Joseph Carrère, né le à Sigean (Aude) et mort le à Mably (Loire), est un joueur de rugby à XV et de rugby à XIII, international français pour cette seconde variante du rugby, évoluant au poste de demi de mêlée ou de troisième ligne dans les années 1920 et 1930.
Joseph Carrère joue durant de nombreuses saisons au R.C. Narbonne où il se révèle comme l'un des meilleurs demis de mêlée de l'hexagone et dispute une demi-finale du Championnat de France en 1925 face au futur champion l'U.S. Perpignan. Convoqué en urgence en équipe de France de rugby à XV en 1928 pour affronter l'Irlande, il ne peut pas honorer sa sélection en raison d'un retard dans les transports pour le rassemblement de la sélection avant le départ pour Belfast. En 1930, il prend part à la naissance de l'U.S. Narbonne qui intègre l'Union française de rugby amateur puis fusionne avec le R.C. Narbonne en 1932. Toutefois, la Fédération française de rugby à XV décide alors de mettre au ban J. Carrère, à l'instar de Robert Samatan, Richard Majérus ou Charles Bigot, lors de sa demande de mutation entre les deux clubs narbonnais. J. Carrère met plus d'une année pour apprendre la raison de sa radiation, laquelle est prétextée par un lien avec un fait d'arbitrage, or il comprend que l'un des membres de la commission de discipline de la Fédération et dirigeant du Stade toulousain désire se venger de sa non signature au sein de son club en 1932.
Lors de l'arrivée du néo-code de rugby, le rugby à XIII, importé par Jean Galia, Carrère est l'un des premiers joueurs à rejoindre ce mouvement, dénonçant l'amateurisme marron dans le rugby à XV, et il prend part à la tournée des Pionniers en . Une des têtes d'affiche du Championnat de France de rugby à XIII, il rejoint durant quatre saisons le R.C. Roanne, remportant la Coupe de France en 1938, puis effectue son retour au R.C. Narbonne en 1938, club qui vient de rejoindre le rugby à XIII. La Seconde Guerre mondiale éclate alors et le rugby à XIII est rapidement interdit, ce qui met un terme à sa carrière sportive. Biographie
Jeunesse et débuts en rugby à XV dans l'Aude
Joseph Albert Carrère naît le à SigeanActe de naissance de Joseph Albert Carrère, Archives départementales de l'Aude, consulté le 1er novembre 2023.. Son père, Frédéric Carrère (né le à Sigean et décédé le à Port-la-NouvelleActe de naissance de Frédéric Carrère, Archives départementales de l'Aude, consulté le 1er novembre 2023.), est cultivateur, et sa mère, Thérézine Abellano (née le à Durban-Corbières et décédée le à Port-la-NouvelleActe de naissance de Thérézine Abellano, Archives départementales de l'Aude, consulté le novembre 2023.), sans profession. Il se marie le à Jeanne Roussoux, en la mairie de Sigean. Il a un frère, Auguste (1906-?), et deux sœurs, Paule (1908-1985). et Ivette (1920-2013).. Joseph Carrère exerce dans la vie civile le métier de garagiste. Il joue ses premières années de rugby au sein du R.C. Narbonne.
1924-1930 : Joueur incontournable du R.C. Narbonne
1924-1926 : Un joueur polyvalent et performant
Natif de Sigean, Joseph Carrère effectue sa formation au sein du R.C. Narbonne, club situé dans la ville voisine de Narbonne. Il intègre lors de la saison 1924-1925 l'équipe seconde du club audois avant d'avoir sa chance au cours de la saison au poste de demi de mêlée en raison de la blessure du titulaire Lafont. Il joue au côté de François Clauzel et Aimé Cassayet-Armagnac entre autres, et l'équipe narbonnaise est toute proche de se qualifier pour sa finale en Championnat mais est vaincue en demi-finale par le futur vainqueur l'U.S. Perpignan de Roger Ramis 13-5, J. Carrère s'étant, selon le quotidien sportif de référence l'Auto, « montré à la hauteur de sa tâche ».
Joseph Carrère devient un joueur titulaire au R.C. Narbonne à partir de la saison 1925-1926, où il joue alternativement demi de mêlée et troisième ligne centre. Le R.C. Narbonne se positionne désormais comme un prétendant au titre chaque saison. Lors de la saison 1925-1926, il élimine le C.A. Brive et le Stade châteaurenardais en poule de trois, mais est éliminé en poule des quarts de finale par l'Aviron bayonnais. J. Carrère se fait remarquer et est sélectionné comme demi de mêlée en fin de saison au sein de l'équipe du comité du Languedoc qui affronte la sélection de Paris.
Le talent de J. Carrère amène l'offre d'autres clubs durant l'intersaison 1926, au point que des rumeurs l'envoient à l'U.S. Perpignan (finaliste du Championnat de France), mais il reste au R.C. Narbonne, renforcé par l'arrivée de Joseph Pascot avec une entente sportive remarquable, où il réalise de belles prestations. Le club narbonnais s'extirpe de la poule de cinq en devançant l'U.S. Montauban et l'Aviron bayonnais et bat en barrage le F.C. Lourdes, seul l'U.S. Cognac le devance sans que cela l'empêche de poursuivre son parcours en Championnat. En poule de quatre, le R.C. Narbonne en revanche subit face au Stade français une élimination 10-8 ne lui permettant pas de disputer la demi-finale du Championnat.
1927-1928 : Mésaventure aux portes de l'équipe de France
Lors de la saison 1927-1928, le nom de Joseph Carrère est soufflé par la presse sportive et le comité du Languedoc pour lui donner sa chance en équipe de France. Joueur référence en troisième ligne, il présente l'avantage de pouvoir évoluer avec talent comme demi de mêlée. Il est alors convoqué dans des rencontres de présélection à Cognac de fin d'année pour l'équipe de France, testé au poste de demi de mêlée et il est désormais sur la liste des remplaçants pour cette saison en cas de défection du demi de mêlée. Fin , l'habituel titulaire de l'équipe de France, Clément Dupont (F.C. Lourdes), déclare forfait, et Georges Daudignon (Stade français) est sur le point d'être opéré et renonce à se rendre au match contre l'Irlande dans le cadre du Tournoi des Cinq Nations ; la Fédération française de rugby à XV décide de convoquer dans l'urgence Joseph Carrère pour être aligné demi de mêlée. Un télégramme est ainsi envoyé à Narbonne pour demander à J. Carrère de rejoindre l'équipe de France à Paris avant le départ pour Belfast. Prenant le premier train de Narbonne pour Lyon, il se retrouve retardé dans le trajet durant plus de cinq heures et se présente à la Fédération trop tard pour rejoindre l'équipe de France partie à Londres avant de rallier l'Irlande.
En Championnat, le R.C. Narbonne est rapidement éliminé. Bien que devançant le C.S. Palmiers et le Stadoceste tarbais en poule de cinq, il affronte en match de barrage le R.C. Toulon. Il perd cette rencontre 15-0, ne pouvant accéder à la phase suivante de la poule de quatre.
1928-1930 : Poussé vers la sortie
thumb|Il est avec Joseph Choy l'un des anciens du R.C. Narbonne. En , il entame sa cinquième saison au R.C. Narbonne. Auteur de bonnes prestations en début de saison, il connaît toutefois une frayeur lors de la rencontre face à l'A.S. Béziers du . À quinze minutes de la fin d'une rencontre sans points, Joseph Carrère reçoit un coup et se retrouve inanimé sur le terrain. Son frère, coéquipier, et tous les joueurs lui portent alors les premiers secours, pendant que le public envahit le terrain. Bien qu'il reprenne ses sens, l'arbitre et les dirigeants des deux clubs décident de mettre immédiatement fin à la rencontre pour la reporter à une autre date. En , il retrouve les terrains en redevenant un joueur clé du R.C. Narbonne. En poule de cinq composée des U.S. Dax, U.A Libourne, U.S.A. Limoges et U.S. Fumel, le club parvient à se qualifier pour la phase suivante nommée « poule de trois ». Affrontant le R.C. Toulon et le Stade toulousain, le R.C. Narbonne est éliminé en ne parvenant pas à se qualifier pour les quarts-de-finale.
La saison suivante, 1929-1930, le R.C. Narbonne renouvelle une grande partie de son effectif où Joseph Carrère représente avec Joseph Choy, Esquine et Canguilhem les anciens. J. Carrère est amené à occuper divers postes tels que centre, sans véritable succès, avant de revenir aux postes de demi de mêlée ou de troisième ligne. Le club sort qualifié de son groupe en poule de cinq composé de l'Aviron bayonnais, du Stade bordelais, du F.C. Grenoble et du Toulouse O.E.C. En poule de trois, le club audois est dominé par le Stadoceste tarbais et ne parvient pas à se qualifier pour les quarts-de-finale.
1930-1932 : Départ vers l'U.S. Narbonne et l'Union française de rugby amateur
En , Joseph Carrère rejoint l'autre club de la ville de Narbonne : l'U.S. Narbonne. Ce dernier, emmené par l'ancien joueur F.C. Lézignan Louis Bès, acte en son adhésion à l'Union française de rugby amateur, organisation sportive regroupant plusieurs clubs de rugby à XV dissidents, auparavant membres de la Fédération française de rugby à XV (F.F.R.). J. Carrère brille sous ses nouvelles couleurs comme face au F.C. Lyon de Maurice Porra et s'essaie au poste d'arrière. En décembre, douze membres de l'U.F.R.A. démissionnent de la Fédération française de rugby à XV et confirment ne pas prendre part au Championnat de France en lançant parallèlement le Tournoi des douze. L'U.S. Narbonne, absent du tournoi des Douze, effectue ainsi une saison autour de rencontres amicales contre ces douze équipes. En , Joseph Carrère réalise de belles performances l'amenant à représenter, au poste de demi de mêlée où il est vu comme l'un des meilleurs Français, lors d'une rencontre de propagande, la sélection du Nord-Est de l'U.F.R.A. affrontant une sélection du Sud-Ouest ; il y est « étincelant » selon la presse sportive. Il dispute également quelques rencontres amicales sous le maillot du Stade toulousain en fin de saison.
La saison 1931-1932 permet à l'U.S. Narbonne d'intégrer enfin le Championnat de l'U.F.R.A. appelé Tournoi des quatorze. J. Carrère continue d'aiguiller le jeu narbonnais avec succès. L'U.S. Narbonne réalise une saison correcte dans ce Championnat ponctué d'une sixième place au classement. J. Carrère est régulièrement cité comme l'un des joueurs clés de cet effectif malgré une expulsion intervenue en le suspendant deux rencontres. En , il reste une des têtes d'affiche de l'U.F.R.A lors des rencontres de sélection où il y brille au côté du Carcassonnais Albert Domec.
1932-1934 : L'« affaire Carrère », radié du XV plus d'une année
Pour la saison 1932-1933, l'U.F.R.A. refait son retour au sein de la Fédération française de rugby à XV. Ainsi, l'U.S. Narbonne acte la fusion avec le R.C. Narbonne, et leurs effectifs sont censés fusionner également. Joseph Carrère demande alors sa réintégration au sein de ce dernier mais, de manière arbitraire, le conseil de discipline de la Fédération française de rugby à XV le frappe d'interdiction d'être enregistré en , ce qui est synonyme d'une interdiction du droit de pratiquer le rugby à XV. J. Carrère n'est pas le seul cité car on y nombre Robert Samatan, Richard Majérus et Charles Bigot. Les motifs de cette radiation de J. Carrère ne sont dans un premier temps connus ni par le joueur ni par les dirigeants du R.C. Narbonne, ce dernier se déclarant fortement surpris de cette décision. Un mois plus tard, à la mi-, les dirigeants narbonnais échangent avec la Fédération pour comprendre la motivation de cette radiation et découvrent que le motif n'est pas lié à un fait de professionnalisme mais à un fait de match une année plus tôt où il est rapporté que J. Carrère avait insulté un arbitre, du temps où il évoluait sous l'égide de l'U.F.R.A..