Harry Pollitt, né à Droylsden le et mort le au large des côtes australiennes méridionales est un communiste britannique, fondateur et secrétaire général du Parti communiste de Grande-Bretagne (CPGB) pendant plus de . Pollitt passe la majeure partie de sa vie à prôner le communisme. Idéologiquement marxiste-léniniste, Pollitt est un staliniste, même après le désaveu des politiques de Joseph Staline par Nikita Khrouchtchev.

Ses positions en matière de politiques internationales comprennent l'opposition à l'intervention alliée dans la guerre civile russe et la guerre polono-soviétique, le soutien aux républicains espagnols pendant la guerre civile espagnole, en deux temps l'opposition puis le soutien à la guerre contre l'Allemagne nazie, la défense du coup de Prague et le soutien à l'invasion soviétique de la Hongrie en 1956.

Il s'est présenté à plusieurs élections législatives, mais n'a jamais gagné. Tout au long de son mandat à la tête du CPGB, il était en contact radio secret et direct avec Moscou, et surveillé activement par les services de sécurité britanniques.

Jeunesse

Enfance et début de carrière Pollitt est né le , le deuxième des six enfants de Samuel Pollitt (1863-1933), forgeron, et de son épouse, Mary Louisa (1868-1939), fileuse de coton. Les parents de Pollitt sont socialistes et sa mère était membre du Parti travailliste indépendant avant de rejoindre le Parti communiste lors de sa création en 1920.

Trois de ses frères et sœurs sont morts en bas âge. Pollitt a commencé à travailler à l'âge de 12 ans, aux côtés de sa mère dans une filature de coton. La souffrance de sa mère, qui travaillait régulièrement dans des conditions difficiles, a également particulièrement affecté Pollitt, qui déclare plus tard qu'il « avait juré que quand je serai grand, je paierais les patrons pour les difficultés qu'elle souffrait ». Pollitt devint plus tard chaudronnier et artisan métallurgiste.

Pendant la Première Guerre mondiale, Pollitt est exempté de la conscription en tant qu'ouvrier qualifié. Pollitt acquiert de l'expérience dans la lutte syndicale en menant la grève à Southampton en 1915. À cette époque, Pollitt est déjà membre de la Fédération socialiste des travailleurs de Sylvia Pankhurst.

Militant communiste gauche|vignette| Un timbre de l'URSS de 1970 commémorant Harry Pollitt et son rôle dans la prévention du SS Jolly George de porter des armes en Pologne En , Pollitt est nommé organisateur national de la campagne Hands Off Russia (Ne touchez pas à la Russie), campagne en partie financée par Moscou grâce à Pankhurst, dans le but de protester contre l'intervention alliée dans la guerre civile russe. Pollitt, fatigué de son travail de bureau, décide de retourner travailler dans le port de Londres. À son poste, Pollitt aide à convaincre les dockers de Londres de ne pas charger le cargo le , alors qu'il est chargé de munitions pour la Pologne, qui combat à l'époque contre la Russie soviétique dans la guerre polono-soviétique. Avec le soutien d'Ernest Bevin, alors haut responsable du syndicat des dockers, les propriétaires du navire sont contraints par les dockers de décharger sa cargaison, le navire appareille le sans elle. Pollitt n'a pas réussi à empêcher, malgré son implication, un certain nombre d'autres navires chargés d'armes pour la Pologne, dont le paquebot danois Neptune, et deux barges belges.

En , le Parti communiste de Grande-Bretagne (CPGB) est fondé par un accord unifiant divers organismes et groupuscules de gauche, dont le Parti socialiste britannique où Pollitt était membre en plus de son adhésion à la FST. L'année suivante, Pollitt se rend en Union soviétique. Au cours de sa visite, il rencontre Vladimir Lénine, une expérience qu'il décrit plus tard comme le plus beau jour de sa vie. Interrogé par Freedom, journal anarchiste britannique en , Pollitt déclare à son retour avoir vu des preuves que les anarchistes russes complotaient pour restaurer le tsarisme et parla avec approbation de la répression de l'anarchisme en Russie.

Pollitt est impliqué dans une affaire judiciaire contre cinq hommes qu'il accuse de l'avoir kidnappé en alors qu'il se rendait à une réunion du PCGB à Liverpool. Selon sa version des faits, il avait été forcé de descendre d'un train et détenu au Pays de Galles pendant un week-end afin de l'empêcher d'atteindre Liverpool. Les hommes, tous membres des British Fascists, sont acquittés par le jury à la suite de témoignages qualifiant l'« enlèvement » de peu sérieux et du déni du chef de la branche des British Fascists de Liverpool selon lesquels il avait autorisé l'enlèvement de Pollitt.

Le , Pollitt épousa Marjorie Brewer. Marjorie Edna Brewer (1902-1991) est une institutrice communiste ; ils ont eu un garçon et une fille. Son témoin de mariage est Percy Glading, un autre membre important du CPGB, qui sera un peu plus tard jugé coupable d'espionnage pour le compte de l'Union soviétique et puis emprisonné. Une semaine plus tard, Pollitt fait partie des 12 membres du CPGB condamnés pour diffamation séditieuse et incitation à la mutinerie. Pollitt est condamné à une peine de 12 mois, année qu'il purge à la prison de Wandsworth. L'historien Charles Loch Mowat décrit le procès comme « le principal exemple d'un procès purement politique dans l'entre-deux-guerres ».

Pollitt se rend de nouveau à Moscou en . Au cours de cette visite, Pollitt rencontre en privé Joseph Staline et Nikolaï Boukharine qui, malgré les protestations de Pollitt, ont ordonné que le CPGB abandonne sa politique de « Front uni » avec les autres partis de gauche. Il est exigé du PCGB qu'il fasse campagne en solitaire, en présentant des candidats dans le plus de circonscriptions possible lors des prochaines élections, même là où le CPGB n'avait aucune chance de gagner et détournerait des voix du candidat travailliste, permettant ainsi aux conservateurs de gagner plus de siège. Cette politique consistant à attaquer les autres organisations de gauche est connue sous le nom de politique de « classe contre classe » et resta en vigueur jusqu'en 1932 lorsque, en tant que leader du CPGB, Pollitt réussit à la faire assouplir pour les syndicats.

En plus de son rôle au sein du CPGB, Pollitt est, à partir du début des années 1920, secrétaire national du Bureau britannique de l'Internationale rouge des syndicats (ou Profintern), une organisation visant à contrer l'Internationale d'Amsterdam et à rallier les syndicalistes militants au sein des syndicats existants pour gagner ces syndicats à la cause communisme. Lors de la fondation du National Minority Movement (NMM) en 1924, le Bureau britannique y est intégré et Pollitt nommé secrétaire national, poste qu'il occupe jusqu'en 1929.

Chef du CPGB

Avant la Seconde Guerre mondiale et la Grande Purge En 1929, le CPGB élit Pollitt secrétaire général avec l'approbation personnelle de Staline. Pollitt prend la suite d'Albert Inkpin, qui s'est attiré la désapprobation du Komintern en s'opposant à la politique de « classe contre classe » et en se rapprochant des autres partis de gauche. Pollitt est choisi car montrant sa loyauté vis-à-vis du Komintern et mettant en avant son efficacité dans l'organisation du mouvement lors de ses derniers postes. Pollitt déclare qu'il comprend son rôle comme défenseur du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) « contre vents et marées ». Contrairement à Inkpin, Pollitt est prêt à critiquer le Parti travailliste en le qualifiant de « social-fasciste ». droite|vignette| Rose Cohen, membre du CPGB et amie de Pollitt, exécutée lors de la Grande Purge Pollitt exprime clairement dans ses déclarations publiques sa loyauté envers l'Union soviétique et envers son homologue secrétaire général du PCUS, Joseph Staline. Il est partisan des procès de Moscou, au cours desquels Staline assassine ou élimine ses opposants politiques et militaires. Dans le Daily Worker du , Pollitt déclare au journal que « les procès de Moscou représentent un nouveau triomphe dans l'histoire du progrès »Redman, Joseph "The British Stalinists and the Moscow Trials", Labour Review, 3:2, Mars–Avril 1958.

En 1934, Pollitt et Tom Mann, alors trésorier du National Unemployed Workers' Movement (Mouvement national des chômeurs), ont été cités à comparaître devant un tribunal pour sédition à cause des discours qu'ils ont tous les deux prononcés à Trealaw et Ferndale. Pollitt et Mann ont tous deux été acquittés de toutes les accusations par les assises de la ville de Swansea.

Pollitt se rend de nouveau à Moscou en 1935. Là-bas, il est invité à intervenir pour une émission radio de la BBC, The Citizen and His Government, pour parler des différences entre le Royaume-Uni et l'URSS. Cependant, l'invitation est annulée après l'opposition du ministère des Affaires étrangères. L'émission ne sortira à la radio de la BBC que lors des élections de 1945.

Lorsque l'amie personnelle de Pollitt, Rose Cohen fut jugée à Moscou en 1937 pendant la Grande Purge de Staline, le CPGB s'oppose aux efforts du gouvernement britannique pour obtenir la libération de Cohen, décrivant l'arrestation comme une affaire intérieure de l'Union soviétique. Pollitt a tenté en privé d'intervenir en sa faveur, mais au moment où il l'a fait, elle a déjà été abattue. Pollitt s'est mis en danger en remettant ainsi en question l'arrestation de Cohen, puisque Béla Kun l'a identifié, sous la torture, comme un « trotskiste » et un « espion britannique ».

Contrairement à l'inquiétude de Pollitt pour Rose Cohen, lorsque Freda Utley, membre du CPGB, tente de convaincre Pollitt d'interférer auprès de Moscou en faveur de son mari russe, arrêté et puis, plus tard, mort dans un camp de travail en 1938, Pollitt refuse. Pollitt n'est pas non plus intervenu pour aider George Fles ni Arcadi Berdichevsky, ni un certain nombre d'autres communistes britanniques arrêtés par le NKVD et torturés, abattus ou emprisonnés dans les Goulags pendant la purge de Staline.

Guerre civile espagnole vignette| Pollitt (à droite) rencontre David Guest en Espagne Pendant la guerre civile espagnole, Pollitt s'est rendu cinq fois dans le pays aux côtés des républicains, prononçant à chaque fois des discours devant le bataillon britannique des Brigades internationales. Pollitt joue également un rôle en approuvant ou en opposant son veto aux candidatures des volontaires britanniques souhaitant rejoindre les Brigades internationales. L'un de ces veto concerne George Orwell, que Pollitt considère comme politiquement peu fiable, Orwell partira de ses propres moyens en Espagne. Pollitt est également chargé d'écrire des lettres de condoléances aux familles des communistes britanniques tués en Espagne.

En , Pollitt intervient dans un conflit entre les dirigeants du bataillon britannique concernant en autres la tactique et la fiabilité des troupes républicaines espagnoles. Il rappelle au pays les cinq principaux membres du bataillon impliqués dans le conflit (Tapsell, Cunningham, Aitken, Copeman et Williams). Copeman et Tapsell, qui avaient critiqué les forces et les tactiques républicaines espagnoles, reçurent l'ordre de retourner en Espagne, tandis que Cunningham, Williams et Aitken reçurent l'ordre de ne plus retourner en Espagne.

Surveillance par le MI5