Waldeck Rochet, né le à Sainte-Croix (Saône-et-Loire) et mort le à Nanterre (Hauts-de-Seine), est un homme politique français. Il est élu député du département de la Seine, lors des élections de 1936, et dès lors il est constamment réélu jusqu'en 1968, soit dans son département d'origine, la Saône-et-Loire, soit en région parisienne, dans la Seine, puis en Seine-Saint-Denis.
Il fonde en 1937 un organe de presse hebdomadaire à destination du monde agricole, La Terre, auquel son nom a été longtemps attaché comme directeur.
Membre des instances nationales de direction du Parti communiste français dès le Front populaire, il est le successeur de Maurice Thorez, à la mort de celui-ci, en 1964, au secrétariat général du parti. Il exerce, dans les faits, cette fonction jusqu'en 1969.
Biographie Origines et formation Né à Sainte-CroixSainte-Croix, dans l'arrondissement de Louhans, compte 1 255 habitants en 1911, cf. J. Meyrat, Dictionnaire national des communes de France, Paris., village de la Bresse bourguignonne , Waldeck, Émile Rochet est le deuxième filsLe frère aîné de Waldeck Rochet, Armand Rochet, était né en 1903, à Sainte-Croix. Il sera dans les années 1920 un militant communiste. Cf Jean Vigreux, cité en sources, p. 25. de François Rochet, « sabotier aubergiste »AD de Saône-et-Loire, vue 18, feuilles du recensement de la population de Sainte-Croix, en 1906, famille Rochet, lignes 999 à 1002. et de Marie Fort, ménagère. Sa mère était native de Louhans, son père est originaire de l'Ain ou de LyonNé en 1860, à Ambérieu-en-Bugey, selon la feuille du recensement de 1911, son nom ne figure pas à l'état civil de cette ville. Cf. AD de l'Ain, tables décennales de l'état civil, internet). La feuille du recensement de 1906 donne Lyon pour lieu de naissance de François Rochet. Le père, républicain, admirateur de Jean Jaurès, prénomme son second fils Waldeck en hommage à Pierre Waldeck-Rousseau.. Waldeck Rochet évoque ce père comme ayant été l'un des acteurs de sa formation, en l'écoutant, enfant, défendre ses opinions dans les discussions avec les clients de son aubergeWaldeck Rochet, écrits politiques, éditions sociales, Paris, 1976, p.14.
En 1917, il obtient le certificat d'études primaires et va travailler comme ouvrier (les recensements écrivent « domestique »), « jardinier » ou maraîcher pour divers petits patrons des villages environnants, en particulier à Branges, où le recensement de la population de 1926 l'enregistreAD de Saône-et-Loire, recensement de la population à Branges, feuillet du lieu-dit Le champ Devant.. C'est dans cette période, avant son service militaire, qu'il adhère aux Jeunesses communistes, en 1923, et au Parti communiste français en 1924. Son service militaire qu'il accomplit en 1926-1927 est émaillé de sanctions à son égard, en raison de son action « antimilitariste » (plus simplement politique) auprès de ses camarades de caserne et lors de ses permissionsJ. Vigreux, op. cit., p. 29-30.
Militant et responsable régional thumb|redresse|Waldeck Rochet, élu député de la Seine en 1936. thumb|redresse|« Les devoirs du Front populaire envers les paysans de France », par Renaud Jean, André Parsal et Waldeck Rochet. thumb|gauche|Frontispice (1945) de l'hebdomadaire paysan du PCF, La Terre dirigé par Waldeck Rochet. À son retour de l'armée, selon ses biographes, il s'établit maraîcher à son compte sur un lopin de terre qu'il achète. Mais son activité politique va croissant avec la tenue de réunions, la prise de responsabilités. En 1928 il est présenté aux élections cantonales à Pierre-de-Bresse, et anime la campagne électorale du Parti communiste en ces terres de Bresse, qu'il quitte en 1930 pour le secrétariat régional (permanent) de la région lyonnaise du PCF.
En 1931, il est sélectionné pour suivre les cours de formation politique à l'école de l'Internationale Communiste de Moscou. De retour en Lyonnais en 1932, il est candidat député aux élections législatives de mai 1932 en Saône-et-Loire, dans la deuxième circonscription de l'arrondissement de Charolles qui couvre les cantons de Bourbon-Lancy, Digoin, Gueugnon, La Guiche, Palinges, Paray-le-Monial, Toulon-sur-Arroux. Il obtient suffrages au premier tour, soit 9,6 % des exprimés (mais son score est inférieur de 800 voix à celui réalisé en 1928 par le candidat communiste) et, suivant les ordres de la direction de son parti, se maintient au second tour, suivi par 394 électeursG. Lachapelle, Élections législatives, 1932, résultats officiels, édité par Le Temps. Député sortant, le socialiste Jean Laville, maire de Gueugnon, est réélu de justesse (160 voix) à ce deuxième tour.. Au début de l'année 1934, il quitte le secrétariat régional du Parti communiste français à Lyonil est remplacé par Julien Airoldi., pour « monter » à Paris à la demande de Maurice Thorez.
Dirigeant national paysan En 1934 se joue pour près de trois décennies le destin politique de celui qui est présenté (à juste titre) comme maraîcher bressan, petit paysan travailleur bourguignon, produit authentique des terroirs français. En effet il devient l'adjoint du spécialiste agricole du Parti communiste depuis 1921, Renaud Jean. Celui-ci anime une organisation de « masse », la Confédération générale des paysans-travailleurs (CGPT) et est l'un des rares élus du PC à avoir survécu à la déroute électorale des élections de 1932, dans son « fief » électoral du Lot-et-Garonne. Il est cependant considéré comme peu sûr politiquement, rétif aux sinuosités des lignes politiques successives dictées depuis MoscouCf. Max Lagarrigue, Renaud Jean, carnets d'un paysan député communiste, éditions Atlantica, Anglet, 2001.. Promu au Comité central du Parti au début de l'année 1936, Waldeck Rochet développe la section agraire de son parti, dont il devient le responsable. Les élections de la victoire du Front populaire font du rural maraîcher un député du département le plus urbanisé de France, la Seine, où il est élu dans la circonscription de Colombes-Nanterre ( de l'arrondissement de Saint-Denis) à la Chambre des députés, le . Quant à Renaud Jean, réélu dès le premier tour à Marmande, il devient le président de la Commission de l'Agriculture à la Chambre des députés. Dès lors Waldeck Rochet a la direction complète du secteur agraire et réalise son « grand œuvre » : il fonde le journal La Terre en . Il favorise ainsi le rapprochement entre communistes des régions rurales et urbaines, entre communisme ouvrier et traditions de lutte de la petite paysannerie parcellaire.
La Terre, dont le tirage est de exemplaires en 1938, devient après la Seconde Guerre mondiale un hebdomadaire dont les tirages avoisinent les en 1946, et atteignent encore les à la fin des années 1960Chiffres relevés dans J. Vigreux, p. 172..
À cette activité éditoriale, et sa fonction de député, qu'il oriente principalement vers la législation agricole, s'ajoutent depuis son militantisme bourguignon ses responsabilités au sein de l'organisation spécifique au monde agricole, la Confédération générale des Paysans travailleursPhilippe Gratton, les paysans français contre l'agrarisme, François Maspero, Paris, 1972, p. 107 et suivantes., une sorte de « CGT paysanne ». En , le de cette organisation, tenu à Montluçon, annonce 250 participants délégués de cinquante départements. Waldeck Rochet en est élu membre du Bureau national. Il côtoie deux autres députés communistes paysans, Renaud Jean, déjà cité et le corrézien Marius Vazeilles. Il est réélu au secrétariat national de la CGTP lors du en , à Brive. Cette activité de dirigeant du syndicalisme des agriculteurs se prolonge après la Libération : en 1945, il est l'un des fondateurs, avec le socialiste breton François Tanguy-Prigent, de la Confédération générale de l'agriculture (CGA) dont il est vice-président. Au début du mois de il fait partie de la dizaine de personnalités politiques, économiques et syndicales appelées à siéger dans le tout nouveau Conseil au plan en voie de constitution sous l'autorité de Jean Monnet.
Vers le secrétariat général du Parti communiste Comme la majorité des 73 députés communistes siégeant en 1939, il refuse de condamner le Pacte germano-soviétique signé durant l'été. Après la dissolution du PCF, le , il est incarcéré à la prison de la Santé, puis à Niort, Tarbes, Le Puy-en-Velay et, fin , au fort Saint-Nicolas à Marseille, pour être finalement déporté au pénitencier de Maison-Carrée en Algérie, avec 26 de ses camarades ex-députésFlorimond Bonte, Le Chemin de l'honneur. De la Chambre des députés aux prisons de France et au bagne d'Afrique, 1949, Éditions hier et aujourd'hui..
Libéré par les Alliés le , il participe à la résistance communiste locale et à l'organisation régionale du PCF à Alger. En , il rejoint Londres pour représenter le PCF auprès du CFLN. Il est membre de l'Assemblée consultative provisoire à Alger puis à Paris qu'il rejoint en . Il y représente la CGPT et les CDAP (Comités de défense et d'action paysanne).
Lors du congrès du Parti communiste français, en , il entre au Bureau politique, qui le présente « tête de liste » aux élections législatives d' dans le département de Saône-et-Loire. Fort de ses origines locales, de la place éminente qu'il occupe dans la Confédération générale de l'agriculture, et du rôle tenu par les communistes dans la Résistance dans le départementAndré Jeannet Marie-Hélène Velu, L'occupation et la résistance en Saône-et-Loire, 1991, il est élu député, aux deux Assemblées constituantes, puis à la Chambre des députés jusqu'en 1958. Le Parti communiste qui rassemblait 12 % des suffrages aux élections législatives de 1936 en Saône-et-Loire, obtient en plus de 77 000 voix, soit 31,6 % des suffrages exprimés<ref>G. Cinquin, Les partis politiques à la Libération en Saône-et-Loire, article dans Annales de l'Académie de Mâcon, tome LVI, 1979, p. 42-53.</ref>.
Il préside de 1946 à 1947 la Commission de l'Agriculture et durant toute la Quatrième République il intervient fréquemment dans ce domaine.
À l'avènement de la République, qui établit un redécoupage électoral peu favorable à une élection d'un député communiste en Saône-et-Loire, il change de circonscription et représente la Seine puis la Seine-Saint-Denis où il est élu dans la circonscription d'Aubervilliers - Stains - La Courneuve de 1958 jusqu'en 1973. Il préside le groupe communiste de l'Assemblée nationale de 1958 à 1959, puis de 1962 à 1964. Son parcours s'accélèrePhilippe Robrieux, notice , Histoire intérieure du parti communiste (biographies, chronologie, bibliographie), vol. 4, Fayard, 1984, .. Lors du congrès du parti, en 1959, il est élu au secrétariat du comité central. Il apparaît comme numéro trois du PCF après Maurice Thorez et Jacques Duclos. En , le congrès le propulse secrétaire général adjoint. De plus, l'élimination des instances dirigeantes de Laurent Casanova et de Marcel Servin, l'âge et le relatif effacement de Jacques Duclos, concourent à l'introniser sans rival et officiellement comme le successeur désigné de Maurice Thorez. Le congrès suivant, en , le fait accéder à la fonction de secrétaire général. Maurice Thorez, nommé président du Parti, meurt durant l'été 64. Waldeck Rochet est bien le « numéro un » du PCF.
Secrétaire général (1964-1969) vignette|redresse|Plaque à Nanterre.
Le moment où il devient secrétaire général est marqué d'événements contradictoires. Lors des élections législatives de 1962, le score électoral des communistes est remonté. De 18,9 % en 1958, il s'établit à 21,8 % en 1962. En mars 1967, il monte à 22,4 %. Le mouvement social reprend plus de vigueur en 1963, avec la grève des mineurs. En , l'accord entre la CGT et la CFDT crée les conditions de la multiplications des conflits sociaux. Mais sur le plan international en , la destitution en Union soviétique de l'artisan de la déstalinisation Nikita Khrouchtchev prive Waldeck Rochet d'un soutien important.