est une séquence de la liturgie catholique. C'est initialement un chant monodique, composé assez vraisemblablement au . Il s'agit d'une des rares séquences formelles et, avec une bonne popularité, encore en usage jusqu'à nos jours. Celle-ci se consacre notamment au dimanche de Pâques d'après son texte.
Texte Latin Français Les manuscrits les plus anciens ne portent pas Amen ni Alléluia, bien qu'ils se trouvent dans un certain nombre de partitions, étant donné que la séquence accompagne l'Alléluia.
Historique Séquence
Lors de la composition du chant grégorien, ce dernier fut strictement composé selon le rite romain, plus précisément le sacramentaire. Mais, à partir du , de nombreux chants furent ajoutés au répertoire, afin d'enrichir celui-ci et surtout de répondre aux besoins de la liturgie locale. C'est pourquoi un grand nombre de chants liturgiques supplémentaires, normalement non bibliques et plus littéraires, furent composésp. 17 : « De le moment où nous pouvons suivre la trace du chant grégorien, nous le voyons vivre et donc se modifier : il se développe et en même temps se corrompt sous quelques aspects. En effet, des textes nouveaux, très souvent non bibliques, se rencontrent déjà, avec leurs mélodies notées en neumes purs, dans les manuscrits du . Les uns font partie intégrante de la liturgie : ce sont des pièces et des messes nouvelles, qui viennent enrichir le répertoire ; les autres sont des adjonctions de différents genres qui viennent se greffer sur les anciennes pièces chantées. Dans cette catégorie se trouvent les Tropes, les Séquences et les Proses (Prosules), et aussi les pièces « farcies » de l'Ordinarium Missæ, notamment les Kyrie. ». Parmi eux, uns des chants les plus anciens et bien identifiés sont les séquences de Notker le Bègue († 912). Cependant, il s'agissait des œuvres plus primitives, car ces chants avaient pour but de faciliter la pratique de longs mélismes d'Alléluia. D'où, à partir du milieu de ce , les séquences de Notker étaient, de plus en plus, remplacées par d'autres, plus sophistiquées. Entre Notker et Adam de Saint-Victor, la Victimæ paschali laudes est un des exemples intermédiaires, composés dans cette optiqueRichard Hoppin, La musique au Moyen Âge p. 196 - 197, 1991.
Origine de la séquence Victimæ paschali laudes Chant grégorien Nouvelle séquence dans le nouveau genre, mais la Victimæ paschali laudes avait exactement sa racine dans le rite romain. Il est assez vraisemblable qu'un chant grégorien inspirait l'auteur. Il s'agit du verset d'Alléluia Pascha nostrum immolatus est Christus, alléluia , qui se trouve dans tous les manuscrits grégoriens les plus anciens, même ceux du Académie de chant grégorien, Pascha nostrum immolatus, ce qui suggère encore que l'origine peut remonter au rite romain plus ancien (chant vieux-romain).
Manuscrit de Cambrai vignette|upright=1.1|Au , cette séquence était pratiquée lors de Pâques à l'abbaye Saint-Vaast près d'Arras.Voir Bibliothèque municipale de Cambrai, manuscrit 75, folio 127v .Il est à noter que son fondateur et abbé laïc s'appelait Wido. Quant à la séquence Victimæ paschali laudes, un manuscrit du indique qu'elle était déjà chantée solennellement lors de la célébration de Pâques. Il s'agissait de l'abbaye Saint-Vaast près d'Arras de laquelle le manuscrit est conservé à Cambrai (bibliothèque municipale, manuscrit 75)Christian Meyer, Le répertoire des proses de l'abbaye de Marchiennes, p. 2, 2016 . Il s'agit d'un précieux témoin, car, il contient déjà le dialogue « Dic nobis, Maria » et « Sepulcrum Christi », qui ne se trouve dans aucun manuscrit de cette dateCompte-rendu de Pierre Le Gentil pour Richard B. Donovan, The Liturgical Drama in Medieval Spain, p. 99, 1960 . Il est donc probable que le Cambrai 75 est une copie proche de la composition originale. Manuscrit en bon état, la notation en neume français et sans lignesYves Chartier, L'œuvre musicale d'Hucbald de Saint-Amand, p. 33, 1995 conserve sa mélodie qui ressemble à celle de nos jours mais qui n'est pas identique. Par ailleurs, sur ce folio 127v, on ajouta successivement deux Alléluias, dont le deuxième est celui de neume sangallien. Le neume de l'Alléluia qui se trouve sur le folio précédant aussi est plus développé. Il est cependant difficile à savoir si cette séquence est une copie d'un manuscrit plus ancien.
Manuscrit d'Einsiedeln C'était au que Dom Gall Morel, bibliothécaire, découvrit un autre manuscrit important, dans son abbaye territoriale d'Einsiedeln, mentionnant le nom de Wipo comme auteur : « La séquence de Pâques de Wipo, que nous possédons, a, dans notre manuscrit, la même mélodie que celle usitée aujourd'hui dans les églises catholiques, avec plus ou moins d'alternations. La forme mélodique a les proportions des vieilles séquences de Notker, et elle est soumise aux mêmes règles. Le chant est divisé en neuf versets, dont le premier, Victimæ paschali, a une mélodie particulière ; le deuxième, Agnus redemit, et le troisième, Mors et vita, ont la même forme mélodique ;... ». Auparavant, l'auteur de Victimæ paschali était attribué à Notker, au roi de France Robert le Pieux ou à Adam de Saint-Victor. À la suite de cette découverte, Dom Anselm Schubiger étudia intensivement ce manuscrit 366 en fragment, que Dom Morel avait réussi à nettoyer et à restaurer. Son étude (1858) fut tenue dans les deux domaines, analyse en détail de l'œuvre et approfondissement de la vie de Wipo, mentionné. D'après Dom Schubiger, cette séquence avait été composée à la base de celle de Notker, avec une continuité, tandis que le manuscrit assimile à la mélodie fixée par la Contre-Réforme et actuellement en usage. Le chercheur bénédictin établit également une biographie de Wipop. 7 - 21. Ce qui reste certain est que le manuscrit était copié à la fin du ou au début du siècle suivant, que la notation ancienne indique.
Auteur
L'étude de Dom Schubiger présentait qu'il faut écarter toute l'attribution précédente, Notker, Robert le Pieux et Adam de Saint-Victor ainsi que la possibilité d'Hermann Contractp. 6 - 7. Enfin, il conclut que l'auteur était ce Wipo (de temps en temps présenté comme Wipon, Wippo ou Wigbert)p. 6 : « la particularité la plus remarquable que présentent ces manuscrits, c'est que la plupart sont signés des noms de leurs auteurs. Ainsi, on y voit un Gloria in excelsis du pape Léon (Leonis Papæ), une séquence de la Sainte-Croix d'Hermann Contract (Herimanni), une autre de beata Virgine Maria du moine Henri (Henrici monachi), un morceau profane avec ce titre : Versus atque notas Herimanus protulit istas ; et enfin notre séquence, Victimæ paschali laudes, signé Wipo. ».
Cette attribution était parfois contestée ou déclarée incertaineRichard Crocker (professeur émérite de l'université de Californie à Berkeley) : incertain / John Julian : contestation avec manuscrits plus anciens (CH-SGs340 et Bnf latin 10510) Université d'Oxford. Ainsi, on mentionne le manuscrit latin 10510 de la bibliothèque nationale de Paris (graduel de l'abbaye d'Echternach ), qui peut être trop ancien pour que Wipo soit l'auteur de la séquenceÉditions Canterbury Press, 2013 . Ce désaccord commença déjà en 1892 par John Julian, qui remarquait l'existence de ce graduel (ainsi que manuscrit 340 d'Einsiedeln selon lui) et l'absence d'attribution pour Wipo dans tous les autres manuscrits. Or, Wipo († vers 1050Data Bnf) restait, dans son étude, le dernier candidat dans la liste, parce que John Julian aussi considérait qu'il n'y a aucune possibilité pour d'autres personnages auxquels la tradition attribuaitJohn Julian, A Dictionary of Hymnology, p. 1222 - 1224, 1892 . Selon Julian, ces manuscrits auraient été copiés au moins 20 ans auparavant avant que Wipo ne puisse commencer sa carrière de composition. Or, de nos jours, le manuscrit latin 10510 date du (BnfArchives Bnf) ou entre 1051 et 1081 (Centre des monuments nationauxCMN). Le manuscrit Eisiedeln 340, quant à lui, ne se trouve plus.
La bibliothèque nationale de France reste prudente : « Attribué à Wipo par A. SchubigerData Bnf. » Toutefois, cette attribution est de nos jours admise par la plupart des chercheurs, y compris le Dictionnaire de la Musique de Michel HugloData Bnf (1976)Pierre Wagner 1904 Karl Breul 1915 Théodore Gérold 1936 Joseph Szövérrffy 1961 Michel Huglo 1976 Élisabeth Pinto-Mathieu 1997 Therese Bruggisser-Lanker 2009 Paul-André Bempéchat 2017 .
Manuscrit d'Utrecht En ce qui concerne la composition musicale, il faut remarquer le dit Utrecht prosarium, ou avec le titre entier, Liber sequentiarum ecclesiæ capitularis Sanctæ Mariæ ultraiectensis saculi XIII, manuscrit 417 de la bibliothèque universitaire d'Utrecht du Éditions DoblingerNotice BnfAmici Cantus Gregoriani, Tijdschrift voor gregoriaans, 1991 . Il s'agit encore du livre de séquence en neumes et en monodie, mais qui est publié dans le catalogue des Éditions Doblinger, pour l'exécution. Cela était également le manuscrit de livres de chant le plus ancien dans cette région qui connaissait tant la tradition de Notker que les séquences d'AquitaineCalvin M. Bower, The Sequence Repertoire of the Diocese of Utrecht, 2003 .
Par ailleurs, l'existence de ce manuscrit suggère un lien avec Wipo, car l'empereur Conrad II le Salique décéda à Utrecht en 1039. Wipo était son prêtre et chapelain. À la suite de ce trépas, il composa un chant de deuil duquel le texte seul reste aujourd'hui. Celui-ci en onze strophes manifeste son talent de compositionp. 11 - 15Karl Breul, The Cambridge songs, p. 78, 1915, Cambridge University Press .
Évolution avant le concile de Trente Un autre manuscrit important est le codex Las Huelgas de Burgos dans lequel la prose (séquence) ou hymne Victimæ paschali à deux voix se trouve dans le folio 54v. Le manuscrit est du Notice Bnf. La composition était évoluée en tant que polyphonie primitive.
L'usage de cette séquence dans le répertoire d'Utrecht indique qu'elle y possédait une grande popularité. Il semble que non seulement à Pâques mais également après cette fête jusqu'au , on chantât cette séquence. Car, en dépit de grandes fêtes sanctorales de cette période, telles saint Georges (le ), saint Marc (le ), aucune autre séquence ne se trouve dans le Libri ordinarii. On peut considérer, en raison de célébrité de la Victimæ paschali, d'autres séquences sanctorales étaient remplacées par celle-ciRené Ernst Victor Stuip, The Sequence Repertoire of the Diocese of Utrecht dans Meer dans muziek alleen, p. 60 et 66, 2004 . D'ailleurs, le manuscrit 546 de l'abbaye de Saint-Gall (vers 1507) aussi indique que cette séquence était chantée entre l'octave de Pâques et l'Ascension.
De surcroît, la rubrique présente beaucoup plus d'usageUniversité de Waterloo : Marci Evangeliste (le , voir ci-dessus), ad vesperes prosa (vêpres), feria tertia (mardi [de Pâques]), feria quarta (mercredi [de Pâques]) et le reste.
Ce phénomène explique pourquoi, à la Renaissance, assez nombreuses compositions de Victimæ paschali étaient effectuées. En résumé, on chantait, au Moyen Âge, cette séquence très fréquemment.
Toutefois, le texte de séquence connaissait beaucoup de variantes. Ainsi, une version métrique était également en usageJoseph Szövérffy, L'hymnologie médiévale : recherches et méthode, p. 400 :
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