Dons (titre original : ) est un roman de médiéval fantastique de la romancière américaine Ursula K. Le Guin publié en 2004 et traduit en français en 2010. Il constitue le premier tome de la trilogie Chronique des rivages de l'Ouest.

Résumé

DONS est le premier volet et l’introduction, facile à lire, du triptyque du Cycle de la Chronique des rivages de l’Ouest d’Ursula K. Le Guin. Ce roman de 224 pages en 18 chapitres, introduit deux sociétés humaines différentes et de comportements sociaux opposés. La première est celle des ENTRE-TERRES qui est une contrée aride d’élevage de moutons, de vaches et de chevaux, proche de forêts riches en gibiers, et plus au nord sont les montagnes enneigées de Carrantages. La deuxième société est celle des villes de commerçants, d’artisans, de soldats, de notables et de prêtres, encore appelée les Basses-Terres, qui est constituée de différentes provinces autour des ENTRE-TERRES connues comme Bendraman au sud-ouest, et encore d’Urdile et de Bendile au sud. Pour les habitants des Basses-Terres qui savent lire et écrire, les gens des ENTRE-TERRES sont des sorciers qui ont des dons dangereux et qui sont des barbares incultes qui heureusement ne viennent pas souvent chez eux. Ce premier roman est surtout l’histoire de la première société de fermiers et d’éleveurs des ENTRE-TERRES qui vivent dans de vastes domaines qui s’opposent souvent entre eux.

L’histoire et ses héros

DONS est l’histoire d’Orrec Caspro qui en est le héros principal avec Gry Barre qui deviendra son épouse à la fin du livre. Ils se retrouveront tous deux dans la suite de cette saga fantastique et réaliste. Orrec vit dans le domaine de Caspromant dont son père est le brantor et celui qui est le maître incontesté de son domaine et de sa lignée. Gry vit dans le domaine des Barre de Roddmant dont sa mère est le brantor, et son père vit dans celui des Rodd qui est le brantor de Roddmant dans le même domaine.

Dons et héritages

Chaque brantor possède un don de sa lignée dont il ne parle pas mais qu’il enseigne et transmet à ses enfants qui peuvent le recevoir et le manifester, puis l’utiliser ou non. Les voies d’un don sont la manière dont agit ce nom, ce peut être par la vue, le geste, la voix, la volonté, etc. Pour Gry son don est l’appel des animaux que lui a transmis sa mère qui est le brantor des Barre. Gry est capable de faire venir à elle des oiseaux qui chantent alentour, où des cerfs et des biches, et même des ours s’ils sont dans les parages. Avec les chevaux son don la rend capable de dompter en douceur les plus indocile. Mais elle se refuse d’utiliser son don pour la chasse, tandis que sa mère est appelée dans d’autres domaines et payée ensuite pour appeler du gibier comme des cerfs ou des sangliers à tuer au cours d’une battue de chasse.

Il y a des dons bénéfiques comme l’appel des animaux, mais aussi des dons maléfiques. Le don du père d’Orrec est de défaire, il peut défaire un nœud et c’est utile, mais aussi défaire des vipères mortelles sur le chemin qui sont alors désossées et il n’en reste plus qu’un sac d’écailles. Il peut défaire un arbre ou une portion de terre dont il ne reste rien sauf le chaos. Il peut défaire même des assaillants ennemis lors d’une attaque des gens d’un domaine adverse qui veulent voler son troupeau ou prendre ses terres. Le don du père de Gry qui est le brantor du domaine de Roddmant a le don du couteau, il peut invoquer une lame pour guérir une blessure et enlever sans mal une écharde, ou bien tuer un homme et le mutiler à condition qu’il soit en vue.

D’autres dons sont très différents selon les lignées matriarcales ou patriarcales. Il y a ainsi dans les ENTRE-TERRES des dons de déplacer de lourdes charges et même des collines par le verbe et le geste, ou d’allumer du feu à volonté et d’incendier, de rendre sourd et aveugle, de corrompre autrui et de l’asservir, ou de lire ses pensées et de les contrôler. Il y a le don du brantor Ogge qui est de causer une lente atrophie qui conduit à la mort celui qui en est la victime sans le savoir ni pouvoir s’en rendre compte. Les dons exprimés peuvent être aussi mais rarement devenus sauvages, c’est-à-dire incontrôlés, et alors c’est le don qui contrôle le donneur de façon imprévisible, et cela peut être très dangereux. Lorsqu’un enfant manifeste alors un don sauvage il doit apprendre à ne pas s’en servir. Il y a enfin ceux chez qui un don ne se manifeste pas et c’est une peine, une honte et presque une déchéance pour la lignée dont le don n’est pas transmis comme il se doit de l’être. Ces sorciers des collines d’ENTRE-TERRES semblent alors capables de faire des miracles, mais ce sont leurs dons hérités de leurs parents qui en sont les causes. Les familles des domaines sont isolées entre elles et elles vivent dans la crainte les unes des autres d’être agressées par les dons de possibles ennemis imprévus. Une des principales mesures pour éviter ces luttes est de prévoir des fiançailles puis des mariages arrangés entre domaines reliés par des dons identiques ? Ces coutumes d’alliances sociales renforceront les domaines alliés par leurs lignées, à partir des dons hérités qui ont été transmis aux enfants et souvent seulement accordés aux aînés des familles.

L’histoire d’enfance d’Orrec et de sa lignée patriarcale

Canoc Caspro le père d’Orrec et le brantor de sa lignée a le « pouvoir de destruction » , celui de « défaire », comme son père Caddard qui possédait encore plus ce terrible pouvoir. Un groupe de guerriers menés par Tibro le brantor de Tibremant était descendu des Carrantages au nord pour faire une rafle et enlever des serfs dont il avait besoin. Caddard avait tué deux de ses guerriers avec, sa vue, son geste, son souffle et sa volonté, donc par son « Œil fort », mais il avait dû donner ensuite à Tibro deux domestiques en réparation, car « quand on fait usage de son pouvoir il faut offrir un cadeau en retour. C’est le don du don ». Canoc était préoccupé d’apprendre son don à son fils. Pour cela il lui fit tuer un rat qui se transforma en sac de peau, mais en réalité c’est lui qui avait défait le rat et fait croire à Orrec qu’il en était l’acteur. Car les années passèrent et Orrec ne cessait de dire à son père qu’il n’avait pas le don ou qu’il n’arrivait pas le manifester.

Un jour Orrec découvrit près d’une porte de leur maison de pierre une grande canne d’aveugle avec un manche poli par l’usage. Il demanda à son père à qui était cette canne ? Canoc lui raconta alors l’histoire de Caddard l’Aveugle à qui appartenait la canne et qui était son père et le grand-père d’Orrec. Caddard avait dû défendre ensuite son domaine contre Drum le brantor de Drummant qui était venu avec ses hommes lui voler un cheval qu’il avait emmené hors du domaine. Caddard l’avait poursuivi et de rage il avait tué les six hommes de Drum et récupéré son cheval sans offrir de réparation ensuite, ce qui attisa la haine entre les deux domaines. Caddard était devenu ensuite sombre et colérique à tout moment, jusqu’envers son épouse et même sa fille qu’il défit et tua sans l’avoir voulu. Le don de destruction de Caddard l’avait dominé et il était devenu un don sauvage et dangereux pour sa famille et ses proches. En en prenant conscience Caddard retourna son don contre lui dans un miroir qu’il brisa et faillit en mourir. Lorsqu’il fut de nouveau rétabli il était devenu aveugle et c’est là qu’il eut besoin de sa canne pour le guider. Orrec comprit l’histoire de son grand-père mais persista à dire qu’il ne manifestait pas le don de défaire et ne le souhaitait pas ce qui était une peine et une honte pour son père.

L’histoire d’enfance d’Orrec et de sa lignée matrimoniale

L’enfance d’Orrec est racontée par son père car c’est une histoire heureuse. Étant jeune homme Canoc Caspro ne trouvait pas d’épouse possible dans sa lignée de Caspro car Ogge qui le haïssait et le jalousait pour ses beaux troupeaux, devenu le brantor de Drummant ; il avait marié à d’autres que lui toutes les femmes de la lignée des Caspro. Canoc prit donc l’initiative de partir faire une incursion et une rafle dans les Basses-Terres qui n’en avaient pas vu depuis soixante-dix ans et qui ne s’y attendaient pas du tout. Il réunit un équipage de fermiers « armés de lances de gourdins et de leurs longs poignards » et des hommes des lignées, montés sur des chevaux, avec trois belles mules qui en imposaient comme porteuses des charges. Ils descendirent vers le sud-est. C’est seulement au deuxième jour qu’ils découvrirent une route avec une ferme, des moutons et des chèvres, qui les conduisit jusqu’à la ville de Dunet. « Presque inaperçus, il mena sa troupe en bon ordre dans la ville, jusqu’au milieu de la place centrale, où c’était le jour du marché ». On finit par crier « Des gens des Entre-Terres !, des sorciers ». Canoc rassembla ses hommes sans en venir aux mains et agita le drapeau des pourparlers ». Il s’écria « Je suis Canoc Caspro de la pure lignée de Caspromant. Je possède le don de défaire dont vous allez me voir user ». Il défit ensuite un étal du marché qui vola en éclats, puis un se retournant un imposant édifice de pierres sur lequel se maintint son bras immobile. Une ouverture s’ouvrit, des sacs de grains explosèrent et l’édifice s’effondra par terre dans un bruit terrible. « Assez » lui dirent les conciliateurs qui lui demandèrent ce qu’il attendait d’eux. « Des femmes et des garçons » leur répondit Canoc. « Non ! Non ! Tuez les sorciers » hurlèrent les citadins si nombreux autour d’eux. Canoc dut pointer le bras vers un homme qui voulait lancer une pierre, et dont le bras tomba flasque de son épaule. « Je déferai le prochain qui bougera » dit Canoc dont le cheval henni après avoir reçu une flèche dans la croupe. Il leva les yeux et frappa l’archer qui bandait de nouveau son arme. Il le frappa et il bascula dans le vide en explosant comme un sac sur les pavés.

Les hommes qui parlaient au nom de la ville lui proposèrent ensuite dix serfs : cinq femmes et cinq garçons et lui demandèrent du temps. Canoc répondit qu’il les voulait tout de suite et qu’il choisirait parmi eux après. Après des reflux de foule arrivèrent cinq garçons de moins de dix ans et quatre femmes seulement dont deux fillettes mortes de peur et deux dames d’âge mûr vêtues de hardes tachées et puantes. « Je ne compte que quatre femmes » gronda Canoc. Il vit alors au coin de l’esplanade au bord d’une fenêtre une femme vêtue d’un vert de saule qui était tournée vers lui les yeux baissés. « Elle » dit Canoc en l’indiquant de l’index de sa main droite. La porte de la maison s’ouvrit et la femme en vert sortit, jeune, petite et menue. « Seras-tu ma femme ? »lui dit Canoc et elle répondit « Oui » en traversant la place jusqu’à ce qu’il la hisse sur sa selle. « Les mules et les harnais sont à vous » cria Canoc aux habitants, attentif à ne pas oublier le don du don. Ses hommes prirent ensuite les serfs en selle et ils repartirent dans leur domaine comme ils étaient venus. « Elle s’appelait Melle Aulitta ». Sa seule dot fut ce qu’elle portait sur elle, sa robe vert saule, ses sandales noires et une minuscule opale montée sur une chaîne d’argent autour de son cou. Quatre jours après Canoc l’épousa, vêtue de tous les atours d’une jeune mariée et un grand bal fut donné où furent conviés ceux des habitants de Caspromant et ceux des domaines de l’ouest qui avaient pu faire le déplacement.

Et c’est après qu’Orrec naquit.