Histoires de pouvoirs est le huitième volume de la première série de La Grande Anthologie de la science-fiction, paru en 1975.
Préfacé par Jacques Goimard, l'ouvrage regroupe dix-sept nouvelles réunies autour du thème des super-pouvoirs.
Publication Jacques Goimard (dir.), Histoires de pouvoirs, Le Livre de poche n°3770, 1975 (rééd. 1985), 414 p. .
Extrait de la préface Le pouvoir tel que nous l'entendons ici, c'est une aptitude de l'être humain, naturelle ou artificielle, qui permet une opération particulière.
La stripteaseuse exerce un pouvoir sur les spectateurs comme le médecin sur les malades. Le mot serait synonyme de don, de talent ou de faculté s'il n'avait des connotations spécifiques liées à ses autres emplois : le pouvoir implique une capacité, une liberté d'agir et de créer, un ensemble de moyens disponibles à tout instant et utilisables aux fins choisies par son détenteur ; il implique aussi une possibilité de manipuler ou de dominer autrui par l'intermédiaire d'une contrainte ou d'un charme.
(…) La science-fiction, au moins en apparence, ne s'intéresse qu'aux pouvoirs extraordinaires. (…)
(…) Le pouvoir extraordinaire n’est pas seulement un miracle de la nature, mais surtout une transgression décisive des normes imposées par la société et que celle-ci se défend de son mieux. Le traitement habituel du thème indique que nous sommes beaucoup plus éloignés de la liberté que nous le croyons généralement. (…)
Nouvelles Gomez Titre original : . Trad. de l’anglais par Michel Rivelin, initialement paru dans , Auteur : Cyril M. Kornbluth Résumé : Lorsque le professeur Sugarman lui montre une lettre signée d'un jeune plongeur de restaurant féru de physique nucléaire, le journaliste Beel Vilchek en rit et la publie comme une blague. Sauf que, le lendemain, il reçoit la visite de l'amiral MacDonald et des services secrets, afin de savoir où il a trouvé ces secrets atomiques! Sauvé de la prison par l'influence de son rédacteur en chef, Vilchek peut accompagner l'amiral dans son arrestation du jeune Julio Gomez, de Porto Rico. Il s'avère que Julio est réellement un prodige de la physique, plus fort encore qu'Einstein. Il est mis au secret dans une villa où il passe ses journées à aligner des équations incompréhensibles et révolutionnaires.
Cependant, Julio est toujours amoureux de sa jeune collègue Rosa. Un jour, Vilchek s'arrange pour que Julio échappe momentanément à la surveillance de ses pandores; Julio fuit aussitôt avec Rosa, qu'il épouse en express, et ne revient que quelques jours après. L'amiral furieux lui ordonne d'aussitôt se remettre au travail… mais il semble que Julio ait perdu son don. Il déclare ne plus savoir à quoi il travaillait, et être incapable de comprendre ses propres équations.
Version officielle : Julio en devenant un homme fait, a perdu l'acuité de son esprit.
Version officieuse, celle de Vilchek: Julio savait parfaitement à quoi ses découvertes seraient employées. Réalisant que sa famille naissante serait alors en péril, il a choisi de cacher son don. Vilchek voit bien d'ailleurs, que lorsque Julio se laisse aller, il montre encore des capacités de calculateur prodige.
Mr Bauer et les atomes Titre original : . Trad. de l’anglais par Frank Straschitz, initialement paru dans , Auteur : Fritz Leiber Résumé : Malgré ce que lui disent sa raison, le docteur Jacobson, et sa femme, Frank Bauer craint qu'il puisse lui-même déclencher la fission nucléaire de son corps entier, au moyen de la puissance de son esprit. Un soir, en rentrant chez lui, Bauer sent soudain que son corps est irradié. Ses pensées autodestructrices ont réellement initié la réaction en chaîne! Bauer se suicide avant l'explosion totale. Les rayonnements qu'émet son corps en sont la preuve effrayante.
Flamber clair Titre original : . Trad. de l’anglais par Simone Hilling, initialement paru dans Astounding Science Fiction , sous le pseudonyme de John S. Browning Auteur : Robert Moore Williams Le titre est extrait du poème de William Blake, The Tyger. Résumé : Ferguson, chargé de la sécurité d'une centrale nucléaire souterraine (imaginée en 1943!), a deux tâches: sauvegarder ses hommes et s'assurer qu'aucun des robots sophistiqués ne s'échappe de l'enceinte pour, peut-être, devenir autonome. Le fait que deux robots coups sur coup, au moment de leur destruction programmée, montrent des signes de spiritualité, le trouble intensément. Mais il n'a pas le temps d'y penser, car on l'appelle au chevet d'un malade à l'hôpital en surface. L'inconnu en question est irradié, sans pourtant appartenir au personnel de la centrale; il se prend pour Dieu, et de fait, il peut faire léviter les infirmiers ou désintégrer la porte. Voulant retourner en un lieu imprécis, il finit par voler un hélicoptère. Ferguson et ses comparses apprennent qu'il s'agit d'un nommé Homère, le gourou d'une secte évangélique vivant dans les montagnes de Californie. De fait, l'épave de l'appareil est localisée non loin (soit Homère ne savait pas bien le piloter, soit il était trop délirant).
En se rendant sur les lieux en pleine nuit, Ferguson et son équipe retrouvent Homère en compagnie d'une créature noire, énorme, aux yeux rouges et insensible aux balles. Homère croit que c'est Satan lui-même, venu lui prêter hommage comme il le fit à Dieu jadis. Mais la créature ne se conforme pas aux désirs d'Homère qui meurt d'irradiation en le maudissant.
Enfin les enquêteurs peuvent dialoguer avec la créature. Il s'avère qu'il s'agit d'un robot échappé de la centrale nucléaire! Hautement radioactive, la machine a abouti sur la montagne, où il a rencontré Homère et lui a demandé s'il était un des "dieux" qui ont créé sa race (les robots ne voient jamais d'humains avant leur destruction). Homère, malade d'irradiation et en plein délire mystique, a cru qu'il était face à Satan et que celui-ci reconnaissait Dieu en lui, croyance renforcée par les pouvoirs psi accidentellement éveillés par les radiations.
Ferguson devrait, en théorie, détruire le robot. Mais à la place, il déclare qu'il est la preuve que la race des machines a atteint la maturité et peut désormais aider l'humanité hors des centrales. En effet, le robot a prouvé qu'il était à la fois créatif et animé de bonnes intentions envers les humains; ce n'est pas sa faute s'il est aussi radioactif.
Les Jeux Titre original : . Trad. de l’anglais par Simone Hilling, initialement paru dans n°28, Auteur : Katherine MacLean Résumé : Le jeune Ronny aime bien jouer aux cow-boys et aux Indiens. Il aime particulièrement jouer le rôle d'un vieux chef indien sage et mourant. Cette disposition d'esprit le met soudain en contact avec l'esprit d'un homme âgé, sage, et mourant – le docteur Revert Purcell, illégalement détenu pour le forcer à offrir à l'armée la clef de son arme biologique (plus précisément, il détient la défense biologique absolue, ce qui permettrait aux militaires d'empoisonner leurs ennemis sans rien craindre en retour). Purcell veut protester par une grève de la faim, mais personne ne l'écoute, il n'a qu'à mourir de faim s'il ne veut pas aider son pays. Lorsque Ronny le contacte inopinément, Purcell réalise qu'il a une chance de transmettre son savoir et ses idéaux.
Ronny a grand-peine à assimiler ce flot de pensées adultes, jusqu'à ce qu'un autre télépathe (un « esper » comme il se dénomme) le rencontre et insuffle un peu de stabilité à son esprit dédoublé. Ronny va pouvoir continuer ses « jeux », mais rien ne sera comme avant.
Étoile du soir, étoile d’espoir… Titre original : . Trad. de l’anglais par May Gallowman, initialement paru dans n°26, Auteur : Alfred Bester Résumé : pourquoi le professeur Warbeck visite-t-il, sous couverture, toutes les familles Buchanan du pays? Walter Herod et Joe, deux malfrats, croient qu'il veut les concurrencer, car ils escroquent gentiment plusieurs familles en leur faisant miroiter l'espoir d'une filiation avec le président James Buchanan, dont l'héritage n'a jamais été clarifié. Mais Warbeck ravi, leur explique qu'au contraire ils peuvent collaborer : c'est par hasard que sa cible se nomme Stuart Buchanan, mais ils peuvent tous y gagner beaucoup. En effet, Stuart a révélé par mégarde, dans une rédaction, que la plupart de ses amis possédaient des pouvoirs extraordinaires. Warbeck veut retrouver son élève et savoir leur secret! Mais le garçon a pris peur et a poussé sa famille à disparaître.
Avec l'aide rouée de Herod et Joe, Warbeck finit par localiser un quartier de Brooklyn où un déménageur a conduit une famille qui pourrait être les Buchanan. Tous trois se mettent à quadriller la zone, mais ils disparaissent l'un après l'autre : Stuart possède lui aussi un pouvoir… celui d'exaucer ses vœux, et surtout celui de protéger sa famille. Warbeck, Herod et Joe se retrouvent, comme bien d'autres, à marcher éternellement dans une autre dimension.
C’est vraiment une bonne vie Titre original : . Trad. de l’anglais par François Valorbe, initialement paru dans , 1953 Auteur : Jerome Bixby Remarque : Cette nouvelle a été adaptée dans l'un des épisodes de la série La Quatrième Dimension : C'est une belle vie (saison 3, épisode 8). Résumé : Peaksville vit dans la terreur du jeune Anthony. Quelques années avant, à sa naissance, Anthony a révélé ses pouvoirs en projetant le village dans une dimension de poche où il se comporte en petit dieu. Les 46 survivants tentent désespérément de ne jamais contrarier Anthony, de ne jamais même lui laisser entendre qu'il pourrait « améliorer » leurs existences. Lorsque Dan Hollis s'enivre à son anniversaire et se met à crier contre Anthony, l'horrible châtiment que lui inflige le petit garçon les renvoie dans la panique à leur leitmotiv, comme quoi « c'est vraiment une bonne vie ».
Un Numéro d’escamotage Titre original : . Trad. de l’anglais par P.-J. Izabelle, initialement paru dans n°2, 1953 Auteur : Alfred Bester Résumé : Le général Carpenter est furieux. Sa belle guerre, la Guerre pour le Rêve Américain, tourne à merveille : face aux hordes communistes, il a réussi, par sa propagande, à transformer la nation américaine en une machine parfaite, entièrement constituée de spécialistes. Et voici qu'on lui dit que, dans le service T de l'hôpital de Saint-Albans, il y a vingt-quatre malades dont on ignore s'ils sont là ou non.
Carpenter convoque le docteur Edsel Dimmock, grand spécialiste, qui lui avoue que le service T renferme des cas impossibles à diagnostiquer : les patients disparaissent, reviennent parfois, mangent rarement. Où vont-ils? Certainement dans des endroits agréables, car leurs retours s'espacent de plus en plus. De fait, on découvre la vie de certains : tous se "rêvent" en grands personnages d'une époque passée où ils mènent grand train et, surtout, échappent aux horreurs de l'Amérique ravagée de 2112.
Carpenter convoque ses spécialistes pour savoir comment ramener dans le rang ces rebelles, puis à la réflexion, pour savoir si on peut se servir de leur trouvaille pour remonter le temps et ainsi défaire les communistes. Mais Bradley Scrim, un historien, le dernier de son espèce (envoyé au bagne pour pacifisme), lui apprend que les univers des vingt-quatre sont pleins d'anachronismes : ce ne sont pas de vraies époques passées, juste des dimensions personnelles.
C'est aussi bien, décide Carpenter : les ressources infinies de ces dimensions, le repos qu'elles offriraient aux soldats, permettraient de gagner la guerre. Il faut juste savoir comment y aller ! Y a-t-il un spécialiste pour ça?
Scrim répond que seul un poète pourrait comprendre les vingt-quatre. Carpenter en réclame un aussitôt !
Mais il n'y a plus de poètes. Plus que des spécialistes.
Qu’est-il arrivé au caporal Cuckoo ? Titre original : . Trad. de l’anglais par Catherine Grégoire, initialement paru dans n°3, Auteur : Gerald Kersh