Tiberius Claudius Cæsar Germanicus, appelé ultérieurement Britannicus ( – v. le Pierre Grimal donne seulement « avant le 12 février » et non pas précisément le 11 (Tacite, index p. 1027). Se référant à Tacite, l'historienne Barbara Levick indique simplement que la mort de Britannicus s'est produite après les Saturnales de 54 (Claude, , InFolio, 2002). L'historienne britannique Miriam T. Griffin donne elle, sans autre précision ni justification, le , Néron, p. 81. Max Gallo donne aussi le 12, Les Romains , Néron, p. 155.), est le fils de l'empereur Claude et de sa troisième femme Messaline. Selon Tacite, il est assassiné à la veille de ses quatorze ans par son frère adoptif, l'empereur Néron, qui l'aurait empoisonné lors d'un banquet. C'est Locuste qui aurait confectionné un poison foudroyant sur ordre de Néron.

La vie de Britannicus illustre les problèmes de succession au début de l'Empire romain et les implacables luttes pour le pouvoir au sein de la dynastie julio-claudienne.

Sa mort prématurée inspira la tragédie Britannicus de Jean Racine, qui met en scène la dernière journée du jeune homme.

La fiabilité des sources Les Annales de Tacite et la Vie des douze Césars de Suétone sont les principales sources latines qui relatent cette période. Cependant, les deux historiens ont écrit environ cinquante ans après les événements, durant une période où Néron était (déjà) dénigré. Le tableau qu'ils dressent de ces événements est particulièrement sombre et les arrière-pensées qu'ils prêtent aux protagonistes, sans concession. Il n'est pas toujours aisé de distinguer la part du récit romanesque de celle d'une recherche historique « sérieuse ». Même si, de par leurs fonctionsSuétone était secrétaire impérial d'Hadrien. Tacite a exercé de nombreuses et très hautes responsabilités politiques, avant de devenir un familier de l'empereur Trajan., ils avaient accès à des archives officielles et des documents de première main, leurs propres sources sont cependant très rarement explicitement données. Les deux historiens sont certainement influencés par la société dans laquelle ils vivaient et pour laquelle ils écrivaient. Leur tendance à noircir le tableau et à considérer les acteurs principaux comme des criminels souvent dégénérés, et leur manque d'esprit critique, voire leur crédulitéEn particulier dans le cas du polygraphe Suétone., sont aujourd'hui dénoncés et on attribue en partie la sévérité de leur jugement à leurs a priori idéologiques, voire leur « philosophie politique ». Tacite est, par exemple, considéré comme le grand détracteur de Néron ; Suétone comme exprimant les intérêts politiques du Sénat et des chevaliers romains. Les récits des historiens romains postérieurs au règne de Néron soulèvent ainsi des interrogations sur la fiabilité de ces témoignages de « seconde main »..

Spes augusta

En 38, Claude, âgé alors de presque 50 ans et qui n'est pas encore empereur, épouse Valeria MessalinaLes jeunes filles romaines étaient nubiles à 12 ans, les garçons à 14 ans.Messaline est issue des Claudii Pulchri. Claude est lui aussi issu de la branche patricienne des Claudii, mais il n'appartient pas aux Pulcher.. En 40, elle donne naissance à une fille Octavie et le , elle met au monde Britannicus, à peine trois semaines après que Claude eut accédé au principatSuétone, Vie des douze Césars, Claude 27.. Britannicus est donc l'héritier direct de Claude, le Spes augusta, l'espoir de la famille impériale, il est voué à être montré au peuple et aux soldats.

En 43, à la suite des victoires de Claude en Bretagne, le Sénat romain lui accorde un triomphe et le nom honorifique de Britannicus. Son nom complet est désormais Tiberius Claudius Cæsar Augustus Germanicus Britannicus. Pourtant, Claude ne se fera jamais appeler Britannicus, mais il transmet ce nom à son fils.

Nous possédons peu d'informations sur l'éducation de ce dernier. Tacite mentionne comme tuteur un précepteur du nom de Sosibius, , 1. Il mentionne également que Sosibius reçut 1 million de sesterces pour son enseignement à Britannicus et ses conseils à Claude (, 4). Mais en 51, Sosibius sera accusé par Agrippine de menacer la vie du jeune Néron et finira assassiné. (Pierre Grimal, Tacite. Œuvres complètes, Index, 1129).. En tant que fils de l'Empereur, Britannicus reçut sans doute la meilleure éducation, mais à partir de 51, sa situation se détériore rapidement. Agrippine, la nouvelle Augusta, tire en effet prétexte du premier affrontement entre les deux « frères » pour prendre le contrôle total de l'entourage de Britannicus.

Tacite précise en outre que, sur la fin, « l'entourage immédiat de Britannicus était formé de gens sans foi ni loi », et que lors de la première tentative d'empoisonnement, ce sont ses propres précepteurs qui lui administrèrent le poisonTacite, Annales, , 15, 3-4..

Le tournant L'élimination de Messaline

De nombreuses rumeurs couraient sur le libertinage de Messaline. Rumeurs en partie fondées, Messaline n'hésitant pas à user de ses charmes à des fins politiques. L'affaire à l'origine de sa chute concerne Decimus Valerius Asiaticus, un sénateur que Messaline avait dépouillé de ses biens, notamment les magnifiques Jardins de Lucullus et qui garde une rancœur contre la famille impériale. Les affranchis de la cour, tel Narcisse, avaient une grande emprise sur Claude et considéraient les activités de Messaline intolérables et la percevaient de plus en plus comme un danger. Pour leur faire face, Messaline chercha des soutiens chez les sénateurs et les chevaliers qui cherchaient à retrouver leur influence perdue à la cour. Pour garantir cette influence, les sénateurs avaient besoin d'un gage de bonne foi de la part de l'impératrice.

Selon Suétone et Tacite, Messaline avait alors épousé l'un des sénateurs, consul désigné pour l'année 47, C. Silius, qui aurait également accepté d'adopter Britannicus.

Des historiens actuels, comme Barbara LevickBarbara Levick, Claude., estiment que ce mariage a été plus une mascarade qu'une véritable célébration : pour épouser Silius, Messaline aurait dû désavouer Claude et elle aurait perdu ainsi sa place d'Augusta. Cette interprétation n'est cependant pas partagée par l'historien Paul Veyne, qui relève que le divorce romain, tout comme le mariage, était un acte privé et informel. On pouvait ainsi divorcer de son époux sans même prendre la peine de le mettre au courant de la nouvelle situationPaul Veyne, Sexe et pouvoir à Rome, Éditions du Seuil, Points Histoire, p. 159..

En 47, le mariage de Messaline avec Silius remonta jusqu'aux oreilles de Claude par le biais de Narcisse. Une fois informé, et après une très brève enquête qu'il mène lui-même, Claude fait mettre à mort la plupart des comploteurs, dont Silius, qui réclame seulement une mort rapide. Il ordonne également d'en finir avec Messaline. Un ordre que Narcisse se hâte d'accomplir avant que l'hésitant Claude ne change d'avis. Messaline est exécutée dans les jardins de Lucullus par les sbires de NarcisseTacite, Annales, , 37-38..

Agrippine accède au pouvoir Après l'assassinat de Messaline, Claude doit se remarier pour réaffirmer sa position. Narcisse lui propose la main d'Ælia Pætina, jugée inoffensive. Une autre candidate est la dernière fille vivante de Germanicus : Agrippine la Jeune, sœur de Caligula. Seul problème, elle est la nièce de Claude et les mariages entre nièce et oncle, considérés comme incestueux, sont interdits. Le mariage de Claude et d'Agrippine a donc lieu le lendemain de la validation d'une loi sénatoriale autorisant les mariages entre oncles et nièces. En 49, quand Agrippine épouse Claude, elle a déjà un fils, Néron, né en 37 d'un précédent mariage avec Gnæus Domitius Ahenobarbus. Néron est plus âgé que Britannicus et Agrippine va tout faire pour que son fils soit reconnu comme le successeur de l'empereur.

La mort de Claude

Claude meurt opportunément le . De nombreuses sources latines considèrent qu'Agrippine a joué un rôle dans la mort de l'empereur, mais Suétone donne la chose comme simplement probableSuétone, Claude, 44.. Sénèque, alors tuteur de Néron, parle, quant à lui, de mort naturelle. L'empoisonnement de Claude reste donc objet de discussions.

Selon l'une des versions, Agrippine aurait fait mettre du poison dans la nourriture de l'empereur. TaciteTacite, Annales, , -2. prétend qu'elle choisit « une drogue raffinée qui troublât la raison et différât la mort ». Agrippine aurait donc fait le choix d'un poison lent qui fit perdre à l'empereur l'usage de la parole. Cette lenteur lui aurait permis de faire appeler un médecin, Xénophon, pour ainsi écarter tout soupçon. Selon les récits les plus sombres, elle aurait alors profité de l'impuissance du malade pour lui administrer une nouvelle dose de poison, mortelle cette foisTacite..

Une fois son mari décédé, Agrippine conserve un moment le secret de sa mort, joue les épouses affolées et s'arrange pour retenir Britannicus et ses sœurs auprès d'elle, tandis que Néron s'en va se faire reconnaître par la garde prétorienneTacite, Annales, , 68-69.. Quand la mort de l'empereur est révélée, tout est joué.

Britannicus suivra son père dans la tombe à peine quatre mois plus tard.

Les enjeux de successions julio-claudiennes Stratégies maternelles Messaline et la séduction L'accès au pouvoir de Britannicus, malgré le fait qu'il soit le fils de l'empereur, aurait pu être discuté s'il était devenu empereur. En effet Messaline et Claude ne sont pas les mieux placés dans l'arbre généalogique des Julio-Claudiens. Afin de garantir la légitimité au trône de Britannicus, Messaline et Claude avaient pris les mesures nécessaires. Par exemple, Octavie, la sœur de Britannicus, avait été fiancée à Lucius Junius Silanus, descendant d'Auguste par les Iunii Silani.

Messaline est surtout connue pour son libertinage. Mais son libertinage était politique. En effet elle usait de ses charmes pour compromettre (?) des hommes politiques et les contrôler (?) afin qu'ils défendent les intérêts de son fils Britannicus. Messaline n'était donc pas une catin comme le disaient les rumeurs de l'époque. Elle était en réalité une subtile manipulatrice.

Cette dernière thèse, cependant, paraît peu vraisemblable et anachronique, si l'on considère l'âge de la « manipulatrice », le peu de considération que la société romaine accordait à la femme et la liberté de mœurs qui régnait encore à l'époque. Selon l'historien Paul VeynePaul Veyne, La Société romaine, Points Histoire, chapitre « La famille et l'amour sous le Haut-Empire romain », p. 98., Messaline est d'abord la victime de sa passion : « […] cette jeune femme de 24 ans, qu'on dépeint comme une dévergondée, était en réalité une sentimentale, une amoureuse romantique. » Les mesures extrêmes dont elle fut l'objet seraient ainsi le résultat de l'inquiétude que son comportement — trop incompréhensible pour ne pas cacher de douteuses intentions — provoquèrent dans l'entourage de l'empereurPaul Veyne, La Société romaine, p. 99.. De plus, en dépit des agréments supposés de sa conversation, Messaline était loin de n'avoir que des amis. L'Augusta s'était également fait connaître par sa grande cruautéPar exemple, Tacite, Annales, , 12.. Les raisons de vouloir s'en débarrasser ne manquaient pas. On voit mal enfin quel besoin elle aurait eu de jouer les manipulatrices alors qu'elle était au faîte du pouvoir.

L'ambition d'Agrippine Les desseins d'Agrippine sont tout à fait perceptibles dès son mariage avec Claude. En effet, elle fait adopter Néron par l'empereur dès le et fait tout pour écarter Britannicus du pouvoir. Sans état d'âme, Agrippine est connue pour avoir procédé à de nombreux exils et assassinats afin d'assouvir ses ambitions pour son fils.