La Tradition de Pierre le laboureur est un ensemble d'environ 14 textes en prose et en vers, écrits entre l'époque de John Ball (mort en 1381) ou de la Révolte des paysans de 1381 et le règne d'Élisabeth (1558-1603) et même au-delà. Tous ces ouvrages mettent en scène un ou plusieurs personnages, le plus typique étant Piers du poème Piers le laboureur de William Langland. Un plus grand nombre de textes, ayant un lien moins évident avec Pierre le laboureur, peuvent aussi être considérés comme faisant partie de la tradition.
Ces textes ont comme principe de se faire l'écho de manière satirique des mécontentements économiques, sociaux, politiques, et religieux, et de s'intéresser aux décisions politiques et à la relation entre les gens du peuple et le roi. À cet égard, ils s'apparentent à des ouvrages tels que The Song of the Husbandman (vers 1340), Wynnere and Wastoure (vers 1353) et The Parlement of the Thre Ages (1375 - 1400). La tradition de Pierre le laboureur a donc contribué à l'émergence de la « sphère publique » pré-moderne. La plupart de ces ouvrages sont anonymes ; beaucoup sont pseudépigraphes par volonté de l'auteur ou du fait d'une attribution tardive erronée. La distinction entre fiction et histoire y est souvent floue.
(Sauf précisions, les dates rapportées ici font référence à l'année où le texte fut écrit.)
À côté des écrits de John Ball, les plus anciennes contributions à la Tradition de Pierre le laboureur sont grandement associées aux Lollards : Pierce the Ploughman's Crede, poème anonyme, Lollard, allitératif, anticlérical et satirique, écrit vers 1395 et imprimé en 1553 et 1561. The Plowman's Tale, aussi connu sous le titre The Complaynte of the Ploughman, un poème lollard écrit aux environs des années 1400, imprimé seul vers 1533-1536 et à nouveau vers 1548. The Praier and Complaynte of the Ploweman unto Christe, un texte sous forme de tract et de prière pour la réforme, en prose, écrit vers 1400. Quelques sources le placent vers 1350, d'autres aux environs de 1450. Il fut imprimé deux fois, vers 1531 et 1532. Richard the Redeless et Mum and the Sothsegger, tous les deux écrits vers 1405, sont généralement considérés comme venant du même auteur et peut-être les deux parties d'un seul travail. W. W. Skeat les attribuait à Langland lui-même. The Crowned King (1415)
Moins directement et consciemment évocateurs de Piers Plowman, nous trouvons ces textes : Jack Upland, une satire lollarde écrite dans les années 1389-1396 Responsiones ad Questiones LXV et Friar Daw's Reply, deux ripostes anti-lollardes à Jack Upland Upland's Rejoinder, une riposte lollarde au Friar Daw's Reply I-blessyd Be Cristes Sonde, parfois aussi mentionné à tort sous le titre de God Speed the Plough
(Sauf précisions, les dates rapportées ici font référence à l'année où le texte fut écrit.)
Beaucoup des textes de laboureurs cités ci-dessus, qui ont d'abord circulé sous une forme manuscrite, ont ensuite réapparu sous forme éditée, avec souvent des modifications dans le texte opérées dans le but de les faire passer pour des textes proto-protestants. Cela est vrai aussi pour les premières éditions de Piers Plowman en 1550 et 1561 par Robert Crowley et Owen Rogers. William Tyndale pourrait (ainsi le pensaient certains de ses contemporains) avoir augmenté la préface de l’édition imprimée de Praier and Complaynte, ce qui aiguisa la plume critique de Thomas More. John Foxe participa grandement à fixer le même texte, avec les quatre éditions de son célèbre Actes and Monuments (Livre des Martyrs) de 1570 à 1610. À l'instar de Jack Upland, The Plowman's Tale se retrouva associé à l'œuvre de Geoffrey Chaucer et fut ajouté par de nombreux éditeurs aux quatre anthologies des textes de Chaucer éditées entre 1542 et 1602. Un ouvrage contenant I Playne Piers which Cannot Flatter, un mélange d'extraits de The Plowman's Tale et des textes nouveaux (datant d'après 1540), fut imprimé en 1550 et attribué à l'auteur de Piers Plowman qui était alors considéré comme inconnu ou bien identifié comme étant Chaucer, John Wycliffe, ou bien Robert Langland. I Playne Piers fut réimprimé par les écrivains puritains Martinistes au moment de la Controverse de Martin Marprelate en 1589. Le texte avait alors été réintitulé, O read me, for I am of great antiquitie . . . I am the Gransier of Martin Mare-prelitte.
Il y eut aussi beaucoup de nouveaux textes produits au qui peuvent être considérés comme faisant partie de la tradition de Pierre le laboureur, tel que The Shepheardes Calendar (le Calendrier des Bergers) d'Edmund Spenser qui met en scène un personnage nommé "Piers" et qui emprunte consciemment des lignes de The Plowman's Tale. Le personnage de Spenser, Colin Clout, qui apparaît dans deux de ses poèmes, est aussi un avatar de Piers dérivé de John Skelton. John Bale considérait Skelton comme un vates pierius - prophète poétique (pierius faisant peut-être allusion à Piers) - le prophète-poète anglais prééminent. Bale appréciait les attaques de Skelton sur le clergé et son ouverture directe concernant le célibat ecclésiastique. Colin Clout (1521) est une des satires anti-Wolsey de Skelton dans laquelle le héros éponyme, un vagabond, se lamente au sujet des hommes d’Église corrompus. Les textes du qui font référence au poème Pierre le laboureur ou au personnage de "Pierre le laboureur" incluent : The Banckett of Iohan the Reve unto Peirs Ploughman, Laurens laborer, Thomlyn tailer and Hobb of the hille with others (British Library MS Harley 207) qui fut écrit en 1532. Dans ce texte, un Protestant nommé Jacke Jolie, cite des réformistes, parmi lesquels Martin Luther, au sujet l'Eucharistie. En face de lui, un Piers catholique défend la doctrine romaine. Jack of the North, un dialogue écrit en 1549. A Godly Dyalogue and Dysputacyion Betwene Pyers Plowman and a Popysh Preest concernyng the supper of the lorde (vers 1550) The Contention...upon David Dycers Dreame par Thomas Churchyard (vers 1551-52) Probablement édité par Robert Crowley, Pyers Plowmans Exhortation unto the Lordes, Knightes, and Burgoysses of the Parlyamenthouse (vers 1550) George Gascoigne dans The Fruites of Warre (1575) et The Steel Glas (1576), utilise mais complique la tradition. Piers devient une figure ambivalente, capable de vice et de rechercher simplement son intérêt personnel ; il n'est plus un personnage pur et idéalisé. Gascoigne fait la satire du clergé et des élites corrompus, mais également des "innocents" laboureurs, les plaintes de ces derniers étant tout autant motivées par des intérêts personnels. Un individualisme rampant transcende toutes les divisions sociales. Probablement édité par Francis Thynne, Newes from the North Otherwise called the Conference between Simon Certain and Pierce Plowman (1579) Probablement édité par William Kempe et Edward Alleyn, A Merry Knack to Know a Knave (1594), une pièce morale de l'époque élisabéthaine tardive dans laquelle Piers Plowman est introduit par l'Honnêteté et se plaint auprès du roi à cause de seigneurs injustes. Quand elle fut interprétée le , une révolte éclata dans le public ; cela entraîna une décision du City Council (conseil municipal) ordonnant que tous les théâtres soient fermés jusqu'en septembre. Une autre pièce, A knack to know an honest man (1596) est probablement une réponse à celle-ci ; elle met en scène des bergers et fut imprimée par John Danter, l'éditeur Thomas Nashe.
Moins directement associés à Piers, on trouve aussi : God Spede the Plough A Lytell Geste how the Plowman lerned his Pater Noster (vers 1510), imprimé par Wynkyn de Worde et mis en circulation dans la période des années 1560 à 1582. Dans cet ouvrage, un prêtre catholique représente l'image d'une religion droite tandis que le laboureur est un ignare près de ses sous. Peut-être qu'une large sympathie pour ce point de vue explique pourquoi Piers Plowman ne fut pas imprimé jusqu'en 1550. Of Gentylnes and Nobylyte: A dyaloge betwene the marchaunt the knyght and the plowman dysputyng who is a verey gentylman and who is a noble man and how men shuld come to auctoryte, compiled in a maner of an enterlude, or the Dialogue of the Gentleman and Plowman... (1525). C'est une œuvre dramatique qu'on appelle souvent (et de manière erronée) Dialogue of the Gentleman and Plowman (le dialogue du Gentilhomme et du Laboureur. Son éditeur, John Rastell, ou John Heywood pourrait en avoir été l'auteur. Dans ce dialogue, le laboureur a le dessus et remporte le débat, argumentant de son mérite individuel basé sur sa vertu intérieure. Dans l'échange, le laboureur fait un examen critique des bases de la richesse de l'aristocratie terrienne. A Proper Dialogue Between A Gentleman and a Husbandman (1529 et 1530), mélange des textes lollards des avec des textes protestants contemporains. The Pilgrim's Tale (dans les années 1530) John Bon and Mast Parson (1547 ou 1548) Barnabe Googe, Eglogs, Epytaphes and Sonettes (1563) The Kalender of Shepardes (vers 1570), traduit du Français par Robert Copland. A Pedlar's Tale to Queen Elizabeth (1578-90?) Une pièce dans laquelle le personnage principal est un laboureur itinérant qui émet une analyse prophétique et satirique et des conseils aux élites traitant des difficultés sociales de l'époque. Death and the Five Alls, une composition moqueuse illustrée, décrivant le laboureur comme le pilier de la société. A Compendious or Briefe Examination of Certayne Ordinary Complaints, d'abord publié en 1581. Réimprimé en 1583 sous le titre de De Republica Anglorum: A Discourse on the Commonwealth of England. Attribué à Sir Thomas Smith tout comme à William Stafford et John Hales. Il parle d'Histoire et des conditions économiques sous le règne d'Edouard VI. Il dépeint un homme, fermier et marié, se plaignant dans un dialogue avec un docteur qui lui dit de remettre en question ses vieilles conceptions au sujet de l'économie agricole. On y trouve les grandes lignes de la hiérarchie sociale anglaise d'alors : 1) les gentilshommes, 2) les citoyens et les bourgeois, 3) les yeomen, et 4) la quatrième catégorie de gens qui ne commandent pas. Il affirme l'opinion orthodoxe qu'il n'appartient pas aux gens du commun de discuter ou d'influencer les affaires publiques et la politique ; ils sont politiquement dés-affranchis dans un système paternaliste qui est néanmoins concurrencé par la prise de conscience de leur pouvoir même quand il est dénié. Le yeoman commun est identifié comme distinct de la populace ; c'est le yeoman qui forme la base de la société et de l'économie anglaises. Toutefois, il ne peut être comparé à un gentilhomme sur la base de l'esprit, de la conduite ou du pouvoir. Les Yeomen sont nombreux, obéissants, forts, capables d'endurer la dureté, et courageux. (C'est-à-dire qu'ils font d'excellents, loyaux et patriotiques conscrits.) An Almanac for 1582 prédit que les gens du commun seront factieux... querelleurs, impatients, et outranciers, l'un enviant l'état et la position de l'autre: comme le pauvre avec le riche, le laboureur avec le gentilhomme." John Harvey, A Discorsive Problem concerning the Prophecies, How far they are to be valued, or credited, according to the surest rules, and directions in Divinitie, Philosophie, Astrologie and other learning (1588) expose que, "For how easily might I heer repeate almost infinite examples of villainous attempts, pernitious uprores, horrible mischeefes, slaughters, blasphemies, heresies, and all other indignities, and outrages, desperately committed, and perpetrated through means of such inveterate, and new broched forgeries. . . . neither shal I therefore neede to ransacke Pierce Plowmans satchell; nor to descant upon fortunes, newly collected out of the old Shepherds Kalendar..." Richard Harvey, Plaine Percevall the Peace-Maker of England (1590), Percevall, un homme simple usant de bon sens, s'attaque à tous les anti-Martinistes, il cherche cependant à faire cesser la controverse.