Mel Bonis (ou parfois Mélanie Bonis, née Mélanie-Hélène Bonis le à Paris et morte le à Sarcelles) est une compositrice post-romantique française.
Élève notamment de César Franck et de Charles Koechlin, elle fait partie, à partir du début du , des artistes les plus avant-gardistes en France. Même si elle ne côtoie pas beaucoup de compositeurs contemporains, son style s'apparente à celui de l'un de ses maîtres, Gabriel Fauré, ainsi qu'à d'autres compositeurs comme Franck et Debussy. Elle a aussi un rôle de pédagogue, notamment auprès des enfants.
Compositrice prolifique, elle compose environ deux cents œuvres tout au long de sa vie, favorisant le piano, mais composant aussi pour de petits ensembles instrumentaux et quelques œuvres pour orchestre. Faisant partie de la vie mondaine parisienne, elle est coutumière des salons et pioche dans les œuvres littéraires de ses proches la matière de ses mélodies.
Dans les années 1990, elle est redécouverte par les musicologues allemands Eberhard et Ingrid Mayer. Son arrière-petite-fille, Christine Géliot, tâche de faire revivre, avec l'aide de l'Ensemble Mel Bonis, l'œuvre de son aïeule.
Biographie Parenté Pierre-François Bonis, le père de Mel Bonis, est le fils de deux travailleurs : son père est tisserand tandis que sa mère est blanchisseuse. Il est né à Gentilly le . Il est employé comme contremaître en horlogerie. Il connaît cependant une évolution professionnelle puisqu'en 1878, il est alors présenté comme horloger électricien, puis négociant en 1883 et enfin rentier lors de son décès à Sarcelles, le .
Marie-Anne-Clémence Mangin, la mère de Mel Bonis, est elle aussi issue du milieu ouvrier. Pierre Mangin, son père, est une figure de la Révolution de 1848 et a été le fondateur de l'Association des ouvriers en limes. Elle travaille comme passementière.. Elle s'occupe aussi du foyer situé dans un petit appartement du numéro 24 de la rue Rambuteau, dans le de Paris en 1857, puis au 18 de la rue Montmartre à partir de 1860.
Mélanie Bonis a deux sœurs, Eugénie-Caroline Bonis, née le , et Clémence-Louise Bonis, née le , toutes deux dans le . Clémence-Louise meurt le à l'âge de deux ans, tandis qu'Eugénie-Caroline Bonis grandit et épouse Georges Aboilard, ingénieur civil qui a fait fortune dans le domaine des télécommunications.
Enfance Née le à Paris, Mel Bonis reçoit une éducation religieuse stricte. Sa mère lit notamment à ses deux filles, Mélanie et sa sœur, L'Imitation pour les tout petits, leur inculquant dès l'enfance les principes de la religion catholique. De plus, à l'école, Mel Bonis a de la facilité et du goût pour l'étude bien qu'elle ne tienne pas en place. Elle ressent, très vite, une grande piété et une grande foi qu'elle conserve toute sa vie.
Elle étudie en autodidacte et reçoit des leçons de piano et de solfège à partir de ses douze ans. Jusqu'en 1876, elle travaille sa technique pianistique et déchiffre et joue sans problème. Elle possède sensibilité et finesse, et réussit même à improviser avec une imagination débordante. C'est Hippolyte Maury, professeur de cornet à pistons, qui l'introduit auprès de César Franck. Ce dernier lui enseigne alors le piano en cours particulier puis l'encourage à se présenter aux examens d'entrée du Conservatoire.
Études au Conservatoire de Paris alt=Photographie en noir et blanc de trois quarts face d'une jeune femme (Mel Bonis).|vignette|Mel Bonis, vers 1880. alt=Photographie prise de trois quarts face d'une jeune femme, elle porte un diadème dans ses cheveux.|vignette|Mel Bonis, vers 1883.
C'est le que Mel Bonis entre au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, sans se présenter au jury et par décision du directeur Ambroise Thomas. Elle intègre la classe d'écriture musicale, qui regroupe les cours d'harmonie, d'accompagnement au piano, d'orgue, de contrepoint et de fugue. Elle suit les cours d'harmonie et d'accompagnement au piano d'Ernest Guiraud, la classe d'orgue de César Franck ; elle croise aussi comme professeur Napoléon Alkan, Albert Lavignac, Antoine Marmontel ainsi qu'Adolphe Danhauser et Jules Massenet. Puis la séparation des classes d'harmonie et d'accompagnement au piano la place sous la baguette d'Auguste Bazille. Elle reçoit dès 1880 un premier prix d'harmonie. Bonis suit à nouveau les cours d'Ernest Guiraud, promu professeur des classes de contrepoint et de fugue. Cependant, elle quitte cette classe en 1881, probablement sous la pression de ses parents qui refusent sa relation avec le chanteur Amédée-Louis Hettich.
Dans les classes de composition, Mel Bonis est d'abord soumise au règlement en vigueur depuis 1850 avant de se conformer au règlement de 1878. Elle est l'une des premières femmes à entrer dans les classes de composition, succédant à Athalie Legrain, première femme à entrer en classe d'orgue. C'est dans les années 1860 que les premières femmes entrent en classe de composition, avec Charlotte Jacques, qui entre dans la classe d'Aimé Leborne. En 1878, sous le directorat d'Ambroise Thomas, s'ouvrent pour la première fois de l'histoire du Conservatoire de Paris deux classes d'harmonie pour les femmes. Mel Bonis est lauréate de cette classe et obtient en 1879 le Second prix, puis l'année suivante, le Premier prix d'harmonie.
Mel Bonis est donc l'une des premières élèves d'Ernest Guiraud, en compagnie d'Eugène Piffaretti, Paul-Marie Jeannin et Claude Debussy. Elle est très appréciée, ainsi qu'en témoignent les vœux envoyés par Ernest Guiraud pour l'année 1880 : . Dans la classe d'accompagnement piano, les élèves sont plus nombreux et Mel Bonis n'y est plus la seule femme : l'accompagnent Blanche Sorbier, Françoise Vacher et Marie Archainbaud. En démissionnant, la compositrice interrompt prématurément son cursus de composition. Elle reçoit un second prix d'accompagnement dans cette classe en 1879.
En , son maître Auguste Bazille dit d'elle qu'elle est ..
Carrière de compositrice alt=Trois photographies de Mel Bonis. À gauche, debout, adossée à une balustrade. Au centre, debout adossée à une balustrade, une feuille à la main. À droite, assise, des feuilles à la main.|vignette|Trois photos de Mel Bonis, sans date.
Le premier morceau de Mel Bonis est une pièce pour piano intitulée Impromptu qu'elle signe Mel Bonis : c'est le pseudonyme qu'elle choisit pour ne pas être reconnue comme femme en tant que « compositeur ».. Ensuite, elle écrit deux mélodies en collaboration avec Amédée-Louis Hettich sur deux poèmes de sa main, Villanelle et Sur la plage. Hettich est journaliste à L'Art musical.
Au cours des années 1890, Mel Bonis retrouve Hettich et collabore à sa célèbre collection Les airs classiques. Ils travaillent ensemble : elle compose des mélodies et des chœurs sur les textes du poète et il l'aide à faire valoir sa musique tout en lui ouvrant les portes des grands éditeurs parisiens.
Mel Bonis compose plus que jamais dans les années 1900. La compositrice se concentre maintenant sur la musique religieuse où elle essaie de rencontrer qui s'exprime, par exemple, dans son Cantique de Jean Racine écrit à la mémoire de son fils disparu.
Sa Sonate pour violoncelle et piano est créée lors d'un concert de la Société des compositeurs de musique (SCM) le .
Mel Bonis meurt le et est enterrée à Paris, au cimetière de Montmartre ( division)..
Relations amoureuses et vie familiale Relation avec Amédée-Louis Hettich Mel Bonis rencontre Amédée-Louis Hettich au Conservatoire de Paris en 1879, à l'âge de 21 ans. En , elle envisage de se présenter au concours du prix de Rome, malgré la controverse que provoque son projet : le concours ne sera ouvert aux femmes qu'en 1903. Elle ne participe pas au concours et arrête soudainement ses études . Cela tient au fait que les parents de Mel Bonis ne voulaient plus la voir fréquenter Amédée-Louis Hettich. Si la compositrice est amoureuse de lui, sa famille ne voit pas cette relation d'un bon œil et décide donc de préparer un mariage de convenance avec un autre homme : Albert Domange. Elle épouse ce dernier en 1883 à l'âge de 25 ans, alors qu'il a lui-même . Elle continue cependant de croiser Amédée-Louis Hettich dans les années 1890. De fait, sa liaison avec le poète-chanteur entraîne la naissance d'une fille adultérine, le , Madeleine Quinet née Hettich. Néanmoins, Mel Bonis n'abandonne pas sa fille et se fait passer pour sa marraine pour la protéger et garder un lien avec elle. Elle l'introduit même dans la famille qu'elle a construite avec Albert Domange. Le fils d'Albert Domange et de Mel Bonis, Édouard, tombe par hasard amoureux de sa demi-sœur secrète au retour de la Première Guerre mondiale. Ne pouvant laisser une relation incestueuse s'établir, Mel Bonis leur révèle alors leur lien de parenté : ils sont frère et sœur. Cette révélation reste cependant secrète, et personne d'autre qu'eux trois n'est alors au courant. Édouard épousera une autre femme, Françoise Duroyaume.
Relation avec Albert Domange À l'âge de , elle épouse Albert Domange qui est alors âgé de , deux fois veuf et père de cinq enfants. Albert Domange est un riche entrepreneur spécialisé dans le cuir industriel, il est propriétaire de la maison Scellos, qui devient en 1883 Domange et . Mel Bonis et Albert Domange s'installent dans un hôtel particulier près du parc Monceau, et passent leur temps libre entre la propriété de Sarcelles et une villa à Étretat. Ils ont trois enfants : Pierre, Jeanne et Édouard Domange. Le mari de Mel Bonis meurt le .
Œuvres
alt=Photographie de 1888 représentant Mel Bonis de profil dans un costume de Cléopâtre.|vignette|Mel Bonis de profil en costume de Cléopâtre, 1888. alt=Photographie de 1888 représentant Mel Bonis de face et en pieds dans un costume de Cléopâtre.|vignette|Mel Bonis de face en costume de Cléopâtre, 1888.
Mel Bonis laisse une œuvre importante d'environ deux cents pièces, dont l'essentiel est composé entre 1892 et 1914.
Sa musique, de style postromantique, est bien inscrite dans son époque. Elle est très variée, allant du drame à l’humour, souvent vigoureuse et sensuelle, avec des dépaysements impressionnistes ou orientalistes, toujours très bien écrite et d’une grande sensibilité.
Musique religieuse Mel Bonis ne s'est pas fait connaître de son vivant par sa musique d'Église, qui ne représente que 10% de sa production musicale. Elle reçoit cependant pour sa Prière de Noël les félicitations de son professeur Louis-Albert Bourgault-Ducoudray, qui en est le dédicataire. De même, Alexandre Guilmant, qui est le cofondateur de la Schola Cantorum de Paris, se montre très élogieux envers lAve Maria que compose la compositrice en 1904 : . De plus, son Panis angelicus a été publié dans la revue Sainte-Cécile. Il faut rappeler cependant que Mel Bonis n'a été ni maître de chapelle, ni titulaire d'une tribune d'orgue prestigieuse, même si elle tient occasionnellement les orgues des paroisses d'Étretat et de Sarcelles.
Guillaume Avocat distingue la musique religieuse de la compositrice en deux catégories : d'une part les motets latins destinés à la liturgie, et d'autre part les mélodies françaises destinées au concert ou à un usage domestique. Cependant, les premières œuvres n'ont pas été composées dans le but d'accompagner les cérémonies religieuses, et les mélodies ne s'inscrivent pas dans la tradition du cantique spirituel.