L'étymologie du mot pont est clairement identifiée. Ce mot est issu d'une racine indo-européenne *pent- qui signifiait "voie de passage, chemin". En grec, la forme patos, signifiait "le chemin". Puis, en latin, la forme pons, pontis avait le sens du français actuel. C'est en fait la forme à l'accusatif pontem, qui a donné pont en français.
Pour les langues germaniques, l'étymologie des noms actuels Brücke (allemand) et bridge (anglais) est plus difficile à éclaircir. Les linguistes pensent trouver l’origine dans une racine celtico-germano-slave signifiant le tronc d'arbre, le madrier. Le pont originel étant un simple tronc d’arbre et les premiers ponts étant en bois semblant les fondements de cette origine.
Les locutions associées au mot pont sont nombreuses. Elles apparaissent dès les origines de la langue. Deux grandes périodes marquent leur développement : à l’époque classique, au , et à l’époque moderne, au . Toutefois la plupart de ces locutions sont aujourd’hui vieillies, voire désuètes. Rares sont celles qui semblent relever d’un usage qui n’ait pas trop perdu pour être compris. Certaines ne sont comprises que par certains spécialistes, comme le pont aux ânes par les enseignants de mathématiques, le pont dans la lutte, le petit pont ou le grand pont dans le football. Être sur le pont, utilisé par la génération des années 1950 tend à disparaître. Finir sous les ponts, qui tendait à être oubliée, a retrouvé, à l’inverse, de la vivacité, avec l’augmentation de la précarité sociale. Couper les ponts relève de cette même précarité. Faire le pont est également devenu très courant avec l’augmentation des congés liée à l’aménagement du temps de travail. Par extension d’autres expressions apparaissent comme faire le viaduc Danièle James-Raoul, Claude Thomasset (2008) .
Étymologie Les noms désignant le « pont » varient d'une langue à une autre au sein de l'Europe: il n'y a pas domination d'une seule racine. Ce phénomène de variation s'exerce de surcroît à l'intérieur d'un même groupe, comme le montrent les formes germaniques ou grecques : ionien-attique gefura, béotien befura, crétois defura, etc Danièle James-Raoul, Claude Thomasset (2008) .
Dans les langues romanes tout d'abord, ce sont des mots héritiers du latin pons, -tis, « pont, passerelle joignant deux points », qui se sont perpétués, sous son genre masculin ou sous le genre féminin : français pont, italien ponte, espagnol puente, portugais ponte, roumain punte, catalan pont, sarde ponte. On rattache le latin pons, -tis à la racine de l'indo-européen *pent-, « passage, chemin ». Cette racine se retrouve dans toute une série de mots d'origine indo-européenne désignant le « chemin », le « passage » : pour la branche de l'indo-iranien, on a le sanskrit pânthas, l'avestique panta, l'ossète faendaeg Danièle James-Raoul, Claude Thomasset (2008) ; pour la branche hellénique, on trouve le grec pontos, « la mer » au sens de « lieu de passage », et patos, « la mer » ; d'où le verbe pateô, « fouler aux pieds » ; pour l'arménien, on a l'arménien hun ; pour le slave, on a le vieux slave ponti continué par le russe pout, « le voyage » ; pour le baltique, on a le vieux prussien pintis; pour le germanique, on a le vieux haut-allemand pfad, qui donne en allemand Pfad, « sentier », finden, « trouver », en anglais to find, « trouver » .
Pour les langues germaniques, l'étymologie des noms actuels Brücke (allemand) et bridge (anglais) est plus difficile à éclaircir. Il semble que la structure primitive des premiers ponts, à savoir un simple tronc d’arbre, en soit à l’origine. Les étymons de ces noms sont brugga en vieux haut-allemand et brycg en vieil anglais, tous deux issus du germanique *brugjo, mot féminin, qui signifie « le passage, la chaussée ». À côté, on relève le vieux nordique brû, « le pont », que l'on peut comparer avec les mots slaves, comme l'ancien russe bervi, « le radeau », l'ukrainien berv, « la souche ou le tronçon d'arbre », le serbo-croate brv, « la poutre », le bulgare brbv, « le sentier, le chemin ». On peut ainsi en déduire une racine celtico-germano-slave *bhrw-, « le tronc d'arbre, le madrier » et « le simple pont (fait d'un tronc) », liée à la lexie bru. Il semble également que le germanique *brugjo soit aussi apparenté à la racine germanique *druko-, « le petit tronc », de l'indo-européen *deru, « l'arbre, le bois ». Ainsi retrouve-t-on le mot Prügel, « le bâton » en allemand.
En liaison lointaine avec ce mot, il existe une racine gauloise briva, que l’on, peut retrouver aujourd'hui dans les toponymes comme Brives, Brioude, qui semblerait signifier « le pont » .
En russe, c'est le terme most qui signifie aujourd'hui le « pont », héritier du slave mostu, masculin de même sens, à rattacher au verbe meta qui signifie « lancer » Danièle James-Raoul, Claude Thomasset (2008) . Most, qui est une ville de la région d'Ústí nad Labem en Tchéquie, est par exemple traduit en allemand par Brüx, on retrouve dans les deux cas les racines respectives du mot « pont ».
La première attestation de pont en ancien français date de 1080, dans la Chanson de Roland. D'ailleurs, à cette époque, on relève trois graphies différentes du mot pont : pon, pom et enfin pont. Puis les sens figurés de pont (c'est-à-dire "ce qui sert de lien entre deux choses") sont apparus assez tôt dans la langue, vers 1200.
Les locutions Histoire Dès les origines de la langue, le mot pont entre dans la constitution de locutions. Celles-ci sont peu nombreuses au Moyen Âge puisqu'on ne rencontre pas le mot pont dans les recueils de proverbes de cette époque. Deux grandes périodes marquent le développement des locutions associées au mot pont : à l’époque classique, au , et à l’époque moderne, au . Presque toutes les locutions du relèvent du domaine argotique ou familier. La diversité langagière des personnages du peuple, des rues fait irruption dans le monde jusque là bourgeois et aristocratique des belles lettres. Les locutions sont donc porteuses d’une réalité socio-culturelle Danièle James-Raoul, Claude Thomasset (2008) ..
Enfin les créations du sont rares. Ainsi les locutions s’articulant autour du mot pont sont vieillies, voire désuètes. Rares sont celles qui semblent relever d’un usage qui n’ait pas trop perdu pour être compris. Certaines ne sont comprises que par certains spécialistes, comme le pont aux ânes par les enseignants de mathématiques, le pont dans la lutte, le petit pont ou le grand pont dans le football. Être sur le pont, utilisé par la génération des années 1950 tend à disparaître. Finir sous les ponts, qui tendait à être oubliée, a retrouvé à l’inverse de la vivacité, avec l’augmentation de la précarité sociale. Couper les ponts relève de cette même précarité. Faire le pont est également devenu très courant avec l’augmentation des congés liée à l’aménagement du temps de travail. Par extension d’autres expressions apparaissent comme faire le viaduc.
Typologie À travers les expressions que le mot pont génère, c'est une approche de l'objet et des représentations qu'il véhicule qui est donnée. Plusieurs critères interviennent pour différencier ces locutions et les classer. Danièle James-Raoul, dans Le pont dans les locutions – aperçu sur les langues européennes, reprend la classification de Michaela Heinz, en deux grands groupes, les locutions dénotatives et les locutions pragmatiques, les premières étant présentables sous une forme synthétique, et les secondes relèvent exclusivement d'une situation communicative, chaque groupe se subdivisant encore en sous-groupes..
Les locutions dénotatives Les locutions dénotatives servent fondamentalement à désigner une réalité et on peut donner d'elles une définition par un synonyme ou une périphrase. On peut en outre les présenter en langue, telle que les proposent les dictionnaires : les locutions verbales sont à l'infinitif, les locutions nominales sont en général au singulier. La fonction première de pareilles locutions est la représentation Danièle James-Raoul, Claude Thomasset (2008) .
Les locutions orthonymiques Les locutions orthonymiques tirent leur nom du fait qu'elles peuvent être définies par un orthonyme, c'est-à-dire, selon Bernard Pottier, par « l'appellation [dont dispose la langue] qui vient immédiatement à l'esprit de la communauté; [pour tous les référents usuels d'une culture]». Ces locutions sont liées, dans toutes les cultures, à la réalité de tous les jours, la réalité que l'on côtoie et dont on parle, celle de la langue parlée couramment, c'est-à-dire familièrement, réalité qui évolue en fonction de l’évolution de la langue.
Faire le pont, « ne pas travailler / chômer un jour (ou plusieurs jours) ouvrable(s) situé(s) entre deux jours fériés ou un jour férié et un jour de congé » (Delveau, 1867) Danièle James-Raoul, Claude Thomasset (2008) ..
Autres langues : : fare il ponte. : hacer puente.
Le pont de Notre-Dame / de Saint-X. . ., «l'arc-en-ciel». Le Französisches Etymologisches Worterbuch de W. van Wartburg donne de nombreux exemples médiévaux de ces expressions qui, à partir de la métaphore du pont, désignent le météore et qui ont survécu jusqu'à l'époque moderne dans les dialectes, (« pont de saint Père Noé », en moyen-dauphiné), pwô de sâm pyere (« pont de Saint-Pierre », dans l'Ardèche) ; pont de Saint-Martin /du Saint-Esprit/de Saint-Bernard; pwôn de sero (« pont du soir », dans le Vaucluse) ; pont de sedo (« pont de soie », en provençal) .
Les locutions allusives Les locutions allusives résultent de la condensation d'une histoire, d'une anecdote, d'un événement qui s'est réellement passé et dont le contenu a été tout d'abord fixé par un texte écrit. Dans une seconde étape, on va faire allusion à l'histoire en question. Enfin, dans un troisième temps, à force d'être ressassé, une locution est figée.
(Batre qqn) come asne a pont, « Battre qqn violemment ». Littéralement, cette locution signifie « battre qqn comme l'âne du pont », c'est-à-dire « l'âne qui va ou doit passer le pont ». Cette locution s'explique avec l'opiniâtreté des ânes et leur répugnance, sans doute par peur de l'eau, à franchir les ponts. Au temps où les ponts étaient souvent de bois, avec un plancher aux lames plus ou moins bien jointes, qui laissaient entrevoir l'eau coulant en contrebas, il était assez courant de voir s'arrêter les ânes, terrorisés par ce dangereux franchissement Danièle James-Raoul, Claude Thomasset (2008)
Cette expression est attestée dès le Moyen Âge, dans la littérature du Roman de Renart ou des fabliaux .. La Farce du Pont aux asgnes est le titre donné à une pièce de théâtre de la fin du , dans laquelle on voit que, pour faire traverser un pont à un âne, il suffit de battre l'animal ; il est ensuite conseillé à un mari de prendre exemple sur ce procédé évident et simple pour morigéner sa femme et obtenir d'elle ce qu'il veut : le remède est facile et à la portée de tout le monde !... À vrai dire, cette locution est spécifiquement médiévale, puisqu'elle n'est pas répertoriée dans les dictionnaires de langue des et ; cette disparition assez rapide de la langue s'explique peut-être à cause de la locution le pont aux ânes, qui fait intervenir les mêmes constituants substantivaux, peut-être aussi à cause de l'évolution des usages (avec la disparition des ponts de bois...) .
Passer (sur) le pont de Gournay, « Passer les bornes de la décence », « se livrer à la débauche », « se prostituer ». Employée avec un sujet féminin, cette locution trouve son explication dans une histoire moralisante que rapporte Pierre-Marie Quittard dans Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des Proverbes .
Cette locution, datant du début du est aujourd'hui tombée en désuétude.
Plus bavard qu'une harengère du Petit-Pont, «Plus bavard qu'une commère» Danièle James-Raoul, Claude Thomasset (2008) .