Le kremlin de Moscou (, Moskovskiy Kremlʹ), souvent appelé simplement le KremlinLe mot « Kremlin » s'écrit habituellement avec une majuscule lorsqu'il désigne de manière spécifique le « kremlin de Moscou »., est un ensemble architectural complexe situé au sein d’une forteresse du centre de Moscou, la capitale de la Russie. De nombreuses parties de cet ensemble sont dues à des architectes que le tsar fit venir d'Italie au début de la Renaissance.

Après avoir été la résidence officielle des tsars, puis des dirigeants de l'Union soviétique au , il devient le centre politique de la Fédération de Russie, puisqu'il est aujourd'hui la résidence officielle et le lieu de travail du président de la fédération de Russie. Par métonymie, l'expression « le Kremlin » désigne souvent, dans la presse et les médias, le pouvoir russe ou, précédemment, le pouvoir soviétique.

Cet ensemble prestigieux est le plus célèbre kremlin, mot adapté du russe « Кремль » désignant une forteresse urbaine. La forme du kremlin de Moscou est à peu près triangulaire. Dominant la place Rouge et la Moskova, il rassemble à l'intérieur de son enceinte des palais et cathédrales dont la caractéristique est la place des Cathédrales et le grand palais du Kremlin.

Histoire De ses origines à sa destruction (1485) vignette|upright=1.0|Le kremlin de Moscou, .|alt=Perspective de nuit, avec une rivière en premier plan, puis une voie rectiligne vivement éclairée, puis quelques fiers bâtiments au milieu d'un parc se détachent de l'horizon. vignette|redresse|Plan du Kremlin au début du . vignette|redresse|Vue aérienne du Kremlin avant 2016.

Comme l'ont montré des recherches archéologiques, les premiers établissements humains de Moscou, remontant à la Préhistoire, furent fondés sur une éminence dominant la rivière Neglinnaïa à l'endroit où celle-ci rejoint la Moskova, et que l'on nomme colline Borovitskaïa. On n'y a pas trouvé, cependant, de traces de fortifications antérieures au ; la cité naissante fut agrandie sous le prince Iouri Dolgorouki, grand-duc de Kiev, au . La forteresse, constituée d'un talus de terre de huit mètres de haut surmonté d'une palissade de trois mètres est signalée comme kremlin pour la première fois en 1331, lorsque le prince Ivan Kalita (1325-1340) la fait donc entourer d'une enceinte de pieux de chêne..

Après plusieurs sièges et destructions, une nouvelle palissade fut construite de 1339 à 1340 et incendiée en 1365. Entre 1366 et 1368, sous le règne de Dimitri Donskoï on construisit une forteresse en pierre blanche, ce qui permit de repousser, en 1368 et 1370, les attaques des princes Michel de Tver et Olgierd grand-duc de Lituanie. La forteresse comportait cinq portes monumentales, trois d'entre elles étant situées sur le côté nord-est (vers l'actuelle place Rouge). Les murailles reprirent le plan de l'ancienne forteresse en bois.

Le Kremlin bénéficie dès lors de la réputation d'une citadelle imprenable mais, en 1382, le khan Tokhtamych parvient à s'en emparer et massacre tous les assiégés. Des incendies dévastateurs, puis un tremblement de terre survenu en 1446, ruinèrent de nouveau la citadelle, que l'on décida de reconstruire en brique. La reconstruction s'effectua de 1485 à 1495 sous la direction d'architectes italiens.

Reconstruction italienne (1485-1610) vignette|Le Kremlin et le Grand Pont de pierre vus de nuit.

Résidence d'apparat

En 2016, la démolition sur l'ordre de Vladimir Poutine du bâtiment 14, qui avait abrité le secrétariat du Soviet suprême de l'Union soviétique et qui avait été érigé sur les emplacements du couvent de l'Ascension et du monastère Tchoudov, a donné aux archéologues l'occasion de procéder à des fouilles mettant au jour de nombreux vestiges remontant jusqu'au . Il est prévu la création d'un musée d'archéologie sur le site des fouilles.

Bâtiments et curiosités vignette|L'église de la Déposition-de-la-robe-de-la-Vierge et les églises des Térems. vignette|Minuit, passage du au , au kremlin de Moscou : carillon aux vingt-quatre coups.

Les bâtiments du Kremlin incluent, autour de la place des Cathédrales : la cathédrale de l'Archange-Saint-Michel ; la cathédrale de l'Annonciation ; le palais à Facettes ; le palais des Térems (actuelle résidence privée du président de la fédération de Russie) ; l'église de la Déposition-de-la-robe-de-la-Vierge ; la cathédrale Verkhospasskaïa ; la cathédrale de la Dormition de Moscou ; le palais du Patriarche ; l'église des Douze Apôtres ; le clocher d'Ivan le Grand.

Les autres bâtiments sont : le grand palais du Kremlin (lieu des cérémonies officielles et palais de l'investiture du président russe) ; le palais des Armures ; le palais des Menus Plaisirs ; le Palais Doré de la Tsarine ; l'arsenal du Kremlin ; le palais d'État du Kremlin, ancien palais des congrès du Kremlin ; le palais du Sénat (bureau du président russe et siège des services de la présidence).

Les monuments ou bâtiments ayant été détruits au fil des siècles sont : le monument à la mémoire du grand-duc Serge Alexandrovitch ; le monument d'Alexandre II au Kremlin ; l'église Saints-Constantin-et-Hélène () ; le monastère Tchoudov () ; le couvent de l’Ascension () ; la cathédrale du Sauveur-dans-la-Forêt () ; les chapelles attenantes aux tours de l'enceinte.

Les tours Le Kremlin est flanqué de dix-neuf tours. La vingtième, la tour Koutafia, ne fait pas partie de l'enceinte du Kremlin.

Toutes les tours du Kremlin sont différentes et irrégulièrement disposées le long de l'enceinte. Certaines sont rondes, d'autres quadrangulaires ou polygonales. Cinq d'entre elles possèdent une porte monumentale permettant l'accès à l'intérieur de l'enceinte. Elles sont construites en brique ; la partie inférieure est d'un aspect dépouillé conforme à leur fonction défensive, alors que la partie supérieure de certaines d'entre elles a une fonction décorative soulignée par les motifs de pierre blanche.

Les cinq plus hautes tours étaient autrefois ornées d'une aigle bicéphale : Vodovzvodnaïa, Borovitskaïa, Troïtskaïa, Nikolskaïa et Spasskaïa. En 1935, les aigles bicéphales impériales furent enlevées et remplacées deux ans plus tard par des étoiles en verre rouge pesant chacune entre une tonne et une tonne et demie.

On trouve, dans le sens des aiguilles d'une montre en partant de l'angle sud-ouest (le long de la Moskova) :

Vodovzvodnaïa vignette|redresse|La tour Vodovzvodnaïa.

Appelée aussi la tour de l'Eau, la tour reconstituée Vodovzvodnaïa (Водовзводная башня) est une tour d'angle au sud-ouest du Kremlin ; elle domine la berge donnant sur la Moskova. Elle fut édifiée en 1488 par l'architecte italien Antonio Gilardi (pour les Russes : Anton Friazine, Antoine l'Italien). Au début on l'a appelée la tour Sviblov (Свиблова башня), du nom d'une famille de boyards qui avait sa maison, à l'intérieur de l'enceinte, près de la tour. Elle fut ensuite renommée, en 1633, après qu'on y eut installé une machine à pomper l'eau (Vodovzvodnaïa peut se traduire par « de la pompe à eau »). En 1805, elle fut détruite parce qu'elle menaçait de tomber en ruines et reconstruite. Minée par les Français en 1812, elle fut restaurée en 1817-1819 par l'architecte Joseph Beauvais. Sa hauteur est de .

Le pouvoir soviétique fit installer une étoile rouge, symbole du communisme, à son sommet. Depuis la fin de l'URSS, les étoiles rouges des différentes tours n'ont pas été déposées.

Borovitskaïa La tour Borovitskaïa (Боровицкая башня) est une tour comportant l'une des entrées vers le Kremlin. Elle tient son nom de la colline Borovitski, l'une des sept collines de Moscou. Elle fut édifiée en 1490, sur ordre de Vassili III à la place d'un ancien portail par l'architecte italien Pietro Antonio Solari — que les Russes appelaient Piotr Friazine, ou Pierre l'Italien (friaz or friag signifiait alors « italien »). Le tsar , en 1658, lui donna le nom de Predtetchenskaïa (tour du précurseur ; предтеча en russe) d'après l'église Saint-Jean-Baptiste, qui en était proche, mais qui fut détruite pour la construction du palais des Armures. Cependant, ce nom ne fut guère utilisé. En 1812, elle fut endommagée par les troupes françaises qui allaient quitter Moscou et battre en retraite. Elle fut ensuite reconstruite en 1817-1819 par l'architecte Joseph Beauvais. En 1935, Staline fit installer une étoile rouge à son sommet. Avec cette étoile, sa hauteur est de .

Oroujeïnaïa vignette|redresse|La tour des Armures (Оружейная).

Appelée aussi la tour des Armures, la tour Oroujeïnaïa (Оружейная башня) fut construite en 1495. Elle reçut ce nom au après la construction du palais des Armures. Auparavant, on la désignait par tour Koniouchennaïa (Конюшенная башня), eu égard aux écuries royales qui étaient derrière elle.

Komendantskaïa Appelée aussi la tour du Commandant, la tour Komendantskaïa (Комендантская башня) fut construite en 1495. Elle était jadis appelée Kolymajnaïa (Колымажная башня), du nom du terrain du Kremlin où étaient parqués les chevaux et garées les voitures. On lui donna son nom actuel lorsque, au , le commandant militaire de Moscou installa sa résidence dans le palais des Menus Plaisirs. Comme les autres tours du Kremlin, elle fut surmontée d'un guet et d'un toit en forme de tente en 1676-1686. Sa hauteur mesurée depuis le jardin Alexandre est de .

Troïtskaïa vignette|redresse|La tour Troïtskaïa.

Appelée aussi la tour de la Trinité, la tour Troïtskaïa (Троицкая башня) commande une entrée du Kremlin au milieu de son mur nord-ouest ; elle domine le jardin Alexandre. Elle fut construite en 1495-1499 par l'architecte italien Aloisio da Milano (pour les Russes : Aleviz Friazine Milanets, c'est-à-dire Aloïs l'Italien de Milan). Cette tour a eu plusieurs autres noms : Rizopolojenskaïa, Znamenskaïa et Karetnaïa. Son nom actuel date de 1658, elle le tient du relais de poste de la Trinité (Троицкое подворье).

La base de la tour, comprenant deux étages, abritait une prison aux . Le pont de la Trinité, dont l'entrée est commandée par la tour Koutafia, mène à l'entrée de la tour Troïtskaïa. Celle-ci possédait une horloge entre 1585 et 1812. En 1707, devant le danger d'une invasion suédoise, les meurtrières de la tour furent élargies pour s'adapter au fût des canons de gros calibre. Le pouvoir soviétique fit installer une étoile rouge, symbole du communisme, à son sommet.

Koutafia vignette|redresse|Les tours Koutafia et Troïtskaïa.

La tour Koutafia (Кутафья башня) ne fait pas partie de l'enceinte du Kremlin. C'est pourquoi elle est considérée comme la vingtième tour. Celle-ci est reliée par un pont à la tour Troïtskaïa. Sous ce pont coulait autrefois la rivière Neglinnaïa, rivière qui formait une douve sur le flanc ouest du Kremlin. La tour Koutafia devenait ainsi le seul accès à l'entrée de la tour Troïtskaïa.

Construite en 1516 sous la direction de l'architecte milanais Aloisio da Milano, pour protéger le pont sur la rivière Neglinnaya qui mène à la tour Troïtskaïa, la tour était initialement entourée par un fossé et était le seul accès à la ville grâce à son pont-levis. La tour avait deux niveaux, la partie supérieure étant munie de meurtrières et mâchicoulis.

Marquant aujourd'hui l'entrée publique principale au Kremlin, la tour Kutafya a été modifiée à plusieurs reprises à travers les siècles : aux , un système de digues a été construit pour élever le niveau de la rivière Neglinnaya et créer un fossé autour de la tour, ce qui faisait de son pont-levis le seul point d'entrée au Kremlin par la ville ; en 1668, un pont reliant Koutafïa à Troitskaya a été construit ; une couronne d'ornement délicat dans le style baroque moscovite a été construite en 1685 ; la séparation entre les deux niveaux a été détruite en 1780 ; en 1867, un passage traversant la rue du Manège a été construit ainsi que les arcades sur les côtés et une maison de garde côté sud ; la maison de garde a été démantelée au cours des travaux de restauration menés de 1974 à 1977.