La charte du Hamas, est un document publié le par le Hamas. Elle comprend répartis en cinq chapitresTraduction française de la Charte par Jean-François Legrain, chercheur au CNRS mais n'a jamais eu de caractère officiel au sein de l'organisation palestinienne.
Selon l'historien arabisant Jean-François Legrain, elle n’a , et .
Elle affirme notamment qu'« Allah est [le] but [du Hamas], le prophète son modèle, le Coran sa constitution et le djihad son chemin. » Plusieurs passages sont antisémites, faisant notamment référence aux Protocoles des sages de Sion ou comparant les juifs aux nazis.
En 2017, le Hamas adopte un nouveau document de , distinct de la charte de 1988, après des discussions approfondies. Ce document, intitulé , n'évoque pas le texte antérieur. Selon Libération, ce document est « très largement considéré comme un complément à la charte originelle », mais d'autres le considèrent plutôt comme un écrit à part entière.
Le Hamas s'y présente comme un « mouvement palestinien islamique de libération nationale et de résistance » visant à libérer la Palestine, revendique la « résistance armée » contre le sionisme et le droit au retour des réfugiés. Cette « nouvelle charte » ne contient plus de passages antisémites et reconnait implicitement Israël dans ses frontières de 1967 (antérieures à la guerre des Six jours). Elle appelle à la création d'un État palestinien démocratique et consacre beaucoup moins de place aux références religieuses que le précédent document.
Charte de 1988 Contexte La charte du Hamas est publiée en , soit 8 mois après la fondation du mouvement au tout début de la première intifada dans les territoires palestiniens occupés. L'objectif premier était de s'approprier la direction du mouvement national palestinien détenue par l'OLP, notamment en déclarant nulle et non avenue sa charte jugée trop éloignée des principes de l'islamShaul Mishal et Avraham Sela, The Palestinian Hamas: Vision, Violence, and Coexistence, Columbia University Press, 2006, ..
Elle n'a cependant pas fait l'objet d'une délibération des instances du mouvement et n'a jamais été adoptée officiellement.
Contenu L’ancienne charte de 1988 identifie le Hamas comme étant une branche des Frères musulmans en Palestine et déclare que ses membres sont des musulmans qui « craignent Allah et élèvent la bannière du djihad face aux oppresseurs ». Elle traduit les positionnements politique et idéologique du Hamas ; à savoir la création d'un État islamique sur les territoires de l'ancienne Palestine mandataire, la mise en place d'activités sociales visant à prêcher la foi, la lutte contre les « impérialismes sioniste et occidental », l'annihilation d'Israël, le refus de toute négociation et un antisémitisme affichéPierre-Alain Clément, Note de recherche sur le Hamas - Positionnement politique et idéologie, Université du Québec à Montréal, février 2009, .
Selon Pierre-Alain Clément, chercheur suisse en sciences politiques, les articles de l’ancienne Charte du Hamas recoupent les thématiques suivantes: L’islam comme fondement sociétal : « l’islam est sa règle de vie ; il en tire ses idées, ses concepts de même que ses points de vue sur l'univers, sur la vie et sur l'homme » (Article 1) ; référence aux « pieux ancêtres » (Article 5), aux « traditions de leurs ancêtres » (Article 35), référence constante des salafistes. La création d’un État théocratique : « Quant à ses objectifs : combattre le Mensonge, le défaire et le détruire pour que règne la Vérité, que les patries soient restituées, que l’appel à la prière annonçant l’établissement de l’État de l’islam soit lancé du haut de leurs mosquées » (Article 9). Le jihad contre Israël : « [Le Hamas] est l’un des épisodes du jihad mené contre l’invasion sioniste » (Article 7) ; « Il n’y a rien de plus fort et de plus profond dans le patriotisme que le jihad qui, lorsque l’ennemi foule du pied la terre des Musulmans, incombe à tout Musulman et à toute Musulmane en tant qu'obligation religieuse individuelle ; la femme alors n'a pas besoin de la permission de son mari pour aller le combattre ni l'esclave celle de son maître » (Article 12) ; « Seul le fer peut émousser le fer ; seule la profession de foi de l’islam véridique peut l'emporter sur leur profession de foi falsifiée et futile » (Article 34) ; la situation actuelle en Palestine est mise en perspective avec les invasions passées (croisades, Tatars...) : « De même que les Musulmans ont su faire face à ces invasions, planifier leurs réactions et les défaire, de même sont-ils en mesure de faire face à l’invasion sioniste et de la défaire » (Article 35). Le nationalisme islamique : « [Le Hamas] œuvre à planter l’étendard de Dieu sur toute parcelle de la Palestine » (Article 6) ; « Le patriotisme [al-wataniyya], du point de vue du Mouvement de la Résistance islamique, est un article de la profession de foi [‘aqîda] religieuse (…) Si les divers patriotismes sont liés à des causes matérielles, humaines ou régionales, le patriotisme du [Hamas] relève également de tous ces facteurs ; mais, au-dessus de tout cela, sa cause première est la soumission à la Seigneurie divine » (Article 12). Le refus des négociations : « La terre de Palestine est une terre islamique waqf pour toutes les générations de Musulmans jusqu’au jour de la résurrection. Il est illicite d’y renoncer en tout ou en partie, de s’en séparer en tout ou en partie » (Article 11) ; « Renoncer à quelque partie de la Palestine que ce soit, c’est renoncer à une partie de la religion » (Article 13) ; « Le peuple palestinien a trop d’honneur pour dilapider son avenir, son droit et son destin en activités futiles [les initiatives de paix] » (Article 13). Le fondamentalisme réactionnaire : « [Le Hamas] s’est créé à un moment où l'islam avait disparu de la réalité de la vie : tous les critères de jugement avaient alors été déréglés, (…) les valeurs avaient été changées » (Article 9). La charité et la solidarité : « [Le Hamas], ouvrant le chemin du soutien à tous les déshérités et celui de la défense de toutes les victimes de l'injustice de toute la mesure de sa force, … » (Article 10) ; « La société musulmane est une société solidaire (…) La plongée adoucissante dans l'esprit islamique constitue une priorité pour la société qui affronte un ennemi à la cruauté nazie dans ses pratiques, un ennemi qui ne fait aucune distinction entre l’homme et la femme, le vieillard et le jeune » (Article 20). L’éducation : « Il faut que l'éducation (…) soit une éducation islamique fondée sur l’accomplissement des obligations religieuses, l’étude conscientisée du Livre de Dieu, (…) une étude conscientisée de l’ennemi, de ses ressources matérielles et humaines » (Article 16). La complémentarité hommes/femmes : « Dans la bataille de libération, la femme musulmane a un rôle qui n'est pas inférieur à celui de l’homme : C'est elle qui fait les hommes. Son rôle dans l'éducation et l'orientation morale des nouvelles générations est important. Les ennemis ont réalisé l'importance de son rôle. Ils considèrent qu'ils peuvent lui donner des ordres et en faire ce qu'ils veulent. (Article 17) ; « Au foyer d’un combattant du jihad comme dans la famille d’une combattante du jihad, (…) la femme tient le premier rôle dans le maintien de la maison » (Article 18). L’antisémitisme et l’amalgame juif et sioniste : citation modifiée d’un célèbre hadîth présageant une guerre entre les musulmans et les juifs... : « L’Heure ne viendra pas avant que (…) les pierres et les arbres eussent dit : « Musulman, serviteur de Dieu ! Un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le. » (Article 7) ; « … tu trouves [les ennemis] sans cesse sur la brèche dans le domaine des médias et des films (…) [Ils agissent] par l’intermédiaire de leurs créatures membres de ces organisations sionistes aux noms et formes multiples, comme la franc-maçonnerie, les clubs Rotary, les sections d’espionnage, etc., qui toutes sont des nids de subversion et de sabotage » (Article 17) ; « Grâce à l'argent, ils règnent sur les médias mondiaux, les agences d'informations, la presse, les maisons d'édition, les radios, etc. » (Article 22). Le complotisme juif : « Le plan sioniste n’a pas de limite ; après la Palestine, ils (les Juifs) ambitionnent de s’étendre du Nil à l’Euphrate... plus loin encore, et ainsi de suite. Leur plan se trouve dans Les Protocoles des Sages de Sion et leur conduite présente est une bonne preuve de ce qu’ils avancent » (Article 32).. Le respect des autres mouvements « nationalistes sur la scène palestinienne » et unité : « [Le Hamas] les encourage tant qu’ils ne font allégeance ni à l’Orient communiste ni à l’Occident croisé (…) [et] se tient à leurs côtés comme soutien et appui. Il n'en sera jamais autrement, en parole comme en acte, au présent comme dans le futur » (Article 25) ; « Notre patrie est une, notre malheur est un, notre destin est un et notre ennemi est commun » (Article 27). La tolérance religieuse sous la houlette islamique : « Le Mouvement (...) se conforme à la tolérance de l'islam en ce qui concerne les disciples des autres religions : il ne s'oppose à aucun d'entre eux sinon à ceux qui lui sont ouvertement hostiles. (...) À l'ombre de l’islam, les disciples des trois religions, islamique, chrétienne et juive, peuvent coexister dans la sécurité et la confiance » (Article 31).
Analyses Le spécialiste du Moyen-Orient Jim Zanotti, analyste des affaires moyen-orientales pour le Congrès des États-Unis, écrit que « plusieurs analystes » considèrent que « la charte met en avant un ordre du jour sans aucun compromis, particulièrement militant et antisémite ».. Quant à Alain Gresh, il écrit : . Gresh considère que ..
En pratique, l'analyse est fait que le Hamas n'invoquait que très rarement cette charte de 1988, selon un rapport de 2009 de l'Institut des États-Unis pour la paix (une agence fédérale) :« Dans les faits, le Hamas a largement dépassé le cadre strict de sa charte originelle. L'organisation a progressivement et délibérément ajusté son programme politique au fil des ans, envoyant à plusieurs reprises des signaux indiquant sa disposition à engager un processus de coexistence avec Israël ».
Antisémitisme Cette ancienne charte se focalisait sur les « Juifs ». Elle affirme par exemple que « la lutte [contre eux] est très importante et très sérieuse » et appelle à la création « d'un État islamique en Palestine à la place d'Israël et des territoires palestiniens occupés » et à l’anéantissement et la disparition de l’État d'Israël The Palestinian Hamas: Vision, Violence & Coexistence By Shaul Mishal, Avraham Sela, page 45.. Elle abonde également en références antisémites. Gilles Paris dans Le Monde souligne par exemple l'article 22 qui indique que ou l'article 32 qui assure que ..
Les politologues François Thual et Frédéric Encel notent que la Charte exprime un « antisémitisme outrancier » où l'on « convoque plusieurs versets du Coran dans une interprétation assassine. » Ils rapportent que « l’objectif avoué du Hamas [est] la liquidation d’Israël, l’expulsion ou le meurtre de Juifs (« des singes ou des porcs ») et l’instauration sur toute la Palestine d'un État théocratique avec la sharia pour seule loi ». Des universitaires israéliens comme Meir Litvak ou Benny Morris The Anti-Semitism of Hamas by Meir Litvak in Islamophobia and anti-Semitism pg 87. mettent également l'accent sur le caractère « ouvertement antisémite » de la charte du Hamas.