Jean Desbouvrie, né le à Roubaix (Nord), et mort le dans la même ville, est un dresseur d'oiseaux amateur et inventeur français.
Il pensait pouvoir utiliser les hirondelles à des fins de communication militaire. À la fin du , Desbouvrie parvint à convaincre le gouvernement français de lui confier des études de faisabilité sur l'utilisation militaire d'hirondelles comme messagères. Il est surnommé L'hirondelliste militaire par la presseJournal de Roubaix du 05/01/1891 (gallica.bnf.fr).
Ses premières expériences montrent que les hirondelles disposent d'une capacité à retrouver leur nid et que, quand elles le font, elles battent de vitesse les pigeons voyageurs. Desbouvrie réussit à contrarier le comportement migrateur naturel de ses oiseaux. Cependant, après avoir obtenu le soutien du gouvernement, Desbouvrie néglige ses recherches, qu'il n'a jamais menées à bien dans le cadre d'une expérimentation rigoureuse.
Outre ses expériences sur les oiseaux, Desbouvrie travaille sur l'alcoolisme. Il soumet à l'Académie nationale de médecine de Paris, un mémoire sur l'alcoolisme chronique. L'académie a publié son mémoire, qui présente l'alcoolisme chronique comme un problème majeur de santé publique et apporte une solution contre la gueule de bois. La théorie avancée par Desbouvrie est qu'en consommant de la nourriture comportant une quantité appropriée d'albumine et de graisse, il est possible de se protéger contre les effets négatifs de l'alcool.
Biographie thumb|right|120px|Hirondellier de Jean Desbouvrie sur le quai de la Vigne, au bord du Canal de Roubaix (actuel quai de Rouen). thumb|right|120px|Le pont de la Vigne et le quai de Rouen sur la gauche (L'hirondellier de Jean Desbouvrie apparait à gauche).
Jean Desbouvrie, né Jean Baptiste Joseph Desbouvrie, est le fils d'Honoré Joseph Desbouvrie (1798-1856), teinturier et de Colette Joseph Lecomte (1797-1872), journalière, tous deux originaires de Mouscron en BelgiqueActe de naissance de Jean Baptiste Joseph Desbouvrie (familysearch.org). Jean Desbouvrie a trois frères, Henri Joseph (1828-1865), Henri Martial (1830-1856), Marcellin (1833-1848) et deux sœurs, Élise (1836-1917) et Stéphanie Adèle (1838-1840). Il est appelé généralement Jean Desbouvrie bien que l'on trouve parfois Jean-Baptiste DesbouvrieJournal de Roubaix, 5 janvier 1891 (bn-r.fr) ou Desbouvries. Jean Desbouvrie se marie avec Léonie Marie Julienne Coteignie (1846-1913) le à Roubaix, avec laquelle il aura quatre enfants, Jeanne Blanche (1866-1867), Marie Léonie (1867-1868), Jean Hector (1868-1950) et Marie (1870-1952).
Au cours de ses tournées de travail de Roubaix à Tourcoing. pour le compte de son père, alors qu'il a , il profite de ses livraisons pour capturer des hirondelles en volant des nids le long de son chemin. Il montre un intérêt grandissant pour les oiseaux et se persuade que, contrairement aux croyances populaires, on peut dresser les hirondelles. Il parvient finalement à dresser une douzaine d'hirondelles, qui le suivent, lui tournent autour et se posent sur ses épaules en pleine rue. Il a non seulement pu les apprivoiser, mais aussi les élever, les faire tenir dans leur cage, entrer et sortir comme des pigeons et, ce qui est plus extraordinaire, les acclimater. « Si l'hirondelle nous quitte à la fin de l'été » dit-il, « c'est moins par peur du froid que par manque de nourriture The Zoologist : a monthly journal of natural history, 1889, page 398-399 (biodiversitylibrary.org). »
Il commence à une date inconnue l'élevage d'hirondelles à usage commercial et débute en 1888, ses expériences sur ces dernières dans un hirondellier qu'il a construit à l'étage de sa maison située sur le quai de la Vigne (nommé quai de Rouen courant 1891), à côté du pont de la Vigne dit pont Salembier, sur le bord du canal de Roubaix qui relie l'Escaut à la Deûle, dans le hameau dit de la Grande Vigne, limitrophe de WattrelosJournal de Fourmies : hebdomadaire du 12-09-1889 (gallica.bnf.fr)Journal de Roubaix du 14 juillet 1890 (bn-r.fr) The west coast times du 25/11/1889 (paperspast.natlib.govt.nz).
Outre sa passion des hirondelles, il travaille sur les effets néfastes de l'alcool et la même année, en 1888, il expérimente une recette pour combattre l'alcoolisme.
Jean Desbouvrie se lance en 1889, dans des démonstrations public de vol d'hirondelles dans le Nord de la France puis lors de l'Exposition universelle de Paris.
En 1890, son habitation devient un estaminet qu'il nomme A l'hirondellier militaire (appelé aussi Villa de Desbouvrie).
[du ] (bn-r.fr) et y organise des concours de poésie comme lors du , où un concours est donné sur le thème de l'Armée Aérienne avec les participations d'Alexandre Desrousseaux en président d'honneur et de Gustave Nadaud en tant que membre du jury et dont les participants viennent de toute la FranceJournal de Roubaix du 29 juillet 1890 (bn-r.fr).
Le , est publié dans le Journal de Roubaix une lettre ouverte de Charles Sibillot, rédacteur en chef du journal La France aérienne, qui critique les travaux de Desbouvrie et démontre l'inutilité des hirondelliers militaires. Deux jours plus tard, le , Jean Desbouvrie, anéanti par l'article et qui est ivre, se dispute avec sa femme ; cette dernière est grièvement brulée par une lampe à pétrole. Sa femme est emmenée à l'hôtel-Dieu à Roubaix où son état semble compromisJournal des débats politiques et littéraires du 04/01/1891(bn-r.fr) ; Desbouvrie est incarcéré à la prison de Roubaixjournal de Roubaix du 5/01/1891(bn-r.fr)The New York Herald du 4 janvier 1891(retronews.fr). L'état de santé de sa femme s'améliore, mais Desbouvrie passe deux mois à la prison de LilleJournal de Roubaix du 8 janvier 1891(bn-r.fr) puis le , le parquet rend une ordonnance de non lieu en sa faveurJournal de Roubaix du 23 février 1891(bn-r.fr). Le couple semble s'être séparé car Jean Desbouvrie habite seul avec sa fille Marie après l'incidentRecensement de la population de Roubaix en 1891 (page 303)(bn-r.fr).
En 1896, il semble continuer ses travaux sur les hirondelles puisqu'il envoie une communication au sujet de son travail au ministère de la guerre, à la commission d'examens des inventions intéressant les armées de terre siégeant à l’hôtel des Invalidesjournal de Roubaix du 01/08/1896(bn-r.fr).
Son hirondellier qui devient un estaminet, appelé A l'ancien hirondellier, est déplacé de 50 mètres le long du canal de Roubaix, dans le Bas quartier, proche du cimetière de Roubaix. En 1911, il est débobineur et habite au 64 rue de la Chapelle Carette à Roubaix et sa femme est peigneuse et habite au 6 rue de Jemmapes à Roubaix. L’estaminet est démoli en 1933 pour l’agrandissement du cimetière vers la rue du CartignyJournal de Roubaix du 21 septembre 1932 (bn-r.fr).
Recherches sur les hirondelles Remplacer les pigeons par les hirondelles Dans le Nord de la France et en Belgique, le passe-temps des ouvriers pendant leurs moments de loisirs est de s'occuper de l'élevage et du dressage des pigeons voyageurs. Des sociétés, qui ont de nombreux adhérents, sont constituées dans le but d'organiser des concours à longue distance pour les pigeons. Souvent les prix affectés aux gagnants sont fort importants. La colombophilie est en expansion depuis ces dernières années. En 1849 est créée la première association de colombophilie de Roubaix, Le cercle Union Musée colombophile Crespin (constateur.com). Lors de la Guerre franco-allemande de 1870, des pigeons voyageurs ont été utilisés par les français pour communiquer à l'insu de l'occupant prussien. Le préfet français du département du Nord, Achille Testelin décide d’envoyer à Paris, avant que les lignes de chemin de fer ne soient coupées, des pigeons qui pourraient rapporter des nouvelles de la capitale. sont réunis à Roubaix et Tourcoing, accompagnés de deux colombophiles, Julien François de Tourcoing et Louis Leman de Roubaix. Jean Desbouvrie qui a connu ce conflit pense que l'on obtiendrait des résultats plus satisfaisants encore si l'on pouvait remplacer les pigeons par les hirondelles, dont le vol est beaucoup plus rapide.
Élevage et entraînement des hirondelles thumb|left|Une hirondelle de fenêtre en vol. Jean Desbouvrie utilise son estaminet pour pratiquer l'élevage d'hirondelle et y faire des démonstrations. Il fabrique un hirondellier qui occupe l'étage supérieur.
Il y a deux chambres, l'une est transformée en une grande cage, l'autre adjacente s'ouvre sur un balcon et fait office d'antichambre. Albert de Rochas d'Aiglun relate les expériences de Desbouvrie dans la revue des sciences Cosmos en 1891 et ce dernier précise qu'il a une préférence pour les Hirondelles à gorge rousse.
La cage contient vingt jeunes oiseaux, douze d'entre eux sont autorisés à entrer et à sortir à loisir, les huit autres sont maintenus en captivité et vendus à des amateurs. Les hirondelles sont facilement identifiables, ont un peu de soie colorée sur les pattes et l’âge et la qualité de chaque oiseau sont enregistrés. Par exemple, une pièce de soie rouge indique une hirondelle parfaitement entraînée, tandis qu'une pièce bleue en désigne une dont l'entraînement n'est pas encore terminé. Quatre des petits prisonniers, les plus âgés à pas plus de vingt jours, ont été relâchés.
La revue cite Desbouvrie :
Il explique qu'un jour, il a ouvert la cage et les oiseaux se sont soulevés dans les airs, ont fait plusieurs fois le tour de la maison, puis se sont dirigés vers la campagne, disparaissant à l'horizon. Vingt-cinq minutes après il a vu le retour du plus jeune qui s'est perché sur le balcon et les trois autres ne sont pas revenus avant une heure. Ils sont tous ensuite entrés dans la salle des cages, quand il leur a donné de la nourritureL'Indépendant de Mascara, radical autonomiste du 07/08/1890 (gallica.bnf.fr).
Un rapport de 1889 décrit l'entraînement des hirondelles :
Application potentielle de l'entraînement des hirondelles Les pigeons voyageurs ont été un facteur de communication significatif durant la guerre Franco-Prussienne de 1870. The American Magazine en 1892, en présentant les essais de Desbouvrie, précise à quel point les pigeons voyageurs étaient utiles lors de cette guerre : À plusieurs reprises, en effet, les habitants des villes assiégées regardaient le succès du vol des pigeons comme le seul espoir, capable de faire la différence entre la mort et la famine. Zoologist: A Monthly Journal of Natural History, West, Newman, 1889 (books.google.com).
À la fin du , la Russie a entraîné des faucons militaires pour porter des messages ou chasser les pigeons messagers. Une hirondelle entraînée aurait pu présenter de nombreux avantages par rapport aux pigeons : ces oiseaux volent plus haut et plus vite, sont plus difficiles à atteindre pour un chasseur ou un oiseau de proie. Les hirondelles sont aussi capables de se nourrir en vol.
Premières démonstrations publiques Il fait plusieurs démonstration du travail de ses hirondelles à Lille sur la place de la république puis à Libercourt, Douai, Arras puis Amiens La Presse du 05/01/1891 (gallica.bnf.fr).
De nombreux pigeonniers ont été installés et un décret du , émis par Sadi Carnot, président de la république, les a placé sous la direction du Génie militaire. L'attrait pour la colombophilie et les besoins de l'armée française dans ce domaine poussent Jean Desbouvrie à persévérer dans ce domaine.
Intérêt du gouvernement pour ses travaux thumb|right|Plan d'un hirondellier militaire par Albert Tissandier - Paris 1889.