Les monts d'Arrée () sont un massif montagneux ancien de la Bretagne occidentale (situé en Argoat) faisant partie du Massif armoricain. Composés de roches sédimentaires et métamorphiques datant du Paléozoïque, ils marquaient la limite des évêchés de Cornouaille et de Léon.

Les monts d'Arrée sont situés dans le département du Finistère, principalement sur les communes de Berrien, Botmeur, Brennilis, Brasparts, Commana, Huelgoat, La Feuillée, Le Cloître-Saint-Thégonnec, Loqueffret, Plounéour-Ménez, Saint-Rivoal, Scrignac et Sizun. C'est le cœur même de la « Bretagne bretonnante » ou Basse-BretagneJean-Marie Ploneis, Le parler de Berrien, Paris, SELAF, 1983 lire en ligne (Breizh-Izel en breton) avec ses traditions, ses légendes, son écosystème préservé.

Leur paysage est très proche de ceux de l'Irlande et du pays de Galles, avec ses rocs qui émergent de la végétation constituée principalement de landes, qui est typique de l'Argoat. L'écosystème des monts d'Arrée est composé de deux milieux : un milieu de landes sèches avec de la bruyère et des forêts de conifères plantés (épicéas), et un milieu de bocages avec des arbres feuillus et des rivières. Ces deux milieux s'étendent du versant sud avec l'Aulne, sur Pleyben, Châteaulin, Carhaix, ainsi qu'au versant nord avec Saint-Thégonnec, Guiclan, Guimiliau. Avec ses landes montagneuses et ses bocages, le territoire des monts d'Arrée forme un milieu riche de sa biodiversité. Les monts d'Arrée font partie du parc naturel régional d'Armorique créé en 1969.

Toponymie Le nom dArrée est attesté sous les formes Aray au Roman d'Aiquin, , Are en 1636Albert Le Grand, Vie des Saints, 1636Anatole Le Braz, Au pays des pardons, Arès en 1778 - 1799Jean-Baptiste Ogée, Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, 1778Jacques Cambry, Voyage dans le Finistère, ou État de ce département en 1794 et 1795, Tome premier, librairie du Cercle social, Paris, 1798, Arhes en 1836 - 1850Émile Souvestre, Le Finistère en 1836Jean-Marie Bachelot de La Pylaie dans un témoignage de 1850, Arez en 1912Yves Le Febvre, Sur les pentes sauvages de l'Arez, 1912 ; ainsi que dans certains ouvrages d'Anatole Le Braz, ArrhéesPaul du Chatellier, Explorations sur les montagnes d'Arrhées, Arrhée, même si la graphie Arrée est depuis plus d'un siècle la plus utilisée et désormais consacrée par l'usage.

Selon Hervé Abalain, Arrée a la même origine que [arr / arri] en basque, et signifie « pierres, rochers »..

Hervé Le Bihan, qui a consacré à cette question un article dans le Dictionnaire des monts d'Arrée, s'inscrit en faux contre cette interprétation : selon lui, « la racine ar- doit être comparée aux toponymes présents au pays de Galles : Aran, Arenig, etc. Ce sont des oronymes pour la plupart dont l’explication renvoie à Eryri, le nom anglais du Snowdon, par er-yr-i highland ». Il conclut : « Le nom Arrée/Are doit remonter à une forme *ōregi ou *āregi, qui désigne une haute terreFrançois de Beaulieu, Dictionnaire des Monts d’Arrée, Skol Vreizh. ».

Géographie

Entité aux contours mal définis, les monts d'Arrée s'étendent sur environ ; ils résultent, comme l'ensemble du Massif armoricain, du plissement hercynien et s'alignent selon un axe ouest-sud-ouest est-nord-est de l'Aulne jusqu'à la limite orientale du Finistère, voire pour certains jusqu'au Menez Bré dans les Côtes-d'Armor.

Topographie vignette|gauche|Panneau indicateur Michelin indiquant, à vingt mètres près pour l'époque, la hauteur du Roc'h Trevezel.|alt=Panneau blanc en béton indiquant en lettres bleues « Roc'h Trevezel » et « Altitude 364m62 ». Le panneau est dans un décor herbeux, une route est légèrement visible à gauche. vignette|L'émetteur de télévision de Roc'h Trédudon et à sa droite le Roc'h Ruz.

Les sommets des monts d'Arrée présentent, malgré leur faible altitude, un véritable décor de montagneMaurice Le Lannou, Itinéraires de Bretagne – Guide géographique et touristique, 1930.. L'escarpement rocheux de quartzites très durs, d'âge dévonien, affleurant en bancs très redressés (le pendage est d'environ ) du Roc'h Trevezel, haut de seulement d'altitude, et ses voisins le Roc'h ar Feunteun (), le Roc'h Ruz (considéré désormais comme le point culminant de la Bretagne depuis les derniers relevés effectués par GPS) et Roc'h Trédudon () font saillie sur la crête, formant un saisissant relief, dominant d'une centaine de mètres le plateau granitique tabulaire du LéonGuide vert "Bretagne", éditions Michelin, 1999, pp. 103-104., exposé à la vigoureuse influence des vents nord-ouest de noroît, très verdoyant en raison du bocage et des prairies qui le recouvrent en raison de son altitude plus modeste, même s'il est en fait peu boisé du côté de Commana et de Plounéour-Ménez.

C'est une barrière puissante, mais aussi une ligne de partage des eaux extrêmement nette entre les cours d'eau coulant vers la Manche et ceux allant vers l'océan Atlantique. C'est aussi une limite humaine très nette, séparant le Léon de la Cornouaille. La lande atlantique occupe les croupes les plus hautes, tandis que les prés et les champs entourés de talus sans arbres, souvent des murets recouverts d'herbes, s'avancent jusqu'au contact des crêtes, par les vallées évasées.

vignette|gauche|La rudesse des sommets, couverts d'une végétation rase et sèche.

La partie du plateau du Léon proche de l'alignement des Roc'h est une région déjà rude par l'altitude et la proximité de la montagne. La toponymie reflète les rigueurs du lieu : l'un des hameaux porte le nom d'« Enfer » (commune de Le Cloître-Saint-Thégonnec), un autre s'appelle (« fin des prés ») (commune de Plounéour-Ménez), montrant que par ces têtes de vallées évasées (Penzé, Queffeulth, …), entre les premières crêtes vêtues de landes de l'Arrée, finissent les espaces agricoles du Haut-Léon (Plouigneau, Saint-Thégonnec, Landivisiau), réputés dans un passé lointain pour leurs élevages de chevauxJoëlle Corre, Landivisiau, capitale du cheval breton au , 1993, CRBC (Centre de recherches bretonne et celtique), UBO, Brest..

Vers le sud-sud-ouest, en forme de croissant élevé, une ligne de hauteurs massives, aux sommets arrondis : le signal de Toussaines ( ou ), longtemps considéré comme le point culminant de la Bretagne (alors évalué à ) ; plus au sud, isolé, en forme de ballon, le mont Saint-Michel de Brasparts, d'altitude à peu près égale à celle de Toussaines, mais beaucoup plus puissant en apparence, par son isolement. Ces sommets arrondis sont constitués de grès siluriens très résistants, appelés grès armoricains. L'usure uniforme des grès a donné à ces massifs centraux de l'Arrée des formes arrondies, en coupoles, assez semblables aux dômes des noyaux granitiques. Nettement plus à l'ouest, à l'entrée de la presqu'île de Crozon, le sommet arrondi du Ménez Hom forme le prolongement occidental de l'Arrée, mais fait partie géologiquement des montagnes Noires.

La maigre lande laisse voir, par endroits, de larges plaques grisâtres de sol gréseux sur le large faîte, où est bâtie la chapelle de Saint-Michel, témoignage de la vénération que les populations armoricaines ont toujours attachée aux hauts-lieux. De là, le panorama est immense : vers le nord, la ligne des Roc'h se prolonge très loin de part et d’autre du Roc Trévézel, vers l'est et vers l'ouest. L'Arrée est de ce côté parfaitement limitée, par le développement rectiligne de ces rochers sur des kilomètres de longueur. Vers le sud, nulle arête semblable : les hautes surfaces désolées de l'Arrée, entaillées par quelques têtes de vallées cultivées, dominent directement, sans interposition d'une ligne de reliefs plus élevés, une dépression bocagère qui est le bassin de Châteaulin.

vignette|gauche|Vue du réservoir de Saint-Michel depuis le Roc'h Trevezel. vignette|Panneau du col de Trédudon.

Vers l'est, dès le pied du mont Saint-Michel, on trouve les marais de Saint-Michel (en breton « »), une vaste dépression à peine creusée, surface plane plutôt que cuvette, fermée vers l'ouest par les monts de Toussaines et de Saint-Michel. Cette cuvette qui échappe à tout drainage est occupée par une tourbière de , en partie désormais ennoyée par le lac réservoir de Saint-Michel. Cette dépression taillée dans l'ellipse granitiqueLa géologie du massif granitique d'Huelgoat de l'Arrée est un témoin d'une pénéplaine très ancienne, antérieure à celle qui forme les plateaux du Trégor et du Léon. L'activité érosive des eaux courantes ne l'a que peu entaillée, laissant presque intacte la vieille surface mal drainée et marécageuse du Yeun Elez.

L'impression de « montagne », malgré l'altitude très modeste, a été accentuée récemment par des modifications toponymiques voulues par les syndicats d'initiative locauxRené Lorimey, Sommets Bretons, Revue 16, pp. 40 et 41. pour améliorer l'attractivité touristique : col de Trédudon, col de Trevezel.

Géomorphologie

Une part du Massif armoricain thumb|Vue des reliefs schisteux sur le Tuchenn Kador.

Les monts d'Arrée forment, avec les collines de Normandie et les hauteurs de la Gâtine vendéenne l'une des trois régions les plus élevées du Massif armoricain, qui s'étend sur et dont les limites orientales dépassent largement celles de la Bretagne. C'est un massif ancien, soulevé au Paléozoïque (plissement hercynien) à plusieurs milliers de mètres d'altitudeAndré Guilcher, Le relief de la Bretagne méridionale, de la Baie de Douarnenez à la Vilaine, Thèse de doctorat d'état, 1948., raboté par l'érosion (pénéplanation) pendant le Mésozoïque (pénéplaine post-hercynienne)Max Derruau, Précis de géomorphologie, éditions Masson, éditions multiples., et resoulevé partiellement au Cénozoïque lors du contre-coup des plissements pyrénéen et alpin, ce qui a entraîné une reprise de l'érosion qui a épargné les affleurements de roches dures (grès armoricain datant de l'Ordovicien, quartzites, schistes durs (parfois ardoisiers), etc.), creusant essentiellement les affleurements de roches tendres (schistes tendres, et même de granite dans la cuvette du Yeun Elez)Bruno Cabanis, Découverte géologique de la Bretagne, éditions du BRGM, 1987..

Des études scientifiques ont déterminé la topographie des monts d'Arrée lors des différentes périodes géologiquesMichel Ballèvre, professeur à l'Université de Rennes , cité dans Le Télégramme, 8 janvier 2005. : lors du plissement hercynien de l'ère primaire, il y a environ d'années, les monts d'Arrée culminaient entre , l'érosion de l'ère secondaire a ensuite rabaissé l'altitude pour atteindre de moyenne.

L'alignement principal de ces « menez » va du Ménez Hom à l'ouest jusqu'au nord de l'Ille-et-Vilaine en passant par le Menez Bré (ou Mené Bré) et les monts du Mené dans les Côtes-d'Armor. Plus au sud, l'alignement des sommets des montagnes Noires jusqu'aux landes de Lanvaux dans le Morbihan et le sillon de Bretagne en Loire-Atlantique, bien que moins élevés, ont la même origineGérard Mottet, Géographie physique de la France, PUF, , 1999..

Cadre géologique

vignette|Carte géologique simplifiée du Massif armoricain. vignette|gauche|redresse|Schistes formant une des pointes du Roc'h Trevezel.