Le Chacal à chabraque ou à dos noir (Lupulella mesomelas) est une espèce de mammifères carnivores de la famille des Canidés. Originaire d’Afrique, il est présent dans les régions orientales et australe, toutes deux séparées par environ .
L'une des régions comprend la pointe sud du continent, incluant l’Afrique du Sud, la Namibie, le Botswana et le Zimbabwe. L’autre zone s'étend le long de la côte orientale, englobant le Kenya, la Somalie, Djibouti, l’Érythrée et l’Éthiopie. L'espèce est inscrite sur la Liste rouge de l'UICN comme préoccupation mineure en raison de sa vaste aire de répartition et de sa grande capacité d'adaptation, bien qu'elle soit toujours persécutée en tant que prédateur de bétail et vecteur de la rage.
Il possède un pelage allant du brun roux au fauve et une « selle » noire qui s'étend des épaules jusqu'à la base de la queue. C'est un animal monogame, dont les jeunes peuvent rester avec la famille pour aider à élever les nouvelles générations de petits. Le chacal à chabraque dispose de sources de nourriture variées, se nourrissant d'animaux de petite et moyenne taille, ainsi que de matières végétales et de déchets humains.
Il joue également un rôle de premier plan dans le folklore africain, souvent dépeint comme une figure de fripon rusé et adaptable. Malgré les conflits persistants avec l'homme dus à la prédation du bétail, ses populations restent stables grâce à sa résilience et à sa capacité d'adaptation dans des paysages diversifiés.
Taxonomie vignette|gauche|Illustration du Canis mesomelas dans Die Säugthiere in Abbildungen nach der Natur, mit Beschreibungen, 1774-1855
Johann Christian Daniel von Schreber a nommé l'espèce Canis mesomelas en 1775. En 1906 a été proposé par Hilzheimer son rattachement au genre Lupulella duquel il lui était réservé initialement.
Évolution Le chacal à chabraque vit en Afrique orientale et australe depuis au moins d'années, comme en témoignent les gisements fossiles trouvés au Kenya, en Tanzanie et en Afrique du Sud. Les spécimens provenant des sites fossiles du Transvaal sont presque identiques à leurs homologues modernes, bien qu'ils présentent des os nasaux légèrement différents. Aucun fossile n'ayant été découvert au nord de l'Éthiopie, l'espèce a probablement toujours eu une répartition subsaharienne. Le chacal à chabraque est relativement peu spécialisé et peut prospérer dans une grande variété d'habitats, y compris les déserts, ses reins étant bien adaptés au manque d'eau. Il est cependant plus adapté à un régime carnivore que les autres chacals, comme le montrent sa denture carnassière bien développée et la lame tranchante plus longue de ses prémolaires.
Juliet Clutton-Brock et ses collègues ont classé le chacal à chabraque comme étant étroitement apparenté au chacal à flancs rayés, sur la base de caractères crâniens et dentaires. Les études sur la divergence des allozymes au sein des Canidae indiquent que le chacal à chabraque et les autres membres du genre Canis sont séparés par une distance génétique considérable. D'autres études montrent une grande différence dans les séquences d'ADN mitochondrial entre les chacals à chabraque et les autres espèces de « chacals » sympatriques, correspondant à une divergence survenue il y a d'années.
Un alignement de séquences d'ADN mitochondrial pour les canidés de type loup a produit un arbre phylogénétique montrant que le chacal à flancs rayés et le chacal à chabraque sont les membres les plus basaux de ce clade, suggérant ainsi une origine africaine pour celui-ci. En raison de cette divergence profonde entre le chacal à chabraque et le reste des canidés « lupoïdes », il a été proposé de changer le nom générique de l'espèce de Canis à Lupulella.
En 2017, une étude de l'ADN mitochondrial a révélé que les deux sous-espèces de chacal à chabraque avaient divergé l'une de l'autre il y a d'années. L'étude suggère que, du fait de cette séparation prolongée (plus longue que celle entre le loup doré africain et la lignée des loups), les deux sous-espèces pourraient mériter le statut d'espèces distinctes.
En 2019, des membres du groupe de spécialistes des canidés de l'UICN ont recommandé que le chacal à flancs rayés (Canis adustus) et le chacal à chabraque (Canis mesomelas) soient définitivement placés dans le genre distinct Lupulella Hilzheimer, 1906, car les preuves génétiques montrent qu'ils forment une lignée monophylétique située en dehors du clade Canis/Cuon/Lycaon. Des recherches génétiques additionnelles soutiennent cette séparation, indiquant que le chacal à chabraque est l'une des espèces de canidés actuelles les plus anciennes, ayant conservé des traits primitifs depuis le Pléistocène.
L'arbre phylogénétique peut présenter des positions contradictoires selon que les marqueurs génétiques proviennent de l'ADN mitochondrial ou de l'ADN nucléaire. L'explication proposée est qu'une introgression d'ADN mitochondrial s'est produite depuis un ancêtre ancien de Canis vers la lignée du chacal à chabraque il y a environ d'années.
Sous-espèces Deux sous-espèces sont reconnues par l'ouvrage de référence Mammal Species of the World (MSW3). Ces populations sont séparées par une zone s'étendant de la Zambie à la Tanzanie :
+ Sous-espèces de Lupulella mesomelas Sous-espèce Description et Écologie Répartition SynonymesL. m. mesomelas(Schreber, 1775)Chacal à chabraque d'Afrique australe(nominale)150px Dimensions : Poids ; hauteur au garrot .Écologie : Occupe des milieux variés allant du désert du Namib aux zones arbustives. Plus charognard sur les côtes (colonies d'otaries). Pelage d'hiver très coloré chez les mâles. 250px achrotes (Thomas, 1925)arenarum (Thomas, 1926)variegatoides (A. Smith, 1833)L. m. schmidti(Noack, 1897)Chacal à chabraque d'Afrique orientale150px Dimensions : Un peu plus grand (jusqu'à ). Crâne plus court et large, mais avec des carnassières plus longues.Écologie : Typique des savanes à acacias et des plaines herbeuses. Très opportuniste, il suit souvent les grands prédateurs pour les restes de carcasses. elgonae (Heller, 1914)mcmillani (Heller, 1914)
Description
vignette|Crâne et squelette de chacal à chabraque. vignette|Vue frontale d'un chacal à chabraque en quête de nourriture à Cape Cross, en Namibie.
Le chacal à chabraque est un canidé dont l'apparence rappelle celle d'un renard , doté d'un corps svelte, de longues pattes et de grandes oreilles pointues. Bien qu'il soit physiquement proche du chacal à flancs rayés et plus éloigné du chacal doré, son crâne et sa dentition sont plus robustes, avec des incisives nettement plus tranchantes. Il pèse entre , mesure de au garrot et sa longueur corporelle (sans la queue) varie de .
La couleur de base est un brun roussâtre à fauve, particulièrement marqué sur les flancs et les membres. Une « selle » (chabraque) noire, parsemée de poils argentés, s'étend des épaules jusqu'à la base de la queue. Une fine bande noire le long des flancs sépare la selle du reste du corps ; cette démarcation est particulièrement nette et peut servir à l'identification des individus. La queue est touffue et se termine par une extrémité noire. Les lèvres, la gorge, la poitrine et l'intérieur des membres sont blancs.
Le pelage d'hiver est d'un brun rougeâtre beaucoup plus profond. Des cas d'albinisme ont été occasionnellement signalés. Les poils de la face mesurent de long et s'allongent pour atteindre sur la croupe. Les poils de jarres du dos mesurent environ au niveau de l'épaule, diminuant à à la base de la queue, tandis que ceux de la queue sont les plus longs, atteignant . Ses oreilles très développées jouent un rôle essentiel dans la thermorégulation, permettant d'évacuer la chaleur dans les environnements arides.
Distribution et habitat
vignette|Empreinte de la patte antérieure droite.
Le chacal à chabraque montre généralement une préférence pour les zones ouvertes avec peu de végétation dense, bien qu'il occupe une vaste gamme d'habitats, allant des déserts côtiers arides aux zones recevant plus de de précipitations. En plus de leur aire de répartition connue, les chacals à chabraque ont fait preuve d'une adaptabilité exceptionnelle aux paysages modifiés par l'homme, y compris les terres agricoles et les zones périurbaines.
Cette espèce est particulièrement présente dans les environnements allant des broussailles semi-désertiques aux régions alpines, bien que la fragmentation de l'habitat puisse accroître les conflits avec les intérêts humains. On le trouve également dans les terres agricoles, les savanes, les mosaïques de plaines ouvertes et les zones de haute montagne.
Comportement et écologie
Comportement social et territorial
Le chacal à chabraque est un animal monogame et territorial, dont l'organisation sociale ressemble fortement à celle du Chacal doré. Cependant, l'aide apportée par les jeunes des portées précédentes pour élever les petits a une influence plus importante sur le taux de survie des petits que chez ce dernier. Ce comportement de reproduction coopérative est un pilier de leur structure sociale. L'unité de base est un couple reproducteur qui défend son territoire par le dépôt d'urine et de matières fécales sur les limites de son domaine. Le marquage se fait généralement en tandem et le couple expulse les intrus de manière agressive. Les confrontations directes sont souvent évitées, car le couple utilise des vocalisations pour signaler sa présence dans une zone donnée.
C'est une espèce très bruyante, particulièrement en Afrique australe. Sa gamme vocale comprend des cris, des jappements, des aboiements, des gémissements et un genre de ricanement. Il communique avec les membres de son groupe par un hurlement aigu et prolongé, et exprime l'alarme par un cri explosif suivi de jappements courts. Ce cri est particulièrement frénétique lorsqu'il harcèle un léopard. Dans les zones où il vit en sympatrie avec le Loup africain, le chacal à chabraque ne hurle pas, préférant les jappements, alors qu'en Afrique australe, ses hurlements rappellent ceux du chacal doré.
Reproduction et développement
vignette|Chiots de la sous-espèce orientale (L. m. schmidti) en Tanzanie.
La saison des amours s'étend de fin mai à août, avec une période de gestation de . Les petits naissent entre juillet et octobre. Ces naissances estivales coïncident avec les pics de population de rongeurs, tandis que les naissances hivernales s'alignent sur la saison de mise bas des ongulés. Les portées comptent de , qui naissent aveugles. Durant les trois premières semaines, la mère les surveille constamment, tandis que le père et les frères/sœurs plus âgés rapportent de la nourriture.
Les petits ouvrent les yeux après et sortent du terrier à l'âge de 3 semaines. Ils sont sevrés entre et chassent seuls à 6 mois. La maturité sexuelle est atteinte à . Contrairement aux petits du chacal doré, ceux du chacal à chabraque deviennent de plus en plus querelleurs avec l'âge et établissent une hiérarchie de dominance stricte. Les individus dominants s'approprient la nourriture et deviennent indépendants plus tôt. Certains restent sur le territoire natal pour aider leurs parents avec la génération suivante. L'espérance de vie moyenne est de à l'état sauvage, mais peut doubler en captivité.
Régime alimentaire
Le chacal à chabraque est un omnivore opportuniste. Son régime comprend des invertébrés comme coléoptères, criquets, termites, scorpions, ainsi que des mammifères allant des rongeurs aux lièvres, jusqu'aux jeunes antilopes, comme les faons de topis. Il consomme également des charognes, des oiseaux, des œufs, des lézards, des serpents et occasionnellement des fruits.