thumb|Bas-relief: Némésis, Alât le dédicant. Avec l'aimable autorisation du Musée des beaux-arts de Lyon. 'Amr ibn Luhay () est une personnalité importante de la période pré-islamique (jāhilīya) car selon la tradition musulmane, c'est lui qui aurait introduit le paganisme au sein de La Mecque, plusieurs siècles avant l'avènement de l'islam. La tradition peint le personnage comme ayant fait une série de réformes qui seront systématiquement abolies par Mahomet. Les siyar et autres ouvrages de hadiths rapportent que Mahomet aurait dit l'avoir vu traîner ses intestins en EnferRapporté par Abu Hurayra dans le Sahih al-Bukhari.

Présentation de 'Amr ibn Luhay selon les chroniqueurs Selon les chroniqueurs musulmansibn Ishaq, Ibn Ishaq, éditions Al-Buraq. pp.5-70. Beyrouth, (2001). .ibn Kathir, As-Sîra, éditions Universel ; pp. 47-59. Paris, (2007). ., depuis l'époque d'Ibrahim et son fils Isma'il, la Ka'ba était entretenue par les Banu Jurhum, les descendants de Jurhum ibn Qahtan, jusqu'au jour où Khuza'a, originaire du Yémen et progéniteur des Banu Khuza'a, combattit cette tribu dans le but de conquérir La Mecque. La lutte aurait été acharnée et aurait fait de nombreux morts. Ensuite, la quasi-totalité des membres des Banu Jurhum aurait été obligée de fuir La Mecque, à l'exception de ceux n'ayant pas pris part à la bataille. Avant de partir, ils auraient caché le puits de Zamzam, obligeant les nouveaux dirigeants à aller chercher l'eau pour les pèlerins à l'extérieur.

Généalogie de 'Amr ibn Luhay Selon les chroniqueurs, 'Amr faisait partie de la tribu des Banu Khuza'a et était un des chefs de La Mecque. Il en était ainsi depuis cette époque où la ville aurait été conquise. Hicham ibn al-Kalbi, dans Kitab al-Asnam (Le livre des idoles), nous raconte que sa mère s'appellerait Fuhayrah et serait soit la fille d'un dénommé 'Amr ibn al-Harith, soit la fille de Qam'ah, elle-même fille de Mudad al-Jurhumi (c'est-à-dire de la tribu de Jurhum)ibn al Kalbi, Kitab al Asnâm, (Le livre des idoles). Texte en arabe depuis le manuscrit unique de la Bibliothèque de Ahmed Zaki Pacha. Imprimerie Bibliothèque égyptienne, Le Caire, (1924). p.64.. Selon un hadith, son père était Luhay ibn Qam'ah ibn Khindif et appartiendrait aux Banu Ka'bRapporté par Abu Hurayra dans le Sahih Muslim, hadith n° 5096, disponible en français sur hadith.al-islam.com. :

Les réformes de 'Amr ibn Luhay Importation des idoles de la Mecque depuis le nord Selon Claude Addas, ce serait à partir du milieu du de notre ère que les pierres constituant des répliques de la pierre noire lors des voyages en dehors de la Mecque seraient devenues idoles, et de plus en plus fabriquées en bois, au lieu de pierre. Cela, après que 'Amr ibn Luhay importe Houbal, et puis d'autres idoles d'al-Balqâ vers la MecqueClaude Addas, article Idoles in M.A. Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p.408-409. (Selon Claude Addas, les idoles informes de la Mecque seraient une transformation progressive de répliques de la Pierre Noire située à la Ka'ba. Elle souligne que selon les rites de la région, les Mecquois transportaient des pierres de la Mecque en quittant la ville pour perpétuer leurs circumambulations. Le lien entre les idoles de la Mecque à la veille de l'avènement de Mahomet avec ces pierres sacrées est évident selon celle-ci.).

Claude Addas retient le récit d'ibn al-Kalbi au sujet de 'Amr ibn Luhay qui aurait importé des idoles anthropomorphes depuis la Jordanie vers la MecqueClaude Addas, article Idoles in M.A. Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p.408-409.. Selon le récit rapporté par Hicham ibn al-Kalbiibn al-Kalbi, Kitab al Asnâm, (Le livre des idoles). Texte en arabe depuis le manuscrit unique de la Bibliothèque de Ahmed Zaki Pacha. Imprimerie Bibliothèque égyptienne, Le Caire, (1924). pp.48 et suivantes., un jour, 'Amr ibn Luhay aurait voyagé vers le pays de Cham, vers al-Balqâ plus exactement. Il se serait rendu là-bas car il serait tombé malade et aurait entendu dire qu'il y trouverait une cascade d'eau chaude qui le guérirait. Selon ibn Hicham : « Il se baigna et fut guéri ». Il y rencontra également un peuple appelé les 'Amaliq, qu'il aurait trouvés en train d'adorer des idoles, ce qui l'étonna particulièrement. Voici un extrait selon Ibn Hicham :

Il leur demanda : « Que faites-vous ? » Ils répondirent : « Ce sont des idoles ! » Il demanda : « Que faites-vous avec ? » Ils répondirent : « Nous les adorons » Il demanda : « Pourquoi ? » Ils lui répondirent : « Nous leur implorons le secours, et ils nous secourent. Nous leur demandons la pluie, et ils nous la donnent » Il demanda : « Ces idoles vous donnent la pluie et vous portent secours ? » Ils confirmèrent en disant : « Oui, nous le constatons depuis de nombreuses années. » Il demanda : « Pourriez-vous m'en donner une ? »Cité par Nabil al-'Awadhi dans son documentaire sur la sira de Mahomet sur AlWatan TV en citant la parole de Ibn Hicham..

Ils lui en auraient donnée une, Houbal, qu'il ramena à La Mecque. Ce sera d'ailleurs l'une des idoles que Mahomet brisera lorsqu'il prendra la Mecque en 630. Les Mecquois s'étonnèrent et dirent alors :

« Mais que fais-tu ô 'Amr ? » Il répondit : « c'est une idole que j'ai rapporté du Sham. Nous l'adorons. Nous implorons leur secours, et ils nous secourent. Nous leur demandons la pluie, et ils nous la donnent » Les Quraych dirent : « Quoi ? une idole qui vous secours et vous donne la pluie ? » Il répondit : « Parfaitement ».

La fin du récit est comme suit. Il réussit à convaincre les Quraychites, qui sont présentés comme ayant demeuré jusque-là comme monothéistes depuis le patriarche mythique, AbrahamIbn Taymiyya, Extrait de Daqaiq at-Tafsir, 2/71. Les tribus autour font de même et en fabriquent d'autres. La qui était : « Je répond à Ton appel Ô Allah, je répond à Ton appel. Tu n'as point d'associé ! » change et devient : « Je répond à Ton appel Ô Allah, je répond à Ton appel. Tu n'as point d'associé ! À part un associé que Tu détiens, lui et ce qu'il y a en sa possessionibn Kathir, As-Sîra, éditions Universel ; p.57. Paris, (2007). .». La tradition islamique considère que le polythéisme s'est répandu ainsi parmi les Arabes, des siècles avant l'avènement de la « vraie religion » via le sceau des prophètes d'Allahibn Kathir, As-Sîra, éditions Universel ; p.52-57. Paris, (2007). .Muhammad l’ultime joyau de la prophétie, Sayfiyyu ar-Rahman al-Mubarakfuri, 726 pages, Éditions Maison d’Ennour (2002) . Titre original : ar-Rahiq al-Makhtum (Le Nectar Cacheté).

L'historien Maurice Gaudefroy-Demombynes écrit au sujet de 'Amr ibn Luhay : Maurice Gaudefroy-Demombyne, Mahomet ; Éditions Albin Michel, Paris, 1957 et 1969. pp.40-41. (On rattache à Sin, Haul, qui symboliserait les phases de la lune, de même que Hariman et Rûb. Sûwa était une divinité des B. Hudhaïl à Ruhât près de Yanbo‘, port de Médine. Elle aurait été détruite par ‘Amr ibn al-‘Aç en 630. Yaghût avait été transporté à Djurach dans le Yémen septentrional. Les Tayy, les Hamdân, les Murâd, et les ‘Abd al-Hârith s’en disputèrent la possession par la guerre. Ya‘ûq était vénéré à Khaïwam, près de Çan‘â, par les tribus yéménites Hamdân et Khaulân. Nasr avait son sanctuaire à Balkha, en pays de Saba.). Il écrit également : Maurice Gaudefroy-Demombyne, Mahomet ; Editions Albin Michel, Paris, 1957 et 1969. p. 473..

Le culte de Isaf et Na'ila

D'après Ibn Kathir, ce serait 'Amr ibn Luhay qui aurait également instauré le culte de Isaf et Na'ila, un couple de Yéménites dont le mariage fut refusé par le père de Na'ila. Selon la légende, le couple se donna rendez-vous durant le pèlerinage et, profitant d'un moment où les lieux furent désertés, ils forniquèrent dans la Ka'ba (ou bien à côté), ce qui provoqua la colère d'Allah, qui les pétrifiaClaude Addas, article Safâ et Marwa in M.A. Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p.783.Mubarakfuri, ar-Rahiq al-Makhtum (FR) Maison d’Ennour, p. 331.. 'Amr aurait fait de sorte que les gens oublient ce récit qu'Allah avait donné aux gens comme exemple à na pas suivre, et aurait commandé que la statue de Isaf soit placée sur le mont As-Safa et celle de Naila sur Al-Marwa, en référence à l'histoire de Hajar qui fit l'aller-retour entre les deux monticules afin de trouver quelqu'un qui pourrait donner à boire à Ismaël. Isaf et Naila auraient ainsi été transformés en deux idoles après 'Amr ibn Luhay, par les Quraych.

D'après Claude Addas, « Lorsque le Prophète ; réactualisant le pèlerinage abrahamique, fit savoir aux musulmans qu'ils devaient accomplir le sa'y entre Safâ et Marwa, certains éprouvèrent de la répugnance à exécuter un rite qu'ils croyaient appartenir en propre à la jâhiliyya, le paganisme préislamique » ; car auparavant, ils effectuaient le rite pour les statues de Isa et Naila. C'est pourquoi le verset qui suit est dit avoir été révélé selon les exégètes musulmans :

Réformes alimentaires D'après ibn Kathir, 'Amr ibn Luhay serait également l'instigateur de nouvelles lois par rapport à certains animaux : la Wasîla, la Bahîra, Hâm et la Sâ'ibaibn Kathir, As-Sîra, éditions Universel ; p.52. Paris, (2007). .. Ibn Ishaq explique qu'il s'agit en fait de quatre sortes de chameaux. Le Coran considère cette pratique comme inventée et sans communs fondements avec l'islam :

Ibn Taymiyya a dit à son propos :

L'archéologie et l'histoire des idoles importées à la Mecque depuis le nord

D'après , le récit affirmant que 'Amr ibn Luhay ayant arraché la gestion de la Ka'ba des mains des Jurhum et qui frappé d'une maladie aurait été se rendre près d'une certaine source chaude du côté d'al Balqâ où il aurait été chercher des idoles serait vraisemblableUn article de Thomas Maria Weber dans L'Archéo Théma n° 9 (revue), juillet-août 2010, page 50-51. Archeodenum SAS. ..

D'après l'archéologue, dans la région décrite se trouveraient plusieurs sources thermales correspondant à la description des anciens écrits (abû 'l Walid al-Azqrakî, dans Akhbâr Makka, 31, 58, 73). Thomas Maria Weber écrit : Et de conclure un peu plus loin, au sujet du récit d'al-Kalbî rapportant que 'Amr aurait demandé aux habitants de cette région au sujet de leurs statues :

L'archéologue écrit de même qu'il n'est pas exclu que d'autres « pierres-idoles », nommées « baityloi » par les grecs étaient également parfaitement connues des Nabatéens d'Arabie du Nord, en tant que forme cultuelle primitive, et écrit : Finalement il conclut en écrivant ceci :

Notes et références

Annexes Articles connexes Jahiliya (les croyances anté-islamiques) Histoire de l'Arabie préislamique

Liens externes

Mahomet (1957) par Maurice Gaudefroy-Demombynes sur UQAC (Université du Québec)

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