Pierre Guédron est un compositeur, chantre et luthiste français, né en 1565 au plus tard dans le Dunois (probablement à Châteaudun) et mort à Paris peu avant .
Biographie La carrière de Pierre Guédron est rapide et continue : commençant comme simple chantre, il la termine moins de trente ans après comme surintendant de la musique de chambre du roi (l'emploi le plus élevé possible, avec celui de sous-maître de la Chapelle du roi), tout en publiant un nombre d’airs considérable.
D’une chapelle... « ...Fut assisté des chantres musiciens de la chapelle d’illustre prince monseigneur le cardinal de Guyse, qui chantèrent en l’église et au puy. Savoir, est... de Me Pierre Guedron, du pays de BeausseDans la Beauce, et non à Beauce près de Fougères, comme écrit par plusieurs auteurs., qui pour lors estant en la mutation de sa voix, ce nonobstant chantoit la hautecontre fort bien... ». Cette mention, extraite des registres du puy d’Évreux pour l’année 1583, est la première qu’on possède sur GuédronBonnin 1837 p. 27.. Elle permet d’estimer sa naissance (au plus tôt en 1565), sachant qu'il mue en 1583.
Après l’assassinat de Louis II de Lorraine, cardinal de Guise, le , Guédron passe à la Chapelle du roi, vers 1589 ou 1590.
... à la Chambre du roi Il apparaît dans le personnel de la Chambre du roi un peu avant la réorganisation de la musique effectuée par Henri IV.
En 1599 au plus tard, il est maître des enfants de la Chambre du roi, charge partagée par semestre avec Claude BalifreParis AN : KK 150, f 757 (1599).. Cette dernière charge est donnée en 1613 à Antoine Boësset, son gendre, dans son contrat de mariage, étant alors évaluée à Y//153 f. 402-404..
En 1601, peu après la mort de Claude Le Jeune, il succède à ce dernier comme compositeur de la Chambre du roiParis BNF (Mss.) : Clairambault 1216, f. 7 (1602) et Français 7835, pièce 29 (29 janvier 1604), cités d’après Handy 2008 p. 108. Voir aussi Paris AN : KK 151, f. 653.. Cette charge apparaît aussi au titre de son livre d'airs de 1602.
Il est aussi avant valet de chambre du roiD’après l’acte de baptême de son fils Daniel.. Le titre de son livre d'airs de 1608 le cite comme "Maître & compositeur" de la musique de la Chambre ; mais comme le remarque Michel Le MoëlLe Moël 1954, p. 40. ce nom de "maître" se réfère en fait à sa charge de maître des enfants.
En 1610, il va chercher à la cathédrale Saint-Gatien de Tours un enfant de chœur que le roi désire adjoindre à sa chambreLe Catalogue de lettres autographes de Louis XIII (Paris, 1873), cite p. 4 un reçu de Guédron pour en remboursement des frais engagés, cité d'après Le Moël 1954 p. 56..
Entre janvier et , Guédron accepte la proposition de Claude Balifre de reprendre la totalité de la charge des enfants de la musique de la Chambre et de nourrir l’enfant que Balifre a sous ses ordres, pour par anMC/ET/XLV/2, 72 et 13.. Il est aussi à ce moment nommé Intendant de la musique de la ChambreParis BNF (Mss.) : Cinq cents de Colbert 91, f. 62..
Le , il achète à Henri de Bonnières écuyer, seigneur de Gratian, sa charge de surintendant de la musique de la Chambre du roi, contre une rente annuelle de et 10 sousMC/ET/XLV/2, 72 et 15/B.. Le principal de cette rente est racheté à Claude Balifre, procureur d'Henri de Bonnières, par la veuve de Guédron le pour 3.000 ltMC/ET/XLV/29 et 72..
Cette charge est revendue ensuite par moitié et en survivance le à Michel Fabry (maître de la musique de la reine) pour 12.000 ltMC/ET/XV/23, d’après Jurgens 1974 p. 146, voir aussi Paris BNF (Mss.) : Cinq cents de Colbert 93 f. 62r, cité d'après Le Moël 1954 p. 37. En 1619, Guédron et Balifre sont bien cités pour un semestre chacun dans l'état des officiers de 1619 : Paris BNF (Mss.) : Clairambault 808 f. 117r.. Par le même acte du , Guédron obtient la moitié de la charge de Fabry. Mais Guédron se démet de cette demi-charge le , au moment de la liquidation politique des ConciniCinq cents de Colbert 93 f. 110v, d'après Le Moël 1954 p. 37.. Après la mort de Guédron, Fabry transmet à la veuve de Guédron le pour récupérer l’autre moitié de la charge de surintendant de la musique de la Chambre du roi, conformément à leur accord de 1613Même acte..
Famille Sa descendance complète a récemment été publiéeVoir Léger, document sans date qui synthétise les éléments de Merlet 1886 et Brossard 1965. ; elle recense treize enfants dont huit sont morts jeunes, en suite de son mariage avec Gillette Dugué [Duguay, Du Guay] (probablement de la famille de Jean Dugué, organiste du roi). Ses quatre premiers enfants sont baptisés à Châteaudun (Jacques vers 1593, Jehanne le , Marguerite le , Catherine le ). Les autres sont baptisés à ParisEt sont recensés dans Brossard 1965 p. 141. : Marie le , Daniel le Paris BNF (Mss.) : français 12526 (fonds Beffara)., Michel le Son parrain est Michel Fabry, maître de la musique de la Chapelle de la reine., Madeleine le , Pierre le La marraine est Claude, fille de Claude Balifre, Léonor le (à Châteaudun), Françoise le Le parrain est Nicolas Formé, maître de la musique de la Chapelle du roi., Catherine II le , enfin Marie II le Le parrain est leur gendre Antoine Boësset.). De toute cette descendance, seul Jacques aura (momentanément) une carrière musicale : chantre de la musique du roi en 1607. Guédron est aussi parrain de quelques enfants entre 1605 et 1611 et témoin à quelques mariagesVoir Jurgens 1974 et Brossard 1965)..
Le contrat de mariage de sa fille Jeanne avec Antoine Boësset date du Paris AN : MC/ET/XLV/15 d’après Jurgens 1974 p. 136, insinué le 29 avril suivant dans Y//153 f. 402-404, d’après Écorcheville 1907 p. 44-45. ; il prévoit une dot de pour le futur époux (à savoir le don de la charge de maître des enfants de la Chambre du roi, évaluée à , et remboursés par Boësset).
Guédron est mort peu avant le : à cette date Michel Fabry achète à sa veuve pour la demi-charge de surintendant de la musique du roi conformément à l’accord entre Guédron et Fabry de . Son dernier livre d’airs, paru en 1620, est posthume.
Il semble demeurer à Châteaudun jusque vers 1599 (c’est là en tout cas que naissent ses enfants, même s’il travaille essentiellement à Paris) ; en 1604-1613 il habite rue au cloître-Saint-Honoré à Paris. Le , il loue avec son gendre Antoine Boësset un corps d’hôtel rue de l'Arbre-Sec, à un certain Nicolas CharbonnelMC/ET/XXIV/303, f. 99.. Un acte du MC/ET/XXIV/258. le dit résidant à Châteaudun. Un acte de 1627Voir Verchaly 1954 p. 384, qui ne cite pas sa source. le dit écuyer sieur de Saint-Aubin (La Chapelle-du-Noyer, Eure-et-Loir) et d'Harville (Civry, Eure-et-Loir). Ses descendants sont anoblis et portent un blason « d’azur à trois fallots d’or allumés de gueules ».
Œuvres L’œuvre de Guédron est exclusivement profane et vocale. Ses premiers airs se rattachent encore à la tradition des airs de la fin du , écrits parfois dans la mouvance de la musique mesurée ou dans celle des vaudevilles, où la voix supérieure est privilégiée. Son style évolue ensuite à partir du livre de 1612, vers des airs plus libres, décrivant des passions plus nobles et dotés de réelles qualités mélodramatiques, qu’il emploie naturellement dans les ballets de cour auxquels il contribue. Dans ce style "de cour", le nombre de voix est variable au sein de la même pièce ; les contrastes dynamiques s’accentuent ; ses mélodies sont agréables et expressives. Ses derniers airs sont pour lui l’occasion de plus travailler sur la correspondance entre le mot et son accent musical, ce qui fera partie des préoccupations de ses continuateurs.
Beaucoup des airs polyphoniques de Guédron sont aussi publiés dans une version pour voix et luth, certains aussi pour voix seule. Les récits, écrits pour voix seule, sont publiés seulement pour voix et luth ; cette forme spécifique du ballet de cour lui a donné l’occasion de s’approcher du style déclamatoire de la monodie italienne.
Guédron est également poète, auteurs de vers qu’il met parfois lui-même en musique. Son emploi dans les ballets de cour le met naturellement en contact avec les poètes de cour, capables d’écrire rapidement des pièces de circonstance.
L’œuvre complet est publié dans : Pierre Guédron, les airs de cour, éd. Georgie Durosoir. Versailles, Éditions du CMBV, 2009. Les airs y sont publiés sous toutes leurs formes (polyphonie, voix et luth).
Airs polyphoniques
Guédron publie 6 livres d’airs de cour polyphoniques (un premier livre non numéroté et les livres 1 à 5, le dernier posthume), qui totalisent environ 200 airs. Une part d’entre eux a été écrite pour les principaux ballets de cour montés à Paris dans les deux premières décennies du : Ballet sur la Naissance de Monseigneur le duc de Vendosme (1598), Ballet des Bacchantes (1608), Ballet du maître à danser (1609), Ballet de Monseigneur le duc de Vendosme (Ballet d’Alcine) (1610), Ballet de Madame où sont représentés les météores (1613), Ballet des Argonautes (1614), Ballet de Madame (du Triomphe de Minerve) (1615), Ballet de Monsieur le Prince de Condé (1615), Ballet du Roy ou Ballet de la Délivrance de Renaud (1617), Ballet des Princes (1618), Ballet de la Reyne représentant la Beauté et ses nymphes (1618), Ballet du Roy sur L’Adventure de Tancrède en la forest enchantée (1619).
Avant le livre de 1602, quelques pièces de Guédron apparaissent dans des recueils parisiens de 1595, 1596 et 1597 (RISM 1595, 1596 et 1597.
Airs de court [sic] à 4 et 5 parties. - Paris, Veuve Robert I Ballard et Pierre I Ballard, 1602. 5 vol. 8° obl. RISM G 4819, Guillo 2003 n° 1602-A. Dans son avis au lecteur, l’imprimeur déclare avoir imprimé ces airs sans le consentement de l'auteur. Contient 43 airs. Analyse du recueil dans Durosoir 1991 p. 83-92. Un air provient du Ballet sur la naissance de Monsieur de Vendosme, . Trente des airs seront repris dans l'édition de 1608. Airs de cour, à 4 et 5 parties [Ier livre]. - Paris, Pierre I Ballard, 1608. 5 vol. 8° obl. RISM G 4820, Guillo 2003 n° 1608-D. Au début figure une épître au roi Henri IV, signée P. Guédron. Contient 73 airs, dont 30 figurent déjà dans le livre de 1602. Analyse du recueil dans Durosoir 1991 p. 83-92. Une pièce provient du Ballet sur la naissance de Monsieur de Vendosme, ; trois pièces du Ballet des Bacchantes, 1608. Second livre d'airs de cour, à 4 et 5 parties [ édition]. - Paris, Pierre I Ballard, 1612. 5 vol. 8° obl. Manque au RISM, Guillo 2003 n° 1612-D. Au début, épître à la reine Marie de Médicis, signée P. Guédron. Trois pièces en vers à Guédron, signées Pierre Motin, Eustache Picot et Guillaume de Baïf. Contient 38 airs. Une pièce provient du Ballet de Madame où sont représentés les Météores, ; une autre du Ballet du Maître à danser, 1609 ; trois du Ballet de Monseigneur le Duc de Vendosme ou Ballet d'Alcine, 17-. Édition réimprimée en 1613 (Guillo 2003 n° 1613-C, RISM G 4821), avec quelques différences dans l'orthographe, l'ornementation typographique et la mise en page. Troisième livre d'airs de cour à 4 et 5 parties. - Paris, Pierre I Ballard, 1617. 5 vol. 8° obl. RISM G 4822, Guillo 2003 n° 1617-G. Pièces liminaires signées de Pierre I Ballard, Pierre Hodey, Estienne Durand et Gabriel Bataille. Contient 24 airs. Quatre airs proviennent du Ballet de Madame (du Triomphe de Minerve), 19 et ; deux du Ballet de Monsieur le Prince de Condé, . Analyse du recueil dans Durosoir 1991 p. 95-102. Édition réimprimée sans changement en 1618 (RISM G 4823, Guillo 1618-C). Quatrième livre d'airs de cour à 4 et 5 parties. - Paris, Pierre I Ballard, 1618. 4 vol. 8° obl. RISM G 4824, Guillo 2003 n° 1618-D. Préface de Pierre I Ballard. Contient 12 airs. Quatre pièces proviennent du Ballet de la délivrance de Renaud () ; deux proviennent du Ballet des Princes, 1617 ; une du Ballet de la Reyne représentant la Beauté et ses nymphes, dimanche gras 1618. Analyse du recueil dans Durosoir 1991 p. 95-103. Cinquième livre d'airs de cour à 4 et 5 parties. - Paris, Pierre I Ballard, 1620. 5 vol. 8° obl. RISM G 4825, Guillo 2003 n° 1620-D.