vignette|alt=Photographie de l'intérieur, la nef vue du chœur de l'église|La nef de l'église. L'abbatiale Notre-Dame de Mouzon est l'ancienne église de l'abbaye de Mouzon, dans les Ardennes en France.
L'évolution de cette abbatiale au Moyen Âge est liée aux reliques abritées en ce lieu, notamment celles de saint Victor et de saint Arnoul. Objet d'un culte ostentatoire, ces reliques deviennent sources de revenus matériels. L'affluence des pèlerins impose la construction de cet édifice, aux , qui s'inspire des premières constructions de style gothique, mais en annonce déjà, par certains choix techniques, une deuxième génération. Les dimensions relativement réduites du lieu, comparé à ces vaisseaux de pierre que sont les grandes cathédrales, permettent aux visiteurs d'embrasser sans peine du regard toute l'enveloppe de l'église, avec à l'intérieur des différences d'intensité dans la lumière donnant du relief aux éléments d'architecture et au mobilier religieux. La présence d'un reclusoir à quelques mètres du chœur de l'abbatiale est également un témoignage de la diversité des formes qu'emprunte alors la vie religieuse en Occident.
Au début du , un orgue y est mis en place par Christophe Moucherel ainsi qu'un maître-autel de style baroque. Lors de la Révolution, le bâtiment est préservé par la commune, malgré la dissolution de la communauté monastique, en devenant l'église paroissiale.
Cette église est cependant l'objet d'une certaine désaffection et d'un manque d'entretien qui la fragilise. Mais elle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques dès l'émission de la première liste des monuments ainsi protégés, la liste de 1840. De 1855 à 1890, elle bénéficie d'une importante campagne de restauration. Ces travaux, souhaités par Prosper Mérimée, sont menés sous la houlette de l'architecte Émile Boeswillwald. Ils permettent de sauvegarder le bâtiment. Néanmoins, la façade occidentale est profondément modifiée.
Histoire Dès le , la cité de Mouzon compte plusieurs églises, rattachées au diocèse de Reims : Saint-Martin à l’intérieur de l'enceinte et Saint-Pierre et Sainte-Geneviève extra muros.
Au , une église Notre-Dame est fondée au sein du premier établissement monastique, réunissant des moniales bénédictines. Dans les dernières années de l'épiscopat d'Hincmar, les reliques de saint Victor sont découvertes à proximité. Cette même période est troublée par des conflits et invasions, notamment en 882 par les Vikings, remontant la Meuse, ruinant la cité, dévastant les bâtiments ecclésiastiques et provoquant le départ des moniales.
Un nouvel archevêque, Herivée, fait restaurer les murs et les bâtiments religieux de Mouzon, entre 900 et 920. Il y installe un collège de chanoines et leur confie les reliques de saint Victor. En 971, Adalbéron, archevêque de Reims, mécontent de cette communauté de chanoines vivant dans un certain désordre, réimplante un monastère avec l'aide de moines bénédictins venant de Thin-le-Moutier, qui se substituent également, dans l'église Notre-Dame, au chapitre de chanoines. Cette réforme est menée rapidement. Les reliques de saint Arnoul, pèlerin assassiné au , sont confiées à cette nouvelle communauté, s'ajoutant à celles de saint Victor. L'un et l'autre de ces saints sont des laïcs qui peuvent répondre à une aspiration populaire à la sainteté.
Par suite de l'affluence des pèlerins venus vénérer les reliques, l'église abbatiale devient trop petiteOn ne sait rien de cette abbatiale Notre-Dame antérieure à l'édifice actuel, si ce n'est que la nef qui en subsistait encore en 1212 a été détruite dans un incendie.. Un mouvement général tend à la même époque à amplifier les chœurs des églises afin d'apporter un cadre plus ample à une liturgie appelée à plus de faste. Ce mouvement touche les abbatiales, notamment celles de Saint-Rémi à Reims, de Vézelay, de Saint-Germain des Prés. Le projet d'édification d'un nouveau chœur et de toute la partie orientale de l'église est lancé au début des années 1190, prenant en compte des approches architecturales innovantes mises en œuvre dès 1130 par Suger pour l'abbatiale de Saint-Denis. Une autre ambition s'ajoute à ce projet et pousse également à agrandir la partie réservée au clergé dans l'église existante : l'archevêque de Reims Guillaume aux Blanches Mains envisage dans ces mêmes années de diviser le diocèse de Reims en créant un évêché à Mouzon. Mouzon est alors la seconde ville de ce diocèse de Reims, devant Mézières, Rethel, Attigny, Rumigny, Épernay, etc., et la transformation de l’abbatiale aurait pu en faire une cathédrale fort convenable.
Pour agrandir cette église existante, le chœur est démoli et reconstruit selon les modèles parisiens ou laonnois, dans ce style qui sera appelé ultérieurement le style gothique primitif. Le projet d'un nouveau diocèse, bien qu'approuvé par le pape Célestin III puis par son successeur Innocent III, est finalement abandonné par l'archevêque rémois quelques années plus tard, à la fin des années 1190, bien que cette première étape de transformation de l'abbatiale de Mouzon ait bien abouti.
vignette|gauche|alt=dessin de l'architecte en charge de la restauration|Plan de l'édifice de 1855, avant restauration, par E. Boeswillwald. Il est difficile de savoir s'il était prévu initialement de prolonger les travaux et de rebâtir un transept et une nef dans la continuité du chevet et du chœur. Mais, en 1212, un incendie éclate, épargne pour l'essentiel la partie nouvelle mais rend nécessaire la reconstruction des parties anciennes. Cette deuxième étape d'édification de l'abbatiale actuelle s'échelonne jusqu'au milieu du , restant dans le style et les proportions du chœur. Les deux tours datent en revanche du , pour la partie hauteLa partie basse des tours est du ., tout en s'inscrivant dans une continuité du style. En 1515 toutefois, des fenêtres de style flamboyant viennent modifier l'éclairage du chœurLes vitraux en sont perdus., s'ajoutant à une verrière dans ce même style flamboyant mise en place au siècle précédent au-dessus du tympan du portail occidental.
Aux , les ajouts concernent davantage l'aménagement intérieur et le mobilier religieux. En 1725, l'orgue est mis en place, construit par Christophe Moucherel et placé initialement dans le transept nord. En , le maître-autel actuel est consacré.
En 1789, la Révolution française met les biens de l'abbaye à la disposition de la Nation par le décret du 2 novembre. Concernant les biens immobiliers, les fermes et les moulins sont vendus aux enchères comme biens nationaux. Toutefois, la municipalité de Mouzon sauve l'essentiel en réservant le cloître à l'usage des vieillards et des malades et en recourant pour l'abbatiale à un changement d'affectation. Une requête est en effet adressée par cette municipalité au Directoire du département pour demander que l'abbatiale devienne l'église paroissiale, sacrifiant l'ancienne église paroissiale aux démolisseurs. Lorsque la constitution civile du clergé est décrétée en et qu'un éphémère diocèse des Ardennes, distinct du diocèse de Reims, est constitué, la même municipalité espère durant quelques semaines que Mouzon soit érigé en siège de ce nouveau diocèse et que l'ancienne abbatiale devienne l'église diocésaine, mais le choix de l’État se porte sur Sedan. En 1793, durant la Terreur, le culte est interrompu, l'édifice est transformé en temple de la Raison, certaines sculptures souffrent de vandalisme. L'autorisation du culte constitutionnel est rétablie en 1795 et la situation religieuse définitivement stabilisée par le concordat de 1801. En 1807, la foudre tombe sur l'église. Manquant d'entretien, lézardé, l'édifice doit faire l'objet pour sa sauvegarde d'une importante campagne de restauration de 1855 à 1890.
Il fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques dès la liste de 1840.
En 1932, la commission des Monuments historiques repousse des projets de vitraux. À postériori, une telle initiative se serait avérée vaine puisqu'en 1940, des obus tombent sur l'abbatiale, faisant voler en éclats les verrières et vitraux en place. Un obus endommage la rosace éclairant la partie sud du transept et un autre crève la voûte, engendrant quelques travaux. Les vitraux sont alors remplacés par du verre blanc ou des verrières sobres aux motifs géométriques très simples.
Architecture générale vignette|alt=Photographie|L'élévation de la nef. La nef, entourée de deux collatéraux, se livre dès l'entrée au regard du visiteur, avec son élévation en trois étages, caractéristique du style gothique primitif. Le niveau inférieur est celui des grandes arcades en arcs brisés, s'appuyant sur des piliers ronds à tailloirs circulaires. Le premier étage est constitué de tribunes, héritées du style roman, qui s'ouvrent par des doubles arcades, sous un arc de décharge à tiers-point. Le deuxième étage est un triforium, un passage qui fait le tour de l'édifice, caractéristique de l'architecture gothique, surmonté encore d'un troisième étage de grandes fenêtres. À l'extérieur, les arcs-boutants, technique récente au moment de la construction, contribuent à la solidité de l'ensemble. Cinq chapelles rayonnantes entourent le chœur et s'ouvrent sur un déambulatoire à cinq pans coupés, donnant à cette partie de l'église une certaine ampleur.
Malgré la durée entre le début de construction du chevet et du chœur et la fin des reconstructions du transept et de la nef, le style au sein de l'abbatiale est relativement homogène. L'édifice est voûté sur croisées d'ogives, avec des voûtes sexpartites dans la nef et quadripartites dans le chœur.
Aucune crypte, subsistant par exemple d'une église antérieure, n'a été identifiée. Il est possible que la mobilité et l'humidité du sol en ait empêché la construction.
Tympan Deux tours carrées entourent le portail. Celui-ci a un tympan du , composé de trois étages de décor sculpté, séparés par des bandes ondulées, évoquant, dans la symbolique médiévale, le ciel. Le premier étage figure, à gauche, la dormition de la mère du Christ et, à droite, le martyre de Victor de Mouzon et celui d'Arnoul de Mouzon. L'étage médian est consacré à trois scènes de la tradition iconographique sur la vie de la Vierge Marie. À gauche, est représentée la Visitation de la Vierge Marie, ou visite qu'aurait rendue Marie, enceinte du Christ, à sa cousine Élisabeth, enceinte de Jean Baptiste. Au milieu, le couronnement de la Vierge, un épisode inconnu des évangiles selon Matthieu, Marc, Luc ou Jean, mais populaire aux . Et à droite figure l’Annonciation, ou annonce faite à la Vierge Marie de sa maternité divine par l'archange Gabriel. Le troisième étage, ou étage supérieur, est constitué d'anges agenouillés. C'est l'endroit du tympan où les sculptures ont été le plus endommagées, introduisant plus d'incertitude sur l'interprétation. Un personnage semble poussé par un ange vers un être divin, Dieu le Père peut-être, ou le Christ, à qui un autre ange tend une couronne. Le personnage ainsi présenté à Dieu pour être glorifié pourrait être à nouveau Victor, le martyr et patron de Mouzon.
vignette|alt=Photographie du décor sculpté au-dessus-du portail|Le tympan. L'ensemble s'inscrit dans une composition équilibrée qui participe à sa lisibilité. Les scènes se succèdent sans se gêner. Les proportions sont naturelles, sauf pour le cheval. Le modelé et le relief sont assez bien rendus. Quelques libertés sont prises par rapport à une iconographie religieuse très codée, tel le fait de placer l'ange à gauche et la Mère de Jésus à droite dans la scène de l'Annonciation. Les personnages n'ont plus la raideur et le hiératisme des premières réalisations gothiques, même si l'artiste ne se hisse pas au rang des meilleurs sculpteurs de son époque, si des maladresses subsistent, dans l'articulation des membres par exemple, et si l'inspiration générale manque de vigueur. La scène centrale du couronnement de la Vierge Marie par le Christ est une des plus simples et des plus réussies.