Henri (dit Henry) Coston est un journaliste, éditeur et essayiste français collaborationniste et antisémite, né à Paris () le et mort à Caen le .
Pendant l'entre-deux-guerres, il se fait connaître en tant que journaliste et militant d'extrême droite, antisémite et antimaçon. Collaborationniste durant l'occupation allemande, il est condamné à la Libération. Après sa sortie de prison, il reprend sa carrière de journaliste et d'éditeur, qu'il mène jusqu'à la fin de sa vie en se spécialisant dans l'étude de la politique française et des réseaux d'influence : cela lui vaut d'être considéré, dans une partie des milieux d'extrême droite, comme un auteur de référence. Il a notamment publié un Dictionnaire de la politique française en cinq volumes. Son épouse Gilberte Borie a géré La Librairie française.
Biographie Jeunesse Né à Paris de Jean Pierre Coston et Catherine Vizade (tous deux originaires de la Margeride en Auvergne), le jeune Henry vit dans la capitale jusqu'à ses 10 ans. Son père, charcutier au 131 rue Saint-Charles, qui avait été gazé pendant la Première Guerre mondiale, est malade et doit renoncer à y vivre.
Coston entre au collège de Villeneuve-sur-Lot où il a pour camarade Paul Guth et le futur ministre Jacques BordeneuveL'Écho républicain de la Beauce et du Perche, 4 octobre 1963 : , il voit à 16 ans sa famille ruinée par la : il travaille alors comme employé de banque à la Société générale, tout en animant la section locale de l'Action française à Villeneuve-sur-Lot, dont il est le très jeune secrétaire. Il quitte l'Action française en 1932. Des clients importants de la banque où il travaille se plaignent auprès de la direction au sujet des articles qu'il écrit dans le journal toulousain, monarchiste et catholique, L'Express du Midi., étant responsable de la chronique de l'arrondissement, ce qui l'incite à quitter Villeneuve-sur-Lot et à partir vivre à Paris.
En 1928, le jeune journaliste fonde La Contre-Révolution, revue antisémite, anticommuniste, antimaçonnique et opposée aux sociétés secrètes en général, mais qui ne connut que deux numéros. En 1930, il crée les Jeunesses anti-juives, puis le journal La Révolte ouvrière avec notamment Henry Charbonneau.
Les années 1930 Antisémite doctrinaire, Coston se réclame d'Édouard Drumont au point de relancer La Libre Parole, le journal créé par le pamphlétaire anti-juif durant les années 1890. Avec la collaboration de Jacques Ploncard d'Assac, d'Albert Monniot, du Docteur Molle et de Jean Drault, il fonde en 1930 le Parti national populaire, puis soutient le Francisme de Marcel Bucard en 1933, auquel il propose d'intégrer La Libre Parole.
Il épouse à Brunoy le Maria Rosaria Teresina Dupont, dite del Rosario.
Bucard refusant son antisémitisme virulentVoir le chapitre consacré au Francisme dans Pierre-Philippe Lambert et Gérard Le Marec, Partis et mouvements de la Collaboration, Grancher, 1993., Coston participe à la création du Front national ouvrier paysan, également appelé « Les Francistes » (par opposition aux francistes de Bucard), parti d'inspiration fascistePierre Milza, Les Fascismes, Seuil, 2001, ., « proche du national-socialisme allemandAriane Chebel d'Appollonia, L'Extrême droite en France. De Maurras à Le Pen, éd. Complexe, 1998, . » quant à sa doctrine et dissous en 1934.
Coston est à partir de 1934 le correspondant français de la Weltdienst, centre allemand de propagande antijuive basé à Erfurt et dirigé par Ulrich Fleischhauer .. Un an plus tard, il est reçu par le gauleiter de Franconie, Julius Streicher, lors du Reichsparteitag de 1935. Ces relations avec l'Allemagne nazie lui valent de violentes attaques dans L'Action française. , germanophobe depuis ses débuts.
Il devient membre du Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot, où il est chargé des services de renseignement.
En 1936, il part en Algérie pour tenter de se faire élire député d'Alger à l'occasion des élections législatives — sous l'étiquette « candidat anti-juif d'Union latine » —, mais il est battu.. Il revient en métropole en 1937 où il crée plusieurs petites maisons d'édition antisémites et antimaçonniques, publie quelques romans policiers (portant pour la plupart sur la franc-maçonnerie, comme L'Affaire Dargence), puis rompt avec son collaborateur Henri-Robert Petit, qu'il accuse d'avoir mal géré son fonds documentaire durant son séjour en Algérie et de lui avoir volé de l'argent. De 1937 à 1938, il fonde et dirige Le Siècle nouveau.
La Libre Parole est interdite par le décret de Paul Marchandeau du Henry Coston (dir.) La République du Grand Orient, 1964, . (paradoxalement, durant l'Occupation, les autorités allemandes lui refuseront, en , l'autorisation de faire reparaître La Libre Parole, demande qu'il avait faite par l'intermédiaire de Bernard Faÿ, désigné par l'ambassadeur allemand Otto Abetz comme un de ces ).
Le , Coston épouse en secondes noces à Clichy Denise Hélène Pilloud. dont il divorcera en 1948.
La Collaboration Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est vice-président de l'Association des journalistes anti-juifs. Appelé par Jean Drault, il devient secrétaire de rédaction du quotidien collaborationniste La France au travail, qui atteint en . En 1940, son nom figure parmi ceux des quelques membres du Parti national-socialiste français de Christian Message.
Il est chargé par le maréchal Pétain de travailler sur la franc-maçonnerie avec Bernard Faÿ. En 1941, , il fonde le Centre d'action et de documentation, qui s'occupe des problèmes raciaux, de propagande antisémite et d'information antimaçonnique, le Bulletin d'information anti-maçonnique, hebdomadaire qu'il dirige jusqu'à sa disparition en 1944, puis le Bulletin d'information sur la question juive, autre hebdomadaire édité de mars à . En 1942, il compte parmi les fondateurs de la Commission d'études judéo-maçonniques du SS Moritz et est le président des admissions au Cercle aryen. Il publie, la même année, chez l’éditeur Jean-Renard, « La finance juive et les trust ». Il a collaboré au journal Documents maçonniques« Documents maçonniques », Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Le Livre de poche, ..
En 1943, Coston est décoré de l’ordre de la Francisque et publie avec George Montandon la brochure du Cahier Jaune intitulée Je vous hais., dont le titre est une allusion à une réplique attribuée à Léon Blum lors d’une intervention à la Chambre des députésPierre Assouline, L’Histoire , octobre 1991, . et dans laquelle on peut lire une apologie des camps de concentration, cité par .. L'année suivante, il publie avec Albert Simonin Le Bourrage de crâneVoir sur ..
À la Libération, Coston s'enfuit en Allemagne, puis à Prague ; arrêté en Autriche en 1946, il est poursuivi en 1947 pour faits de collaboration, puis condamné l'année suivante aux travaux forcés à perpétuité ; sa troisième femme, Gilberte, est également incarcérée plusieurs mois. Il épouse Gilberte Elisa Bories le à Saint-Martin-de-Ré.
À l'infirmerie de la prison de l'île de Ré, il écrit L'ABC du journalisme. Il bénéficie en 1951 d'une grâce médicale puis est gracié définitivement en 1955.
Le journaliste et l’éditeur En 1952, sa femme Gilberte fonde la Librairie française, qui, à partir de 1954, se transforme peu à peu, sous l'impulsion de son époux, en maison d'édition et de diffusionBibliographie de France, Paris, Cercle de la librairie, 1961.. Il en devient le directeur littéraire (l'entreprise sera revendue en 1976 à Jean-Gilles Malliarakis).
En 1957, Coston fonde avec Michel de Mauny et Pierre-Antoine Cousteau la revue Lectures françaises. Il reprend ses activités éditoriales antimaçonniques et antisémites en modifiant leur forme, mais sans renier ses convictions antérieuresSimon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, Albin Michel, 2001, .. Il écrit également dans Jeune Nation, Défense de l'Occident, Carrefour, L'Écho de la presse et de la publicité, Europe-Action. et, plus tard, dans Présent et National-Hebdo. Il utilise de multiples pseudonymes — dont « Diogène », « Gygès », « Georges Virebeau » (du nom de la propriété où il a passé son enfance), « Saint-Pastour » ou l'« Archiviste Jérôme ».
Grâce à sa fille, MichelineElle était l'épouse de l'escrimeur Bernard Vallée qui l'a rencontrée en vacances du côté de Dreux autour de ses quatorze ans. Cf. L'Écho républicain de la Beauce et du Perche, 22 octobre 1968 : , il fait la connaissance d'Alain de Benoist, ce qui permet à celui-ci de publier un peu plus tard ses premiers articles politiques dans Lectures françaises sous le pseudonyme de Cédric de GentissardPierre-André Taguieff, Sur la Nouvelle Droite : jalons d'une analyse critique, Éd. Descartes & Cie, 1994, et suiv..
Henry Coston y publie aussi plusieurs articles de Paul Rassinier, son ami intime, qu'il aurait perçu, avec Maurice Bardèche, comme une « double caution politique et historique ». La Librairie française réédite Le Mensonge d'Ulysse (1955) et réalise en 1961 la première édition d'Ulysse trahi par les siens. Henry Coston ne produit pas lui-même de textes négationnistes« À la différence de [Maurice Bardèche], Henry Coston n'est pas un théoricien du négationnisme », cf. ., mais en assure la promotion dans ses publications et comme éditeurPar ailleurs, Nadine Fresco note : La note 70 précise : (Fabrication d'un antisémite : Paul Rassinier, Éditions du Seuil, La Librairie du , 1999 , ). .
Antisémitisme et anti-maçonnisme Dans les années 1960, il continue à justifier l'antisémitisme en considérant que En 1960, Coston distingue un « bon » antisémitisme français de l'antisémitisme de type nazi :
Ses écrits concernent notamment ce qui formerait la mainmise des francs-maçons et de la « haute finance » sur la politique et la presse françaises. À la sortie du Retour des 200 famillesLe Retour des 200 familles, Documents et témoignages, 1960., Le Canard enchaîné écrit que ; admettant peu après avoir , l'hebdomadaire le présente ensuite comme
Dans Infiltrations ennemies dans la droite nationale et populaire, publié en 1999, Coston prétend qu'une infiltration de la franc-maçonnerie, notamment de la Grande Loge nationale française (GLNF), constitue la cause de la scission du Front national.
Il a appartenu à l’association des amis de Robert Brasillach.
Le Dictionnaire de la politique française Coston est l'auteur d'un Dictionnaire de la politique française en plusieurs volumes qui présente les principaux acteurs (revues, mouvements, partis, idéologies, clubs, loges maçonniques) des droites et des gauches françaises au . Souvent cité, mais parfois critiquéNadine Fresco, Fabrication d'un antisémite : Paul Rassinier, Paris, Éditions du Seuil, La Librairie du , 1999 : Brayard 1996 page167 parle de et renvoie également au livre de Théolleyre., il l'est par exemple par l'historien Jean-Pierre Rioux comme exemple de produite par les milieux d'extrême droite à partir des années 1950Jean-Pierre Rioux, « Des clandestins aux activistes (1945-1965) », in Histoire de l'extrême droite en France sous la direction de Michel Winock, Paris, Éd. du Seuil, 1993 : ..
Pierre Assouline le décrit, quant à lui, comme
Pour l'historien Simon Epstein,
Mort et postérité Coston meurt en , après avoir commencé à écrire ses mémoires (en trois tomesTome 1, Tribulations d'un militant ; tome 2, La Vengeance d'Hiram ; tome 3, Feu la presse libre.), et lancé une nouvelle publication, Nous les Françaises. Il est inhumé au cimetière parisien de Bagneux, dans les Hauts-de-Seine. Son décès est mentionné aussi bien dans les médias proches de l'extrême droiteVoir notamment la tribune de Pierre Sidos dans Présent ( ) et une série d'émissions sur Radio Courtoisie (10 octobre 2001, émission consacrée à Henry Coston (avec Serge de Beketch, François Brigneau, Emmanuel Ratier, Jean-Gilles Malliarakis, et Benoît Mancheron) : Partie 1 ; Partie 2 ; Partie 3). que dans la presse internationale .