alt=Propriété exclusive de Thelma Ackermann. |vignette|Une famille de Koulak posant à Novgorod Severskiy vers 1900. vignette|Illustration des catégories de paysans soviétiques : les bednyaks, ou paysans pauvres ; les serednyaks, ou paysans à revenus moyens ; et les koulaks, ou paysans à revenus élevés (1926). Koulak (en , « poing », c'est-à-dire « tenu fermement dans la main ») désignait, de façon péjorative, dans l'Empire russe, un fermier possédant de la terre, du bétail, des outils ou infrastructures, et faisant travailler des ouvriers agricoles salariés. Avec l'avènement du régime soviétique, le terme est devenu synonyme d'« exploiteur » et d'« ennemi du peuple » et son sens a été élargi à tout paysan possédant une vache ou des volaillesSergueï Melgounov, La terreur rouge en Russie 1918-1924, Payot 1927..
Histoire Avant la révolution russe L'abolition du servage en Russie en 1861 a permis la vente et l'achat des propriétés foncières et des terres agricoles. Dans la Russie du et du début du , les paysans ayant pu acquérir des terres (souvent à tempérament ou à crédit) atteignirent un certain niveau d'aisance (possédant du gros bétail et des terrains suffisamment grands pour produire des excédents agricoles qui étaient ensuite vendus) tandis que d'autres paysans, appauvris par les guerres, les sécheresses ou autres aléas climatiques, sont restés ouvriers agricoles et exposés aux disettes ou famines. L'un des objectifs avérés du Premier ministre Piotr Stolypine (1862-1911) en vue de stabiliser le monde paysan était la création d'une importante classe de koulaks. Son assassinat en septembre 1911 mit fin à cette politique.
En Union soviétique Après la révolution russe de 1917, les koulaks deviennent des boucs émissaires de tous les problèmes de la paysannerie et le sens du mot est fortement élargi : les bolcheviks au pouvoir qualifient de « koulak » tout paysan possédant même seulement une vache, de la volaille et des outils ou tout paysan réfractaire à la collectivisation, même s'il n'a rien.. Grigori Zinoviev déclarait en 1924 : .
Dékoulakisation
vignette|Affiche de propagande soviétique (1930) vignette|La réquisition du blé des koulaks pendant la collectivisation forcée (district de Timashyovsky, territoire du Kouban, 1933) Pendant la collectivisation prévue dans le premier plan quinquennal (1928-1932), une campagne de dékoulakisation (en ), expropriation de la propriété privée des koulaks au profit des kolkhozes, a mené aux déportations, incarcérations, voire à la mort, 5 millions de paysans (notamment par extermination par la faim), particulièrement en Ukraine et dans le Kouban.
La loi du , surnommée la « loi des cinq épis », prévoyait la peine de mort ou le Goulag pour . dans des villages d'exilésCollectif, Le Livre noir du communisme, 1998, 14., dans les camps du GoulagAnne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, 84.. On évalue ainsi à 10 % par an la mortalité chez ces « déplacés spéciaux »Nicolas Werth, « Goulag : les vrais chiffres », L'Histoire, ..
En 1935, le régime déclare officiellement que les koulaks ont cessé d'exister.
Néanmoins, l'anéantissement se poursuivit : notamment, « l'opération koulak », définie par l'ordre opérationnel du , fit également un grand nombre de victimes. Elle visait les et , autrement dit les ex-koulaks enfuis cherchant du travail (les sources policières relevaient ex-koulaks assignés à résidence). Pour cette opération, des quotas par régions et des catégories (la première catégorie désignant ceux voués à une exécution sommaire, la seconde ceux destinés à une peine de dix ans de camp) furent établis par Staline et diffusés auprès des dirigeants du Parti. Mais les quotas furent largement dépassés par les responsables locaux voulant afficher leur zèle, et les suppléments demandés furent souvent ratifiés par le Politburo. Dans ces conditions, devant l'engorgement des prisons et des camps, la catégorie « bénéficia » d'un supplément de quota, et au lieu des 4 mois prévus, l'opération ne put se réaliser qu'en 15. Les quotas initiaux furent ainsi largement dépassés : personnes furent fusillées et non pas , et l'on dénombra déportés au lieu des prévus initialement. Selon les chiffres du NKVD qui sont en cohérence avec ce qui vient d'être énoncé (mais inférieurs pour la catégorie des déportés), entre et , des opérations de la nature de celles citées enregistrèrent l'arrestation de personnes, dont 75 % destinées à la catégorie Nicolas Werth, « Repenser la Grande Terreur », Le Débat, , nov-déc 2002, extraits ici.
De nos jours Ce mot est encore utilisé par allusion, pour désigner les petits propriétaires, en tant que style de vie, électorat, cible marketing, etc..
Dans la littérature Boris Mojaev, Les Koulaks, (traduit du russe par Anne de Peretti), Alinea, Messidor, Paris, 1991
Dans la bande dessinée
Les Cahiers Ukrainiens - Mémoires du temps de l'URSS - Un récit-témoignage d'Igort - 2010 - Édition Futuropolis - "Les Cahiers Russes - La guerre oubliée du Caucase" - Un récit-témoignage d'Igort - 2012 - Édition Futuropolis -
Notes et références
Bibliographie Robert Conquest, Sanglantes moissons, Éditions Robert Laffont, , Paris, 2011 ( 1987) 372 p.
Articles connexes Paysannerie Nouvelle politique économique Histoire de l'URSS sous Staline Moujik
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