Les élections générales britanniques ont eu lieu le , après la dissolution du Parlement par la reine Élisabeth II, sur demande du Premier ministre Gordon Brown, le . Ce scrutin renouvelle les (Member of Parliament ou MP) de la Chambre des communes, la chambre basse du Parlement du Royaume-Uni. Les députés sont élus au scrutin uninominal majoritaire à un tour : dans chaque circonscription, le candidat ayant le plus de voix est élu en toutes circonstances.

Le Parti travailliste, mené par le Premier ministre Gordon Brown, a tenté de préserver sa majorité absolue, qu'il détenait depuis 1997. Le Parti conservateur, porté par David Cameron, espérait quant à lui revenir au 10 Downing Street, treize ans après la défaite de John Major face à Tony Blair.

Les résultats, qui commencent à tomber dans la nuit du 6 au et sont annoncés officiellement dans la matinée du , débouchent sur une situation inédite depuis 1974 : un parlement sans majorité. Le Parti conservateur arrive en tête, comme prévu par les sondages, avec , suivi du Parti travailliste avec et des Libéraux-démocrates avec . Après cinq jours de négociations entre Tories et LibDems, puis entre Labour et LibDems, un accord est finalement trouvé entre conservateurs et libéraux-démocrates. Le , Gordon Brown démissionne et David Cameron devient Premier ministre du Royaume-Uni.

Mode de scrutin Le scrutin est uninominal majoritaire à un seul tour. Le pays est divisé en 650 circonscriptions (constituencies) et chacune de ces circonscriptions élit un député à la Chambre des communes. Au sein de chaque circonscription, c'est le candidat ayant obtenu le plus de voix qui est élu (système du « first past the post »).

Ce système favorise l'émergence d'un système où seuls deux partis dominent, et avantage encore plus le parti arrivé en tête. Ainsi, aux élections législatives, en 2005, le Parti travailliste n'a récolté que 35,3 % des suffrages ( devant le Parti conservateur), mais a obtenu la majorité des sièges (356, contre seulement 198 pour les conservateurs). De même, en 2010, certains sondages plaçaient les travaillistes en tête en nombre de sièges, bien qu'en difficulté. Le parti arrivé second peut également l'emporter : en 1950 les conservateurs avec 48 % des voix ont obtenu 321 élus quand les travaillistes avec 48,8 % n'en obtenaient que 295.

Dans le cas, rare vu le type de scrutin, où aucun parti n'arrive à obtenir la majorité des sièges (« hung parliament »), c'est le parti au pouvoir qui dispose de la priorité pour former un gouvernement de coalition, s'il est en mesure de le faire. Au vu des derniers sondages, un parlement sans majorité apparaissait comme une hypothèse très probable avant le scrutin de 2010.

Déroulement de l'élection Les élections législatives n'ont pas de date fixe au Royaume-Uni : le Premier ministre en exercice dispose d'un délai maximum de cinq ans pour organiser de nouvelles élections. Dans les faits, une législature dure le plus souvent quatre ans. Pour le scrutin de 2010, le Premier ministre Gordon Brown a attendu le dernier moment pour organiser le scrutin, puisque les dernières élections avaient eu lieu en 2005. Formellement, pour organiser l'élection, le Premier ministre doit demander à la reine la dissolution du Parlement. C'est le que Gordon Brown s'est rendu au Palais de Buckingham pour demander la dissolution du Parlement. C'est également à cette occasion que la date du scrutin a été fixée au , jour du centenaire du décès du roi Édouard VII d'Angleterre.

Résumé de la campagne Ces élections sont marquées par un important renouvellement des membres du parlement, puisqu'environ un quart des députés sortants ne se représentent pas, notamment à la suite des scandales des notes de frais.

L'élection a lieu dans un contexte de crise économique pour le Royaume-Uni. Les années 2008 et 2009 ont été marquées par une récession de 6,2 %, la dette publique atteint 60 % du PIB et celle des ménages 170 % de leurs revenus. La question de la réduction des déficits publics a été au cœur de la campagne, et les trois principaux partis en ont fait leur priorité : en effet, le déficit public du Royaume-Uni pourrait devenir le plus important de l'Union européenne, avec 12 % du PIB. Les propositions des différents partis sur ce sujet n'ont pas été très différentes : coupe dans les dépenses publiques et pression fiscale supplémentaire, ce qui n'a sans doute pas contribué à faire émerger une majorité claire.

Le Parti conservateur défend un programme mettant l'accent sur la réduction du rôle de l’État dans la sphère économique, s'inscrivant pour l'essentiel dans la continuité des politiques mises en œuvre par le New Labour de Tony Blair. Sous l'impulsion de David Cameron, les Tories se montrent plus ouverts qu'auparavant sur les questions dites sociétales (immigration, droit des « minorités », mariage homosexuel, etc).

Au pouvoir depuis 13 ans, le Labour a perdu une partie de son électorat traditionnel et présente un bilan en demi-teinte incluant la poursuite de la financiarisation de l’économie du pays, la réduction de moitié du nombre de lits d’hôpitaux depuis 1997, l’instillation d’outils de gestion d’entreprise dans les services publics et l’accroissement des inégalités.

Les journaux The Economist et The Times appellent à voter conservateur, alors que The Guardian soutient les libéraux-démocrates.

Évènements marquants

Le , Gordon Brown, à la suite d'un entretien filmé, décrit une retraitée de , Gillian Duffy, comme une « sectaire », après qu'elle lui a posé des questions sur les personnes vulnérables ne recevant pas de prestations et sur l'immigration en provenance des pays de l'est« How Gordon Brown 'bigot' jibe row unfolded », BBC News, 28 avril 2010. Les propos de Brown ont été enregistrés par un reporter de Sky News et largement diffusés. Peu après l'incident, Brown a répondu aux questions de Jeremy Vine en direct sur BBC Radio 2, où il a publiquement présenté ses excuses à Duffy. Par la suite, Brown a rendu visite à cette dernière dans sa maison pendant afin de présenter des excuses en personne. En sortant, il se décrit comme un pécheur « pénitent », tandis que Duffy a refusé de répondre aux questions de la presse « [url=http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/politics/election_2010/8649841.stm Brown apologises to voter for 'bigoted woman'] », BBC News, 28 avril 2010. Dans une enquête tenue secrète réalisée pour The Sun, une courte majorité de personnes interrogées admettent qu'il s'agissait d'une « tempête dans un verre d'eau » et que cela ne devrait pas entraîner de bouleversements sérieux au sein de l'opinion publique « Unpublished YouGov/Sun poll shows support for Gordon Brown over 'bigot' remark » The Guardian, 29 avril 2010. Duffy a affirmé plus tard au Mail on Sunday qu'elle avait accepté les excuses de Brown lors de leur rencontre, mais qu'elle n'avait pas voulu lui serrer la main devant les caméras, avant de dire qu'elle allait finalement s'abstenir lors du vote « Election 2010: Woman in Brown 'bigot' row not to vote », BBC News, mai 2010.

Le même jour, le Parti national écossais (SNP) a échoué dans une action en justice visant à faire interdire la diffusion en Écosse de la troisième et dernière partie du débat opposant Brown, Cameron et Clegg. Le SNP était motivé par le fait que « la société BBC avait enfreint les règles en matière d'impartialité en l'excluant » du débat. Le juge, Lady Smith, jugeant la plainte du SNP imprécise, a finalement refusé de condamner la BBC « SNP fails in BBC debate court bid », BBC News, 29 avril 2010.

Le , Kerry McCarthy, le candidat du Parti travailliste dans la circonscription Bristol-Est, a révélé une fraude sur les votes par correspondance exprimés dans la circonscription sur le site de réseau social Twitter. La police a assuré qu'elle allait enquêter sur « une éventuelle violation de la loi électorale ». Le Conseil municipal de Bristol a pour sa part déclaré qu'il s'agissait d'une « affaire criminelle » et que la police devait prendre des mesures à son sujet « Police probe Twitter votes gaffe by Bristol candidate », BBC News, 29 avril 2010. Plusieurs affaires de suspicion de fraude électorales du même type ont été révélées par la suite.

Le lendemain, l'ancien Premier ministre Tony Blair intervient dans la campagne électorale lors d'une visite du Labour dans une polyclinique de Harrow Ouest, pour soutenir son parti en difficultés à l'approche du scrutin « Tony Blair Returns To Campaign Trail », PoliticsRAW, 30 avril 2010.

Dans les derniers jours de la campagne, l'attention s'est focalisée sur Philippa Stroud. Cette candidate du Parti conservateur, réputée proche de David Cameron, a été accusé d'avoir fondé une association évangélique visant à « soigner » les homosexuels. Elle s'est défendue, d'avoir assimilé l'homosexualité à une maladie. La polémique, alimentée surtout par Internet, a aussi porté sur le fait que les médias traditionnels ont tardé à s'intéresser à l'affaire.

Le , Simon Bennett démissionne de son poste de chef de l'exploitation des ressources Internet du Parti national britannique (BNP), puis redirige le site officiel du parti d'extrême droite sur son propre site, sur lequel il lance une attaque contre la direction du mouvement « BNP in turmoil after online chief Simon Bennett walks out », News International, Times Online, 5 mai 2010. Dans la foulée, Bob Bailey, candidat BNP pour Romford, est filmé par la BBC en train d'importuner un groupe d'hommes d'origine orientale. Après que l'un d'eux lui a craché dessus, en réponse, il en vient aux mains et il s'ensuit un affrontement de courte durée entre le groupe oriental et des militants du BNP « Asian men and BNP candidate Bob Bailey clash in Barking », BBC News, 5 mai 2010.

Enfin, le jour du scrutin, de nombreux électeurs n'ont pas pu voter avant la fermeture des bureaux de vote, à , à cause d'une affluence trop importante à ce moment-là.

Médias thumb|right|175px|Le chef des Libéraux-démocrates, Nick Clegg, a enregistré un important gain de popularité après ses bonnes prestations dans les débats télévisés. Pour la première fois dans l'histoire politique britannique, les trois candidats au poste de Premier ministre se sont affrontés au cours de trois débats télévisés. Ces débats ont permis aux Libéraux-démocrates d'enregistrer un bond dans les sondages, devançant, dès le lendemain du premier débat, le Parti travailliste« Dernier débat avant l'élection : Brown vante son expérience mais Cameron convainc davantage », Le Monde.

Les principaux titres de la presse écrite ont pour habitude de prendre parti pour un des camps en lice, et ce scrutin ne déroge pas à la règle. Du côté de la presse traditionnelle, The Times, quotidien conservateur qui avait pourtant soutenu le Parti travailliste lors des trois derniers scrutins, décide de se ranger du côté des Tories. The Guardian, plutôt au centre-gauche et soutien habituel du Parti travailliste, décide de soutenir les Libéraux-démocrates. The Independent, également au centre-gauche, soutient aussi les LibDems. Enfin, le Financial Times, s'est prononcé quelques jours avant le début du scrutin en faveur du Parti conservateur. Du côté des tabloïds, The Sun soutient les Tories, tandis que The Daily Mirror reste au côté du Labour, mais avant tout pour faire barrage aux conservateurs. Cependant, le rôle de la presse reste malgré tout mitigé, et plus encore lors de cette élection, où les débats télévisés et dans une moindre mesure les médias Internet ont occupé beaucoup d'espace médiatique.

D'une manière générale, les journaux britanniques ont majoritairement pris position en faveur des conservateurs lors de ces élections..: