La bataille de Bouin se déroule le lors de la guerre de Vendée. Elle oppose sur l'île de Bouin les troupes républicaines de l'Armée de l'Ouest et les forces vendéennes du général Charette.

Les combats ont lieu dans le cadre d'une offensive républicaine lancée en novembre depuis Nantes et Les Sables-d'Olonne en vue de reconquérir l'île de Noirmoutier, tombée en octobre aux mains des Vendéens. Après plusieurs défaites contre les colonnes des généraux Haxo et Dutruy, Charette tente sans succès de se replier sur Noirmoutier et se retrouve cerné sur l'île de Bouin.

L'assaut est lancé le matin du par trois colonnes républicaines qui enfoncent les défenses royalistes et se rendent maîtresses en quelques heures de toute l'île, libérant des centaines de prisonniers patriotes et capturant tous les canons et tous les chevaux des insurgés. Cependant, malgré de lourdes pertes, l'armée de Charette échappe à la destruction et parvient à s'enfuir à travers les marais. À peine quelques jours plus tard, elle reprend ses attaques dans le bocage et le Charette est élu généralissime de l'Armée catholique et royale du Bas-Poitou.

Contexte Début de l'offensive républicaine

Le , les Vendéens de l'armée du général Charette s'emparent de l'île de Noirmoutier en franchissant la chaussée submersible du Gois.. La faible garnison républicaine n'offre que peu de résistance et capitule. Charette forme une administration royaliste à Noirmoutier et y laisse une partie de ses troupes avant de repartir au bout de trois jours. Les prisonniers républicains sont quant à eux enfermés à Bouin où le chef local, François Pajot, en fait massacrer plusieurs centaines les 17 et ..

À Paris, la nouvelle de la prise de l'île de Noirmoutier suscite l'inquiétude du Comité de Salut public, qui craint qu'elle ne permette aux Vendéens de recevoir l'aide des Britanniques.. Le , le conseil exécutif reçoit un arrêté signé de Barère, Prieur de la Côte d'Or, Collot d'Herbois, Billaud-Varenne, Robespierre et Hérault de Séchelles lui donnant l'ordre de ..

Le , le conseil de guerre de l'Armée de l'Ouest charge le général de brigade Nicolas Haxo de constituer un corps de à hommes pour reprendre l'île de Noirmoutier.. Ordre lui est donné d'attaquer et de battre Charette ... Après avoir mis en place un plan de campagne, Haxo se met en marche.. Il divise ses forces en deux colonnes : la première, commandée par l'adjudant-général Jordy, sort de Nantes le .. ; la seconde, menée par lui-même, quitte à son tour la ville le et se porte en direction de Machecoul, qu'elle occupe le 26... De son côté, la colonne de Jordy, forte de hommes, marche sur Port-Saint-Père, qu'elle prend aux forces de La Cathelinière le , après cinq jours de combats et de canonnades.. Jordy prend ensuite Sainte-Pazanne et Bourgneuf-en-Retz, puis il fait sa jonction avec le général Haxo à Legé le ..

De l'autre côté du territoire insurgé, le général de brigade Dutruy se met également en mouvement le depuis Les Sables-d'Olonne.. Les 22 et 23, il occupe La Roche-sur-Yon, Aizenay, Le Poiré-sur-Vie et Palluau, avant de gagner Legé.. Il fait ensuite sa jonction avec Haxo à Machecoul.

Pendant ce temps, Charette sort de son refuge de Touvois et unit ses forces à celles de Jean-Baptiste Joly et de Jean Savin. Le , ils se mettent en marche pour attaquer Machecoul, mais ils sont surpris près de La Garnache par une colonne commandée par le lieutenant-colonel Aubertin, un officier de l'armée de Dutruy. Charette se replie sur Saint-Gervais, puis sur Beauvoir-sur-Mer avec l'intention de trouver refuge dans l'île de Noirmoutier... Cependant ce projet rencontre l'opposition de Joly et de Savin qui se retirent avec leurs forces pour regagner le bocage.. Charette ne peut quant à lui franchir le passage du Gois vers Noirmoutier à cause de la marée haute et de l'arrivée de la colonne d'Aubertin qui le contraint à s'enfermer dans l'île de Bouin, où il se retrouve bientôt cerné.

Retraite des Vendéens sur les îles de Bouin et de Noirmoutier vignette|gauche|alt=Carte de 1764 présentantla baie de Bourgneuf et les îles de Bouin et de Noirmoutier|Carte de la baie de Bourgneuf et des îles de Noirmoutier et de Bouin, 1764, musée de Bretagne.

Située dans la baie de Bourgneuf, l'île de Bouin, alors peuplée de à habitants., est séparée du continent par un cours d'eau, le Dain, fortement envasé et franchissable à pied lors des marées basses. Le seul pont est celui de la Claie, en bois, qui relie le bourg de Bouin à celui de Bois-de-Céné. L'île est couverte d'étiers, d'écluses, de canaux et de digues.. Le passage sur ces fossés se fait généralement aux moyens de planches de bois, que Charette fait retirer pour ralentir les républicains. Les Vendéens édifient divers retranchements le long du Dain, ainsi que deux ou trois batteries d'artillerie en forme d'amphithéâtre, dont une au moulin de Jaunay et une autre au moulin de La Pentecôterie. Ils disposent également de vivres en abondance.

Le , Haxo et Dutruy sont à La Garnache, où ils écrivent au ministre de la guerre : Mais le lendemain, le général Rossignol, commandant en chef de l'Armée de l'Ouest, donne l'ordre à Haxo de marcher sur Beaupréau avec une partie de ses forces afin de dégager les généraux Desmares et Chabot, en difficulté contre les insurgés angevins de La Bouëre et de Pierre Cathelineau... Haxo s'exécute à regret et mène une expédition en Maine-et-Loire pendant trois jours.

Charette profite de ce court répit pour s'embarquer de nuit pour l'île de Noirmoutier, où sa présence est attestée le . Il confie à son aide de camp, Joseph Hervouët de La Robrie, la mission de passer en Angleterre pour y demander des secours.. L'ordre est également signé par Maurice d'Elbée, l'ancien généralissime de l'Armée catholique et royale, réfugié à Noirmoutier à cause de ses graves blessures reçues à la bataille de Cholet. La Robrie s'embarque sur une goélette de 60 tonneaux, Le Dauphin, commandée par Louis François Lefebvre. Mais à cause de vents défavorables ou de la présence de navires républicains, Le Dauphin ne peut appareiller que dans la nuit du 23 au .

De retour à Bouin dans la nuit du 4 au , Charette constate que ses troupes manquent de munitions et charge Hyacinthe Hervouët de La Robrie, le frère de Joseph, de s'embarquer pour Noirmoutier et de s'y approvisionner.. Mais à son retour, celui-ci trouve l'accès à l'île de Bouin barré par les républicains, qui sont finalement passés à l'offensive.

Prélude Après avoir fouillé la forêt de Princé la veille., la colonne de l'adjudant-général Jordy arrive à Bois-de-Céné et Châteauneuf le . Elle s'y divise en deux pour commencer l'encerclement de l'île : Jordy reste à Bois-de-Céné, tandis que l'adjudant-général Villemin se porte à Bourgneuf-en-Retz.. Le général Dutruy occupe quant à lui Beauvoir-sur-Mer et le général Haxo arrive à Challans le . Dans la nuit du 5 au , à minuit, l'ordre est donné aux trois colonnes républicaines de se mettre en mouvement pour attaquer Bouin. Celle de Beauvoir se met en marche au lever du jour.

Bien que conscients de la présence des troupes républicaines, les Vendéens passent la nuit qui précède la bataille à festoyer et à danser... Dans ses mémoires, l'officier royaliste Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière écrit :

Forces en présence Armée vendéenne vignette|alt=Portrait du général vendéen François Athanase Charette de La Contrie. Pastel. |Portrait de François Athanase Charette de La Contrie, pastel anonyme, entre 1793 et 1796.

Les effectifs vendéens sont évalués entre et selon les sources.. Ils sont estimés à par Jordy et à par le général Bard, dans une lettre adressée le au général Duval.. Les mémoires anonymes de l'administrateur militaire évoquent combattants.. L'auteur royaliste Bittard des Portes donne ce même nombre et le vice-président du district des Sables-d'Ollonne, Pierre-François Mourain, . Le Bouvier-Desmortiers porte quant à lui les Vendéens à , face à républicains, mais pour l'historien Lionel Dumarcet ces chiffres sont certainement surévalués.

Au nord de l'île de Bouin, un chemin appelé le « passage du sud », filant vers Bourgneuf-en-Retz, est défendu par 250 hommes menés par Louis Guérin, qui auraient pris position aux Corbets... À l'est, Jean-Baptiste de Couëtus, avec 400 hommes, garde la route de Bois-de-Céné et tient la redoute du moulin de Jaunay, au sud du pont de la Claie. Charette prend quant à lui position avec le gros des forces au village de l'Epois, au sud, sur la route de Beauvoir-sur-Mer. Il occupe notamment le pont de Poirocq et le moulin de La Pentecôterie. D'autres forces sont laissées en réserve au bourg de Bouin.. François Pajot, le chef de la division de Bouin, est également présent, mais aucun récit ne relate ses actions lors de la bataille.

Armée républicaine Les républicains mobilisent environ hommes dans l'offensive, mais tous ne combattent pas. Ces forces sont divisées en trois colonnes. Au nord de Bouin, la colonne de l'adjudant-général Villemin prend position à Bourgneuf-en-Retz. À l'est, la colonne commandée directement par l'adjudant-général Nicolas Louis Jordy occupe la route de Bois-de-Céné. Au sud, la colonne commandée par le lieutenant-colonel Aubertin arrive par la route de Beauvoir-sur-Mer. Seules les colonnes nord et sud disposent de pièces d'artillerie. Des chaloupes canonnières parcourent également les abords de l'île, afin d'empêcher toute fuite par la mer.

La colonne de Jordy est forte de 674 à hommes.. Celui-ci déploie sur son centre le de volontaires de la Meurthe, commandé par son frère et issu de l'ancienne Armée de Mayence.. Ce bataillon est suivi par un détachement du régiment d'infanterie. Un détachement du régiment d'infanterie occupe le flanc gauche et un autre du régiment d'infanterie occupe le flanc droit.

La colonne d'Aubertin, forte de à hommes avec un canon., est quant à elle constituée de 455 hommes du de volontaires de la formation d'Orléans, de détachements des et régiments d'infanterie et de quelques autres corps et des canonniers du du Bas-Rhin..

Déroulement Sources Le déroulement des combats est évoqué dans quelques lettres et rapports du général Haxo, du général Vimeux et du Comité de Salut public. Seuls trois participants de la bataille, l'adjudant-général Jordy, le lieutenant-colonel Aubertin et le chef vendéen Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière ont laissé dans leurs mémoires des témoignages sur le déroulement des événements. Un récit est également laissé par le royaliste Urbain-René-Thomas Le Bouvier-Desmortiers, réfugié à Bouin en novembre, où il aurait peut-être rencontré Charette, mais qui se trouve à Noirmoutier au moment de la bataille.

Prise des retranchements et des redoutes par les républicains vignette|gauche|upright=1.2|alt=Schéma topographique de la bataille.|Plan de la bataille de Bouin, le . Topographie du .

Selon le plan établi, les trois colonnes doivent se retrouver sous Bouin à 11 heures du matin. Cependant à l'heure dite, seul Jordy est au rendez-vous. Au nord, la colonne de Villemin, freinée par les marais et par , ne prendra aucune part au combat.. Au sud, la colonne d'Aubertin est également ralentie par des canaux de 15 à 18 pieds de large pour 4 pieds de profondeur. Elle trouve tous les ponts coupés et doit les faire rétablir par une compagnie de sapeurs de la Loire-Inférieure commandée par l'officier du génie Fachot.. Pour effectuer ces travaux, elle traîne vingt voitures chargées de bois et de matériaux divers.

Les affrontements débutent par des duels d'artillerie. Avant le combat, Charette adresse une courte harangue à ses hommes, dans laquelle il engage ceux qui ne veulent pas combattre à se retirer et promet qu'il sauvera tous ceux qui accepteront de le suivre.