L'église Saint-Silvin de Mautort est une église catholique romaine située dans le faubourg de Mautort, à l'ouest d'Abbeville, dans le département de la Somme. Construite au siècle, elle est la plus ancienne église de la ville.
Le patronage de l'église est attribué à saint Silvin, un ermite mort dans le diocèse de Thérouanne dont le culte s'est diffusé dès l'époque carolingienne. Elle est la seule du diocèse d'Amiens sous ce vocable. Une relique de saint Silvin y est conservée, attirant sous l'Ancien Régime les fidèles lors d'un pèlerinage organisé chaque année en septembre.
L’édifice fait l’objet de nombreuses transformations au fil des siècles : sa nef est rehaussée et la tour du clocher surélevée au cours du siècle, et des chapelles sont ajoutées, notamment la chapelle de la Vierge, probablement construite au siècle, et la chapelle Saint‑Pierre, du siècle mais remaniée en 1879.
Sous la Révolution, l’église est fermée, son presbytère et le bâtiment lui-même vendus comme biens nationaux, avant d’être progressivement restaurés et dédiés à nouveau au culte. Depuis 1875, elle appartient à la municipalité d’Abbeville. Aujourd’hui, l’entretien et la valorisation de l’édifice sont portés par l’association des Amis de Saint‑Sylvin de Mautort, créée en 1983 et relancée après le vol de mobilier religieux en 2013.
Historiographie Sur l’histoire de l’édifice, nous disposons des observations de l’historien régional Ernest Prarond qui, pour la rédaction de ses Notices sur les rues d’Abbeville, fut amené à visiter le faubourg de Mautort en 1849Prarond ne précise pas l'année durant laquelle il visita le faubourg de Mautort. Cependant, il est possible de la déduire à partir des indications qu'il laisse çà et là dans ses ouvrages. Dans l'historien indique que sachant que dans , il affirme que . et réalisa une description très détaillée de l’église Saint-Silvin. Lors de cette première visite, il fut accompagné du bedeau de l'église et de sa femme et ne rencontra visiblement pas le propriétaire des lieux, M. Prosper-Abbeville de Clermont-Tonnerre. L’historien affirmait alors mais notait à la fin de son exposé sur l’édifice que . En 1854, dans ses Notices historiques, topographiques et archéologiques sur l’arrondissement d’Abbeville, Prarond évoquait de nouveau le bâtiment, décrivant notamment le déroulement d’une vieille cérémonie qui se pratiquait chaque janvier dans l’église, la bénédiction des pains de Saint-Antoine. Peu avant 1884, Prarond fut de nouveau amené à visiter l'église Saint-Silvin, cette fois-ci, probablement en compagnie de M. Louis Tillette de Clermont-TonnerreIl est en tout cas certain que Louis Tillette est l'une des sources principales de Prarond dans ce passage puisqu'il le cite, sans équivoque, à différentes reprises., le fils aîné de Prosper-AbbevilleIl est intéressant de noter que l'ouvrage, composé en grande partie par Charles-Claude de Lefebvre du Grosriez mort en 1818, fut corrigé et publié par Louis Tillette de Clermont-Tonnerre.. Tillette n'était pas inconnu de Prarond puisqu'il avait rejoint la Société d'émulation d'Abbeville en . Il s'était rapidement distingué au sein de la Société d'émulation par la rédaction en 1884 d'un court article intitulé . Après avoir de nouveau examiné l'église Saint-Silvin, Prarond approfondissait l'étude de l’édifice dans sa Topographie historique et archéologique d’Abbeville, en précisant son histoire au cours du et en y ajoutant une liste des prêtres et desservants de l’église de Mautort de la fin du à la deuxième moitié du . En 1907, Roger Rodière s'intéressait à son tour à l'église Saint-Silvin. Celui-ci, qui devait visiter l'ensemble des églises du département, livra une description extrêmement détaillée de l'édifice en y ajoutant ses précieuses connaissances en architecture religieuse. De la même manière que Prarond, il tire nombre de ses informations d'un membre de la famille Tillette de Mautort, René Tillette de Clermont-Tonnerre, le fils aîné de Louis Tillette mort quatre ans plus tôt.
En complément des travaux de Prarond ; qui par ailleurs ne chercha jamais à consacrer une étude entière sur l'église mais réalisa, à la manière d'un Pausanias, une description et un bref historique d'un ensemble de lieux qu'il jugeait remarquablesExemple représentatif, lorsqu'il décrit l'autel dans , il se contente de préciser que la statue de saint Silvin qui la surmonte est en pierre car . À l'inverse, il s'étend bien plus sur dont le style architectural est d'après lui caractéristique de l'époque romane. En outre, il ne s'embarrasse pas toujours de dates précises : dans il utilise l'expression au début d'un nouveau paragraphe pour exprimer un connecteur logique alors qu'il a fait mention de trois époques différentes au paragraphe précédent.; et de l'article de Rodière, une synthèse sur le sujet manque et à l'exception du récent article de Gérard Garçon, nous sommes bien en peine de tracer l'histoire de l'édifice à une période contemporaine.
thumb|300px|center|upright=2|Croquis des différentes phases de constructions de l'église. Toponymie
Saint Silvin, ou Sylvin voire Sylvain, est le patron de l'église de Mautort, celle-ci étant la seule du diocèse d'Amiens à être sous la protection de cet apôtre. L'abbé Fromentin ne fournit pas plus de précision., un pèlerinage avait lieu en l'honneur de saint Silvin chaque mois de septembre à Mautort affirme qu'un doute subsistait sur l'identité de ce saint Sylvain. C'est l'abbé Corblet, en s'appuyant sur les anciens calendriers liturgiques du diocèse, qui a confirmé qu'il s'agissait bien de saint Silvin de Toulouse.. En effet, une relique de ce saint est conservée au sein de l'église. L'abbé Jules Corblet affirme que saint Silvin était un évêque régionnaire, mort à Auchy-les-Moines propose une traduction de la vita de saint Silvin composée, selon la tradition, par un dénommé Anténor, évêque et disciple de saint Silvin, au , puis corrigée au par l'abbesse d'Auchy, Leutwithe. Pour les Bollandistes, saint Silvin n'était pas originaire de Toulouse, en latin Tholosa, mais de Doesburg dans le Brabant, dont le nom primitif était Thosa.. Selon Charles Mériaux, Silvin ne fut pas évêque de Thérouanne, ce titre épiscopal étant une erreur de l'hagiographe Usuard, mais un ermite mort dans le diocèse de Thérouanne et originaire de Toulouse.. Cette erreur fut mise à profit par Folcuin, dans ses chroniques des abbés de Sithiu, pour accroître le prestige des reliques du saint, volées par le comte Arnoul Ier de Flandre au monastère d'Auchy, puis amenées au monastère de Saint-Bertin en 951.
Le diocèse d’Amiens a célébré sa fête, le , jusqu’en 1607. Si dans le martyrologe d'Usuard, de la deuxième moitié du , la fête de Silvin était mentionnée au , le martyrologe d'Adon de Vienne indique la date du . Cette date est fautive : si Adon s'est inspiré des travaux préliminaires d'Usuard, dans lesquels il avait inscrit le jour du , Usuard avait corrigé son erreur après avoir eu connaissance de l'hagiographie de saint Silvin.
Le culte de saint Silvin connut une diffusion précoce et l'ermite bénéficia d'une grande popularité : dès la deuxième moitié du , le saint est mentionné dans les martyrologes carolingiens, tandis qu'aux Xème et s, le saint était régulièrement invoqué par les faussaires pour construire des récits d'autorité ou produire des documents forgés.
Il est possible que cette église ne fut pas toujours placée sous le vocable de saint Silvin. Au au moins, l'église fut possiblement dédiée à saint Séverin, ainsi que nous l'apprend un texte de justice criminel de 1389 du tiré du Livre Rouge de l'Échevinage : : , cité par ..
La bénédiction des petits pains de la Saint-Antoine
Prarond nous donne en 1854 le témoignage d'une fête, la bénédiction des animaux pour la fête de Saint-Antoine, qui avait habituellement lieu dans l'église le dimanche suivant le jour de la Saint-Antoine, donc après le :
Prarond précise que cette tradition n'est pas propre aux environs de Mautort. Tombant peu à peu dans l'oubli, la fête fut un temps ravivée par l'abbé Maurice Cheyns. Elle n'est plus célébrée à Abbeville depuis 1988.
Portrait d'un édifice remanié
D’après Prarond, la date de la fondation de l’édifice n’est pas connue avec précision, l’église ayant été, en certains endroits, remaniée à différentes époques. Il distingue au sein de l’édifice cinq parties distinctes, d'ouest en est : La nef. La tour-clocher. La chapelle de la Sainte Vierge. Le chœur La chapelle Saint Pierre.
Les descriptions de Prarond et Rodière nous permettent de dresser un tableau complet de l'édifice à différentes dates, en 1849, en 1884 et en 1907, et d'en observer les évolutions au gré des travaux menés par Louis Tillette de Clermont-Tonnerre dans la deuxième moitié du et du prêtre Léopold Rançon au début du .
La nef
La nef, orientée vers le village de Cambron, est la partie la plus ancienne encore visible. La façade ouest de l'édifice est caractérisée par la présence à son milieu d'un épais contrefort, percé à la base d'une porte, depuis le . Rodière estime que la disposition de ce contrefort est primitive car il n'aurait pas eu de sens de construire un contrefort aussi imposant en cet endroit s'il était nécessaire d'y ériger l'entrée principale de l'église. En haut du pignon, deux petites fenêtres de chaque côté du contrefort éclairent la nef. Les murs latéraux de l'église, exhaussés et renforcés de contreforts en brique, sont constitués de ce que Rodière qualifie , c'est-à-dire qu'ils sont . Ils sont percés de quatre fenêtres en plein cintre, assez grandes, en ogives obtuses. Celles-ci sont des créations tardives. En effet, lorsqu'en 1849, Prarond visita l'édifice pour la première fois, ces . En 1903, l'abbé Rançon avait mené des travaux, aidé de ses paroissiens, visant à rénover les fenêtres et la porte nord de la nef : elles ont donc été agrandies, repercées et refaites en brique. La corniche surmontant la porte latérale nord est décorée de modillons peu ornés, trois ou quatre étant décorés de têtes de personnages, ce qui est une caractéristique du . Cette corniche reposant sur un mur en appareil régulier, Rodière date du la partie inférieure des murailles de l'édifice.
La tour-clocher
La tour-clocher, du , s'élève au sud de la nef. Elle est dotée de murs de plus d'un mètre d'épaisseur, percés . Les commencements d'une voûte historiée à chaque angle, c’est-à-dire décorée de scènes à personnages, témoignent d'une refaçon du . Garçon estime que cette voûte était gothique, et donc postérieure à la construction du rez-de-chaussée roman. À ses débuts, la tour servait de chapelle puisqu'on y voit encore la piscine romane de cette première construction. Selon Rodière, les contreforts, qui s'élèvent jusqu'au premier étage de la tour, sont du car ils sont trop saillants pour être d'origine. L'appareil de la maçonnerie change au premier étage. De plus, l'étage supérieur a été diminué d'élévation. En effet, au sud et au nord, la base de deux anciennes fenêtres apparaît encore. Et, à l'intérieur de la tour, la muraille forme un encorbellement de trois assises destiné à porter un plancher. La cloche, seule, alors qu'il en existait trois avant la Révolution, date de 1839, d'après la gravure dont elle est ornée : (main) <br/ > <br/ > .<br/ > Il n'y a pas de nom de fondeur.
La chapelle de la Vierge
Dans la chapelle de la Vierge, . Rodière se demande s'il s'agit d'une arcade de retable. D'après Garçon, la chapelle est plutôt du car la corniche est la même à l'intérieur qu'à l'extérieur, ce qui signifie que les modillons et les pierres de l'ancien chœur détruit ont été réemployés pour la construction. La chapelle a donc été ajoutée après l'achèvement du chœur gothique.
Le chœur