Les anciennes unités de mesure françaises ont été nombreuses et variées. Sous l'Ancien Régime, plusieurs tentatives ont existé afin d'uniformiser les mesures.

Il faut attendre la création du système métrique lors de la Révolution pour qu'un système uniforme remplace les mesures anciennes. Cependant, il ne s'impose réellement qu'au bout d'un demi-siècle.

Histoire de France Les systèmes de mesure à l’ancienne ont une tradition plurimillénaire. Ils furent donc conçus bien avant l’invention du système arithmétique positionnel décimal.

Unicité des unités de mesure jusqu’au

Dans la plus haute Antiquité, les poids et mesures de l'Asie et de l'Égypte étaient universellement en usage dans tout le continent, en Europe, en Asie, en Afrique, et plus particulièrement en Espagne, introduction..

En France, , les poids et mesures étaient aussi uniformes. Les magistrats étaient chargés, par des ordonnances, non seulement d'en entretenir l'uniformité dans toutes les provinces, mais encore de les vérifier d'après les étalons qui, pour la garantie publique, étaient alors gardés soigneusement dans le palais du roi.

Multiplicité des unités de mesure du jusqu’au

Vers la fin du règne de Charlemagne (qui introduisit la livre de 12 onces) et pendant celui de Charles II, de 840 à 877, cette uniformité commença à s'altérer. Les seigneurs suzerains, profitant alors des troubles de l'État, introduisirent des usages conformes à leurs intérêts, en créant des mesures plus grandes ou plus petites que le prototype. Bientôt chaque ville, chaque village eut ses poids et ses mesures particuliers ; il y avait même des cantons (comme dans la Bretagne) où l'on était obligé d'avoir jusqu'à six mesures différentes dans le même grenier. Que résultait-il de cette confusion ? Que, les étalons étant abandonnés, on rétablissait les mesures à volonté, ce qui donnait lieu à des injustices et à des procès qui ruinaient souvent les habitants des campagnes.

Philippe IV, Philippe V, Louis XI, , Henri II et leurs successeurs, reconnaissant l'abus de cette confusion, nuisible à l'intérêt général, entreprirent de rétablir cette uniformité ; des commissions furent nommées, des ordonnances rendues et des procès-verbaux dressés à cet effet ; mais ces projets furent abandonnés ; on en comptait 490, souvent contradictoires, et presque autant de poids et de mesures que de lieux. Vers le milieu du règne de Louis XVI, un système décimal de poids et de mesures fut proposé et devait enfin rendre cette uniformité depuis si longtemps désirée, lorsque de nouveaux troubles empêchèrent le roi de mettre ce projet à exécution, projet qui fondait toutefois déjà l'idée du futur nouveau système métrique unique qui allait perdurer jusqu'à nos jours.

Naissance du mètre en 1791 Les cahiers de doléance rédigés lors de la Révolution de 1789 réclamaient une mesure universelle pour s'affranchir de l'arbitraire des unités de mesure seigneuriales. Le climat de réforme qui suivit les événements révolutionnaires permit de précipiter le choix d'un étalon.

Une commission est instituée le pour définir cette unité universelle. Elle est composée de Jean-Charles de Borda, Nicolas de Condorcet, Pierre-Simon de Laplace, Joseph-Louis de Lagrange et Gaspard Monge. Le choix doit être fait entre trois références possibles : la longueur du pendule simple à secondes à la latitude de 45°, la longueur du quart du cercle de l'équateur ou enfin la longueur du quart du méridien terrestre. C’est cette dernière mesure qui est retenue le , date de création du mètre qui est défini comme la dix millionième partie du quart du méridien terrestre..

Le système métrique décimal est alors institué le 18 germinal an III () par la loi « relative aux poids et mesures » mais celui-ci ne s'impose pas immédiatement dans la population.

Mesures usuelles En 1812, Jean-Pierre Bachasson, comte de Montalivet , ministre de l'Intérieur de Napoléon Ier, constate une qui serait due au fait que les mesures métriques ..

Ainsi, un décret impérial du , tout en maintenant le système métrique comme seul légal et enseigné dans les écoles, autorise l'utilisation dans le commerce de détail de mesures usuelles nommées d'après les anciennes unités mais calculées sur la base du système métrique. Ainsi sont par exemple utilisées une toise métrique de , une livre métrique de

Ce système reste en vigueur jusqu'à la loi du , sous le ministère de François Guizot, qui adopte le système métrique décimal en France de manière exclusive. Mais l'habitude perdure encore d'employer dans la conversation le terme 'livre' pour définir une quantité de de produits alimentaires : fruits, légumineuses, farines, viande hachée

Mesures d'Ancien Régime (jusqu'en 1795) Unités de longueur Unités de longueur dans le système du roi de France Nom d'unitécorrespondanceen pied-du-roien toise de l'Écritoired'avant 1667en toise du Châteletd'après 1668un point1/12 ligne1 / une ligne12 points1 / 144un pouce12 lignes1 / 12un pied-du-roi12 pouces1une toise6une perche-du-roi3 toises18une perche ordinaire10/9 perches-du-roi20une perche d'arpentLa « perche d'arpent » est celle « des eaux et des forêts ». C'est la perche traditionnelle des arpenteurs.11/9 perches-du-roi22une lieue ancienneLa « lieue ancienne » est l'ancienne « lieue de Paris ». Elle est d'un « myriapied ». C'est la lieue officielle jusqu'en 1674.500 perches ordinaires—une lieue marineLa « lieue marine » est une mesure géographique (1/ du degré équatorial)——une lieue de ParisLa « lieue de Paris » avec sa nouvelle définition de 1674 égale  toises. Après 1737, elle fut aussi appelée « des Ponts et des Chaussées ».600 perches ordinaires—une lieue des PostesLa « lieue des Postes » de  toises du Châtelet fut créée en 1737.660 perches ordinaires—une lieue tarifaireLa « lieue tarifaire (du transport de grains) » de  toises date de la même année.720 perches ordinaires—En 1799 le mètre décimal fut déterminé être égal à .Depuis le pied-du-roi mesure / .

Correspondance avec l'aune de Paris L’aune, instaurée en 1540 par un édit royal de François . était une tentative de rendre acceptable une unité de mesure nouvelle partout en Europe. . .

Unités de longueur typographiques françaises Le point typographique français, le point Didot, égale 1/72 pouce, soit deux points-du-roiLe point Didot de l'industrie de l'imprimerie égale tout juste . Un pied de . Cet écart d'environ 0,0076 % est – et de loin – en deçà de toutes les précisions techniquement exigées..

Le pica français, appelé « Cicéro », mesure 12 points Didot ou 24 points-du-roi.

Unités de superficie {| class="wikitable center" |- bgcolor="#e0e0e0" !Nom d'unité !en perche carrée !en pied carré !colspan=2|Équivalence |- |style="text-align:left;"|un pied carré |1 / 484 |1 |style="text-align:right;"| |style="text-align:right;"| |- |style="text-align:left;"|une toise carrée |9 / 121 |36 |style="text-align:right;"| |style="text-align:right;"| |- bgcolor="#ffffcc" |style="text-align:left;"|une perche carrée |1 |484 |style="text-align:right;"| |style="text-align:right;"| |- |style="text-align:left;"|une boisselée |8,33 | |style="text-align:right;"| |style="text-align:right;"| |- |style="text-align:left;"|une vergée |25 | |style="text-align:right;"| |style="text-align:right;"| |- |style="text-align:left;"|un arpent (des eaux et forêts) |100 | |style="text-align:right;"| |style="text-align:right;"| |- | bgcolor="#f8f8f8" colspan="5" |La perche des arpenteurs fut généralement utilisée pour les superficies.Cette perche carrée mesure donc 22 × 22 = 484 pieds-du-roi carrés.Cent perches carrées, c'est l'arpent.Les arpenteurs québécois ont toujours préféré la perche-du-roi carrée (34,2 m²).

Unités de volume et de capacité unités de capacité Nom d'unitéen pinteen pouce cubeÉquivalenceun pouce cube1 / 481Il y a exactement deux cent cinquante-six roquilles dans une velte.une roquille1 / 321½un posson (ou poisson)1 / 86un demiard1 / 412une chopine (ou setier)1 / 224une pinte148une quade (ou quarte)296une velte (ou setier)8384La pinte est la petite capacité principale. C'est un 1 / 36 pied-du-roi cube. Cependant, la pinte anglaise et des États-Unis sont respectivement 1 / 50 et 1 / 60 pied anglais cube, environ la moitié d'une pinte française. Le volume du pied cube – pour les liquides – fut appelé amphore dans l'Antiquité.un pied cube361 × un quartaut722 × une feuillette1444 × un muid2888 × une pipe43212 × Neuf veltes remplissent un quartaut. Le muid, du latin modius, est la mesure. Le last était une mesure de capacité ou de poids principalement en usage dans le nord de l'Europe, pour l'affrètement des navires. Sa définition variait considérablement selon les régions et les matériaux visés.

Mesure du volume des matières sèches alt=Minot de Chartres du , bronze, musée des beaux-arts de Chartres, Eure-et-Loir, France.|vignette|Mesure à grains : minot de Chartres du , bronze, musée des beaux-arts de Chartres, Eure-et-Loir, France. Nom d'unitéen boisseauen pied cube10 poucescubesÉquivalenceun litron1 / 165 / 2164un quart1 / 45 / 5416un boisseau110 / 2764un minot310 / 9192une mine620 / 9384un setier1240 / 9768un muid144480 / 9une toise cube216Il y a exactement vingt-sept boisseaux dans dix pieds-du-roi cube.Note : L'usage français du mot boisseau ne correspondait pas à l'usage universel.Le boisseau – mesure des matières sèches – est en principe égal d'un pied cube.Le minot français correspondait à un pied-du-roi cube, et en plus son neuvième.un pied cube27 / 101 / 10

Selon ces mesures, chaque muid contient douze setiers, ou vingt-quatre mines, ou , ou . Mais ce ratio, qui est exact pour Paris et pour les mesures de chaux, blé, orge, fèves, lentilles et autres similaires, ne vaut pas pour certaines denrées. Ainsi le minot d'avoine contient six boisseaux (soit par muid), et celui de sel en contient quatre (soit par muid). Le muid de plâtre ne contient que (cette denrée se mesure en « sacs », avec de deux boisseaux chacun par muid)Dictionnaire universel de commerce, tome 3. par Jacques Savary Des Bruslons. 1748..

Par ailleurs, le muid de Rouen contenait aussi douze setiers (de Rouen), mais quatorze setiers de Paris. Il pesait  poids de marc. Le muid d'Orléans pesait six cents livres, soit douze mines ; il équivalait à deux setiers et demi de Paris, ou cinq boisseaux de Bordeaux. Le muid du Berry faisait vingt et un boisseaux, avec seize boisseaux pour un setier.

Considérations sur la mesure des matières sèches en volume sous l'ancien régime

Au delà du défaut d'unification sur l'étendue du royaume, et au changement de valeur des unités selon la région, on peut être étonné, premièrement, que les matières sèches soient mesurées en volume, et non en poids comme en Europe aujourd'hui, et deuxièmement, que les unités de volume pour les matières sèches valent un neuvième de plus que les unités liquides les plus proches.

Or ces deux caractéristiques ne sont aucunement des problèmes pour les hommes de l'Ancien régime, ce sont plutôt des solutions. Car les produits secs de l'époque sont essentiellement des récoltes qui vont sécher pendant le stockage avec une perte de poids pouvant atteindre 20% , mais en gardant le même volume et la même valeur calorique, car l'eau qui s'évapore n'enlève pas de pouvoir calorique. La mesure par le volume permet donc d'avoir une mesure constante de la valeur nutritive, et du prix. Aujourd'hui encore, la mesure officielle de grain à Chicago, le plus gros marché aux grains du monde, est une unité de volume : le bushel (ou Boisseau américain).

Il est étonnant qu'il y ait une différence de un neuvième entre les mesures sèches et les mesures liquides, mais il faut considérer la manière dont on mesurait les liquides et les grains :