L'éruption du Tambora en 1815 est une éruption volcanique qui s'est produite sur l'île de Sumbawa, en Indonésie, du au . Elle est considérée comme la deuxième éruption la plus violente des temps historiques après celle du Samalas en 1257 sur l'île de Lombok, également en Indonésie. La violence de l'éruption (qui décapite le sommet du volcan et crée une caldeira de de diamètre), les nuées ardentes, les tsunamis et les pluies de cendres volcaniques détruisent toute vie dans la péninsule de Sanggar et causent au total la mort d'environ dans les îles de Sumbawa, Lombok et Bali.
Les aérosols projetés dans la stratosphère voilent la lumière du Soleil et provoquent un hiver volcanique pendant trois ans. Les conséquences sur le climat sont telles que l'année 1816 est surnommée « l'année sans été », avec des moyennes de température jusqu'à en dessous des normales, des chutes de neige en plein été dans les latitudes tempérées, des pluies diluviennes dans certaines régions et l'absence presque totale d'ensoleillement. L'hémisphère nord est le plus touché avec des récoltes de céréales et de pommes de terre ravagées en Chine, en Europe et en Amérique du Nord. Les famines se multiplient, tout comme les épidémies de typhus. Des flux migratoires s'organisent, depuis l'Europe occidentale et centrale vers les Amériques, et depuis la côte est des États-Unis vers le Midwest. Au niveau mondial le nombre de victimes des conséquences de l'éruption est estimé entre et .
Ces évènements consécutifs à l'éruption du Tambora marquent les arts et les sciences, d'autant plus que les causes en restent obscures pour leurs contemporains. La peinture, en premier lieu, est grandement influencée, notamment au travers des couchers de soleil des romantiques William Turner et Caspar David Friedrich. En littérature, le sombre été 1816 inspire le Frankenstein de Mary Shelley. Ces évènements suscitent par ailleurs certaines innovations techniques avec notamment l'invention de la draisienne et des engrais minéraux.
Contexte vignette|droite|alt=Image en couleur du volcan entouré par la mer. Au centre de l'image la caldeira circulaire est nettement visible.|Vue satellite du Tambora au centre de la péninsule de Sanggar. Le Tambora est un volcan actif situé dans l'arc volcanique des Petites îles de la Sonde, aujourd'hui en Indonésie et à l'époque faisant partie des Indes néerlandaises. Le cône volcanique du Tambora, qui culmine à d'altitude avant l'éruption, forme la péninsule de Sanggar, de de large, au nord de l'île de Sumbawa.
À partir de 1812, le volcan se réveille, après d'inactivité et alors que les habitants de la région le pensaient éteint. Il montre régulièrement des signes d'activité marqués par des trémors, des éruptions mineures et la projection de nuages de cendres autour du sommet.
Chronologie de la séquence éruptive
Première éruption : 5 avril Le a lieu une première éruption d'importance, qui engendre un panache volcanique de de hauteur. Les explosions du volcan sont entendues jusqu'à Java, aux Célèbes et aux Moluques, soit jusqu'à de distance, où elles sont prises pour des coups de canon. Stamford Raffles, le gouverneur de Java, île temporairement sous domination britannique, envoie des troupes terrestres et des navires à la recherche de l'origine des détonations. Durant les jours qui suivent, le Tambora demeure dans un état de faible activité. Les habitants restent sur place.
Le , une légère chute de cendres fait comprendre aux habitants de Batavia (aujourd'hui Jakarta) que les détonations entendues la veille et qui ont motivé l'envoi de patrouilles militaires sont en réalité d'origine volcanique.
Deuxième éruption : 10-15 avril vignette|gauche|alt=Image décrivant un volcan dont ne s'échappe aucune coulée de lave mais uniquement des gaz et cendres, lesquels forment une colonne s'élevant au-dessus du cratère.| Schéma d'une éruption plinienne. Le paroxysme de l'éruption commence cinq jours plus tard, le . Vers du matin surviennent des explosions accompagnées d’importantes émission de cendres. En seulement trois heures, un panache de de haut se forme au-dessus du volcan, dans un bruit assourdissant pour les habitants de Sumbawa. Vers , l'activité du volcan augmente encore, suivie une heure plus tard par une pluie de pierres ponces sur le village de Sanggar, à l'est du cratère. Au même moment, de violentes bourrasques de vent balayent le village, détruisent les maisons et déracinent les arbres. La chute de pierres ponces dure jusqu'à . Le volcan à ce moment est alors surmonté d'après des témoins de trois « colonnes de flammes », en fait trois panaches de cendres volcaniques brûlantes. Peu après, les trois colonnes fusionnent et la montagne n'est plus qu'une masse de « feu liquide ». Cela correspond à l'élargissement de la cheminée volcanique dû à l'importance du débit éruptif et aux premiers stades de la formation de la caldeira.
Le panache finit par s'effondrer sous son propre poids, créant plusieurs nuées ardentes qui déferlent de part et d'autre du volcan et ravagent la péninsule de Sanggar où plus aucun être vivant ne subsiste. Ces coulées brûlantes s'étalent radialement autour du volcan et se propagent à la surface de la mer jusqu'à du cratère. Elles génèrent, en réaction avec l'eau de mer, des explosions phréatiques, augmentant le volume de cendres dispersées dans l'atmosphère, jusqu'à représenter la principale source de cendres volcaniques de l'éruption. In fine, ces explosions provoquent un tsunami qui se propage jusqu'aux îles voisines, sur plusieurs centaines de kilomètres.. Le tsunami mesure de hauteur au pied du volcan, sur la côte est de Java, et sur la côte sud des Moluques.
vignette|droite|alt=Lithographie en noir et blanc montrant une ville dévastée, des bateaux échoués et des cadavres. En arrière plan un volcan en train d'exploser.|Illustration dépeignant « l'éruption du Tomboro en 1821 » (sic). Leon Sonrel, 1872. Le , les explosions continuent et sont entendues jusqu'à Bornéo et Sumatra, à du Tambora. Des témoins décrivent le volcan comme étant en feu sur sa base et couvert de fumée au sommet. L'ombrelle éruptive (nuage de cendres formé dans l'atmosphère) commence à s'étendre loin du volcan, principalement vers l'ouest, portée par les vents dominants. Une « odeur nitreuse » est rapportée jusqu'à Java à l'ouest, mais pas dans les Célèbes au nord.
Le , tandis que l'éruption continue, l'ombrelle éruptive s'étend au point qu'à plus à l'est, à Java, alors que retentissent encore les explosions, les premières lueurs du jour n'apparaissent qu'à et les oiseaux ne commencent à chanter que vers . Le capitaine du Bénarès, navire de la Compagnie des Indes orientales qui naviguait au nord du détroit de Macassar, soit à plus de au nord du volcan, décrit une pluie de cendres et une obscurité totale à midi, la lumière du jour ne revenant que le lendemain. Autour de l'île de Sumbawa, la mer est couverte de troncs d'arbres calcinés et de radeaux de pierre ponce, certains mesurant plusieurs kilomètres de long.
La phase principale de l'éruption cesse le . Les retombées de cendres continuent jusqu'au après s'être étendues jusqu'à de distance, laissant un paysage dévasté dans toute la région. Des explosions mineures continuent de se produire pendant plusieurs semaines et de la fumée est observée s'échappant du sommet jusqu'au mois d'août.
Bilan
Ampleur de l'éruption L'éruption du Tambora, de type plinienne, a une puissance surpassant de dix mille fois celles des bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki réunies.. Elle a longtemps été considérée par les volcanologues comme l'éruption la plus violente des temps historiques, devant celle du volcan de l'ancienne île de Santorin, en Grèce, en 1610 , et celle du volcan Taupo, en Nouvelle-Zélande, en 230. Des études scientifiques dans les années 2010 identifient une autre éruption historique, celle du Samalas en 1257, autre volcan indonésien, qu'elles estiment encore plus forte.. Toutes ces éruptions sont cotées à 7 sur l'échelle VEI d'explosivité volcanique (le maximum est de 8 mais n'a jamais été observé).
La meilleure estimation à ce jour du volume de téphra émis lors de l'éruption de 1815 est de DRE (volume de roche calculé en compensant la porosité), soit à peu près le triple en volume réel - seule l'éruption du Samalas en 1257 la surpasse.. À la suite de l'expulsion de tant de magma et de roche, le reste de la montagne s'effondre sur lui-même pour former une grande caldeira de de diamètre et de de profondeur, ce qui réduit l'altitude du volcan de , soit le tiers de sa hauteur. L'estimation de la quantité de dioxyde de soufre (SO) émise est réévaluée à en 2023, soit un chiffre bien plus important que pour n'importe quelle autre éruption des temps historiques, y compris le Samalas..
Pertes humaines L'éruption volcanique elle-même tue sur Sumbawa, principalement à cause des nuées ardentes. À ces victimes s'ajoutent celles des tsunamis, de la famine qui a immédiatement suivi, des intoxications par l'eau polluée et des épidémies qui sévirent principalement sur les îles de Sumbawa, Bali et Lombok. Les estimations sont de supplémentaires sur Sumbawa, entre et sur Lombok et sur Bali. Le total de victimes dans la région des Petites îles de la Sonde est donc au minimum de . Ceci en fait l'éruption la plus meurtrière de tous les temps.
L'éruption a d'importantes conséquences climatiques sur le plan mondial. Elle est à l'origine de l'« année sans été » de 1816, qui entraîna des famines en Chine, Europe et Amérique du Nord, faisant entre . et dans le monde. À cela s'ajoutent les victimes des épidémies de typhus en Europe (plusieurs milliers), auxquelles il faut encore ajouter, selon certains historiens, celles de la probablement déclenchée par les perturbations climatiques de l'éruption (plusieurs dizaines de milliers).
Conséquences Conséquences sur la biodiversité Les conséquences sur la faune, la flore et les communautés humaines sont dévastatrices. Dans la péninsule de Sanggar, les nuées ardentes brûlent et ensevelissent tout, aucun organisme vivant ne résiste. L'épaisseur des dépôts volcaniques peut atteindre . Sur le reste de l'île de Sumbawa, l'épaisseur des dépôts de cendres volcaniques oscille entre , étouffant la végétation. Les scientifiques estiment qu'il a fallu environ un siècle pour que les écosystèmes se rétablissent.
Aujourd'hui encore, l'étude de l'avifaune présente dans la péninsule de Sanggar met en évidence une lacune de biodiversité par rapport au reste de Sumbawa. Il est admis que les différentes espèces d'oiseaux ont repeuplé la région par voie terrestre depuis Sumbawa ou en traversant la mer depuis des îles voisines..
Conséquences climatiques : « l'année sans été »
vignette|alt=Graphique montrant les quantités de sulfates, année par année, de l'an 400 à 2000.|Quantité de sulfates d'origine volcanique dans l'atmosphère. Le pic du Tambora en 1816 est précédé par une éruption inconnue en 1808, certainement dans le Pacifique sud. D'après Gao , 2017.