Jane Francesca Agnez Elgee, connue sous le nom de Jane Wilde ou « Speranza » née le à Wexford et morte le à Londres est une poétesse irlandaise, une traductrice et une militante de la cause nationale irlandaise. Oscar Wilde est son fils.
Biographie
Origines
Origines fantaisistes D'après le livre des visiteurs de Cavers Manse qu'elle signe le , son nom complet est « Jane Francesca Agnez Elgee ».
Jane Elgee donne plusieurs dates de naissance dans le but de se rajeunir. Lors du recensement de 1891, elle déclare avoir 68 ans, ce qui la ferait naître en 1823. Elle donne aussi la date de 1826. Dans les deux cas, la date n'est pas la bonne puisque son père est déclaré mort en 1825. La date la plus fiable, et celle reconnue par les historiens, est celle avec laquelle elle s'inscrit à une demande de bourse au Royal Literary Fund : le Application Form, Lady Jane Francesca Wilde in the British Library Western Manuscripts collection, Loan 96 RLF 1/2290/4..
Elle prétend que le nom de famille « Elgee » est l'anglicisation du nom d'un italien arrivé en Irlande au « Algiati ». Il semble que ce soit une invention de Jane Elgee qui souhaite alors se créer une parenté avec Dante Alighieri. Certainement pour la même raison, elle se choisit comme pseudo « Speranza », espoir en italien. Elle cultive cette filiation auprès de Henry Wasworth Longfellow, le traducteur en anglais de Dante. Elle lit un jour un extrait de « The White Car » du poète américain et demande à une connaissance à Boston de lui envoyer une copie. Grâce à celui-ci, Jane Elgee reçoit le poème ainsi qu'une lettre de Longfellow, avec qui elle débute une correspondance. À l'occasion du soixante-dixième anniversaire de Longfellow en 1877, elle écrit le poème « Ave Caesar », publié par The Philadelphia PressThe Life of Sir John T. Gilbert L. L. D., F. S. A., Irish Historian and Archivist, Vice-President of the Royal Irish Academy, Secretary of the Public Record Office of Ireland, by his Wife Rosa Mulholland Gilbert (London, Longmans, Green & Co., 1905), page 253..
Origines avérées Son arrière-grand-père Charles Elgee est un maçon du comté de Durham qui émigre avec son frère William pendant le boom de la construction irlandaise dans les années 1730 à Dundalk, dans le comté de Louth. William est un charpentier qui participe à la construction du County Court House de Dundalk et probablement le Market Place.
John Elgee est le huitième enfant de Charles Elgee et de sa femme Alice. Il fait ses études à Trinity College de Dublin où il décroche une bourse. Il devient recteur de Wexford. En il épouse Jane Waddy. John Elgee manque de mourir durant l'insurrection de 1798. Sa maison est occupée par une bande de piquiers locaux assoiffés de sang. Il est épargné grâce à la gratitude d'un ancien prisonnier envers qui il a fait preuve de bienveillance dans son rôle d'inspecteur de la prison localeJames Bentley Gordon (1803), History of the Rebellion in Ireland in the Year 1798 (Dublin, T. Hurst), page 176. Un article du Belfast Newsletter du 12 mars 1824 reprend cette version. Elgee avait sans aucun doute un lien avec prison de Wexford : les archives parlementaires suggèrent qu'il a agi en tant qu'inspecteur de la prison et a procuré des fournitures aux prisonniers. Les détails des paiements pour acheter des provisions, ainsi qu'une demande de salaire au nom du révérend John Elgee sont inclus dans les comptes présentés à la Chambre des communes par la Compagnie des Indes orientales, imprimés en 1808, page 429.. En 1802 il est maire de Wexford et en 1804 archidiacre de Leighlinbridge. Ils ont entre autres pour enfants : leur fils aîné Charles né en 1783, John Elgee, Jane Elgee épouse de Robert McClure et mère de Sir Robert John le Mesurier McClure, et le révérend Richard Waddy Elgee.
Charles Elgee est notaire et travaille dans les locaux du 8, Essex Bridge, à Dublin. Il épouse le Sarah Kingsbury à l'église Saint-Iberius, North Main Street à Wexford. La cérémonie est célébrée par le frère de Charles, le révérend Richard Waddy Elgee.. Le grand-père de Sarah, le Dr Thomas Kingsbury, est président du Royal College of Physicians et un ami proche du doyen Jonathan Swift. Son père, également un Thomas Kingsbury, est vicaire de Kildare et commissaire aux faillites. Son frère Thomas est archidiacre de Killala dans le comté de Mayo, sa sœur Elizabeth épouse le baron Sir Charles Montague Ormsby, député de Carlow entre 1801 et 1806, et sa sœur Henrietta est une chanteuse, amie d'Angelica Catalini, qui épouse le romancier et dramaturge Charles Maturin. Jane Elgee admire beaucoup son oncle Charles Maturin, et possède plus tard un buste de ce dernier dans sa maison au 1, Merrion Square. Son fils Oscar hérite de la même admiration puisqu'après sa sortie de prison, il choisit de se faire appeler « Sebastian Melmoth » pour le personnage du roman Melmoth the Wanderer, qui lui inspire également The Picture of Dorian Gray.
Jane Elgee revendique une prétention ténue à une part de la succession de son cousin Sir Robert John le Mesurier McClure. Il réfute et confirme que la succession a été partagée également entre 17 demandeursLettre en possession de "Mme Richard Elgee", citée par Joy Melville en 1994 dans Mother of Oscar (London, John Murray), page 18..
Premières années Charles Elgee et Sarah Kingsbury ont quatre enfants : Emily Thomasine en 1811, John en 1812, Francis en 1815 qui meurt très rapidement, et Jane en 1821. Charles connait de graves difficultés financières. Dans un registre des actes du , Charles reçoit £130 de l'héritage de Sarah, avec une clause dans laquelle il s'engage à ne pas toucher aux biens de sa femme s'ils tentent de se séparer. La famille déménage souvent. Lorsque leur dernier enfant, Jane, naît en 1821, la famille habite WexfordInformations incluses dans sa nécrologie publiée dans The Guardian le mercredi 12 février 1896 page 3 et The Times le 7 février 1896 page 6, et souvent mentionnées dans les histoires locales du comté.. Sarah Kingsbury élève seule ses enfants à la suite du départ de son époux. La dernière mention de Charles Elgee est publiée le dans un article de la rubrique nécrologique du Freeman’s Journal : « Le dernier, à Bangalore, dans les Indes orientales, Charles Elgee, fils aîné de feu le vénérable archidiacre Elgee, de Wexford ». Il semble que Charles Elgee soit lié à la Compagnie britannique des Indes orientalesLa nécrologie du le fils de John Kingsbury Elgee, Charles Le Doux Elgee, contenue dans Report of the Secretaru, Class of 1856, Harvard publié à Boston par Geo. C. Rand & Avery en janvier 1865 (page 16) rapporte que "John a été éduqué dans sa jeunesse par sa mère, jusqu'à ce qu'à l'âge de quinze ans, il entre à l'Université de Dublin. En raison de difficultés domestiques, il quitta l'université avant d'avoir obtenu son diplôme". Ce rapport suggère également que le père de Jane, Charles, avait « un lien avec la Compagnie des Indes orientales » avant sa mort..
En 1828, John Kingsbury Elgee entre à Trinity College à Dublin, mais il ne poursuit pas ses études jusqu'au diplôme en raison de « difficultés domestiques ». Il épouse Matilde Duff, de dix ans son aînée, avec qui il a une fille en 1830 appelée Eliza. Ils émigrent en Louisiane, où il mène une grande carrière d'avocat et s'investit dans le camp confédéré. Il meurt en 1864. Il met sur son testament sa sœur Emily et sa vieille nourrice Bolger de Wexford. L'absence de Jane Elgee du testament ne témoigne pas forcément de l'inimitié de John à son égard : Jane Elgee est à l'époque mariée à un homme prospère, alors qu'Emily est veuve. Jane Elgee prend le deuil de son frère et s'habille en noir, couleur qu'elle déteste pourtant car elle la considère « disgracieuse et malséante à tout le monde »Social Studies, Ward & Downey 1893..
Emily Thomasine épouse le capitaine Samuel Warren du 65ème régiment. Il est vice-maître général de la Jamaïque en 1842. Elle suit son époux à l'étranger et trois de leurs quatre enfants naissent dans les Antilles britanniques. Emily meurt à Brighton le . En 1843, Jane Elgee et sa mère Sarah sont locataires au-dessus d'un magasin de cire et de suif au 34, Leeson Street. Samuel Warren propose que Jane « la rebelle » et Sarah emménagent chez eux, mais elles restent à Dublin. Emily désapprouve les tendances nationalistes de Jane, ce qui amuse beaucoup Jane Elgee et son fils OscarLettre d'Oscar Wilde à sa mère, 5 septembre 1868, Collected Letters page 4. Il lui demande si elle a écrit à tante Warren, « sur le papier à lettres vert », une référence taquine à la désapprobation d'Emily envers les opinions politiques de Jane..
L'éducation de Jane Elgee est quelque peu hasardeuse. Elle est laissée à elle-même et profite de son temps libre pour apprendre le plus possible. Dans une interview donnée au Hearth and Home Magazine, elle déclare : « J'ai toujours aimé l'étude et les livres. Ce que je préférais, c'était les langues. Je réussis à maîtriser 10 des langues européennes. Jusqu'à mes 18 ans, je n'ai jamais rien écrit. Tout mon temps était consacré à l'étude »Hearth and Home, 30 juin 1892, repris dans le Freeman's Journal, 6 février 1896 page 5..
Militantisme politique
Collaboration au journal nationaliste The Nation vignette|Illustration du chapitre 18 du livre Oscar Wilde, His Life and Confessions, par Frank Harris. Celle qui deviendra « la plus ardente et le plus impétueuse des nationalistes » est encore « tout à fait indifférente au mouvement nationaliste »Nécrologie du Times, 7 février 1896 page 6 ; Hearth and Home, 30 juin, recopié dans le Freeman's Journal, 6 février 1896 page 6. : « La nationalité a certainement été le premier éveil de génie en moi, et a provoqué les sentiments les plus forts de ma vie intellectuelle »Lettre à M. D. J. O'Donoghue en 1888, citée par Robert Harborough Sherard dans The Life of Oscar Wilde (London, T. W. Laurie), 1906, page 78.. L'homme politique Daniel O'Connell, le « Libérateur », souhaite une alliance avec le mouvement whig. Selon lui, la clé de l'autonomie est le renforcement d'un sentiment fier et non sectaire de fraternité nationale entre les Irlandais, catholiques et protestants. Ainsi naît le mouvement Young Ireland, dont trois membres fondent le journal hebdomadaire The Nation, qui fait la promotion de l'histoire et de la culture de l'Irlande : Thomas Osborne Davis, John Blake Dillon et Charles Gavan Duffy.