Kairouan (, ) est une ville du centre de la Tunisie et le chef-lieu du gouvernorat du même nom. Elle se situe à au sud-ouest de Tunis et à l'ouest de Sousse. Peuplée de en 2014, elle est souvent désignée comme la quatrième ville sainte (ou sacrée) de l'islam et la première ville sainte du Maghreb.

Première ville arabe et musulmane d'Afrique du Nord, Kairouan a été un centre majeur pour la diffusion de l'islam et de la langue arabe au Maghreb. La ville conserve encore aujourd'hui une place particulière pour les musulmans de la région, notamment pendant le Mouled, où des fidèles de toute la Tunisie et d'autres pays affluent pour participer aux célébrations..

Avec sa médina et ses marchés organisés par corporations à la mode orientale, ses mosquées et autres édifices religieux, Kairouan est inscrite depuis 1988 sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. En 2009, elle est proclamée capitale de la culture islamique par l'Organisation du monde islamique pour l'éducation, les sciences et la culture.

La ville est aussi réputée pour ses tapis de laine artisanaux et ses pâtisseries dont les makrouds.

Étymologie Le nom de la ville, , est une déformation du mot persan signifiant (kâr pour guerre/militaire lié au latin guer et vân pour campement), ou ....

Géographie Situation Kairouan est située à de la côte méditerranéenne. Son territoire est délimité par Sbikha au nord, Chebika à l'ouest, Bou Hajla et Nasrallah au sud.

Climat Le climat de la ville est plus chaud et sec par rapport au littoral.

Histoire

Fondation de la ville C'est sous la direction d'Oqba Ibn Nafi al-Fihri que la ville de Kairouan est fondée. Bien que la date de 670 soit souvent reprise en tant que date de fondation de la ville, celle-ci reste sujette à discussion..

En effet, la date de 670 pour l'arrivée d'Oqba et la fondation de Kairouan n'apparaît que dans une minorité de sources., qui sont, en outre, tardives (Ibn al-AthîrTrad. Edmond Fagnan, RAf, 1896, ., Al-NowaïriTrad. William Mac Guckin de Slane, JA, 1841, . et Ibn IdhariTrad. Edmond Fagnan, t. 1, .). Contre cette tradition, Ibn KhaldounTrad. William Mac Guckin de Slane, t. III, . et ‘Ubayd AllâhTrad. Évariste Lévi-Provençal, . le font arriver en 662-663, Ibn 'Abd al-Hakam en 666-667Trad. Albert Gateau, RT, 931, ., Abû-l-‘Arab en 675-676Trad. Mohamed Bencheneb, . et Al-Mâlikî en 676-677Trad. Hady Roger Idris, ..

Kairouan est fondée sur la ligne de confrontation entre Byzantins et musulmans dans le but d'en faire un point d'appui dans leur campagne de conquête de l'Afrique du Nord. L'emplacement choisi pour sa fondation, à l'intérieur des terres, semble particulièrement inhospitalier mais se situe suffisamment loin de la côte pour éviter les assauts de la flotte byzantine contrôlant alors la mer Méditerranée. Il fait aussi face aux montagnes qui sont le refuge des Berbères.. Le qayrawān, ou camp de garnison, a donné son nom au site, puis par la suite à la ville. Kairouan possède alors une double fonction militaire et religieuse, assurant à la fois la guerre sainte et la défense des terres nouvellement conquises.

La ville est ainsi la première ville arabe d'Afrique du Nord. Capitale de l'Ifriqiya pendant cinq siècles, elle a été un lieu de diffusion exceptionnel de la civilisation arabo-musulmane..

Histoire générale À la suite des combats qui opposent Berbères et Arabes, lors de la conquête arabe, Oqba Ibn Nafi est tué par le chef berbère Koceïla, qui s'empare de la ville de Kairouan de 682 à 684. Il rebaptise la ville en berbérisant son nom en Taqirwant..

Plusieurs années après, une armée arabe conduite par Zuhayr ibn Kays défait l'armée de Koceïla à Mammès et reprend Kairouan entre 687 et 689.

Oqba Ibn Nafi édifie à Kairouan la grande mosquée de Kairouan.. La légende rapporte, que sur l'emplacement de la future Kairouan, un soldat de Oqba aurait trébuché sur une coupe en or enterrée dans le sable. Cette coupe aurait été reconnue comme ayant disparu de La Mecque quelques années plus tôt, et lorsqu'on la déterra, une source d'eau aurait jailli, donnant une eau qui serait venue de la même source que celle sacrée de Zamzam à La Mecque.. Cette histoire a fait de Kairouan un lieu de pèlerinage, et elle est souvent désignée comme la quatrième ville sainte (ou sacrée) de l'islam et la première ville sainte du Maghreb...

Vers 775, Abou Qurra assiège Kairouan et y répand durant un temps le kharidjisme sufrite. Devenue la capitale des Aghlabides, la cité prospère rapidement au cours du et devient le siège principal du pouvoir en Ifriqiya et un grand centre de rayonnement de la culture arabe et de l'islam, rivalisant avec les autres centres du bassin méditerranéen. C'est une grande ville de commerce et de science renommée pour son école de droit malikite et son école de médecine formée par Ishaq Ibn Imran. Kairouan joue également un rôle significatif dans l'arabisation des Berbères et des populations de langue latine de l'Ifriqiya.

En 909, les Fatimides, chiites ismaïliens menés par Abu Abd Allah ach-Chi'i, s'emparent de l'Ifriqiya et font de Kairouan leur résidence. Mais la ville perd son statut avec la fondation de Mahdia sur la côte orientale et sa proclamation comme capitale du califat fatimide. Mais les tensions ethnico-religieuses avec la population strictement sunnite de la ville obligent les Fatimides à abandonner le point d'appui qu'ils s'étaient constitué pour rejoindre l'Égypte vers 972-973 où il fonderont Le Caire, le nouveau centre du califat. Entretemps intervient la prise de Kairouan par l'ibadite Abu Yazid qui parvient ainsi, avec l'aide de la population sunnite de la ville, à interrompre brièvement l'hégémonie des Fatimides entre 944 et 946.

gauche|vignette|Rue de Kairouan vers 1899.

Au milieu du , Kairouan dépasse les . Son approvisionnement en eau est assuré par un réseau de canalisations provenant des montagnes environnantes et un grand nombre de citernes réparties dans la ville et en dessous de la mosquée. Les grands réservoirs datant de l'époque aghlabide sont encore visibles de nos jours.

vignette|redresse|Procession à Kairouan en 1899.

Après le retrait définitif des Fatimides, c'est une dynastie vassale de ces derniers, les Zirides, qui prend le pouvoir en Ifriqiya. Al-Muizz ben Badis (1016–1062), son plus illustre représentant, mène une politique en faveur de la population sunnite. La ville connaît alors la dernière période d'épanouissement de son histoire.

En effet, en 1054, les Fatimides du Caire organisent une expédition punitive contre les Zirides devenus dissidents : les tribus bédouines des Hilaliens et des Banu Sulaym foncent sur la ville, la détruisant presque entièrement.

En 1057, Al-Muizz ben Badis s'enfuit à Mahdia et livre Kairouan et ses environs au pillage. Avec l'essor des villes côtières sous le règne des Hafsides, et principalement de Tunis, Kairouan décline inéluctablement. En 1702, Hussein Bey en restaure l'enceinte et de nombreuses mosquées..

Au cours de l'offensive française menée pour prendre le contrôle du pays, les troupes commandées par le général Étienne prennent Kairouan le ..

L'occupation de la ville paralyse la résistance et accélère la soumission de la Tunisie. Pendant le protectorat français, la ville devient tout de même l'un des foyers de la résistance nationaliste.

En 2009, elle est proclamée capitale de la culture islamique par l'Organisation du monde islamique pour l'éducation, les sciences et la culture..

Architecture et urbanisme

Depuis le , la médina de Kairouan est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en répondant à cinq des six critères d'évaluation ; pour être classé au patrimoine mondial, il suffit qu'un site réponde à un seul des six critères et parmi les sites classés à travers le monde, rares sont ceux, à l'image de Kairouan, ayant répondu à cinq critères. D'une part, la grande mosquée est l'un des monuments majeurs de l'islam et un chef-d'œuvre de l'architecture universelle. Elle a servi de modèle à plusieurs mosquées maghrébines en particulier pour ce qui concerne les motifs décoratifs. D'autre part, la mosquée des Trois Portes, construite en 866, est la plus ancienne des mosquées à façade sculptée de l'islam. Kairouan offre également un témoignage exceptionnel sur la civilisation des premiers siècles de l'hégire en Ifriqiya et son architecture islamique traditionnelle, associée à sa configuration spatiale, est devenue vulnérable sous l'effet des mutations économiques et constitue un patrimoine précieux. Kairouan est enfin l'une des villes saintes et des capitales spirituelles de l'islam..

Édifices religieux Plus ancien lieu de pèlerinage du pays et du Maghreb, Kairouan continue d'attirer les fidèles dans ses sanctuaires tels que la grande mosquée, fondée en 670 et datant principalement du , et le mausolée du Barbier bâtie en grande partie au .

Grande mosquée de Kairouan

La grande mosquée de Kairouan, aussi appelée mosquée Sidi Oqba, reste aujourd'hui encore l'emblème de la ville et constitue le plus ancien et le plus prestigieux monument islamique de Tunisie et du Maghreb. Cette mosquée est également considérée comme l'une des plus belles et des plus harmonieuses réalisations architecturales de l'Islam..

Elle est fondée vers 670 par le conquérant de l'Afrique du Nord, Oqba Ibn Nafi (communément appelé Sidi Oqba à Kairouan), à proximité du campement de ses armées. Elle est agrandie à plusieurs reprises par les dynasties qui vont se succéder en Tunisie. Sous le règne des Aghlabides, c'est surtout à Ziadet Allah (817–838) et Aboul Ibrahim (856–863) que l'on doit les extensions de la mosquée, le plus illustre historien et prédicateur local de son époque, rapporte que c'est sous le règne d'Aboul Ibrahim que le mihrab a pris sa forme définitive cite Ziadet Allah comme rénovateur du mihrab.. C'est également à Aboul Ibrahim qu'est attribuée l'extension de la salle de prière pour offrir une nef plus large supportant une nouvelle coupole dans l'axe de la cour intérieure. En 1294, les Hafsides entreprennent une importante rénovation de l'édifice sacré, les portails étant réétayés et les galeries pourvues de nouveaux arcs. En dépit de multiples mesures modificatives, le cœur ancien de la grande mosquée est resté aujourd'hui dans sa forme originelle datant de l'époque des Aghlabides (au cours du ).

vignette|Vue de la nef centrale de la salle de prière éclairée par de grands lustres.

Dans sa forme définitive, la mosquée s'étend sur de long et de large, couvrant une superficie totale de .. Elle appartient au type architectural de la mosquée de cour. La salle de prière supporte deux coupoles côtelées dont l'une est disposée au-dessus du mihrab aménagé au milieu du mur de la qibla, partie la plus ancienne, tandis que l'autre coupole a été construite lors de l'extension de la mosquée, au-dessus d'une galerie à arcs outrepassés axée sur la grande cour intérieure. La salle de prière se compose de 17 nefs dans le sens de la longueur, sept travées et un transept. La nef centrale mène au mihrab, niche de forme semi-cylindrique, soigneusement ornée de céramiques et de marbre sculpté, dont l'état actuel date du début de la seconde moitié du ..

Juste à côté s'élève le minbar original à onze marches. Ses parois latérales ont été montées en caissons très ouvragés en bois de teck importé d'Inde.. Ce minbar, réalisé vers l'an 862, est considéré comme la plus ancienne chaire du monde musulman.. Au centre de la niche de prière, habillée de panneaux de marbre, on peut lire la sourate 112 du Coran, rédigée en calligraphie kufi, avec l'invocation jointe du prophète, eulogie sur le modèle exact de l'inscription intérieure au Dôme du Rocher de Jérusalem. À proximité du minbar, le souverain ziride Al-Muizz ben Badis édifie la maqsura, le siège de l'imam disposant d'un accès particulier au mur de la qibla, que l'on nomme Bab El Imam. Le bâti décoratif en bois avec sa dédicace de fondation constitue l'un des plus beaux témoignages de l'art musulman.