Sigrid Undset est une femme de lettres et romancière norvégienne, née le à Kalundborg (Danemark) et morte le à Lillehammer (Norvège).

Elle est connue pour ses œuvres situées au Moyen Âge, dont la trilogie Kristin Lavransdatter, suivant la vie d'une Norvégienne au et explorant entre autres les thématiques de foi religieuse. Ses récits décrivant la vie nordique au Moyen Âge lui valurent le prix Nobel de littérature en 1928.

Prenant une place remarquable dans la littérature norvégienne de l'entre-deux-guerres, elle est l'auteur de trente-six titres romanesques, de dizaines d'essais et de centaines d'articles.

Enfance et premiers pas dans la vie adulte Sigrid Undset est la première fille des trois filles d'Anne-Charlotte Gyth et de Ingwald Martin Undset. Elle est née en 1882 à Kalundborg, au Danemark, mais ses parents s'installent en Norvège dès qu'elle a deux ans. Elle grandit dans la ville de Kristiania, dénommée désormais Oslo. Sa mère est une Danoise. Son père, Ingwald Undset (1853 - 1893) est un archéologue. Pour ses recherches, il voyage constamment à travers l'Europe. Après 1882, il voyage moins et opte pour un poste d'assistant au musée des Antiquités, dépendant de l'université de Kristiania. Ce père s'occupe de ses filles et marque l'enfance de Sigrid par son dévouement paternel, sa gentillesse et le soin qu'il porte à son éducation précoce. Il lui inculque les valeurs traditionnelles et les qualités persévérantes de la recherche. Très jeune, il lui fait découvrir par le concret l'enquête archéologique. Elle se familiarise également avec la collection d'antiquités dont son père est responsable, et est initiée à l'historiographie critique des sources et à une vision critique et scrutatrice de la science. C'est de lui qu'elle hérite aussi d'une passion pour l'histoire médiévale. À huit ans, ses parents scolarisent Sigrid Undset à l’école de l'éducatrice Ragna Nielsen

thumb|Sigrid Undset vers . Malade, alité ou en fauteuil roulant, son père reste un repère constant pour la famille. Il meurt alors qu'elle a onze ans. Le choc de la disparition du père en 1893 est brutal : Sigrid, ressentant un vide, se refermeCette période de sa vie est décrite dans le roman autobiographique intitulé Onze ans.. Sigrid a une amie, Emma avec laquelle elle joue au théâtre de marionnettes, puis rédige un journal périodique Le trèfle à quatre feuille. Mais elle est une élève renfermée, selon ses propres termes trente ans plus tard. La nécessité économique la force à mettre un terme à des études longues. Méfiante également à l’égard des connaissances scolaires, elle choisit de quitter l’établissement de Ragna Nielsen à l’âge de . Il lui faut apprendre un métier rentable et gagner sa vie. Grâce à son bon niveau, elle intègre le lycée professionnel, mais elle en sort sans motivation un an après. Sa mère maintenant désargentée lui fait prendre un emploi de bureau à , en 1899.

Une employée de bureau devenue écrivain Sigrid Undset est employée de bureau au sein d'une firme électrique allemande, AEG de 1899 à 1909. Elle vit dans la banlieue d'Oslo. Le jour elle apprend à s'adapter à la rigoureuse discipline de bureau et devient une dactylographe virtuose. Elle a la possibilité d'observer de près le milieu de la ville d'Oslo, de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie qui va constituer le contexte de plusieurs de ses œuvres futures. Elle lit et écrit pendant ses nuits.

Elle tente de publier ce qu'elle écrit. À , elle soumet un premier manuscrit Aage Nielsson d'Ulvholm, un roman sur l'époque médiévale danoise à un éditeur danois. Refus net et sec, avec un conseil catégorique : . Alors, elle écrit la première version de Fru Marte Oulie, Madame Marthe Oulie, l'histoire d'un mariage. Ce court roman, de , commence par cette phrase :

En 1907, elle tente à nouveau de trouver un éditeur et propose à la publication ce journal désabusé d'un mariage. Les éditions Ashehoug rejettent dans un premier temps ce manuscrit. Nullement découragée, elle demande l'intervention de l'auteur reconnu Gunnar Heiberg auprès de cette maison d'édition qui accepte finalement le manuscrit. C'est un succès auprès du public et de la critique norvégienne, pour cette jeune femme de .

Les romans et sa position dans le champ littéraire La jeune femme est découverte par le public et les éditeurs s'empressent alors de publier un recueil de nouvelles en 1908, L'Âge heureux, consacré aux femmes solitaires qui travaillent et rêvent au prince charmant. Elle prend position sur l'affaire Hans Jaeger et condamne l'amour libre, s'inscrivant dans les traces des Grands anciens de la littérature norvégienne. Le succès enfle en 1909. Reconnue par ses pairs et par l'état norvégien qui lui offre une bourse de voyage, la jeune femme quitte son métier de secrétaire, mettant un terme à une activité d'une décennie. Elle traduit en norvégien une saga islandaise narrant l'histoire de Viga-Ljot et Vigdis qu'elle adapte aussitôt sous une forme romancée. Vigdis est enlevée par un marin Viga Ljot à son ami Kare. Viga abandonne sa captive désespérée qui, accablée de solitude, accouche d'un fils puis l'éduque à venger son honneur par le sang. Sigrid Undset dispose désormais d'une bourse de voyage en Europe, qu'elle met à profit d'abord au Danemark puis en Allemagne, et est irrésistiblement attirée par la découverte de l'Italie et surtout de la ville d'art et d'histoire emblématique de Rome où elle restera neuf mois.

On peut distinguer dans l'œuvre de Sigrid Undset deux sortes de romans souvent conçus de façon parallèle ou concomitante : les romans contemporains qu'elle appelle romans de nos jours, le premier est publié en 1907. Elle dénommera genre licencieux ceux de 1907 à 1918, après sa conversion catholique ; Les romans historiques : le premier, Vigdis la farouche est publié en 1909.

En 1910, elle publie Jeunesse.

En 1911, son roman Jenny fait scandale. Il raconte la destinée d'une jeune Norvégienne, l'artiste peintre Jenny Winge, étudiante à Rome et fréquentant la bohème norvégienne locale. Elle y rencontre un étudiant en archéologie norvégien, Helge, auprès duquel elle découvre l'amour fusionnel à . Mais une fois rentrés en Norvège, le jeune amant perd le charme romain. Alors Jenny comprend sa méprise et se jette avec la même fougue dans les bras du père de Helge, peintre raté, sentimental et beau parleur dont elle tombe enceinte. Elle s'enfuit en Allemagne, mais la mort de l'enfant mis au monde la plonge dans le désespoir, et elle se suicide quelque temps après. Le roman suscite le scandale car la dernière liaison y est décrite comme normale. Mais l'œuvre au-delà du rejet des tabous est une interminable discussion sur l'art, la vocation et la soif d'absolu. Elle connaît un ample succès, même si ce récit indigne les milieux conservateurs et moralisants et heurte également les féministes. Le thème mélodramatique de ce roman colle à la demande littéraire scandinave du moment. Il fait également écho au voyage en Italie qu'elle a effectué après son premier succès littéraire. Rejoignant quelques compatriotes artistes norvégiens, la sérieuse Sigrid Undset a en effet rencontré à Rome un peintre renommé, Anders Castus Svarstad. Anders Svarstad a treize années de plus qu'elle, il est marié et père de trois enfants. Sa compagne est restée avec eux en Norvège. Comprenant que leur intimité romaine peut être dévoilée par de multiples indiscrétions, les deux amants s'enfuient à Paris et entament une vie commune. Elle est désormais amoureuse du peintre et de sa peinture. Après trois années d'insistance, elle finit par obtenir le divorce du couple chancelant. Anders, à peine divorcé, et Sigrid, enceinte, se marient en Belgique en 1912. Après six mois de lune de miel à Londres, ils retournent conformément au souhait maternel à Rome. Elle accouche en du petit Anders dans cette ville, puis ils rentrent à Oslo. Désormais, elle vit dans l'appartement de son époux, avec les trois enfants du premier lit. Elle reprend avec vigueur le métier d'écrivain qu'elle n'a jamais abandonné, et s'affirme en polémiste redoutable et en conférencière douée.

Printemps, son roman sur l'union de l'homme et de la femme, formant un couple stabilisé par la création rituelle d'un foyer ou voué à l'éphémère ou à la destruction, paraît en 1914. La trame du récit montre différents aspects de l'évolution de couples en crise. C'est l'occasion d'un premier règlement de comptes par écrit de la jeune mère Sigrid Undset, qui se sent déjà délaissée par son mari artiste, insouciant et volage. Les personnages qui font office de fil conducteur, Rose Wegner et Torkild Christiansen, amis d'enfance, s'unissent. Après la naissance d'un enfant mort-né, Rose éprouvée perd la direction de son foyer malgré l'amour de Torkild. Le couple se sépare avant de se retrouver dans une ultime fin heureuse et imprévue, petit hymne à l'amour retrouvé. La naissance d'un autre enfant, Charlotte, est une source d'angoisse maternelle. Le bébé souffre de crises de convulsions inexpliquées, en réalité un handicap mental est révélé plus tard, très analogue à celui du second fils du géniteur.

Sigrid Undset participe avec fougue aux débats de la société norvégienne. Elle relève les premières conséquences de la Grande Guerre, une perte démesurée des repères moraux. Elle déplore une dégradation morale planétaire. Depuis 1916, consciente de ses responsabilités, elle accueille les trois enfants du premier mariage. Il y a des heurts, mais elle essaie de reconstituer avec énergie un foyer. Si elle comprend le désarroi des adolescentes, elle admet de moins en moins la désinvolture d'Anders qui ne la désire qu'en maîtresse occasionnelle, sans enfant et seule. Il ne l'aide pas, ni par l'argent ni par le réconfort. Elle se retrouve accablée, comprenant la souffrance de la première épouse, abandonnée à ses responsabilités par un époux plus individualiste.

Les filles d'Anders se révoltent contre leur belle-maman jugée autoritaire. En 1919, épuisée et de nouveau enceinte, Sigrid Undset part en voiture se reposer avec ses seuls enfants dans une maison louée, surplombant Lillehammer, à l'entrée de la vallée du Gudbrandsdal où elle aime marcher. Mais elle ne peut se résigner à revenir dans l'appartement conjugal. Ils se séparent en . En , elle met au monde un troisième enfant, Hans. Le père, prévenu, n'est pas là. C'est plus tard au cours de l'été que le mari rend visite à sa seconde épouse et à ses trois enfants. Mais elle sait déjà qu'elle n'a plus qu'eux et la littérature.

Les nouvelles de l'auteur dépeignent l'existence humaine dans le cadre triste des banlieues nées des mutations des transports du . La notoriété de l'écrivaine est acquise au sortir de la Première Guerre mondiale dès 1919, au sein du monde scandinave et au-delà. Le souci de plaire et de s'adapter à son public, perceptible dans ses premières œuvres, disparaît graduellement. Après août 1919, elle fait mieux connaître ses opinions par un recueil d'articles déjà publiés de façon plus confidentielle, Le point de vue d'une femme, et s'apprête à approfondir son message littéraire.

Des thèmes sont récurrents dans ses romans : les remords et les reproches que la femme moderne doit s'adresser à elle-même lorsque les épreuves n'ont pas été surmontées et que la déchéance est là. Il reste toutefois une formidable réserve de combativité face à l'adversité que l'auteur hésite à dévoiler pour mieux décrire le temps présent.

Pour mettre une distance avec la vie des femmes modernes, à commencer par la sienne propre, elle poursuit ses recherches et reconstitue en imagination la vie d'une femme dans les milieux catholiques de la Norvège du . La trilogie Kristin Lavransdatter explore successivement l'amour humain, la maternité et la vie de famille et le service de Dieu, démultiplié par les épreuves terribles du temps de la peste noire. Son héroïne Kristin a besoin d'immenses ressources de combativité :