L'oppidum de Pech Maho est un oppidum d'époque celtique situé à Sigean, dans l'Aude, en Occitanie, en France. Le site était un comptoir commercial fortifié occupé du On y a observé trois occupations successives apparemment continues, vraisemblablement par un peuple appelé Élisyques (« Ἐλισύκοι -ων » en grec), installés à la limite des Ibères à l'ouest, et des Ligures à l'est. Le site semble être un carrefour commercial entre des peuples commerçants de la Méditerranée (Phéniciens, Carthaginois, Grecs) et du peuple autochtone. Le site a été définitivement abandonné à la suite d'une destruction presque totale intervenue à la fin du et qui pourrait être mise en relation avec la deuxième guerre punique ayant opposé Rome à Carthage.

Géographie Situation À l’extrémité occidentale du massif des Corbières, Sigean ferme vers le sud la plaine du Narbonnais.

L'oppidum se trouve sur une colline de faible altitude (), sur la rive du petit fleuve côtier la Berre, à proximité de l’étang de Sigean. Lorsqu'il a été établi, il se situait près des embouchures de l'Aude, à proximité d’une voie de passage obligée en direction du Roussillon, que l’on peut supposer correspondre au tracé de la voie héracléenne qui permettait alors de joindre l'Italie à la côte espagnole peuplée d'Ibères et franchissant en cet endroit un gué de la Berre. Le paysage antique et protohistorique devait consister à l’époque en une série d’îlots, disséminés dans ce vaste plan d’eau communiquant avec la mer. Cette zone d’interface entre milieu fluvial, lagunaire et marin a favorisé le développement d’échanges actifs entre indigènes et navigateurs méditerranéens, à un moment où se développe sur les côtes du Languedoc le commerce phocéen, notamment celui de Marseille et d’Empúries.

L'oppidum se trouvait alors directement sur le rivage d'une mer navigable et non de la lagune séparée par des terres fermes que l'on observe actuellement. Il se situait donc sur une colline que l'on pouvait défendre et auprès de voies commerciales.

Site Le site occupe une petite colline calcaire de forme triangulaire culminant à d’altitude, inclinée vers l’ouest et dominant d’une vingtaine de mètres vers le nord le cours actuel de la Berre et son ancienne embouchure lagunaire, aujourd’hui comblée, connue sous le toponyme de « plaine du lac », plus exactement au lieu-dit « l’Arena » (« le sable »). Du côté sud, le relief est moins marqué, et ne domine que de environ un plateau, dit « Les Oubiels » (ou « Les Ouviels »), qui du côté occidental rejoint en pente raide les berges de la Berre et s’étend vers l’est en direction du Grand Salin de Sigean. C’est dans cette direction, à environ de l’oppidum, qu’a été reconnue une partie de la nécropole des .

La faible éminence de Pech Maho, d’une superficie totale d’environ , a donc servi à l’installation d’un habitat protohistorique, dont la superficie reconnue avoisine . Seul le secteur jouxtant le mamelon (« Les Oubiels ») offre des traces d'occupation : on y trouve la majeure partie des défenses et un habitat "extra muros", apparemment inorganisé. Le choix de cet emplacement a été dicté d’une part en fonction de la topographie avantageuse du site, une colline naturellement protégée sur un de ses côtés favorisant l’installation d’un habitat de type « éperon barré », et d’autre part en fonction de la proximité des étangs de Bages et de Sigean, anciennement reliés à la mer, par l’intermédiaire de graus aujourd’hui colmatés. Ces étangs voyaient en outre se déverser au nord les eaux de l’Aude, et au sud celles de la Berre. Les plans d’eau ainsi formés sont connus à l’époque romaine sous le nom de « lacus rubresus » (« lac rougeâtre ») en raison des alluvions colorés issus de ces deux rivières.

Toponymie Le nom antique est inconnu. Le nom « Pech Maho » est contemporain et n'est que la mauvaise transcription de l'occitan Puèg Mau, la mauvaise colline. Cependant María José Pena propose de voir dans le toponyme « Σαιγάνθη » (Saiganthé), inscrit sur une tablette de plomb du découverte à Empúries, la transcription en grec ionien du nom ibère de l’oppidum. Ce nom aurait ensuite évolué pour donner le nom de Sigean.

Histoire L'oppidum constitue une place Élisyque ouverte aux influences helléniques, puniques, ibères et italiques.

Fondé à la même époque qu'Ensérune et occupé comme Montlaurès par une peuplade de culture ibérique (qualifiée d'ibéro-languedocienne), les Élisyques, Pech Maho a joué un rôle important pendant quatre siècles à la fois comme relai maritime, comme poste militaire et comme lieu ostentatoire d'un pouvoir spirituel et politique. Situé au débouché de la Berre dans la Mer narbonnaise, près du point où la mythique voie heracléenne franchissait ce fleuve à gué et enfin à proximité de salines, le relai offrait aux commerçants grecs un abordage facile, un asile sûr, des liaisons rapides avec l’arrière-pays, et divers produits (blé, minerai de fer des Corbières) et, peut-être, un produit d'échange alors très recherché : le sel.

Position clé dans une zone limite, défense avancée du territoire Élisyque et sa capitale Montlaurès/Narbonne, la place forte commandait la route d'Espagne, surveillait les approches de la frontière qui séparait les Élisyques de la tribu des Sordes.

L'importance commerciale de Pech Maho est bien attestée, dans les trois phases que l’étude des strates a permis de distinguer dans l’occupation du site, par un grand nombre de céramiques d'importations issues d'Étrurie, de Grèce, de Campanie, d'Espagne, d'Asie Mineure, et qu'accompagnent des vases d'imitation fabriqués par les colons phocéens.

Ainsi s'expliqueraient les différences architecturales que l’on constate durant cette période entre Pech Maho, touché plus tôt par le courant grec, et les principaux oppidums de la région : emploi généralisé de la pierre à Pech Maho alors que le torchis reste en faveur à Mailhac et Ensérune, érection d'une enceinte savante sur le premier site seulement. Très nettes au ces différences tendront à s'estomper au fur et à mesure que l'influence hellénique normalisera les techniques et certains aspects des modes de vie. Néanmoins, encore aux Pech Maho paraît plus sensible à l’hellénisme. Le recours à l'écriture en alphabet grec demeure exceptionnel, il est vrai, mais d'autres influences sont perceptibles comme en témoigne la découverte dans l'habitat d'un petit chapiteau (ou autel ?) imitant l’ordre ionique.

Cette hellénisation relative de Pech Maho est surtout affirmée, en même temps que l'intérêt stratégique du site, par l'existence d'un puissant système défensif remontant dans ses parties principales au Ses caractéristiques les plus évidentes dégagent une impression d’ingéniosité technique impliquant une connaissance parfaite de l'art de la défense, notamment via la mise en place de lignes de défenses successives combinant fossés et courtines multiples.

Puissamment retranché derrière ses remparts, l’oppidum n'en a pas moins connu des vicissitudes diverses qui sont sans doute la conséquence de sa position dans une zone frontière. Il est l’objet vers la fin du d'une destruction brutale à laquelle il n'a pas survécu. On sait que la plupart des oppidums de la région ont connu le même sort au même moment, qu'il s'agisse des autres postes-frontières des Corbières ou bien des agglomérations principales comme Montlaurès ou Ensérune. Cependant la vie n'a pas cessé sur les oppidums de la périphérie ; Montlaurès et Ensérune, au contraire, relevées de leurs ruines, subsistèrent jusqu'à la romanisation.

Stratigraphie

Pech Maho I 575/550-475/450 av. J.- C.

Une première période a été reconnue sur deux niveaux successifs, qui couvrent l’intervalle milieu du – milieu du Les vestiges architecturaux attribuables à cette première période demeurent peu nombreux, et concernent principalement le système défensif. Il faut situer dès le milieu du le creusement d’un fossé protégeant sur une longueur de près de le secteur S-SE du site, soit le côté le plus vulnérable de l’oppidum. La chronologie de l’enceinte intérieure primitive demeure problématique, mais un premier état de cette construction, repéré sur de haut, semble également se rapporter à la même période. Sur la terrasse ainsi formée entre les deux lignes de défense ont été mises au jour des structures d’habitat de plan rectangulaire de la seconde moitié du , construites en adobe sur solin de pierres. Le niveau inférieur, diversifié en 2 strates secondaires, recouvre partout le sol naturel. La fouille a extrait de cet horizon des importations étrusques, ioniennes, attiques et puniques, associées à des poteries non tournées de type Cayla II.

Pech Maho II 475/450-325/300. av. J.- C.

L’habitat est reconstruit selon un plan préétabli marqué par un changement d’orientation, sans qu'il y ait eu apparemment abandon du site. La construction en adobe sur solin de pierre est alors généralisée. Le système défensif est remanié. Le rempart intérieur est reconstruit selon un tracé différent. L’enceinte principale est reconstruite, et considérablement renforcée, en particulier vers l’Est où plusieurs parements successifs ont été aménagés afin de compenser la poussée des terres. Durant cette phase, l’habitat s’organise en plusieurs îlots séparés par des rues, selon un plan préétabli relativement irrégulier. La forme des îlots est déterminée, parfois, par les limites physiques de la zone à bâtir (plus précisément par la forme triangulaire de l'oppidum) et, au Sud, par le tracé du rempart. L'ensemble de ces conditionnements crée parfois des îlots à plan assez irrégulier, comme dans le cas de l’îlot I. Par contre, les îlots centraux (II et III) se développent de manière plus libre et présentent de ce fait des plans plus réguliers. Le site s'organise en fonction d'une grande rue de tracé nord-sud (rue 1), qui permet l'accès à l'intérieur de l’oppidum à travers la porte principale, et de plusieurs autres rues parallèles (rue 3) ou perpendiculaires (rues 2 et 4) à celle-ci.

On ne décèle aucun changement fondamental dans le mode de vie, mais une évolution normale : ainsi, on assiste à une raréfaction progressive de la céramique modelée à la main, tandis que se généralise l'emploi du tour ; la meule rotative remplace peu à peu le broyeur. Cette phase est caractérisée par des apports attiques, massaliotes, ibéropuniques et précampaniens.

Pech Maho III 325/300-225/200 av. J.-C.

Cette période est à l’heure actuelle la mieux documentée. Le plan de l’habitat subit alors peu de modifications : on observe une continuité en ce qui concerne les rues et l’organisation des îlots. Les maisons sont rehaussées, ne faisant l’objet que de remaniements ponctuels. Le système défensif est renforcé par endroits, avec notamment un avant-mur mis en place en avant de l’enceinte principale (ou enceinte archaïque), de sorte que la fortification se présente alors sous l’aspect d’une succession de murs étagés en terrasses. Une tour monumentale curviligne est édifiée dans la partie orientale des défenses et servait à protéger un accès charretier longeant la fortification sur plusieurs dizaines de mètres, d'est en ouest, tandis qu'un nouveau fossé est implanté en avant de cette terrasse d'accès.

Cette fois encore le fond de la population n'a pas changé et les formes de vie restent identiques, mais il faut noter l'emploi désormais fréquent de l’écriture ibère, et beaucoup plus rarement de l’alphabet grec. Au demeurant, les relations avec la péninsule ibérique s'intensifient, ainsi qu'en témoignent des séries très variées de céramiques ampuritaines, d'amphores ibériques ou puniques. Mais les apports italiques n'en restent pas moins considérables : les céramiques campaniennes et les amphores gréco-italiques parviennent en grand nombre sur l'oppidum.

Les conditions particulières ayant présidé à l’abandon du site, en l’occurrence une destruction brutale survenue à la fin du , ont favorisé la conservation du dernier niveau d’occupation.

Pech Maho IV : destruction et abandon