Antoine van Dyck (), né Antoon van Dyck le à Anvers et mort le à Londres, est un peintre et graveur baroque brabançon, surtout portraitiste, qui a été le principal peintre de cour en Angleterre, après avoir connu un grand succès en Italie et en Flandre.
Il est notamment réputé pour les portraits qu'il réalisa du roi Charles d'Angleterre, de sa famille et de la cour, peints avec une élégance décontractée qui influencera notablement les portraitistes anglais pendant près d'un siècle et demi.
Il peignait également des sujets religieux et mythologiques, et était aussi un maître de la gravure à l'eau-forte.
Biographie vignette|left|Antoine Van Dyck, par Pierre Paul Rubens (1627-1628), Royal Collection.
Jeunesse à Anvers Septième enfant d'un marchand de soieries dévot installé à quelques mètres de la cathédrale, Antoine van DyckSon prénom en flamand s'écrit Antoon naît à Anvers le .. Son talent se révèle très tôt et, dès 1609, alors qu'il n'est âgé que de , Antoine étudie la peinture auprès de Hendrick van Balen avant de devenir un peintre indépendant vers 1615. Il crée alors son propre atelier avec son ami Jan Brueghel qui est encore plus jeune que luiBrown & Vlieghe, .. Ainsi, à l'âge de , il est déjà un artiste très accompli, comme le montre son Autoportrait réalisé entre 1613 et 1614..
En , van Dyck est admis comme peintre à la guilde de Saint-Luc. d’Anvers. En quelques années, il devient le principal assistant de Pierre Paul Rubens, peintre majeur réputé tant à Anvers que dans l'ensemble de l'Europe du Nord, et qui fait appel à de nombreux artistes pour leur confier la réalisation de certaines parties de ses toiles. L'influence de Rubens sur le jeune artiste est alors immense ; Rubens dit de van Dyck, alors âgé seulement de dix-neuf ans, qu'il est « le meilleur de [s]es élèves », même s'il est de fait plus un assistant qu'un élève. Les origines et la nature exacte de leur relation ne sont pas claires. Certains historiens de l'art ont indiqué que van Dyck aurait été l'élève de Rubens dès 1613, dans la mesure où ses tableaux révèlent assez peu l'influence de son premier maître van Balen, mais il n'y a pas de preuve claire..
Dans le même temps, la domination de Rubens dans la petite et déclinante ville d'Anvers à l'époque explique sans doute pourquoi, en dépit de ses retours périodiques dans la ville, van Dyck passe la plupart de sa carrière à l'étranger. En 1620, lorsque Rubens se voit confier la réalisation du plafond de l'église Saint-Ignace de la maison professe des jésuites d'Anvers (aujourd'hui l'église Saint-Charles-Borromée), van Dyck est mentionné comme l'un des « disciples » ayant exécuté certaines peintures d'après les dessins du maître.
Premier séjour à Londres
En 1620, à l'instigation de l'ambassadeur George Villiers, van Dyck part en Angleterre pour la première fois. Il travaille pour le roi Jacques , mais ne réussit pas à se faire présenter au monarque. C'est à Londres, dans la collection du comte d'Arundel, qu'il voit pour la première fois les œuvres du Titien, dont la subtile utilisation de la couleur et des formes lui offre un nouveau langage stylistique venant enrichir les leçons apprises des compositions de RubensBrown, ..
Séjour en Italie
Toutefois, après quatre mois de séjour à Londres, Antoine van Dyck retourne en Flandres avant de partir fin 1621 pour l'Italie, où il s'installe pendant six ans. Il y étudie les maîtres italiens tels que Titien et Véronèse, tout en commençant sa carrière de portraitiste à succès. Pendant son séjour à Palerme, en Sicile (1624-1625), il rencontre Sofonisba Anguissola, alors âgée de , et en fait le portrait. Il séjourne dans d'autres villes italiennes, mais reste surtout à Gênes, où il décore les palais somptueux des nobles génois de tableaux religieux et de portraits dans lesquels il met toujours en valeur la position sociale importante de ses modèles. Il développe alors un style de portrait en pied, en s'appuyant sur le style de Véronèse, du Titien ainsi que de toiles que Rubens avait réalisé lors de son séjour à Gênes.
En 1627, van Dyck retourne à Anvers pendant cinq ans où il peint une grande quantité de chefs-d’œuvre. Personnage charmant, il sait charmer ses commanditaires ; comme Rubens, il est capable de se mêler aux milieux aristocratiques, ce qui lui facilite l'obtention de nouvelles commandes. Il réalise des portraits plus affables et élégants encore que ceux de ses maîtres flamands, comme le portrait taille réelle d'un groupe de vingt-quatre conseillers municipaux de Bruxelles qui orne la chambre du conseil avant d'être détruit en 1695 Dictionary of National Biography, consulté le 14 mai 2007.. En outre, au cours de cette période, il commence également à produire de nombreuses œuvres religieuses, notamment de grands retables, et se lance dans la gravure.
Sa réputation parvient aux oreilles de Charles d’Angleterre, qui le rappelle auprès de lui.
Retour à Londres Le Roi Charles d’Angleterre est sans doute le plus passionné et généreux collectionneur d'art de la monarchie britannique. En 1628, il achète la fabuleuse collection de Charles de Gonzague de Mantoue, et depuis son accession au trône en 1625, il n'a de cesse de faire venir en Angleterre les plus grands peintres étrangers de l'époque. Le portraitiste flamand Daniel Mytens l'Ancien est déjà à Londres depuis 1618, mais Charles parvint à faire venir des artistes italiens tels que Orazio Gentileschi puis en 1638, sa fille, Artemisia Gentileschi. Il aurait voulu que Rubens puisse rester à la Cour, lui qui vient en Angleterre tant pour des missions diplomatiques que pour peindre et que le roi a fait chevalier.
De son côté, Van Dyck est resté en contact avec la Cour d'Angleterre depuis son premier séjour et a aidé les agents du roi Charles dans leur recherche d'œuvres. Il a également envoyé certaines de ses toiles dont un portrait le représentant avec le diplomate (Sir Endymion Porter et Antoine van Dyck, 1635), un portrait de l'un des agents du roi, un tableau mythologique de Renaud et Armide (1629), conservé au Baltimore Museum of Art, ainsi qu'une œuvre religieuse destinée à la Reine. Il réalise aussi en 1632 une peinture de la sœur du roi Charles , Élisabeth Stuart. C'est ainsi que la réputation d'Antoine van Dyck parvient aux oreilles du Roi.
En , van Dyck revient donc à Londres et son succès en Angleterre est rapide. Il est fait chevalier dès le et est nommé « peintre principal en ordinaire de sa Majesté ». Ce titre est créé pour lui et il aura de nombreux successeurs jusqu'au . Cela lui permet de percevoir une forte pension, en plus des commandes qu'il réalise. Une maison lui est fournie au bord de la rivière, dans le quartier de Blackfriars, non loin de la cité de Londres, échappant ainsi au monopole de la Vénérable Compagnie des Peintres et Teinturiers (). Plusieurs pièces du palais Eltham, inutilisées par la famille royale, sont également mises à sa disposition comme maison de campagne. Le roi et la reine lui rendent fréquemment visite dans son atelier de BlackfriarsUne chaussée spéciale est d'ailleurs construite pour permettre au roi et à son épouse d'accéder plus facilement à l'atelier..
Il réalise des portraits du roi Charles, de son épouse la reine Henriette Marie de France (1609-1669), ainsi que de leurs enfants et d’innombrables personnages de la cour en plus de ses autoportraits et de ceux de sa maîtresse, Margaret Lemon. Nombre de ces portraits sont réalisés en plusieurs versions afin de pouvoir être envoyés comme cadeaux diplomatiques ou donnés aux partisans du roi de plus en plus en difficulté. Au total, Van Dyck a peint quarante portraits du roi Charles, environ trente de la reine, neuf de Thomas Wentworth, duc de Strafford, et un grand nombre d'autres courtisans. Il crée pour la cour d’Angleterre des œuvres dans lesquelles s’affirme le pouvoir du roi en tant que monarque absolu. En Angleterre, van Dyck développe un style qui combine la facilité et l'élégance décontractée avec une autorité discrète de ses sujets qui va dominer l'art du portrait en Angleterre jusqu'à la fin du . Van Dyck a une grande influence sur les portraitistes anglais et, par suite, on le considère souvent comme le créateur de l’École anglaise de peinture. Il est notamment le maître du peintre d'origine flamande Jean de Reyn. Toutefois, à la fin de sa vie, il se contente d’apporter la touche finale aux portraits peints pour la plus grande partie par ses disciples selon ses esquisses. Au total, son atelier londonien satisfait à quatre cents commandes de portraits entre 1632 et 1641..
Dernières années En 1634, van Dyck fait un court voyage à Anvers, où il revient les années suivantes, et lorsque la guerre civile éclate en Angleterre, il passe plusieurs mois dans les Flandres et en France.
En 1638, par lettres patentes, l'artiste reçoit le statut de résident (en anglais ) de la couronne d'Angleterre et en 1639 épouse Mary, la fille de .
Celle-ci devient dame de compagnie de la Reine vers 1639-1640, sans doute à l'initiative du roi qui voit là un moyen de garder van Dyck en Angleterre. En 1640, le peintre se rend en France pour accompagner le Prince Jean II Casimir Vasa de Pologne après avoir été libéré des prisons françaises. ; il réalise d'ailleurs un portrait du prince aujourd'hui conservée à l'Accademia di San Luca. Van Dyck quitte encore l'Angleterre pour la France en 1641, mais tombe gravement malade à Paris et doit rentrer de toute urgence à Londres, où il meurt peu de temps après dans sa maison de Blackfriars, le , soit une semaine après la naissance de sa seconde fille.
Antoine van Dyck est inhumé à la cathédrale Saint-Paul de Londres, où le roi fait ériger un monument à sa mémoire. Cependant, le Grand incendie de Londres de 1666 détruit l'ancienne cathédrale et, avec elle, le tombeau de Van Dyck. Sa veuve se remarie plus tard avec Richard Pryse.. Van Dyck laisse deux filles : l'une de sa maîtresse, la seconde de sa femme, dont il a veillé à garantir l'avenir, qui finissent toutes deux par s'installer en Flandres.
L'atelier du peintre Son grand succès a contraint van Dyck à entretenir un grand atelier à Londres, un atelier qui allait devenir « virtuellement une ligne de production pour les portraits ».
Selon certains visiteurs, il faisait généralement un dessin sur papier qui était ensuite agrandi sur une toile par un assistant, puis il peignait lui-même la tête, les vêtements étant faits par des peintres de l'atelier et souvent envoyés à des spécialistes. Dans ses dernières années, le fait de si fréquemment faire appel à des collaborateurs a entrainé une certaine diminution de la qualité du travailBrown, . En outre, de nombreuses copies étaient produites, sans qu'il intervienne ou presque, par son atelier ainsi que par des copistes professionnels et plus tard des peintres, ce qui explique qu'à la fin du le nombre de tableaux qui lui étaient attribués était devenu énorme, comme ce fut le cas pour d'autres artistes tels que Rembrandt, Le Titien et d'autres. Cependant, la plupart de ses adjoints et les copistes ne pouvaient pas approcher le raffinement de son style, de sorte que, par rapport à de nombreux autres artistes, les historiens de l'art sont assez facilement parvenus à un consensus sur les œuvres pouvant lui être attribuées.