Le chemin de fer d’Épinac figure au nombre des toutes premières voies ferrées construites en France. À vocation industrielle, il a été sollicité à l'administration des Ponts et Chaussées par la Société « Samuel Blum et fils »La famille Blum appartient à une communauté d’israélites alsaciens d'Oberhagenthal (Hagenthal-le-Haut) dans le Haut-Rhin (Voir David Feuerwerke, L’émancipation des juifs de France de l'Ancien Régime à la fin du Second Empire, Paris, Albin Michel, 1976, pages 442-443 ).
Isaac, installé à Belfort, est propriétaire des forges de Baignes, commune où il décède en 1829. Ses frères David et Samuel s’installent à Dijon en 1791 ; le premier exerce la profession de marchand drapier et mercier, le second celle de négociant (L’ouvrage de S. Bottin, Almanach du commerce de Paris, des départements de la France…, année, Paris, au bureau de l’Almanach, 1820, page 710, dans la partie consacrée au département de la Côte-d'Or, mentionne Samuel Blum « Rouennerie, mousselines, etc., etc. (nég.) »).En 1821, Isaac, avec son neveu et gendre David-Samuel (fils de Samuel), prend à bail du comte Louis de Pourtalès, le haut-fourneau et les forges de Magny-Vernois, le haut-fourneau de Saint-Georges (Athesan) et un moulin à blé à Magny-Vernois. En 1823, à la suite de la rupture d'avec son oncle, David-Samuel reste seul gérant de l’entreprise de Magny-Vernois. La Sté « Blum père et fils » (Isaac et son fils Jacob) poursuit l’exploitation de Baignes.Samuel Blum et ses fils (David-Samuel et Jacob-Samuel) créent, en 1823, une forge à l’anglaise à Pont-sur-l'Ognon suivie, en 1825, d’une usine à fer-blanc (Sur l’usine de Pont-sur-l'Ognon, voir la notice relative à l’usine de transformation des métaux dite forges de Pont-sur-l'Ognon, sur Inventaire et Patrimoine en Bourgogne-Franche-Comté. L’usine de tôle et de fer-blanc est dirigée par Benoît Fourneyron où il met au point sa turbine hydraulique. Le banquier Isaac Thuret est intéressé à l’affaire pour 5/8).En 1826 est créée, entre les deux fils précités et les autres héritiers de Samuel Blum décédé en 1825, la Sté « Samuel Blum et fils ». David-Samuel en est le gérant. La société exploite les établissements de Magny-Vernois, de Pont-sur-l'Ognon, de Mesvrin (commune de Saint-Sernin-du-Bois) qui produit des tôles, de Bouvier qui produit de la fonte, les mines de fer de Servance, appartenant à Pourtalès et La Panouse, et de Calmoutier qui alimentent Magny-Vernois, les houillères de Gémonval et d’Épinac ainsi que la verrerie d’Epinac. En mai 1827, la société achète à Jean Merle, propriétaire à Autin, le domaine Le Curier d’Epinac. La société est dissoute en octobre 1831 (Voir (bibliographie) Françoise Weil, L'aventure industrielle des Blum d'Oberhagenthal (1790-1851)).Voir généalogique de la famille Blum d'Oberhagenthal. pour relier les mines d’Épinac, en Saône-et-Loire, lui appartenant à une gare d’eau sur le canal de Bourgogne à Pont-d'Ouche, en Côte-d'Or.
Il s’agit de la dernière concession de chemin de fer accordée sous la Restauration, après celles de Saint-Étienne à la Loire, de Saint-Étienne à Lyon et d’Andrézieux à Roanne. Comme ses prédécesseurs, ce chemin de fer est conçu pour le transport de la houille mais n’a pas connu le même destin que les trois autres.
Elle était en effet isolée, non reliée à une ligne principale, et ses propriétaires n’ont pas eu les moyens de leur ambition pour créer, à partir de cette voie ferrée, un réseau concurrent à celui de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM), à laquelle elle échut après que l’État eut racheté la concession.
De construction archaïque, le PLM entreprit sa modernisation pour le seul transport de voyageurs et elle devint une portion de la Ligne de Dijon-Ville à Épinac, à une époque où déjà se posait l’avenir des lignes secondaires.
Elle connut ainsi le même sort que nombre de lignes secondaires dans l’entre-deux guerres pour finalement disparaître à l’exception d’une section de 7 km entre Bligny-sur-Ouche (départ) et Pont-d'Ouche exploitée depuis 1978 par le train touristique à vapeur « Chemin de fer de la vallée de l'Ouche ».
Le contexte Rappelant, dans une bien moindre mesure, l’histoire ferroviaire du bassin houiller stéphanois, le gisement d’Épinac, fruit d’une histoire chaotique, se trouva mêlé à un vaste projet ferroviaire irréalisteIl existe dans le département de Saône-et-Loire, un second gisement houiller, celui de La Chapelle-sous-Dun. À l'époque, au lendemain de l'Empire, ces deux bassins houillers (Épinac et La Chapelle-sous-Dun) « n'ont pour la métallurgie locale qu'une importance faible ou nulle » (P. Lévêque (bibliographie), page 201)..
Contexte historique Découvert au milieu du , le gisement d’Épinac est reconnu par un « sondeur », François Rozan, qui commence son exploitation à Résille, près d’Épinac, après autorisation donnée par l’intendant de Bourgogne en 1754. Cependant, le comte de Clermont-Tonnerre, seigneur d’Épinac, fit reconnaître ses droits sur le gisement par arrêt du Conseil, le 28 janvier 1755, dépossédant ainsi Rozan. Il fait appel à l’ingénieur des mines Mathieu qui fait construire des fours à chaux et à brique pour consommer le charbon extrait de la mine, ainsi qu’une verrerie dont la production sert à l’embouteillage des vins de la région. Mais l’affaire est mal conduite et est donnée à bail aux frères Mozer pour dix ans. Le comte de Clermont-Tonnerre ayant été dépossédé à son tour lors de la Révolution, la concession est attribuée pour 50 ans aux frères Mozer par décret le 25 thermidor an XIII (13 août 1805)Louis Gueneau, Les houillères d'Épinac vers 1830, in Annales de Bourgogne, tome 2, 1930, p. 159-170 (sur le site de la Bibliothèque municipale de Dijon).. La concession est devenue perpétuelle en vertu de la loi de 1810[Anonyme] (bibliographie), Mines de houille et Chemin de fer d'Epinac (Saône-et-Loire), ~1830.. Faute de ressources suffisantes, ils cèdent l’exploitation à Jacques-Nazaire Piotet, ancien maître chirurgien devenu officier de santé. Entre 1822 et 1825, l’exploitation est suspendue. En 1826, Piotet revend à la société « Samuel Blum et fils » la concession et dépendances, la verrerie et ses dépendances ainsi que les biens meubles du château. Le 20 novembre 1826 est créée la « Société en commandite pour l’exploitation de la houillère d’Épinac autrement dite de Résille commune d’Épinac »Les associés sont, d’une part, la « Sté Samuel Blum et fils » (10 actions) (composée de la veuve (Annette Aron) de Samuel Blum (né à Oberhagenthal en 1764 - décédé en 1825), de ses fils (David-Samuel [Strasbourg 1793 - ~1845] et Jacob-Samuel [Dijon 1798 – Naples 1848]) et de ses gendres), d’autre part, de Guillaume Saunac (5 actions) et, enfin, de Pierre Rebattu et Louis Morelet (5 actions), négociants. Jacob-Samuel Blum est le gérant de la commandite (Françoise Weil (bibliographie), L'aventure industrielle des Blum d'Oberhagenthal (1790-1851). Également Fonds du tribunal de commerce d’Autun, Archives départementales de Saône-et-Loire, cote 6 U 159 Épinac (page 15 du PDF)).. Par un additif de février 1827, la Sté « Samuel Blum et fils » fait apport à la société en commandite, de la verrerie d’Epinac et ses dépendances. La société est dissoute le 26 novembre 1827. Puis en août 1828, Jacob-Samuel et David-Samuel Blum, représentant la Sté « Samuel Blum et fils », créent avec J. B. de JoannisJean Baptiste de Joannis est chevalier de l'ordre de Saint-Louis, secrétaire du Conseil supérieur de santé au ministère de l'Intérieur (Louis Gueneau (bibliographie), 1931, fascicule 1, note bas de page 39). (parfois écrit pas erreur Joannès) une société en nom collectif « Blum frères, Joannis et compagnie » pour la possession, l’exploitation et la mise en valeur des houillères d’Epinac. Joannis détient 1/8 de la sociétéFrançoise Weil (bibliographie), L'aventure industrielle des Blum d'Oberhagenthal (1790-1851).. Mais leur association est défaite par sentence arbitrale du 3 novembre 1828 et définitivement rompue par arrêt de la Cour royale de Dijon le 16 janvier 1830Voir les visas de l'ordonnance de 1830 relative à l'autorisation du chemin de fer ; sur le site books.google.fr., et sur le site books.google.fr.. Dès la fin de l’année 1828, les démarches s’effectuent au seul nom de « Samuel Blum et fils ».
Contexte socio-économique Comme tout bassin houiller, la mine d’Épinac s’est trouvée confrontée à la question de l’amélioration de ses débouchés notamment par le transport à moindre coût de sa production vers les sites de consommation (industrie sidérurgique et métallurgique) pour faire face à la concurrence. Déjà, au , Mathieu avait envisagé de rendre navigable l’Arroux et de relier la rivière par un canal jusqu’à DijonEn 1831, David-Samuel Blum, au nom de la Sté « Samuel Blum et fis », sollicite de l’administration des Ponts et Chaussées, l'autorisation de réaliser à ses frais des études pour un canal à partir soit de la verrerie d'Epinac, soit du chemin de fer en cours de construction, qui suivrait les rivières de la Dré et de l'Arroux jusqu'à la Loire pour relier la canal de Bourgogne à la Loire et permettre aux mines de la Nièvre et de la Basse-loire de s'approvisionner en combustible dans les houillères d'Epinac à des conditions plus favorables qu'à Saint-Étienne (Françoise Weil (bibliographie), L'aventure industrielle des Blum d'Oberhagenthal (1790-1851)).Le canal serait un complément du chemin de fer en direction de la Loire.. Blum (fils) qui était en relation avec les saint-simoniensPierre-Charles Laurent de Villedeuil (bibliographie), page 141, notice relative à l’opuscule de Fournel intitulé « Du chemin de fer du Havre à Marseille par la vallée de la Marne » daté de 1833, indique que « Blum paraît être l’ami » de Fournel, lui-même administrateur de la Compagnie du chemin de fer de Saint-Étienne à la Loire en qualité de représentant de la Compagnie des fonderies et forges de la Loire et de l'Isère.Par ailleurs, P. Lévêque (bibliographie), page 425, indique que Samuel Blum appartient à la loge maçonnique « Les sept philanthropes » installée à Dijon le 5 novembre 1831 [NB : il ne peut s'agir de Samuel Blum décédé en 1825, mais de ses fils, vraisemblablement Jacob-Samuel Blum ou David-Samuel Blum associés à la Sté « Samuel Blum et fis »]. et comme eux influencé par diverses publications au lendemain de l’Empire de Gallois, . J. J. Dubochet, ., s’intéresse à la question des chemins de fer. À cet égard, Jacob-Samuel Blum écrit deux opuscules relatifs à une ligne joignant Le Havre à Marseille« Chemin de fer du Havre à Marseille, de Strasbourg et Bale à Nantes » par J. [NB : Jacob-Samuel] Blum, Paris (in P.-Ch. Laurent de Villedeuil (bibliographie), page 128, notice ).« Chemin de fer du Havre ou de Dieppe à Marseille par Paris, et de Strasbourg à Nantes » par J.S. [NB : Jacob-Samuel] Blum, Paris (ne se vend pas), mars 1832. Voir commentaire dans l'article du Journal des débats du 28 octobre 1833, page 3.