Charles Townley ou Towneley, né le 1er octobre 1737 à Towneley Hall et mort le 3 janvier 1805, est un antiquaire et collectionneur anglais. Appartenant à une ancienne famille anglaise particulièrement aisée, il emploie sa fortune à voyager en Italie et en Grèce et à constituer une célèbre collection d’antiquités, connue sous le nom de marbres Towneley.
Sa collection, acquise par le British Museum en 1805 auprès de ses descendants, forme encore aujourd'hui le cœur des collections gréco-romaines du musée.
Biographie
La famille Townley et Towneley Hall La famille Townley, ou Towneley, est une ancienne famille anglaise, dont les premières mentions du nom remontent au XIIIe siècle. Elle doit son nom au domaine de Townley, non loin de Burnley. Jusqu'au XVIe siècle, la plupart des informations disponibles sur la famille proviennent de transactions foncières et d'enquêtes post-mortem. Les membres de la famille Townley étaient souvent des soldats, certains bénéficiant d'une position sociale plus élevée, comme celle de Haut-Shérif de Lancashire. À partir du milieu du XVIe siècle, les Townley refusent de se convertir au protestantisme et subissent alors un certain nombre de persécutions liées à leur foi catholique (amendes, emprisonnements, interdiction d'exercer des fonctions publiques) et ceux jusqu'à l'adoption du Roman Catholic Relief Act en 1829. vignette|Towneley Hall.|gauche|176x176pxTowneley Hall, dans le Lancashire, est le domaine familial jusqu'à ce qu'il soit vendu par Lady O'Hagan, la dernière héritière de la famille, en 1901, à la ville de Burnley. Le parc ouvre au public dès 1902. Le manoir, qui est maintenant un monument classé de Grade I, ouvre en tant que musée le 20 mai 1903. Le musée de Towneley Hall comprend une collection d'environ 30 000 objets, parmi lesquels du mobilier ayant appartenu à la famille Townley, des objets datant de l'Égypte antique, des œuvres d'artistes tels que John William Waterhouse et Joseph Mallord William Turner, ou encore des collections d'histoire naturelle.
Jeunesse Charles Townley est le fils aîné de William Townley (1714-1741) et de Cecilia Standish (1714-1778), fille de Ralph Standish et petite-fille de Henry Howard, sixième duc de Norfolk. Il naît le 1er octobre 1737 à Towneley Hall.
En 1742, à la mort de son père, il hérite du domaine et est envoyé au collège de Douai, sous la charge de John Tuberville Needham qui lui enseigne la littérature classique. Son oncle, John Townley, lui-même collectionneur, joue un rôle de mentor en l'introduisant à la haute société parisienne et lui partageant sa passion pour l'art. En 1758, âgé de vingt-et-un ans, il s’installe à Towneley Hall.
Les Grands Tours Charles Townley fait un premier Grand Tour en Italie, en 1767-1768. Ce voyage marque le début de son intérêt pour l’art antique. Il commence alors à constituer sa collection, notamment avec l’aide de Gavin Hamilton, Thomas Jenkins, et Giovanni Battista Piranesi. Deux carnets décrivent ce premier séjour en Italie, détaillant son itinéraire et ses achats. Il se rend notamment à Florence, dans le Sud de l’Italie et en Sicile.
Entre 1771 et 1774, il réalise un deuxième voyage, entre la France et l’Italie. Il arrive à Rome en 1772, où il est reçu en audience par le pape le 21 février. Il se rend à Naples début mai puis, entre le 20 mai et le 21 juin, il voyage aux Pouilles et en Calabre en compagnie de William Young et de John Brown. Entre octobre et décembre, il retourne à Naples, avant de s’installer à Rome pour le reste de l’année 1773. Après ce deuxième séjour en Italie, Townley retourne à Londres en 1772, puis en 1778 il s'installe dans sa nouvelle maison située au n°7 Park Street, à Westminster.
En 1777, alors qu’il vit en Angleterre depuis quelques années, Townley repart pour un troisième voyage à Rome. De retour à Londres, il continue ses achats d’art antique, auprès de salles de vente londoniennes ou par l’intermédiaire de marchands italiens.
Influences et réseaux savants Son ascension au sein du milieu érudit britannique se précise dans les années 1780. En 1782, il est admis comme membre de la Société des Dilettanti, cercle réunissant des amateurs éclairés ayant voyagé en Italie et dévoués à l'étude des arts antiques. Il collabore activement avec son ami proche Richard Payne Knight à la préparation de l'ouvrage de référence Specimens of Ancient Sculpture (dont le premier volume paraît en 1809). Ce projet ambitieux permet de documenter scientifiquement 23 pièces majeures de sa propre collection, les replaçant dans une perspective historique de l'évolution de la sculpture antique.
En mars 1786, il devient membre de la Society of Antiquaries, dont les travaux contribuent à l'élaboration des fondements empiriques de l'archéologie moderne. Il publie ses recherches dans les registres de la société et dans la revue Archaeologia.
En 1791, il est nommé trustee (administrateur) du British Museum. À ce titre, il participe aux orientations institutionnelles de l'établissement et prend part aux réflexions relatives à son développement. Son engagement dépasse un rôle purement honorifique : en 1802, il siège au sein d'un sous-comité restreint, aux côtés de Sir Joseph Banks (président de la Royal Society), Sir William Hamilton et Thomas Astle (paléographe), chargé d'élaborer les plans d'une nouvelle aile destinée à l'accueil des antiquités nationales.
Sous l'influence du baron d'Hancarville, qui séjourne chez lui et catalogue sa collection, et de Richard Payne Knight, il développe une interprétation complexe de l'art antique, fondée sur des lectures mythologiques et symboliques. Cette approche oriente ses choix d' acquisitions et ses recherches. Il s'appuie également sur son réseau d'agents établis à Rome, comme Gavin Hamilton et Thomas Jenkins. Ces derniers lui procurent des œuvres issues de fouilles prestigieuses, notamment à Tivoli et à Monte Cagnolo, et jouent un rôle essentiel de conseillers techniques, tant pour la restauration que pour l'authentification de ses marbres antiques.
Ce réseau, incluant également Sir Joseph Banks et Charles Francis Greville, a permis de transformer sa demeure du 7 Park Street en laboratoire du savoir antique ouvert au public. En mettant à disposition des livrets de visite, il préfigure les principes muséographiques modernes.
Il suit de près certaines collections, comme celles d'Henry Blundell, de Lord Egremont, de William Weddell, de Lyde Browne ou encore de Lord Shelburne, ce qui lui permet de se tenir au courant des dernières acquisitions.
À partir de 1803, sa santé décline. Il meurt le 3 janvier 1805 et est enterré dans la chapelle familiale à Burnley. Son héritage passe d’abord à son frère, Edward Towneley Standish, puis à son oncle, John Towneley de Chiswick. Constitution de la collection Si la collection Townley est essentiellement connue pour ses quelque 300 marbres antiques provenant d’Italie, elle comporte également des vases grecs, des terres cuites et des bronzes, des éléments architecturaux comme des antéfixes, des monnaies et des gemmes antiques, des sceaux et des bijoux. Elle comprenait aussi dessins, manuscrits, catalogues et autres publications, démontrant combien Charles Townley était un amateur passionné et érudit. Ce sont les marbres qui demeurent, à ce jour, les plus documentés, tant du point de vue des œuvres elles-mêmes que de leur provenance et de leur acquisition par Townley. Il ne cesse d’acquérir pendant plus de la moitié de sa vie, de ses 30 à ses 67 ans. S’il s’inscrit dans la tradition de la Renaissance, par l’achat de petits objets facilement transportables et qui formaient la majeure partie des collections d’antiques de l’époque, l’acquisition de grandes sculptures est une activité nouvelle, réservée aux amateurs les plus fortunés et facilitée par la pratique du Grand Tour. Ces marbres proviennent soit d’anciennes collections romaines dispersées, soit des fouilles en cours en Italie.
Au-delà des biens mêmes qui forment cette collection, « one of the finest in this kingdom if not indeed the first in excellence », il est intéressant d’examiner la manière dont Townley s’inscrit dans le collectionnisme d’antiques du XVIIIe siècle. Les archives Townley sont exceptionnellement prolixes pour que son activité, à partir de ses Grands Tours de la fin des années 1760 à la fin des années 1770, puisse être précisément connue aujourd’hui. À la fin de ses voyages, qui lui ont donné le goût pour les antiquités classiques et à la fin desquels le noyau de sa collection était déjà formé, les relations qu'il y a tissées se maintiennent à son retour.
Les archives Townley Conservées au British Museum depuis 1992, les archives Townley contiennent une riche correspondance ainsi que des listes, dont une en italien recensant les biens achetés en Italie en 1767, une établie vers 1785 par des marchands, ou encore une autre, indiquant les fournisseurs et les prix, dans laquelle les objets sont classés selon un ordre qui suit les salles dans lesquelles ils sont exposés à Park Street. Elles sont complétées par des factures, des livres de compte, des carnets et des catalogues rédigés par Townley lui-même. Les livres de compte en particulier, même s’ils sont hélas incomplets, compilent le détail des acquisitions : dates précises d’achat, prix, noms des marchands. Celui du Grand Tour de 1767-1768 est manquant.
Pour ses acquisitions depuis le Royaume-Uni, les livres de comptes sont conservés pour la période 1780-1787 et pour une partie des années 1782 et 1804. Les archives comprennent également des reçus de Thomas Jenkins, de Gavin Hamilton et de James Byres qui ont pu acheter auprès d’autres marchands italiens pour le compte de Townley, tels que Carlo Albacini, Giovanni Battista Piranesi, Antonio Vinelli, Giovanni Battista de Domenici et Lorenzo Cardelli. Ces trois marchands figurent alors en effet parmi les principaux pourvoyeurs d’antiquités.
Des catalogues de ventes annotés prouvent que Townley a également acquis des œuvres lors de ventes aux enchères, ainsi qu’auprès de grands collectionneurs en Angleterre.
Des acquisitions par correspondance Les carnets personnels de Townley informent essentiellement sur ses affaires privées, bien qu’ils mentionnent sporadiquement des acquisitions, à l’image d’un relief en marbre orné de deux têtes (British Museum, inv. 1805,0703.263), qui lui a été offert en cadeau par Sir William Hamilton le 1er mai 1801, qui aurait été découvert au large d’Agrigente, ou bien dans la baie de Baia, d’après le journal de Townley à la page datée du 12 mai 1801. Un relief votif et une base circulaire décorée de griffons en relief lui ont été offerts par le duc de Bedford en mai 1804 (inv. 1805,0703.139 et 1805,0703.453). Le premier, caractéristique de l’Athènes du IVe siècle av. J.-C., a été restauré par Bartolomeo Cavaceppi, sculpteur auquel on faisait fréquemment appel pour les restaurations d’antiques au XVIIIe siècle. Townley écrit que le duc de Bedford l’avait lui-même acquis auprès de son père, le marquis de Tavistock, et que la caisse arrivée de Rome n’a été ouverte à Park Street que le 3 juin de la même année.