne en 1966.

Enfin, le groupe connaît à l'époque une autre expérimentation avec le travail de Jégat et de Louis Yhuel sur le duo orgue-bombarde. Blanchard doit cependant quitter la Kerlenn en 1971 lorsqu'il est nommé recteur à Quistinic, mais continue de suivre et d'aider régulièrement le groupe.

Reconstruction autour des années 1980 Le départ de l'abbé Blanchard fragilise le groupe et le bagad doit redescendre dès 1976 en seconde catégorie en raison de mauvais résultats en concours, avant de se stabiliser en troisième catégorie les années suivantes. La tendance s'inverse à partir de 1982 lors que le groupe remporte le concours de troisième catégorie, ce qui lui permet de remonter dans la catégorie supérieure. L'amélioration se poursuit ; une première place en 1983, une troisième place en 1986 et une première place en 1988 lui permettent de retrouver la première catégorie en 1993.

La structure de l'ensemble évolue et de nouveaux statuts sont déposés en 1978, qualifiant la Kerlenn d'« ensemble culturel breton ». Des problèmes de locaux obligent le groupe à déménager dans l'ancienne école du quartier de Keropert en 1984, puis dans l'ancienne école du Resto en 1986. La Kerlenn enregistre la réouverture du bagadig en 1992 après plusieurs années de mise en sommeil, puis la création du White Sheep Pipe Band, le pipe-band de l'association, en 1995.

Le groupe de danse enregistre plusieurs bons résultats pendant cette période, dont une quatrième place en championnat en 1991. Des expérimentations dans le champ théâtral sont par ailleurs produites à cette époque, basées sur l'épisode du Camp de Conlie en 1978, sur le nucléaire en 1979 alors que l'affaire de Plogoff est d'actualité, ou encore en 1991 sur la pratique de la soule au en Bretagne, ou sur la peste en 1995.

Affirmation comme l'un des acteurs majeurs de la musique bretonne vignette|alt=Un groupe de musiciens en costume breton traditionnel joue dans un stade.|Prestation au championnat national des bagadoù 2013 à Lorient