La rumeur de survie, ou légende survivantiste, est le plus souvent une légende ou une croyance se développant à l'occasion de la disparition d'un personnage illustre et colportant qu'il est en réalité toujours vivant, caché volontairement ou enfermé. Aucune des rumeurs de survie « historiques » n'a été confirmée. Et quand la science moderne, notamment par les analyses d'ADN, a pu résoudre l'énigme, la légende n'a pas pour autant nécessairement pris fin.

Aspect psycho-sociologique La rumeur de survie peut être, une réaction psychologique face à une disparition jugée intolérable, ou encore une manipulation politique organisée.

Parfois, la conséquence de la rumeur est l'apparition courante d'un, voire de plusieurs aventuriers usurpant l'identité du disparu et profitant de l'émotion populaire pour tenter de remplacer le héros . Dans plusieurs cas, ces rumeurs ont eu des répercussions historiques parfois notables.

Le phénomène peut s'apparenter aux diverses théories du complot.

Alors qu'auparavant elles concernaient surtout des dirigeants politiques ou militaires, les rumeurs de survie se sont plus récemment déplacées sur des personnalités du show business. Leur disparition, parfois brutale, peut paraître si inacceptable pour des admirateurs que la voie est laissée libre à la rumeur.

Cas célèbres, par ordre chronologique Personnages historiques Selon la théorie de l'évanouissement, Jésus de Nazareth ne serait pas mort sur la croix. Théodose (vers 585-602), fils aîné de l'empereur byzantin Maurice, aurait survécu à l'assassinat de toute la famille impériale par les hommes de Phocas. Le général Narsès, qui s'est récemment élevé contre Phocas en Mésopotamie, exploite cette rumeur et « produit » un faux Théodose avant de proclamer combattre pour ce dernier.. thumb|Frédéric Barberousse attendant, selon la légende, l'heure de son retour, dans l'Untersberg. Gravure du . « Lorsque les corbeaux cesseront de voler autour de la montagne, il se réveillera… » Quand Frédéric Barberousse se noie le dans le fleuve Saleph au cours de la troisième croisade, le monde germanique ne peut croire à cette mort si brutale et inattendue. La rumeur, puis la légende, le dit endormi avec ses chevaliers dans une caverne dans les montagnes de Kyffhäuser en Thuringe et, lorsque les corbeaux cesseront de voler autour de la montagne, il se réveillera et rétablira l'Allemagne dans son ancienne grandeur. Cette figure quasi-messianique sera encore utilisée par des dignitaires nazisFranco Cardini, « Regalita sacra e progetto politico in Frederico Barbarossa », dans Le Souverain caché, Politica Hermetica, , 2000.. Le , les Francs sont battus devant Andrinople. Baudouin VI de Hainaut, comte de Flandre et de Hainaut, empereur de Constantinople, est fait prisonnier selon Geoffroi de Villehardouin« Baudoin fu pris vif, et li cuens Loeys fu ocis. » : La Conquête de Constantinople, chap. LXXXI., même si les chroniqueurs Meyer et Raynaldi reconnaissent ignorer s’il est mort au champ d’honneur ou en prison. Si l’on en croit un autre chroniqueur, Nicétas Khoniatès, Baudouin aurait été détenu à Ternobe, puis aurait été abandonné dans une vallée pieds et mains coupés, et serait mort après une agonie de trois jours. Cette version est contestée, et il est plus probable que l’empereur flamand soit mort en prison. Quoi qu'il en soit, sa mort incertaine permit en 1225 à un imposteur, Bertrand Cordel, de se faire passer en Flandre pour l'empereur, censé avoir échappé à la mort en Bulgarie. Le difficile contexte flamand de l'après Bouvines et la captivité du comte Ferrand permit l'aventure. Mais, le roi Louis VIII de France démasque l'imposteur, qui s'enfuit, puis est retrouvé et ramené en Flandre, où il est condamné à mort et étranglé à Lille (fin ). Son cadavre fut exhibé au gibet de Loos. Jean de France (1316-1316), fils posthume de Louis X le Hutin, est né dans la nuit du 14 au , mais il ne vécut que cinq jours. Quelques années plus tard, la rumeur se répandit que le petit roi Jean n'était pas mort. Pendant la captivité de Jean II, un homme du nom de Giannino Baglioni prétendit être Jean et donc l'héritier de la couronne. Il essaya de faire valoir ses droits mais, fait prisonnier en Provence, cet homme mourut en captivité en 1363 (ce mythe est pris pour réalité dans la suite romanesque Les Rois maudits et notamment son septième tome). Jehan de Launay (vers 1340-1381) est une figure de la Révolte de Gand. Le bouillant Henry Percy dit Hotspur mène la rébellion contre Henri IV d'Angleterre mais il est tué à la bataille de Shrewsbury le . La rumeur qu'il ne serait pas mort se propage bientôt. En réaction, le roi le fait déterrer et fait exposer son cadavre à Shrewsbury, empalé sur une lance entre deux meules. Son corps fut ensuite découpé en quatre parties exposées aux quatre coins du pays. En novembre, ses restes finissent par être restitués à sa veuve. Bien que Jeanne d'Arc ait été brûlée vive en public sur la place du Vieux-Marché à Rouen le , de « fausses Jeanne » apparurent postérieurement. La plus célèbre fut Jeanne des Armoises, qui se fit passer pour la Pucelle entre 1434 et 1440, date à laquelle elle admit ensuite publiquement son imposture, à la suite d'une enquête de l'Université et du Parlement de Paris.. Édouard V, roi d'Angleterre âgé de treize ans, et son jeune frère Richard de Shrewsbury sont enfermés le à la Tour de Londres par leur oncle, Richard III. Ils ont probablement été assassinés, car aucun témoignage n'en parlera plus. Cette disparition trouble permettra à deux aventuriers, Perkin Warbeck et Lambert Simnel, d'affirmer être l'un le prince Richard, l'autre Édouard V, afin de tenter de prendre le pouvoir. thumb|upright|Portrait de Sébastien de Portugal, 1575. Il devient le « roi dormant » après sa mort. À vingt-quatre ans et avec soldats, Sébastien de Portugal (1554-1578) décide de soumettre le Maroc. Le , Sébastien est battu à la bataille d'Alcácer-Quibir (Ksar el-Kébir). Il a certainement été tué ou été fait prisonnier puis exécuté, puisque seulement soixante Portugais reviendront à Lisbonne. Faute de cadavre, beaucoup de Portugais estimèrent que le roi avait juste disparu. On se référa alors au « roi dormant » qui reviendrait au Portugal en cas de difficulté pour sauver le royaumeYves Marie Bercé, « Le Roi perdu », dans Le Souverain caché, Politica Hermetica, 14, 2000.. Pendant ce que les Portugais considèrent comme l'« occupation espagnole », trois personnes prétendirent être le roi Sébastien. Le dernier, un Italien, fut pendu en 1619. Le tsarévitch Dimitri Ivanovitch (1582-1591) est le second fils survivant à son père, Ivan le Terrible. C'est son frère aîné, Fédor , qui succède à leur père sur le trône, mais le pouvoir réel est aux mains de Boris Godounov. C'est peut-être lui qui le fait poignarder le , avant de se faire couronner tsar à la mort de Fédor . Ce changement dynastique provoque le contexte favorable à l'apparition de plusieurs « faux-Dimitri » qui auraient survécu. Le plus important sera Gregori Otrepiev, qui parviendra à se faire couronner tsar sous le nom de Dimitri II et succédera à Boris Godounov, grâce au soutien du roi de Pologne et au mécontentement populaire contre ce dernier. Couronné le , il est assassiné le , principalement en raison de ses liens avec la Pologne. Dès l'été 1607 un second imposteur apparaît : le second faux Dimitri. Il parvient rapidement à convaincre des Russes, des Polonais et des Cosaques de le suivre. La Moscovie se divise alors en deux : le Nord est partisan de Vassili, le Sud de Dimitri. Aucun n'est assez puissant pour renverser l'autre. Mais l'aventure tourne court, et le second faux-Dimitri est assassiné le . Un troisième « faux-Dimitri » apparaît à Ivangorod le . Avec une armée de cosaques, il ravage la région de Moscou avant d'être arrêté à Pskov le puis exécuté. Pierre III de Russie (1728-1762), succédant à la tsarine Élisabeth de Russie, est rapidement détesté par la cour et par le peuple en raison de ses sentiments pro-Prussiens et de son mépris pour la Russie. Sa femme, Catherine II la Grande, prend le pouvoir, assigne le tsar à résidence le et l'oblige à signer son acte d'abdication. Le il est assassiné dans des circonstances troubles par Alexeï Orlov et ses gardiens. Cette fin mystérieuse donnera naissance à de nombreuses légendes. Le cosaque Pougatchev, meneur de la dernière grande insurrection paysanne en Russie, de 1773 à 1774, prétendra être Pierre III en guerre contre Catherine II, l'usurpatrice allemande. Il en fut de même de Selivanov, grand maître de la secte des castrats. Louis XVII meurt dans la prison du Temple le , à l'âge de dix ans et après bientôt trois ans de captivité. Nombreux pourtant sont ceux qui doutent de cette disparition, et c'est bientôt une myriade de pseudo-dauphins qui se manifestent durant le . Le plus célèbre d'entre eux reste Karl-Wilhelm NaundorffPaul-Éric Blanrue, « Naundorff, « roi de France », voyant, gourou… et imposteur ! ». (mort le ), qui réussit à convaincre plusieurs personnes qu'il est Louis XVII. Ses descendants ne cesseront de défendre sa cause, mais les récentes analyses ADN ont réduit à néant les prétentions des « survivantistes ». On peut aussi citer Jean-Marie Hervagault, le prétendu baron de Richemont, Charles de Navarre, dit Mathurin Bruneau, Bourlon, Fruchard, Marassin, Mèves, Junt, Eliézer Williams, Varney, Ligny de Luxembourg, Gruau, La RocheL. de La Sicotière, Les Faux Louis XVII, Victor Palmé, 1882. – En ligne sur Gallica.… Michel Ney, maréchal d'Empire, dit « le brave des braves », est exécuté le à Paris, Place de l'Observatoire. Plusieurs années plus tard, un homme se réclamant de son identité est mort à Brownsville en Caroline du Nord en 1846. Il s'appelait Peter Stuart Ney, il enseignait le français, l'allemand, l'hébreu et les mathématiques. On dit qu'il tenta de se suicider à l'annonce de la mort de Napoléon et qu'il affirma être le maréchal d'Empire sur son lit de mort« 100 mystères de l'Histoire », dans Sciences et vie Junior, hors-série 79, décembre 2009.. Alexandre de Russie meurt le à Taganrog au bord de la mer d'Azov. Dès l'annonce de sa mort, des doutes naissent en Russie, alimentés par le fait que de nombreuses personnes, défilant devant son cadavre, ne parviennent pas à le reconnaître. La rumeur s'installe alors, selon laquelle le tsar aurait simulé sa mort et se serait retiré loin des hommes, tandis qu'on lui substituait le cadavre d'un soldat lui ressemblant vaguement. Quelques années plus tard, en effet, un ermite du nom de Fiodor Kouzmitch fut reconnu par de nombreuses personnes comme étant Alexandre : arrêté, fouetté puis déporté en Sibérie, il devint starets et mourut le à Tomsk, en Sibérie. Lorsque Alexandre III de Russie fit ouvrir le tombeau d'Alexandre , afin de vérifier le bien-fondé des rumeurs de survie, le cercueil fut découvert vide… thumb|upright|Anastasia, fille de Nicolas II. Selon la rumeur, elle aurait survécu au massacre de la famille impériale de Russie. Anastasia, fille du tsar Nicolas II de Russie, est assassinée avec toute la famille impériale dans la nuit du 16 au à Iekaterinbourg. Les zones d'ombre qui planèrent longtemps sur cette exécution ont pu rendre crédibles la rumeur selon laquelle une partie de la famille impériale aurait pu échapper à la tuerie. De nombreuses femmes ont prétendu, tout au long du , être la grande-duchesse Anastasia. Anna Anderson est la plus célèbre d'entre elles, avec Eugenia Smith. D'autres membres de la famille impériale, notamment Olga, ont pu également faire l'objet d'une rumeur de survie. Mais, en 2008, des tests ADN ont prouvé définitivement que toute la famille avait bien été exécutée à Iekaterinbourg.