Juan Manuel Santos Calderón, né le à Bogota, est un homme d'État colombien, président de la République de 2010 à 2018.

Il est plusieurs fois ministre à partir de 1991, détenant notamment le portefeuille de la Défense nationale de 2006 à 2009, sous la présidence d'Álvaro Uribe.

Membre du Parti de la U, mouvement de droite soutenant Álvaro Uribe, il est élu président de la République en 2010 et réélu en 2014. Il rompt progressivement avec la droite uribiste et obtient le prix Nobel de la paix en 2016 pour son action en faveur du processus de paix avec la guérilla des FARC. Iván Duque, un proche d'Uribe, lui succède à la présidence.

Famille et jeunesse Juan Manuel Santos est le troisième des quatre enfants de Clemencia Calderón et Enrique Santos Castillo, est issu de l'une des familles les plus influentes de l'élite colombienne. Son grand-oncle, Eduardo Santos, fondateur du journal El Tiempo (dont la famille est toujours propriétaire), a été président de la République de 1938 à 1942.. Son père, Enrique Santos Castillo (1917-2001), a été rédacteur en chef puis éditeur du journal familial pendant 56 ans, ne le quittant que trois mois avant sa mort « Leading Colombian journalist, Enrique Santos Castillo, 84, dies », Seattle Post-Intelligencer, 27 novembre 2001.. Il est également le cousin de Francisco Santos Calderón, vice-président de Colombie de 2002 à 2010, puis ambassadeur à Washington.

thumb|left|125px|Son épouse, María Clemencia Rodríguez (2014). Juan Manuel Santos passe la majeure partie de son enfance à Bogota.

Diplômé d'économie et d'administration d'entreprises à l'université du Kansas, il étudie ensuite à la Fletcher School of Law and Diplomacy, la London School of Economics et à l'université Harvard..

Carrière professionnelle Juan Manuel Santos est nommé à 24 ans représentant de la Colombie à l'Organisation internationale du café, un poste qu'il conserve pendant sept ans tout en poursuivant des études à la London School of Economics. À son retour en Colombie, en 1983, il est nommé sous-directeur d'El Tiempo.

Parcours politique

Ascension Il entre en politique comme ministre du Commerce extérieur du président libéral César Gaviria, dont il est élu désigné présidentiel en 1993Le désigné présidentiel, élu par le Sénat, avait vocation à remplacer le président de la République provisoirement en cas de nécessité. Santos a été le dernier à exercer cette fonction, remplacée ensuite par celle de vice-président. Cf. Congreso Elige Hoy A Último Designado A La Presidencia, El Tiempo, 11 août 1993.. De 1995 à 1997, il fait partie du triumvirat qui dirige le Parti libéral colombien « Juan Manuel Santos: Unidos como debe ser », El Nuevo Siglo, 30 mai 2010.. En 1997, il contacte les Autodéfenses unies de Colombie, en la personne de leur leader Carlos Castaño, selon lui dans l'optique de préparer un plan de paix, mais selon ses détracteurs en vue de conspirer contre le président Ernesto Samper. Pénalisé par cette zone trouble, Santos n'obtient qu'un poste mineur dans le gouvernement d'Andrés Pastrana Arango, et prend du recul par rapport à la vie politique, se consacrant à l'écriture de chroniques dans El Tiempo ainsi qu'à celle de son livre La tercera vía, de tendance blairiste. Santos parvient toutefois, dans la deuxième partie du mandat de Pastrana, à s'imposer de nouveau à un poste important du gouvernement (ministre des Finances et du Crédit public). Lors du coup d’État de 2002 au Venezuela, il déclare que le président putschiste Pedro Carmona serait sans doute un « interlocuteur idéal en termes commerciaux et économiques »..

En 2004, Santos quitte le Parti libéral, au sein duquel il avait commencé sa carrière politique, et annonce son ralliement à Álvaro Uribe. Il cofonde, en 2005, le Parti social d'unité nationale (« Parti de la U »), qui a pour but de regrouper les partisans de ce dernier.

Ministre de la Défense nationale thumb|left|170px|Juan Manuel Santos, ministre de la Défense de 2006 à 2009.

Ministre de la Défense nationale de à , Juan Manuel Santos développe dans le cadre de la politique de « sécurité démocratique » du président Uribe une politique énergique de lutte contre la guérilla, en particulier les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), couronnée de succès tels que l'opération Jaque ou la mort de l'important cadre des FARC Iván Ríos, parfois plus controversée comme l'opération Phénix (bombardement en Équateur d'un camp des FARC, au cours duquel Raúl Reyes trouve la mort). À la suite de cette dernière opération, qui déclenche une crise diplomatique entre la Colombie, l'Équateur et le Venezuela, un mandat d'arrêt international est lancé contre Santos par un juge équatorien.

Son passage au ministère de la Défense est également terni par le scandale dit des « faux positifs » (exécutions de civils que l'armée fait passer pour des guérilleros tués au combat). Le scandale éclate en 2008 avec l'identification de 19 jeunes dont les disparitions avaient été signalées par les familles à Soacha (dans la banlieue de Bogota) que l’armée présentait comme des guérilleros abattus.. La médiatisation soudaine de cette politique secrète de l'armée colombienne entraine une multiplication des témoignages et des enquêtes judiciaires conduit à identifier plus de civils exécutés. Toutefois, probablement couvertes par la hiérarchie militaire et les responsables politiques, ces pratiques sont restées globalement impunies (le taux d’impunité pour les soldats criminels de guerre s’élèverait à 98,5 % selon l'ONU)..

Élection présidentielle de 2010

thumb|Juan Manuel Santos en 2010.

Le , après son départ du ministère de la Défense, il devient « directeur unique » du Parti social d'unité nationale (« Parti de la U »). Álvaro Uribe arrivant à la fin de son second mandat et ne pouvant se représenter malgré une popularité record (plus de 70 % d'opinions favorables), Juan Manuel Santos est choisi pour porter les couleurs du Parti de la U à l'élection présidentielle de 2010Présidentielle en Colombie: le candidat du parti d'Uribe donné en tête , Associated Press, Bogotá, ..

Juan Manuel Santos se pose comme le continuateur de la politique de « sécurité démocratique » du président sortantSon slogan est . Les cinq pas en avant désignent ses cinq axes de campagne principaux, les deux premiers faisant également référence aux opérations les plus emblématiques de son action comme ministre de la Défense : Opération Jaque (qui entraine la libération d'Ingrid Betancourt) ; Opération Phénix (action contre les FARC de la force aérienne colombienne en Équateur) ; Respect des principes de bonne gouvernance ; Amélioration des services publics de santé, d'éducation et de justice ; Investissements importants pour la science et la technologie « Juan Manuel Santos », terra.com.co, 25 mars 2010.. Il arrive en tête du premier tour avec 46,7 % des suffrages, devant le candidat du Parti vert, Antanas Mockus (21,5 %), majoritairement soutenu sur les réseaux sociaux... Dans l'entre-deux-tours, Germán Vargas Lleras (Changement radical, 10,1 %), Noemí Sanín (Parti conservateur, 6,1 %) et plusieurs élus du Parti libéral apportent leur soutien à Santos« Colombie: à moins de dix jours de la présidentielle, échappée de Santos », Cyberpresse, 11 juin 2010..

Le , il est élu président de la république de Colombie avec 69,1 % (9 millions de voix), contre 27,5 % (3,6 millions de voix) à Antanas Mockus. Au soir de sa victoire, il promet l'anéantissement des FARC et exige que celles-ci libèrent tous leurs otages« Juan Manuel Santos élu à la présidence de la Colombie », Le Monde, 21 juin 2010..

Président de la République

Investiture Le , Juan Manuel Santos prête serment, devenant ainsi le président de la république de Colombie. La cérémonie d'investiture se tient sur la place Bolívar de Bogota, en présence de invités, dont le président sortant, Álvaro Uribe, et 16 chefs d'État et de gouvernementParmi lesquels le président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, de l'Argentine, Cristina Fernández de Kirchner, de l'Équateur, Rafael Correa, du Pérou, Alan García, ainsi que de la plupart des dirigeants d'Amérique centrale« Juan Manuel Santos investi président de Colombie, dit vouloir renouer le dialogue avec le Venezuela », Le Point, 8 août 2010.. Dans son discours, il promet notamment de continuer la lutte contre les groupes armés illégaux tout en s'affirmant ouvert au dialogue si ceux-ci renoncent à leurs activités, et formule le vœu de « reconstruire les relations » avec le Venezuela et l'Équateur voisins« Juan Manuel Santos investi, Bogota et Caracas promettent de renouer », Le Matin, 8 août 2010..

Selon le Pôle démocratique alternatif, parti d'opposition de gauche, une cinquantaine d'opposants politiques auraient été assassinés dans les trois mois suivant son investiture.

Politique intérieure Rupture avec la droite uribiste thumb|Juan Manuel Santos avec Álvaro Uribe, lors de sa prise de fonction en 2010. Dès son arrivée à la tête du pays, bien qu’il ait rendu hommage à son prédécesseur dans son discours d’investiture, Juan Manuel Santos est régulièrement critiqué par l'aile la plus conservatrice de la classe politique colombienne, notamment par Álvaro Uribe lui-même.. Le , Juan Manuel Santos, qui mène une politique considérée comme moins « droitière » que celle d'Uribe, dénonce « ceux qui se permettent en tant qu'ancien président, d'émettre des critiques sur le travail de leurs successeurs ». Les médias colombiens soulignent que cette rupture pourrait conduire à un affrontement entre les deux hommes lors de l'élection présidentielle de 2014..

Son gouvernement démantèle peu à peu les réseaux de corruption, qui s'étaient multipliés durant la présidence d'Uribe, dans les secteurs de la santé, de l'éducation, de la collecte d'impôts« Le très populaire Juan Manuel Santos irrite les faucons colombiens », La Croix, 7 août 2011.. Il demande pardon aux victimes des paramilitaires et renforce les conditions de détention des officiers complices de massacres. il fait aussi dissoudre les services de renseignements ; ceux-ci étant liés aux narcotrafiquants et impliqués dans la répression de l'opposition sous la présidence d'Uribe.

Il fait en outre voter des lois de restitution de terres aux populations déplacées et de réparations aux victimes du conflit avec les FARC. Ces lois sont critiquées en raison de l'expulsion de paysans de leurs terres pour les proposer à d'autres communautés..

Álvaro Uribe décide de créer un nouveau parti, le Centre démocratique, avec notamment l’ancien vice-président (et cousin de Juan Manuel Santos) Francisco Santos, et les ex-ministres Oscar Ivan Zuluaga et Fernando Londoño. Il accuse en particulier Santos d'avoir abandonné sa politique de « sécurité démocratique » et de n’avoir rien fait pour protéger ses proches de la justice, notamment Andres Felipe Arias, surnommé Uribito..

Négociations avec les FARC et l’ELN

Lors de son arrivée à la tête de la Colombie, le conflit armé avec les FARC a fait près de morts et sept millions de déplacés..

Le , il demande à l’armée de réviser sa stratégie pour combattre les FARC, ces dernières regagnant du terrain et multipliant les attaques soudaines et imprévues, malgré la mort d'un de leurs dirigeants, Jorge Briceño Suárez.. Le lendemain, Juan Manuel Santos annonce son intention d'ouvrir un dialogue de paix avec la guérilla communiste uniquement en cas de « circonstances appropriées », parmi lesquelles la libération des otages« Colombie: Santos prudent sur un dialogue de paix avec la guérilla », 20 minutes, 9 août 2011..