La est un symbole représentant une main, utilisé comme amulette, talisman et bijou par les habitants d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour se protéger contre le mauvais œil. Ce symbole apotropaïque est souvent associé à la déesse Tanit, déesse punique et berbère.

Terminologie et étymologie

Le nom standard est ( : « cinq », en arabe : ), avec des variantes maghrébines khmisa/khmisa..

En Afrique du Nord coloniale française, les Européens ont popularisé l'appellation « main de Fatma », un surnom colonial plutôt qu'un terme arabe indigène ; dans le français de l'époque coloniale, « fatma » désignait une musulmane.

Dans l'usage juif, elle est aussi appelée « main de Myriam » dans des contextes séfarades-mizrahim, ou parfois hamesh (hébreu : « cinq » ; judéo-arabe : , hébreu : ).

Chez les chrétiens levantins, elle est connue sous le nom de « main de Marie » (arabe : )...

Dans les langues berbères, le terme (en tifinagh : ), qui désigne un motif décoratif proche du , signifie littéralement « main ».

Histoire Origine vignette|265x265px|Stèle punique de Carthage dédiée à Tanit et à Baal Hammon, avec une main droite ouverte gravée, ainsi que le signe de Tanit, le signe de Baal Hammon au-dessus, un caducée et des symboles navals

L'origine de la est incertaine. Les travaux récents la replacent dans un ensemble plus ancien de traditions symboliques de la main, attestées dans le Proche-Orient ancien, tout en soulignant le role central de l'Afrique du Nord phénico-punique dans la formation de la khamsa telle qu'elle est connue dans le monde arabo-musulman.

Des motifs de main ouverte, parfois interprétés comme apotropaïques, sont largement attestés au Proche-Orient ancien. Vervenne note que le symbole de la main est très courant au Proche-Orient et peut, dans certaines interprétations, être considéré comme un antécédent de la khamsa protectrice. Von Kemnitz rappelle également que des amulettes représentant la main d'Ishtar étaient utilisées en Mésopotamie et à Babylone pour empêcher le mal ou la maladie d'entrer dans un bâtiment. Un autre témoignage ancien souvent rapproché de cette histoire symbolique est celui de Khirbet el-Qôm, en Juda, ou une tombe de l'Âge du fer porte une main gravée associée à une inscription. La signification exacte de ce motif demeure discutée, mais il est généralement interprété comme un signe protecteur dans le contexte funéraire.

La khamsa proprement dite est toutefois le plus souvent rattachée à l'iconographie phénico-punique d'Afrique du Nord, notamment au culte de Tanit. Von Kemnitz indique que le symbole de la khamsa a été relié à l'iconographie ancienne associée à Tanit et qu'il aurait pu se développer en Afrique du Nord autour des , la figure de Tanit étant souvent accompagnée d'une main dressée.

Dans le contexte carthaginois, plusieurs auteurs ont aussi proposé un lien entre ce motif de la main et Baal Hammon. Vervenne rappelle que certains chercheurs, notamment Theodore Schrire, parlent d'une « Hand of Baal », et il estime cette association plausible à partir des stèles et de leurs inscriptions, ou la main peut aussi être comprise comme un signe de piété ou de révérence envers Baal Hammon.

Dans l'historiographie actuelle, la khamsa est ainsi le plus souvent comprise comme la reconfiguration, dans les contextes juifs puis musulmans, d'un ancien répertoire de symboles de la main, avec une filiation particulièrement forte dans l'aire phénico-punique et maghrébine.

Péninsule ibérique médiévale et Maghreb Selon von Kemnitz, « les Berbères ont apporté la khamsa en al-Andalus. Plus tard, les populations musulmanes et juives expulsées l'ont ramenée en Afrique du Nord, en y introduisant différents motifs et techniques ».

Au sein du monde islamique, l'usage historique de cette amulette se concentre dans l'ouest du monde musulman (le Maghreb et, historiquement, al-Andalus), tandis que les attestations dans l'est du monde musulman (Machrek) sont rares ; lorsqu'une « main » apparaît dans des contextes orientaux, elle relève souvent d'une iconographie rituelle chiite distincte plutôt que de la tradition maghrébine de l'amulette.

Selon von Kemnitz, « en al-Andalus, l'usage de la khamsa comme amulette est bien attesté à partir du XIIIe siècle. Cette chronologie relierait l'usage de cette amulette à une présence berbère accrue et à leur influence culturelle ».

Parmi la population morisque de Grenade et des régions voisines, les pendentifs en khamsa étaient particulièrement répandus et furent décrits comme de « grandes médailles gravées [...] avec une main inscrite de lettres », contenant probablement des versets coraniques ou des formules dérivées du texte sacré qui renforçaient leur fonction apotropaïque. Les autorités ecclésiastiques cherchèrent à en supprimer l'usage : un concile de réforme, en 1526, interdit les khamsas en tant que symboles islamiques et ordonna leur remplacement par des croix chrétiennes, tandis que le synode de Guadix renouvela cette interdiction en 1554. Malgré cela, des khamsas furent aussi portées par des chrétiens, comme l'illustre un pendentif en or de l'époque nasride portant l'inscription Ave Maria gratia plena, ce qui témoigne de leur usage transconfessionnel.

Symbolisme

Certains ont tendance à associer le signe des cinq doigts aux cinq livres de la Torah pour les Juifs, aux cinq piliers de l'islam ou aux cinq du manteau (, à savoir le Prophète, sa fille Fatima et son époux Ali, ainsi que leurs deux fils Hassan et Hussein) pour les musulmans. Cette symbolique a sans doute évolué dans le temps au regard des preuves archéologiques suggérant que la ait précédé la naissance des deux religions. En effet, ce symbole existait déjà dans les religions polythéistes phénicienne, punique et libyque ou libyco-berbère où il était associé à la déesse Tanit.

Toutefois, certains musulmans la considèrent simplement comme un symbole de superstition, pensant que seul Dieu les protège et que la peut être interprétée comme un totem (ou une amulette) lié à une forme de .

Les doigts pointent vers le haut ou vers le bas selon les goûts ou la décoration qui y est associée. Cette symbolique a sans doute évolué dans le temps au regard des preuves archéologiques.

Tradition nord-africaine

vignette| en or du sud de la Tunisie. La est répandue en Afrique du Nord et se voit vendue sous différentes formes, en Tunisie, en Algérie, au Maroc, mais aussi en Libye et en Égypte. Elle est souvent peinte sur les façades des maisons et des plaques, souvent réalisées en céramique de couleur turquoise, qui sont très communes dans la Tunisie et l'Égypte modernes.

La est un symbole lié à l'Afrique du Nord sans être forcément rattaché à la religion, musulmane ou juive. Elle est ainsi présente dans le logo de plusieurs régiments de l'armée française (par exemple le de tirailleurs) ou encore dans celui du Cercle algérianiste (association créée en qui entretient une mémoire « pied-noire »).

Islam

La vision de nombreux musulmans sunnites est que selon le Coran seul Allah protège les croyants et c'est à lui que toute personne doit demander de l'aide : le faire par le moyen de la relèverait selon eux d'une forme de polythéisme () car le risque serait de croire que la apporte par elle-même une protection, ce qui reviendrait à la diviniser.

En revanche, contrairement au sunnisme, le chiisme reconnaît une place à un signe qui se réfère à Dieu. Chez les musulmans, les doigts de la sont fréquemment gravés des cinq noms très respectés : Mahomet, Ali, Fatima, Hassan et Hussein. Louis Massignon. explique que, pour certains courants musulmans, appartenant au chiisme ou même à certains courants soufis, cette main serait un rappel du nombre des prières à pratiquer quotidiennement, chacune de ces prières étant selon eux plus ou moins liée à l'un de ces cinq noms fondateurs.

Judaïsme

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Dans le Proche-Orient et, plus largement, dans plusieurs régions islamiques d’Asie occidentale, la khamsa est attestée comme objet de protection, notamment contre le mauvais oeil, et elle circule entre milieux juifs et musulmans. Pour les communautés séfarades établies en contexte ottoman et levantin (par exemple en Turquie, en Syrie et en Palestine historique), cette pratique est décrite comme partagée avec les populations locales. Elle est également signalée comme très populaire dans d’autres espaces d’Asie occidentale (notamment en Irak, en Iran et au Kurdistan), où elle apparaît sous des formes et supports variés, à la maison comme à la synagogue.

Dans les usages juifs proche-orientaux décrits par Shalom Sabar, la khamsa peut cumuler un sens protecteur « magique » et une réinterprétation religieuse : la forme de la main évoque, pour les fidèles, les mains des kohanim lors de la bénédiction sacerdotale ; certains objets synagogaux associent ainsi la main à des inscriptions et à d’autres signes amulétiques, suggérant une fonction « double » (rituelle et apotropaïque).

Des amulettes métalliques à motif de main, parfois accompagnées d’inscriptions hébraïques, sont également signalées dans la tradition des amulettes juives d’Irak (entre autres), ce qui illustre l’inscription de la main protectrice dans des répertoires graphiques et textuels locaux.

Certains pensent que la se réfère à la légende des dix plaies d'Égypte qui veut qu'avant sa sortie d'Égypte, Moïse eut ordonné à ses disciples de peindre la porte de toutes les maisons juives avec du sang de mouton..

Christianisme

Bien que dans le christianisme la ne soit pas aussi populaire que dans le judaïsme ou l'islam, elle est néanmoins utilisée. Elle est souvent associée à la main de Marie, priant la Trinité pour ceux qui demandent son intercession. Une , contenant du sel ou de la terre de Jérusalem, avec une icône et une bénédiction pour la maison, est parfois présente à l'entrée de certains foyers chrétiens.

La porte parfois le nom de « main de Marie » en référence à la mère de Jésus-Christ.

Dérivés et symboles analogues de la Khamsa Brésil Au Brésil colonial, un type d'amulette en forme de main apparenté à la khamsa, connu sous le nom de figa, est attesté comme un objet de protection au sein des pratiques populaires. Selon Eva-Maria von Kemnitz, la figa se diffuse dans le Nouveau Monde dans le contexte de l'expansion outre-mer portugaise et réapparaît surtout parmi les populations noires et métisses (esclaves ou affranchies), avec une concentration marquée en Bahia (Salvador) et dans le Recôncavo bahianais ; l'auteure souligne aussi l'intégration de ces amulettes à des manifestations catholiques populaires, entre pratiques magiques et dévotions liées aux saints et aux reliques.

Von Kemnitz indique que les plus anciens exemplaires conservés de figa datent du XVIIIe siècle, bien que des mentions existent dès le milieu du XVIe siècle. L'amulette apparaît rarement seule : elle est fréquemment portée au sein d'un ensemble de pendeloques fixé à une boucle ornée (penca), l'ensemble étant appelé penca de balangandãs, porté à la taille et réalisé le plus souvent en argent (plus rarement en cuivre, exceptionnellement en or).

Dans ce contexte, la figa remplit une fonction apotropaïque comparable à celle attribuée à la khamsa : elle est associée à la protection contre le mauvais oeil, portée notamment par les femmes et offerte aux nouveau-nés ; l'auteure mentionne aussi la diversité des pendeloques, conçues pour apporter chance ou écarter le mal, et l'emploi récurrent de métaux comme l'argent, le laiton ou le cuivre.

Drapeaux

Insignes

Notes

Références

Sources

Voir aussi

Bibliographie .

Articles connexes Bijoux berbères Fibule berbère Palmette Fleur de lys Mudrā Runonlaulajan kädet

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