L'accident de l'avion présidentiel polonais à Smolensk s'est produit le , à heure locale ( UTC), lorsque le Tupolev Tu-154 assurant le vol 101 de la force aérienne polonaise (PLF 101) s'écrase lors d'une tentative d'atterrissage sur l'aéroport de Smolensk-nord, ne laissant aucun survivant parmi les , dont le président polonais Lech Kaczyński.

Outre le chef de l'État, son épouse Maria Kaczyńska, le chef d'état-major des armées Franciszek Gągor ainsi que les dirigeants des différents corps de l'armée polonaise, le gouverneur de la Banque nationale de Pologne, le vice-ministre des Affaires étrangères, des membres des deux chambres parlementaires (dont les vice-présidents des deux chambres), des membres du cabinet présidentiel, des membres du clergé polonais et des représentants des familles des martyrs de Katyń périssent dans cette catastrophe. La délégation polonaise venait se recueillir à Katyne, pour commémorer le massacre de Katyń, dont c'était le , qui a longtemps envenimé les relations entre la Pologne et son voisin russe.

Les enquêtes des experts russes et polonais attribuent la raison du crash à des erreurs de l'équipage de l'avion. Les experts polonais mettent également en avant une responsabilité des contrôleurs de vol de l'aéroport de Smolensk.

C'est le président de la Diète, Bronisław Komorowski, investi comme adversaire de Lech Kaczyński pour l'élection présidentielle de 2010 et élu ensuite, qui assure l'intérim à la suite de cette catastrophe.

Les conséquences de cet accident ont généré des théories du complot chez les partisans du parti Droit et justice (PiS), qui évoquent l'implication de la Russie et du gouvernement de Donald Tusk dans une conspiration qui aurait visé à décapiter l'État polonais.

Déroulement des faits thumb|left|PLF 101, le Tupolev Tu-154 présidentiel, lors d’un atterrissage à l'aéroport de Prague-Václav-Havel, deux jours avant l'accident. Le Tupolev Tu-154 du régiment spécial d'aviation polonais transportant la délégation officielle polonaise (89 passagers et 7 membres d'équipage), décolle à (heure de Moscou), de l'aéroport Frédéric Chopin de Varsovie à environ de la base aérienne de Smolensk où l'avion présidentiel doit atterrir. Il s'agit d'une ancienne piste militaire qui n'est pas équipée en système d'atterrissage aux instruments (ILS).

Une heure auparavant, un Yakovlev Yak-40 appartenant également au gouvernement polonais et transportant les journalistes invités par la présidence, s'était posé sans encombre sur la même pisteYoutube.com.. Mais peu après, les conditions météo se dégradèrent rapidement. Un Iliouchine Il-76 russe essaya d'atterrir, mais à cause de la mauvaise visibilité, décida de se dérouter vers l'aéroport de Vnukovo près de Moscou.

thumb|Itinéraire du vol Varsovie-Smolensk. Au moment de l'approche de l'avion présidentiel, la piste était enveloppée dans un brouillard dense avec moins de de visibilité. Le pilote en fut averti par le contrôle aérien qui permit cependant au pilote de descendre jusqu'à l'altitude de décision fixée à au-dessus du niveau de l'aéroport. La décision « on abandonne » (odchodzimy en polonais) a été enregistrée dans le poste de pilotage une fois l'avion arrivé à l'altitude de décision, mais il poursuivit sa descente pour des raisons inconnuesTranscription des enregistrements de la boîte noire du Tu-154 déchiffrés par l'Institut d'expertises judiciaires Sehn de Cracovie, publiée en janvier 2012..

L'avion percute ensuite la cime de plusieurs arbres. à environ de la piste d'atterrissage de la base aérienne de Smolensk, ce qui conduit au cisaillement d'une partie de l'aile gauche du Tu-154, qui a violemment basculé sur la gauche avant de s'écraser, renversé sur le dos, dans une zone boisée à du seuil de la piste, à (heure de Moscou). Un petit incendie post impact s'est déclaré sur le site du crash, mais a été rapidement maîtrisé par les services de secours. La violence de l'impact n'a laissé aucune chance de survie aux 96 personnes à bord de l'avion.

Enquête Mise en place des organes enquêteurs Quelques heures après le crash, le président de la fédération de Russie Dmitri Medvedev ordonne , et annonce la création d'une commission spéciale d'enquête sur l'accident. Cette commission est présidée par le Premier ministre Vladimir Poutine. Parallèlement, une enquête criminelle émanant du procureur général de Russie est ouverte, à propos d'éventuelles violations des règles de sécurité du Code criminel russe« Le président russe ordonne une « enquête minutieuse » », Le Monde, 11 avril 2010..

Les enquêtes sont menées en collaboration avec des enquêteurs polonais dépêchés à Smolensk et à Moscou, où sont acheminés les corps des victimes et les boîtes noires, conformément à la loi russe en cas d'accident.. Elles s'appuient sur la Convention de Chicago, et plus précisément sur son Annexe 13, qui régit les enquêtes en cas d'accidents dans l'aviation civile. Selon le président du Conseil des ministres Donald Tusk, cette convention internationale est la base juridique qui permet la participation la plus importante possible des enquêteurs polonais. Il est cependant critiqué par une partie de la presse polonaise et par l'opposition proche du parti Droit et justice qui considèrent que l'enquête a été menée exclusivement par les autorités russes, car la convention donnerait l'exclusivité des pouvoirs d'enquête au pays sur le territoire duquel un accident est survenu. Selon ces critiques, Donald Tusk aurait dû faire appliquer l'accord bilatéral de 1993 entre la Pologne et la Russie, qui s'applique aux accidents dans l'aviation militaire, car le Tu-154 transportant la délégation présidentielle est un avion militaire, l'aéroport de Smolensk est un aéroport militaire, et les pilotes et les contrôleurs aériens étaient eux aussi des militaires, ce qui aurait permis aux enquêteurs polonais de travailler directement aux côtés des enquêteurs russes..

Premières analyses Les premières déclarations des autorités russes incriminent le brouillard, fréquent dans cette région au printemps et en automne, et une erreur du pilote, qui aurait tenté d'atterrir sur la base aérienne de Smolensk contre l'avis des contrôleurs aériens« Le brouillard à l'origine de l'accident, selon la Russie », cyberpresse.ca, 10 avril 2010. qui lui auraient proposé de se dérouter sur Minsk ou Moscou.

Les premières analyses indiquent que l'avion a heurté la cime des arbres alors qu'il effectuait une tentative d'approche avec une balise non directionnelleBalise non directionnelle appelé Non Directional Beacon (NDB), moyen radio qui ne permet pas une approche « de précision » et qui nécessite donc de meilleures conditions de visibilité., par visibilité faible, après trois tours d'attente en hippodrome au-dessus de l'aérodrome.Et non à la quatrième tentative comme une erreur de traduction l'a tout d'abord laissé entendre.. Le lendemain, l'analyse des conversations entre les pilotes de l'avion présidentiel polonais et les aiguilleurs russes exclut la thèse du problème technique sur le Tupolev (de fabrication soviétique)..

Il a été dit que la décision du commandant de bord d'atterrir à tout prix pour ne pas retarder la présence des autorités polonaises à la commémoration de Katyn, ou peut-être pour ne pas mettre en danger sa carrière professionnelle, avait pu jouer un rôle essentiel dans la genèse de l'accident. En , l'avion de Lech Kaczyński avait déjà dû se dérouter dans des circonstances similaires alors qu'il se rendait à Tbilissi, ce qui avait provoqué la colère du président : , aurait affirmé Lech Kaczyński selon le quotidien Dziennik, avant d'ajouter : .. Cette version des pressions sur le pilote lors du voyage en Géorgie, relayée par certains médias, a cependant été contestée, notamment par l'ancien président de Lituanie Valdas Adamkus qui faisait partie du voyage de Tbilissi« Spór o incydent gruziński », Rzeczpospolita, 17 avril 2010..

Les trois « boites noires » du Tupolev Tu-154 ont été retrouvées sur les lieux du crash dans l'après-midi du , comme l'a indiqué Sergueï Choïgou, le ministre russe des Situations d'urgence, et la presse estimait alors qu'elles permettraient vraisemblablement à la commission d'enquête de présenter rapidement ses premières conclusions.

Historique de l'appareil thumb|L'appareil impliqué dans l'accident, dans une livrée précédente, ici à l'aéroport international de Zurich en mai 1994. L'appareil, un Tupolev Tu-154M, avait été livré à la force aérienne polonaise en 1990« Crash de Smolensk : obsolescence du parc d'avions du gouvernement polonais » (médias), Ria Novosti, 10 avril 2010.. Ce type d'appareil a mauvaise réputation. En effet, depuis les années 1970, 66 accidents ont impliqué des Tu-154, causant plus de décès, accidents pour la plupart imputés à de mauvaises conditions d'entretien des appareils, surtout utilisés par des compagnies de l'ex-Union soviétique ou de la république islamique d'Iran« Aller simple en Tupolev pour le président polonais », Bakchich Info, 12 avril 2010.Aviation Safety Network: Tupolev 154 Statistics..

Le gouvernement polonais possède deux Tupolev Tu-154M, un pour le président de la République et un pour le président du Conseil des ministres. Le Tupolev présidentiel polonais avait déjà connu des avaries en en Mongolie, obligeant le président et son épouse à prendre un vol charter jusqu'à Tokyo, où il arriva ainsi avec 8 heures de retard. Enfin, en , le président avait déjà dû emprunter un vol commercial pour se rendre à Bruxelles. En , les deux Tupolev du gouvernement polonais étaient en panne simultanément, conduisant le président Kaczynski à voyager sur un avion de ligne ordinaire pour se rendre à New York. Toutefois, l'appareil en question dans le crash du avait bénéficié d'une révision complète et d'une modernisation en en Russie« Tragédie nationale en Pologne : le brouillard à l'origine de l'accident selon la Russie », www.cyberpresse.ca, 10 avril 2010.. En première analyse, les circonstances de l'accident n'ont pas mis en cause a priori une défaillance technique, mais plutôt des facteurs humains.

Conclusions Au cours d'une conférence de presse tenue à Moscou le par le Interstate Aviation Committee (Comité intergouvernemental d'aviation), il est révélé que le président et d'autres hauts responsables polonais auraient fait pression sur l'équipage pour le forcer à atterrir nonobstant un entraînement insuffisant des pilotes. Au cours de la procédure d'atterrissage, ceux-ci semblent également avoir négligé un certain nombre d'avertissements indiquant la trop grande proximité de l'appareil avec le sol.« Crash de l'avion polonais : l'équipage était influencé par l'entourage de Kaczynski », Le Monde en ligne, 12 janvier 2011..

Six mois plus tard, le , contrairement au rapport russe, la commission d'enquête polonaise parvient à la conclusion que les responsabilités sont partagées entre la Pologne et la Russie. Reconnaissant que les causes principales de l'accident sont dues à des défaillances polonaises (vol à trop grande vitesse, pilotes n'ayant pas subi un entraînement adéquat pour piloter l'avion), elle indique aussi que l'éclairage de l'aéroport était défaillant et que les informations transmises par les contrôleurs aériens russes aux pilotes dans la phase d'atterrissage étaient incorrectes« Crash de Smolensk : la Pologne reconnaît ses responsabilités », Euronews, 29 juillet 2011..