La commanderie de Troyes fut l'une des premières commanderies fondée par les Templiers dans ce qui était alors le comté de Champagne avant d'être dévolue aux Hospitaliers. Elle se trouvait au cœur de la ville de Troyes dans l'actuel département de l'Aube.

Les Templiers s'installent à Troyes peu avant le concile de Troyes de 1129 grâce au don de Raoul le Gras de sa grange de Preize. Ils bénéficient alors du soutien des comtes de Champagne et reçoivent rapidement de nombreuses largesses, tant en terres rurales qu'en maisons urbaines, ou encore en rentes financières. Dans la deuxième moitié du , ils s'établissent à l'intérieur de la ville, dans un quartier en pleine mutation urbaine dans lequel transitent de nombreuses richesses avec les foires de Champagne. Au début du , ils possèdent plus d'une cinquantaine de maisons, qu'ils peuvent notamment louer aux marchands pour les foires. En parallèle, ils acquièrent de nombreux domaines dans la région troyenne, que ce soit par donations, acquisitions ou encore à l'aide d'échanges. Dans leur quête de ressources pour financer les croisades, ils exploitent également plusieurs domaines agricoles comme les maisons templières de Serre, de Villiers et de Sancey ou encore les granges de Preize et de Menois.

Le matin du vendredi , les Templiers sont arrêtés partout dans le royaume de France sur ordre du roi . Après un procès de plusieurs années, l'ordre est dissout par la bulle pontificale Vox in excelso fulminée par le pape le pendant le concile de Vienne et l'ensemble de ses biens est dévolu à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, dont la commanderie de Troyes.

Localisation La commanderie était située dans la ville intra-muros de Troyes, alors capitale du comté de Champagne et important carrefour commercial grâce aux foires de Champagne.

Elle a été fondée dans la qui devient alors la , et qui est de nos jours la , dans ce qui maintenant appelé le .

Histoire Fondation Lorsqu'au printemps ou en été 1125, le comte cède son comté à son neveu avant de rejoindre ce qui s'appelle alors la confrérie des pauvres chevaliers du Christ, il le fait très certainement en échange d'un dédommagement conséquent, qu'il doit alors reverser intégralement à cette confrérie pour laquelle il a fait vœu de pauvreté. Bien qu'aucun texte n'atteste de cette donation, elle est probablement à l'origine des acquisitions faites par cette confrérie à partie de la fin de l'année 1127 ou en 1128 dans la région de Troyes, soit avant même le concile de qui verra la naissance de l'ordre du Temple. C'est probablement à cette même période que la fondateur et premier maître de cet ordre, Hugues de Payns, donne une partie de sa terre de Payns et qui sert de base pour la fondation de la commanderie de Payns.

Les premières donations envers l'ordre arrivent vers le concile de Troyes, possiblement même peu avant. Entre 1127 et 1129, un certain Raoul le Gras () et son épouse Hélène font ainsi le don d'une grange et d'un terrain situé à Preize, un faubourg de Troyes, précisant que celui-ci s'étend du chemin à la rivière et qu'il comprend un pré et des vignes. Cette largesse est faite sous réserve d'usufruit, c'est à dire que les Templiers pourront ainsi gérer ces terres et bénéficier de ses revenus avant d'en devenir les propriétaires au décès du donateur. L'original de cet acte est disparu, mais une copie a été retrouvée avec une pancarte de 1143 de l'évêque de Troyes Hatton qui énumère les donations faites aux Templiers sur son diocèse :

Cette charte de 1143 rappelle également le don fait par Raoul et Hélène, qui constitue la base de la nouvelle commanderie :

Développement Une fois l'ordre officialisé par le concile de Troyes de 1129 et les Templiers installés à Troyes, l'ordre commence à recevoir de nombreux dons. Le comte de Champagne donne aux Templiers, entre 1127 et 1151, une rente annuelle de à prendre sur les foires de Troyes. En 1159, son fils le comte confirme ce don et le complète de supplémentaires. Ces représentent la somme de et sont à percevoir chaque année comme suit : sur la tonlieu des foires (un impôt prélevé pour l'étalage des marchandises sur les marchés), sur les bénéfices comtaux de la foire de la Saint-Rémy et sur ceux de la foire de la Saint-Jean.

En 1171, c'est le seigneur qui leur accorde une rente de à percevoir sur ses revenus de la vicomté de Troyes, également liés aux foires de Champagne}. Plus tard, une charte de l'évêque de Troyes Manassès de Pougy de 1186 précise que Raoul le Pesant () et son épouse Agnès leur donnent une maison située rue de la Composte à Troyes, ainsi que de prés à Lescherolles, au finage de Saint-Germain, et de vignes à . Puis, en 1195, Guinebaud de Troyes et sa femme Comtesse leur cèdent contre une rente viagère de à verser à la Sainte Marie-Madeleine jusqu'au décès des donateurs.

La maison du Temple de Troyes est mentionnée dans les archives contemporaines dès 1195 et est basée dans les bâtiments cédés rue de la Composte par Raoul le Pesant. Ces terrains sont alors dans une zone marécageuse où serpentent les eaux de la Vienne. Le nom de rappelle d'ailleurs des terres pourrissantes et marécageuses. Toutefois, l'installation des Templiers à Troyes est contemporaine de l'expansion de la ville vers le sud-ouest. La réalisation du canal des Trévois, alimenté par les eaux de la Seine, permet d'assainir ces terres autour de deux bras de l'ancienne rivière : le Grand Ru et le Petit Ru. Les Templiers sont donc implantés dans la paroisse Saint-Jean, siège d'une des foires de Champagne, à quelques dizaines de mètres de la (actuelle ), une des principales rues commerçantes de la ville.

Réunion avec les Hospitaliers les Hospitaliers avaient en propre à Troyes des maisons qui dépendaient de leur commanderie d'orient. Ils reprirent les biens des Templiers et la chapelle de la commanderie fut reconstruite au Jean Charles Courtalon-Delaistre, Topographie historique de la ville et du diocèse de Troyes, II, 206. Ils réunirent ensuite la commanderie de Payns à celle de Troyes, puis après les ruines dues aux guerres du ils réunirent aussi celles de Bonlieu, d'Orient, du Perchoy, de Rosnay, de Colours en 1469, de La Chapelle-Lasson en 1471. Elle devint ensuite une chambre prieurale jusqu'en 1598 où le titre fut substitué à st-Jean de Latran de Paris. La guerre de partage fit que Colours retrouvait son indépendance de Troyes le .

État Au 3, on peut voir une maison recouverte de tuiles vernissées en écaille qui fut l'ancienne résidence du commandeur au temps des HospitaliersGuide Michelin. Mais il ne subsiste aucun bâtiment majeur.

L'hôtel de la commanderie

Il brûlait en 1524, restait ruiné jusqu'au et fut désigné en 1656 comme étant un grand corps de logis en pierre de taille et un autre corps de logis respondant sur la rue, avec caves, chapelle, greniers, une cour et jardin. Saisie, elle fut vendue comme Bien national. Sur le plan ci-contre : le grand escalier cylindrique sur la gauche (D), desservait les deux bâtiments de la commanderie et l'escalier sur droit (E) dessert la cave. Le lieu (G) sur la rue était la cour de justice de la commanderie et séparé de celle-ci par une palissade. C'est en (K) que se trouvait la chapelle.

Possessions Possessions templières Au moment de la dévolution des biens de l'ordre du Temple à celui de Saint-Jean de Jérusalem, les Templiers étaient parvenus à assembler de nombreuses propriétés dans la région troyenne. Celles-ci sont principalement composées, par ordre chronologique d'acquisition :

Domaine de Preize Les terres de Preize constituent le domaine primitif de l'ordre du Temple à Troyes. Elles sont constituées d'un pré, d'une vigne et d'une grange ainsi que probablement plusieurs bestiaux et ont été données par un certain Raoul le Gras et son épouse Hélène. Une pancarte de l'évêque de Troyes Hatton rapporte que le couple concède également aux Templiers une autre terre située à proximité.

Ces possessions initiales constituent un domaine agricole situé à côté du faubourg de Preize, devant Troyes, d'une superficie d'environ et fermé par des fossés dont l'eau provenait de la Noue Robert, connu alors sous le nom de , avant de devenir successivement ou puis au .

Les Templiers accroissent leur domaine au cours du à l'aide de plusieurs achats ou grâce à différentes donations. Vers 1244, un certain Huot de Preize, alors sur le départ pour Jérusalem, leur fait don notamment de sa maison et de ses dépendances, protégées par un mur. Ce domaine, majoritairement centré sur la Grange de Preize, atteint plus de , avec quelques pièces de terres sur le finage de Barberey-Saint-Sulpice et la Chapelle-Saint-Luc.

Domaine de Sancey Avant 1197, le comte de Champagne fait don à son vassal Vilain d'Aulnay (), fils du maréchal de Champagne , d'une terre à Sancey qui comprend notamment des moulins, bois, terres, prés et eaux ainsi que la justice et seigneurie sur ces domaines. Quelques années plus tard, Vilain fait à son tour don, pour le salut de son âme, de celles de ses parents ainsi que de celle du comte , de tout ce qu'il possède à Sancey à . Deux vidimus de cette donation ont été retrouvés. L'un semble indiquer la date de 1201, mais de manière peu lisible, tandis que l'autre précise 1205. Quant au lieu où elle a été réalisée, certains historiens la situent en Terre sainte alors que d'autres la placent à Constantinople.

Cet acte possède comme témoins les chevaliers champenois Ogier de Saint-Cheron et son frère Guillaume, et son oncle Gui, le chroniqueur Geoffroi de Villehardouin et Geoffroy Putemonnoie ainsi que les Templiers Guillaume d'Arzillières, maréchal de l'ordre et Robert de Chaurville, commandeur de l'ordre à Acre. La liste des témoins permet d'invalider la date de 1201, les participants de la quatrième croisade n'étant pas encore partis, et de consolider celle de 1205. De plus, plusieurs des témoins ne sont jamais allés en Terre sainte tandis que leur présence est attestée lors du siège de Constantinople. Et il est fortement envisageable que les Templiers d'Acre aient envoyé des troupes pour soutenir l'effort de guerre de l'armée croisée, ce qui expliquerait la présence de Guillaume d'Arzillières et de Robert de Chaurville à Constantinople. Cette donation sera confirmée en par Odard d'Aulnay, frère de Vilain et maréchal de Champagne.

En 1209, il est possible que les Templiers aient un différend avec leurs voisines du prieuré de Foicy, mas un accord est rapidement trouvé et l'ordre accorde aux religieuses le droit d'usage dans leur , situé au territoire de Sancey, pour le chauffage de leur four.

Les Templiers ont également querelle avec le comte de Champagne lui-même concernant leur moulin suite à des ruptures de rives sur la Seine entre ce moulin et les Vannes-Tranchines, situées en aval (aujourd'hui le déversoir de Saint-Julien-les-Villas). Un compromis est trouvé en à la suite d'un procès par lequel les Templiers doivent réparer les ruptures de rives dans le bief de leur moulin mais conservent le droit de dériver les eaux de la Seine.

À l'instar du domaine de Preize, celui de Sancey grandit à la suite de différentes transactions ou donations. Une des plus importantes a lieu en 1269 et est l’œuvre d’Émeline Godet, veuve de Droin Godet, maïeur de Sancey pour les Templiers. Outre des terres, vergers et vignes, elle leur cède sa maison d'habitation. C'est sans doute à partir de cet acte que les Templiers s'établissent à Sancey. La première mention de a lieu dans un acte de 1281, mais sous la supervision du commandeur de Troyes, ce qui démontre qu'elle n'avait pas le statut de commanderie et qu'elle dépendant de celle de Troyes.

Domaine de Menois