Les chrétiens arabes (en al-Masīḥiyyūn al-ʿArab) sont des Arabes qui suivent le christianisme. La majorité des chrétiens arabes vivent au Levant, en Égypte et en Irak. Les chrétiens arabes sont estimés entre 7 500 000 à 8 000 000 en Égypte, 900 000 et 1 630 000 en Syrie, 1 640 000 à 3 500 000 au Liban, 140 000 à 152 000 en Jordanie, 636 000 en Irak, 133 130 en Israël et 50 000 en Palestine. Il existe également des communautés chrétiennes arabes en Turquie. Au total, les chrétiens arabes sont estimés de 11 041 000 à 13 508 000 habitants dans le monde.
Les premières tribus arabes à adopter le christianisme étaient les Nabatéens, les Tanukhides, les Salihides et les Ghassanides. Au cours des et , les Ghassanides, basés à Jabiya, ont d’abord adopté le monophysisme et ont formé l’une des confédérations les plus puissantes alliées à l'Empire Byzantin, agissant en état tampon entre l'empire et les tribus d’Arabie. En Irak, le dernier roi Lakhmide, Al-Nu’man III ibn al-Mundhir, vassal de l’Empire sassanide à la fin du , s’est également converti au christianisme. Au , les chrétiens arabes participent et contribuent à la Nahda, mouvement de renaissance culturelle, littéraire et politique arabes et coexistent depuis des siècles avec les musulmans arabes et les juifs arabesY. Courbage et Ph. Fargues, Chrétiens et Juifs dans l'Islam arabe et turc, Fayard, 1992, http://www.fayard.fr/chretiens-et-juifs-dans-lislam-arabe-et-turc-9782213028774.
Aujourd'hui, la moitié d'entre eux vit dans des pays du Moyen-Orient, l'autre dans des pays d'émigration sud-américains, ou d'autres pays occidentaux.
Les communautés autochtones les plus nombreuses résident en Égypte et au Liban. En diasporas, le Brésil est un des pays comptant la plus grande communauté chrétienne arabe.
Ils appartiennent à une Église orientale, catholique ou orthodoxe.
Histoire Période préislamique La présence arabe chrétienne est antérieure aux premières conquêtes musulmanes. À partir du , beaucoup de tribus arabes ont adhéré au christianisme. Les Arabes furent l'un des premiers peuples à se convertir au christianisme. Le souverain arabe Abgar , roi d'Édesse, est d'ailleurs considéré comme le premier souverain de l'histoire à se convertir au christianisme et à en faire la religion officielle d'un état.
La première mention du christianisme en Arabie apparaît dans le Nouveau Testament lorsque l’apôtre Paul fait référence à son voyage en Arabie après sa conversion (Galates 1: 15-17). Plus tard, Eusèbe de Césarée discute d’un évêque nommé Béryllus sur le siège de Bosra, site d’un synode vers 240 et de deux conciles d’Arabie.
À partir du , les Arabes contribuent grandement au développement du christianisme. Selon Pline l'Ancien, à l’époque romaine, les habitants de l'Osroène et de la Commagène sont des Arabes. La conversion du roi arabe Abgar VIII d'Édesse fut un facteur de la plus haute importance pour le destin du christianisme dans la région, notamment pour le christianisme oriental. Cette conversion a immédiatement fait d'Édesse, capitale de la dynastie arabe des Abgarides, une forteresse du christianisme en Orient, rivalisant avec Antioche. Édesse fut également le grand centre de la propagation du christianisme en Mésopotamie.
Selon Eusèbe de Césarée, l'empereur romain Philippe l'Arabe était chrétien. Pour certains historiens modernes, la conversion de Philippe continue à être tenue comme douteuse, faute de preuves historiques. Cependant, si Philippe n'est pas, comme l'affirment certaines sources chrétiennes antiques, le premier empereur romain converti au christianisme, il semble néanmoins que cet empereur ait manifesté un intérêt et un respect à l'égard de cette religion.
vignette|234x234px|Carte du Royaume Ghassanide sous le règne du roi Al-Mundhir III ibn al-Harith, au .
Les Ghassanides, qui ont gouverné le Levant entre le et le ont joué un rôle important dans la diffusion et la défense du christianisme. Ces derniers ont permis la renaissance du monophysisme, ont protégé la terre sainte, ont diffusé le christianisme en Syrie et dans le nord de l'Arabie et ont construit plusieurs églises et monastères dans la région. Les rois Ghassanides ont aussi présidé plusieurs conciles.
Au , en Mésopotamie, Al-Hira, capitale du royaume des Lakhmides est à son apogée. La ville, ornée de palais et de châteaux et important centre de la culture arabe et de la poésie arabe, est également un centre important du christianisme en Orient.
Période islamique Après l'expansion de l'islam, certaines communautés arabes chrétiennes ne se sont pas converties à la religion musulmane. En Mésopotamie, qui était déjà en majorité peuplée de groupes arabes depuis le , les ʿIbād (), un groupe arabe chrétien nestorien aux origines tribales diverses (principalement Tamīm, Rabīʿa et Muḍar, Azd, Iyād et Lakhm) autrefois gouvernés par la dynastie Lakhmide, ont joué un rôle important dans le développement des sciences. Tel est le cas de Hunayn ibn Ishaq par exemple. Au Proche-Orient, les Ghassanides qui avaient joué un rôle culturel, religieux et politique important durant la période préislamique, ont continué à exercer une grande influence dans la région. Leur culture de cour, y compris leur penchant pour les palais du désert comme Qasr ibn Wardan, a fourni le modèle pour les califes omeyyades et leur cour : . Pendant la période islamique à partir du , en tant que « Gens du Livre », les chrétiens de la région sont devenus des dhimmis et se sont vu accorder certains droits en vertu de la loi islamique pour pratiquer leur religion (y compris l’utilisation de la loi chrétienne pour les décisions, les règlements ou les peines devant les tribunaux). Contrairement aux musulmans qui payaient la zakat, ils payaient la jizya, une taxe obligatoire. La jizya n’était pas prélevée sur les esclaves, les femmes, les enfants, les moines, les vieux, les malades, les ermites ou les pauvres. En retour, les citoyens non musulmans étaient autorisés à pratiquer leur foi, à jouir d’une certaine autonomie communautaire, à avoir droit à la protection de l’État musulman contre les agressions extérieures, à être exemptés du service militaire et de la zakat.
Comme les musulmans arabes, les chrétiens arabes se réfèrent à Dieu comme Allah, un mot arabe pour « Dieu ».
Les érudits et les intellectuels s’accordent à dire que les chrétiens du monde arabe ont apporté des contributions significatives à la civilisation arabo-musulmane.
Chez certaines communautés arabes, le copte, le syriaque et le grec demeurent parfois comme langues liturgiques.
Certaines communautés chrétiennes habitant des pays arabes ne sont pas arabes mais d'origine araméenne comme les assyriens. Ce peuple, présent dans la région depuis l'Antiquité. est à l'origine des syriaques occidentaux, déclinaison levantine du peuple Assyrien. Certaines Églises levantines ont conservé leur identité syriaque pendant les différentes dominations gréco-romaine puis islamique, et ce parfois jusqu'à nos jours .
D'autres descendent des communautés arabes déjà présentes avant la conquête islamique comme les tribus de Ghassan, Tanukh ou Iyad. C'est le cas par exemple de la famille chrétienne Al-Chemor qui a gouverné deux émirats au Liban pendant la période Ottomane, Koura de 1211 à 1633 et la région de Zghorta de 1641 à 1747. La lignée de la famille remonte au roi Abu Chemor, un chrétien Ghassanide qui a donné son nom à la famille. Ces cheikhs ont été les derniers princes Ghassanides à régner au siècle.
Les syriaques occidentaux se différencient des syriaques orientaux (eux aussi assyriens/araméens) presque exclusivement présents en Irak et appartenant aux Églises, Catholiques Chaldéennes et Apostoliques assyriennes de l'Orient.
Époque contemporaine Les chrétiens arabes ont joué un rôle actif dans la vie culturelle de leur pays, par exemple dans le contexte de la Nahda ou renaissance arabe, à la fin du et au début du . La plupart des pays arabes étaient alors soumis à l'Empire ottoman. Les chrétiens furent à la pointe de la défense de la langue arabe et de la réaction contre la tentative de "turquisation" des sujets de l'Empire ottoman sous Abdülhamid II, qui avait voulu substituer la langue turque à la langue arabe dans l’enseignement. .
Les chrétiens arabes ont également joué, à la même époque un rôle politique important, par leur participation au mouvement du nationalisme arabe. "A Paris, le Palestinien chrétien Nabil Azouri fonde la « Ligue de la Patrie Arabe » et publie, à partir de 1905, le journal Le Réveil de la Nation Arabe. En 1913, un premier « Congrès Arabe » est organisé à Paris par quatre chrétiens, dont le futur premier Président de la République libanaise, et quatre musulmans. Les deux communautés unissent leurs efforts pour la création de comités pour l’indépendance », et seront les premières victimes de la répression turque en Syrie et au Liban dès 1914Christian Lochon, ancien directeur des études du Centre des hautes études sur l'Afrique et l'Asie modernes, "Rôle et Culture des Chrétiens d’Orient", Académie des Sciences d'Outre-Mer, 2005, http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/3/21/73/59/Documents-textes/Christianisme-arabe/D-R-le-et-Culture-des-Chr-tiens-d-Orient---Ch.-Lochon.pdf.".
Depuis la seconde moitié du , les chrétiens arabes subissent les conflits du Proche et du Moyen-Orient. .
+Principes Églises présentes au LevantÉglise maroniteÉglise orthodoxe d'Antioche (Grecs orthodoxes)Église grecque-catholique melkite (Catholiques de rite grec)Église catholique syriaque (Catholiques de rite syriaque)Protestants (toutes dénominations confondues)Église syriaque orthodoxe (Église des Trois Conciles)Église latine (Catholiques de rite romain)
Situation actuelle Au Liban Les membres de l'Église maronite sont tous originaire du Mont-Liban. Ils forment une communauté de rite syriaque, rattachée à Rome. Mêlés aux croisés à partir du , ils jouissent de relations privilégiées avec l'Occident et notamment la France. Toujours aujourd'hui, une grande partie de la communauté demeure également francophone.
De nombreuses études ont été menées pour pouvoir déterminer l'origine exacte des maronites. Un individu dit « d'origine arabe » plonge ses racines dans la péninsule arabique qui englobe notamment des pays comme l'Arabie Saoudite ou les Émirats Arabes Unis.
Selon le démographe Gérard-François Dumont, "tous les Libanais sont arabes, à l’exception des Libanais arméniens ayant réussi à fuir les persécutions puis le génocide turcGérard-François Dumont, « Les populations du Liban », Outre-Terre, 2005/4 (), . DOI : 10.3917/oute.013.0419. URL : http://www.cairn.info/revue-outre-terre1-2005-4-page-419.htm". Les maronites s'inscrivent dans l'espace culturel arabe au même titre que leurs compatriotes adhérant à d'autres religions. Le même auteur rappelle que "ce sont souvent des Arabes chrétiens qui ont illustré les premiers le nationalisme arabe"Dumont Gérard-François, « Les populations du Liban », Outre-Terre, 2005/4 (), . DOI : 10.3917/oute.013.0419. URL : http://www.cairn.info/revue-outre-terre1-2005-4-page-419.htm.
Selon le politologie et sociologue Olivier Carré, spécialiste du monde arabe, "les maronites sont arabes, d'origine phénicienne et araméenne, comme la majorité des Arabes de Syrie, du Liban et de la Palestine"Olivier Carré, Le Nationalisme arabe, 1993, https://books.google.fr/books?id=kekEmLH0JhgC&pg=PT11&lpg=PT11&dq=maronites+sont+des+arabes&source=bl&ots=115bXJK0y9&sig=tppZwVJHL8pbNKqlwitczIDlGUU&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwi_poDRhpbVAhVJnRoKHakED9E4FBDoAQg3MAM#v=onepage&q=maronites%20sont%20des%20arabes&f=false. Ils sont "de confession chrétienne rattachée à Rome, de liturgie antique de langue syriaque (de la famille araméenne) et arabe".