Mary Jane Seacole (née en 1805 et morte le ), parfois connue sous le nom de Mère Seacole ou Mary Grant.. est une infirmière jamaïcaine connue pour son engagement personnel au cours de la guerre de Crimée. Elle a fondé des maisons de soin à Panama et en Crimée. Mary Seacole a mis en œuvre les remèdes traditionnels que sa mère lui a enseignés, à base de plantes médicinales, celle-ci tenait une pension pour marins et soldats européens blessés.

Mary entend parler des mauvaises conditions médicales dont souffrent les soldats blessés pendant la guerre de Crimée. Persuadée que ses connaissances de la médecine tropicale pourraient être utiles, elle se rend à Londres et demande à rencontrer le ministre de la Guerre. Elle propose bénévolement ses services d’infirmière, s’appuyant sur son expérience dans les Caraïbes, et demande un poste d’. À l’époque, la participation des femmes en médecine fait l’objet de préjugés, et sa demande est rejetée.

Lorsque le gouvernement britannique décide d’autoriser l’envoi de femmes dans la zone des conflits, elle ne fait pas partie du contingent de 38 infirmières choisies par Florence Nightingale. Mary décide alors de faire le trajet par ses propres moyens. Elle emprunte l’argent nécessaire au voyage et parcourt seule les . Sur le champ de bataille, elle se distingue en soignant de nombreux blessés, parfois sous le feu, soignant des soldats des deux parties. Lorsque le conflit se termine en 1856, elle se retrouve abandonnée et presque sans ressources, et ne doit sa survie qu’à des amis de la guerre de Crimée qui organisent une collecte de fonds lors d’un concert. Quelques années plus tard, elle manifeste le désir d’aller travailler en Inde après la rébellion indienne de 1857, mais ne parvient pas à lever les fonds nécessaires.

Mary Seacole était célèbre et honorée de son vivant, au même titre que Florence Nightingale, mais a été oubliée après sa mort pendant près d’un siècle. Aujourd’hui, elle est reconnue pour sa bravoure et ses connaissances médicales, ainsi qu’en tant que Who's who in British History, 715.. Son autobiographie, Les Aventures extraordinaires de Mrs Seacole dans de nombreux pays The Wonderful Adventures of Mrs Seacole in Many Lands (1857), est un récit très vivant de ses expériences, et constitue l’une des premières autobiographies d’une femme métisse.

Début de sa vie, à partir de 1805 vignette|Un portrait sur huile de Mary Seacole, réalisé par l’obscur artiste londonien (1847–81). L’original a été découvert en 2003 par l’historienne , et acheté par le National Portrait Gallery de Londres en 2008Portrait de Mary Jane Seacole (née Grant), par Albert Charles Challen, c.1869, National Portrait Gallery ; un portrait perdu de Mary Seacole découvert, National Portrait Gallery paru dans la presse le 10 janvier 2005.NPG Collection Mary Seacole, née Mary Grant à Kingston, JamaïqueRobinson, 10., est la fille d’un officier écossais blanc de l’armée britannique et d’une femme jamaïcaine créole. La mère de Mary est une Doctress (guérisseuse, en créole jamaïcain), qui utilise les remèdes traditionnels des Caraïbes et d’Afrique. Elle gère le Blundell Hall, une pension de famille située au 7, East Street à Kingston, l’un des meilleurs hôtels de la villeRobinson, 22.. Beaucoup de pensionnaires sont des soldats ou des marins européens malades, dont beaucoup souffrent de la fièvre jaune endémique. En effet, à la fin du , les Antilles sont un avant-poste de l’Empire britannique et en 1789, un cinquième du commerce extérieur britannique transite par l'archipel, part qui s’éleva jusqu’à un tiers au cours de la décennie suivanteRamdin, 4.. Ces intérêts économiques sont alors protégés par une présence militaire massive, avec 69 régiments d’infanterie servant de 1793 à 1801 et 24 autres de 1803 à 1815Ramdin, 4, citant René Chartrand, British Forces in the West Indies 1793–1815, Osprey, 1996.. Mary apprend son métier d’infirmière en suivant sa mère. Dans son autobiographie, elle relate avoir d’abord imité sa mère en soignant des poupées, puis des animaux, et enfin en aidant sa mère sur les patientsRobinson, 24..

Mary Seacole est fière de son ascendance écossaise, et se définit comme CréoleSeacole, Chapter I., terme neutre d’un point de vue racial à cette époque et en particulier beaucoup plus neutre que . Légalement, elle était classifiée mulâtre, c’est-à-dire métisse avec des droits politiques limitésAlexander & Dewjee, 10.. Robinson suggère qu’elle puisse avoir été quarteronne, c’est-à-dire fille de métisse et d’un blanc (sa mère étant déjà métisse dans cette hypothèse). Mary Seacole raconte avec beaucoup de détails et d’emphase l’énergie dont elle fait preuve étant enfant, afin de se distancier de l’image stéréotypée du Ramdin, 5.Salih, note 3 du chapitre 1, 183.. Cela ne l’empêche pas d’être fière de son amitié avec quelques esclaves noirs américains, et de sa couleur de peau Seacole, chapitre 2..

Mary Seacole passe quelques années au service d’une femme âgée, qu’elle appelle sa , avant de retourner chez sa mère. Elle dit avoir été traitée comme un membre de la famille par sa patronne et reçoit une éducationRobinson, 12.. En tant que la fille éduquée d’un officier écossais et d’une femme noire libre exerçant un métier "respectable" selon les normes en vigueur à l'époque, elle aurait alors pu occuper une bonne position dans la société jamaïcaineRobinson, 13..

Vers 1821, Mary Seacole se rend en visite à Londres pour une année. Elle visite sa famille, la famille du commerçant Henriques. Bien que Londres comporte une population noire significativeRamdin, 8, l’estime à environ dix mille en 1820, à comparer avec la population intra-muros londonienne de selon le recensement de 1821., elle remarque qu’un de ses amis, un antillais à la peau plus foncée que la sienne, se fait railler par des enfants. La peau de Mary, avec selon l’autobiographie, est en réalité presque blanche, d’après RamdinRamdin, 8.. Environ un an plus tard, elle retourne à Londres pour apporter . Ce voyage se fait sans chaperon ni protecteur, ce qui est plutôt inhabituel pour une jeune femmeRobinson, 18.. Elle rentre en Jamaïque en 1825Wonderful Adventures of Mrs. Seacole in Many Lands - 25..

Dans les Caraïbes, de 1826 à 1851

vignette|gauche|Aquarelle de Mary Seacole, 1850. Cette image est celle qui illustre l’autobiographie Après avoir regagné la Jamaïque, Mary Seacole retourne chez sa pour la soigner pendant une maladie, qui la mènera finalement à la mort quelques années plus tard. Mary rentre alors dans sa famille, à Blundell Hall, et travaille aux côtés de sa mère. De temps à autre, elle est appelée par l’hôpital de l’armée britannique, au camp Up-Park. Ces interventions la conduisent dans les différentes îles des Caraïbes pour visiter la colonie anglaise de New Providence aux Bahamas, la colonie espagnole de Cuba, et la nouvelle république d’Haïti. Curieusement, alors que Mary rapporte ses voyages dans son autobiographie, elle passe sous silence des évènements significatifs de l’époque, comme la révolution de Noël en Jamaïque de 1831, la suppression partielle de l’esclavage en 1834Robinson, 34., ou la suppression complète de l’esclavage en 1838Salih, xx..

Mary épouse Edwin Horatio Hamilton Seacole le à Kingston. Entre son mariage et son veuvage s’écoulent douze années ; Mary Seacole ne les décrit qu’en neuf lignes dans son autobiographie, à la fin du premier chapitre. Les deux prénoms centraux d’Edwin Seacole sont intrigants : Robinson y voit « Horatio Nelson » et rapporte la légende qui fait d’Edwin le fils illégitime du premier Vicomte Nelson avec sa maîtresse Emma, Lady Hamilton. Edwin aurait ensuite été adopté par Thomas, un Robinson, note 1 du chapitre 6.. Selon la version de Mary Seacole, son mari était le filleul du vicomte Nelson. Elle offre une bague de diamants à son ami Lord Rokeby en la décrivant , cependant aucun du testament et des codicilles de Nelson ne mentionne de filleulRobinson, note 1 du chapitre 6, 209.. Edwin était un commerçant sans grand talent et de faible constitution, l’épicerie que le jeune couple ouvre à Black River ne prospère pas, et ils rentrent à Blundell Hall au début des années 1840.

En 1843 et 1844, une série de drames personnels s’abat sur Mary Seacole. Un incendie ravage Kingston le , la pension de famille Blundell Hall est en grande partie détruite puis reconstruite . Puis son mari meurt en , suivi par sa mère. Après une période d’abattement, Mary décide de se reprendre en main, elle se tourne vers le travail grâce à ce qu’elle appelle son , différent du sang européen qui . Mary fait donc tourner la pension de sa mère, qui deviendra sous son emprise le lieu le plus souvent occupé par les militaires européens en visite à la Jamaïque. Elle décline plusieurs propositions de mariage. Au cours de l’épidémie de choléra de 1850, qui tue plus de JamaïcainsRobinson, 36., elle traite un grand nombre de patients et acquiert une expérience qui lui sera utile au cours des cinq années qui vont suivre. Mary Seacole attribue cette épidémie à un bateau à vapeur en provenance de La Nouvelle-Orléans, en Louisiane, ce qui démontre sa connaissance de la théorie de la contagionSalih, p.xviii ; note 9 du chapitre 2, 186..

Amérique centrale, de 1851 à 1854

En 1850, Edward, le demi-frère de Mary, déménage à Cruces (actuel Panama), qui fait alors partie de la République de Nouvelle-Grenade. Là, le long de Río Chagres à approximativement des côtes, il ouvre un hôtel, the Independent Hotel, suivant la tradition familiale, pour accueillir les nombreux voyageurs entre la côte Est et la côte Ouest des États-Unis. Le nombre de voyageurs avait augmenté en raison de la ruée vers l’or californienne de 1849Robinson, 42., et Cruces était à la limite de navigabilité de la rivière pendant la saison des pluies de juin à décembreRobinson, 61.. Les voyageurs montaient le long de la rivière jusqu’à Cruces, puis terminaient leur voyage à dos d’âne jusqu’à Panama à environ sur la côte Ouest, ou en revenaientRobinson, 48.. À la saison sèche, c’est la ville de Gorgona quelques kilomètres plus en aval qui jouait le rôle de ville transitoire. Ces villes sont maintenant au fond du lac Gatún, créé lors de la construction du canal de Panamá.

Lorsqu’en 1851 Mary Seacole rend visite à son frère, elle arrive par coïncidence juste avant que la ville ne soit frappée par le choléra, qui sévissait depuis 1849 à PanamaSeacole, chapitre 4.. Mary est donc sur place pour soigner la première victime, qui survit, permettant à Mary Seacole de s’établir une réputation qui lui apportera une succession de patients pendant la propagation de la maladie. Les riches paient, mais elle soigne gratuitement les pauvres.. Riches comme pauvres ont succombé en grand nombre. Elle évitait l’opium, lui préférant des cataplasmes et les sinapismes à la farine de moutarde, des laxatifs au calomel (chlorure mercureux), des sucres de plomb (Acétate de plomb(II)) et la réhydratation aux infusions de cannelleRobinson, 53.. Bien que ses remèdes n’aient qu’un succès modéré, elle n’a pas beaucoup de concurrence dans cette ville car les seuls autres soins sont administrés par un , médecin inexpérimenté envoyé par le gouvernement, et l’église catholique.

vignette|droite|Croquis de l’Hôtel britannique de Mary Seacole en Crimée, par Lady Alicia Blackwood (1818–1913), une amie de Florence Nightingale qui résidait dans les environs à Zebra Vicarage.