Les noms de Terreur blanche (en espagnol, terror BlancoTerror blanco y terror rojo (España).) ou de répression franquiste (represión franquista) désignent l'ensemble des exactions et répressions politiques exercées par le camp nationaliste puis par la dictature franquiste durant et après la guerre d'Espagne. Durant le conflit, elle se déroula en parallèle à la terreur rouge pratiquée en zone républicaine.

La Terreur blanche proprement dite est considérée comme ayant duré environ jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945Helen Graham, The Spanish Civil War. A Very Short Introduction, Oxford University Press, 2005 p. 136., bien que le concept de puisse s'entendre comme comprenant l'ensemble des politiques répressives menées jusqu'à la mort de Francisco Franco en 1975.

Il existe en Espagne entre 600 et 800 charniers de républicains et d'opposants à la dictature franquiste. Des charniers contenant des milliers de cadavres de républicains assassinés sont encore découverts au début du Pierre Beuchot et Jean-Noël Jeanneney, « Contre l’oubli, la trace des dictatures », documentaire, France, 2009..

Contexte

La terreur mise en place par les franquistes relève dès le début d'une volonté délibérée de détruire les fondements de la République espagnole. Dès avant le coup d'État des 17 et 18 juillet 1936, les officiers nationalistes prévoient de mettre en œuvre une purge politique radicale : dans son Instruction réservée n°1 datée du , le général Emilio Mola prévoit de , prévoyant de soumettre à les dirigeants politiques et syndicaux et les notables qui ne soutiendraient pas le mouvement. Pour des raisons , l'action est présentée comme préventive, afin d'empêcher une révolution communiste suscitée par les marxistes et les anarchistes : la politique d'extermination se présente d'emblée comme revêtue de la manichéenne d'un Guy Hermet, La Guerre d'Espagne, Seuil, 1989, pages 176-177..

Purge de la population

Dès le début du conflit, les nationalistes mettent en œuvre une politique de répression violente pour réduire leurs adversaires, mais aussi pour soumettre une majorité hostile dans de nombreuses régions du pays. Entre et le début de 1937, les autorités nationalistes autorisent des tueries mais la répression est bientôt planifiée et méthodiquement organiséeAntony Beevor, La Guerre d'Espagne, Calmann-Lévy, 2006, pp. 169-170.. L'armée est également visée : des militaires fidèles au gouvernement républicain ou simplement hésitants sont abattus par leurs collègues ou leurs subordonnés dès le début du soulèvement. Huit généraux, un amiral, et un nombre important d'officiers subalternes sont abattus entre 1936 et 1939Guy Hermet, La Guerre d'Espagne, Seuil, 1989, page 178.

La répression dans les territoires conquis par les nationalistes commence par l'exécution des dirigeants syndicaux et du gouvernement républicain, souvent abattus sur-le-champ. Les officiers restés fidèles au gouvernement sont également exécutés. Une fois les premières troupes nationalistes parties, la répression est poursuivie par la Phalange et par les requetés, qui se livrent à une purge de la population civile, visant dirigeants syndicaux, fonctionnaires du gouvernement républicain, politiciens de centre-gauche mais aussi intellectuels et enseignants supposés sympathisants de la République. À Huesca, une centaine de personnes soupçonnées d'appartenir à la franc-maçonnerie sont abattues, alors que la loge locale compte à peine une douzaine de membresAntony Beevor, La Guerre d'Espagne, Calmann-Lévy, 2006, pp. 170-171.. Le fait que les troupes nationalistes aient ou non rencontré une opposition ouverte ne fait pas de différence : à Burgos et à Pampelune, où aucune résistance n'est opposée, les purges commencent immédiatement.

Les nationalistes instituent des comités locaux, composés généralement de notables locaux, chargés de juger libéraux, francs-maçons et sympathisants de gauche réels ou supposés. La répression est particulièrement intense dans les fiefs de l'UGT et de la CNT, et tout particulièrement dans les régions où le Front populaire avait remporté les élections. À Logroño, plus de sont exécutées et enterrées dans des fosses communes.

En Andalousie, en Castille, à Saragosse, à Majorque, la répression nationaliste est exercée, faisant preuve d'une . personnes sont exécutées à Séville, dont dans la ville même avant Bartolomé Bennassar, La Guerre d'Espagne et ses lendemains, Perrin, 2004, page 113., les survivants étant achevés au couteau ou à la baïonnetteAntony Beevor, La Guerre d'Espagne, Calmann-Lévy, 2006, pp. 173-174..

Au Pays basque, la répression vise notamment le clergé et les milieux catholiques, des listes de prêtres accusés de sympathies séparatistes ayant été dressées. Dès l'été 1936, des militants laïcs et des syndicalistes chrétiens sont exécutés en nombre, sans que le nombre des victimes dans les milieux catholiques ne soit exactement connu. On estime néanmoins qu'un tiers du clergé basque fut victime de cette épurationBarroso (Anabella), Sacerdotes bajo la atenta mirada del régimen franquista, Bilbao, Desclée De Brouwer, 1995, p. 46.. Les figures de l'intelligentsia catholique progressiste ou simplement libérale sont traitées en ennemiesGuy Hermet, La Guerre d'Espagne, Seuil, 1989, pages 178-179..

Le , à Pampelune, des Phalangistes et des Requetés font cinquante ou soixante prisonniers, dont des prêtres soupçonnés de séparatisme basque : les otages sont tous fusillés, les phalangistes refusant de laisser aux prêtres le temps de les confesser. victimes seront plus tard identifiées dans la province. À l'arrière du front, dans les zones nationalistes, la Phalange organise des escadrons mobiles pour mener à bien des opérations de nettoyage, afin de réaliser l'amputation des Antony Beevor, La Guerre d'Espagne, Calmann-Lévy, 2006, pp. 179-180.

Exactions des troupes nationalistes gauche|vignette|177x177px|L'adolescente Maravillas Lamberto, violée et assassinée en 1936 en Navarre. Lors de la prise de Cordoue, tombée sans grande résistance, le commandant de la Guardia civil, Bruno Ibañez, est explicitement chargé de mettre en place la répression là où les troupes nationalistes ont été jugées trop clémentes : plus d'une centaine de personnes sont arrêtées et exécutées dans les premiers jours. Environ personnes sont tuées à Cordoue durant la guerre, soit près de 10 % de la population. Le massacre de Badajoz, commis par les troupes de Juan Yagüe, cause entre et morts dans toute la province. Les colonnes de soldats nationalistes avançant sur Madrid rasent des villages entiers. Les Regulares, troupes musulmanes du Maroc espagnol, qualifiés de par les nationalistes, se distinguent par les atrocités commises, soulevant contre eux une haine particulière dans le camp républicainAntony Beevor, La Guerre d'Espagne, Calmann-Lévy, 2006, pp. 175-176..

En de nombreux endroits, les tueries commises par les troupes nationalistes, durant et après le conflit, excèdent de beaucoup celles commises par le camp républicain : selon les chiffres obtenus par le consul du Royaume-Uni à Malaga, environ personnes ont été exécutées dans la ville entre et . Les ayant précédemment tenu Málaga avaient exécuté ou assassiné environ 1005 personnes entre et ; les victimes faites par les nationalistes lors de leur première semaine de présence, du 8 au , se montent à Antony Beevor, La Guerre d'Espagne, Calmann-Lévy, 2006, p. 178..

Répression contre les femmes

vignette|Photographie d'Aurora Picornell (1912-1937), républicaine espagnole fusillée à Porreres (Majorque), et de sa fille Octubrina. La répression contre les femmes républicaines (ou compagnes de républicains) s'exerce dans les zones occupées. Elles sont victimes, par exemple, du châtiment de l'huile de ricin. avant l'exécution, puis doivent défiler dans les rues des villes pour les humilier, tondues, lors d'une parade d'infamie, avant d'être fusillées., comme le furent Les 17 Roses de Guillena (province de Séville) et les Quinze Roses de Grazalema (province de Cadix), torturées, violées et assassinées en Andalousie en 1937.

Les cas de fusillades de femmes les plus documentés sont ceux des Treize Roses au cimetière de l'Almudena de Madrid. et des Roges des Molinar, dont font partie Aurora Picornell, Catalina Flaquer et ses deux filles, Antònia et Maria, ainsi que la résistante Belarmina González Rodríguez, à Majorque..

En 1936, la pianiste Concha Monrás est fusillée à Huesca.. En 1937, l'infirmière Anita Orejas est fusillée dans les Asturies. et la syndicaliste Pepita Inglés exécutée sur le front d'Aragon..

En marge du front, dans les territoires conquis, sont exécutées de nombreuses femmes. Ainsi, dans la commune andalouse de Víznar, connue pour être le lieu d'assassinat du poète Lorca, les nationalistes tuent en 1936 la syndicaliste Carmen Rodríguez Parra (en août), puis l'écrivaine Agustina González López (inspiratrice de La Savetière prodigieuse de Lorca, exécutée en octobre).

D'autres femmes sont tuées par le garrot, pour faire valeur d'exemple, comme Ana París García en 1938..

Des prisons sont spécialement dédiées à la répression des femmes, comme la prison de Saturraran, au Pays Basque, où est incarcérée l'infirmière asturienne Ángeles Flórez Peón., ou encore la prison pour femmes de Les Corts, à Barcelone., lieu d'internement notamment de la femme politique Carme Claramunt et de l'institutrice Virgínia Amposta Amposta avant leur exécution au Camp de la Bota en 1939..

Les enfants sont également victimes de la répression, comme Maravillas Lamberto (1922-1936), martyrisée, violée et assassinée. à l'âge de 14 ans à Larraga par les phalangistes.. Sa jeune sœur Josefina Lamberto, qui a vu l'arrestation, est envoyée de force dans une congrégation religieuse au Pakistan, interdite de communication avec autrui pour ne pas témoigner..

Exécutions après la fin de la guerre Durant les années de la seconde guerre mondiale, vus comme l'ennemi intérieur,

Les procès sont particulièrement arbitraires. Des groupes de prisonniers, qui ne se connaissent pas entre eux et qui sont accusés de délits différents, sont jugés d’un bloc. Ils n’ont pas accès au dossier à charge, qui consiste en accusations lues à haute voix, sans qu'aucune preuve ne soit avancée. Le juge, le procureur et l’avocat de la défense sont tous des membres de l'armée franquiste. Il n’est jamais permis de faire appel..

Ainsi, lors du procès d'une vingtaine d'anciens soldats républicains, le procureur déclare : « Peu m’importe que vous soyez ou non innocent de ce dont on vous accuse, je ne veux même pas le savoir. Et je ne prendrai pas connaissance des excuses, alibis ou circonstances atténuantes que vous pourriez invoquer. Comme dans les précédentes cours martiales, je dois fonder mes accusations sur les dossiers préparés par les enquêteurs d’après les dénonciations. Pour les accusés, je représente la justice. Ce n’est pas moi qui les condamne, mais leur propre ville, leurs ennemis, leurs voisins. Je ne fais que prêter ma voix aux accusations que d’autres ont formulées discrètement. Mon attitude est cruelle et impitoyable, et on pourrait croire que mon travail consiste simplement à alimenter les pelotons d’exécution pour que leur travail de purification sociale puisse se poursuivre. Mais non, nous tous ici qui avons gagné la guerre, nous y participons et notre vœu est d’éliminer toute opposition afin d’imposer notre ordre. Considérant qu’il y a des crimes de sang dans toutes les accusations, j’en suis arrivé à la conclusion que je dois exiger la peine de mort ; j’exige le peloton pour les dix-huit premiers de la liste et le garrot pour les deux autres. Rien de plus. » L’avocat de la défense représente les vingt accusés en même temps, sans avoir le temps ou la possibilité de préparer la moindre argumentation. Il se lève et dit : « Après avoir entendu les graves accusations qui ont été prononcées contre ceux que je suis ici pour défendre, je ne peux que plaider la pitié. Rien de plus. »