L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche ou L'Ingénieux Noble Don Quichotte de la Manche (titre original en espagnol ; en espagnol moderne : El ingenioso hidalgo don Quijote de la Mancha), généralement simplement abrégé en Don Quichotte, est un roman écrit par Miguel de Cervantes et publié à Madrid en deux parties, la première en 1605 puis la seconde en 1615.

À la fois roman médiéval et roman de l'époque moderne alors naissante, le livre est une parodie des mœurs médiévales et de l'idéal chevaleresque, ainsi qu'une critique des structures sociales d'une société espagnole rigide et vécue comme absurde. Don Quichotte est un jalon important de l'histoire littéraire et les interprétations qu'on en donne sont multiples : pur comique, satire sociale, analyse politique. Roman épique tant par son influence que par sa longueur, il est aujourd'hui considéré comme l'un des romans les plus importants de la littérature mondiale et comme le premier roman moderne. De fait, il jouit toujours d'une très forte popularité et continue d'être étudié dans les cercles universitaires, plus de 400 ans après sa publication.

Le personnage, Alonso Quichano, est à l'origine de l'archétype du Don Quichotte, personnage généreux et idéaliste qui se pose en redresseur de torts« Don Quichotte », Petit Larousse, noms communs.. Résumé vignette| « Don Quichotte dans sa bibliothèque », dessin de Gustave Doré (trad. Viardot, Paris, Hachette, 1863).

Intrigue L’intrigue couvre les aventures d'un pauvre hidalgo (gentilhomme) de la Manche, dénommé Alonso Quichano, et obsédé par les livres de chevalerie, qu'il collectionne dans sa bibliothèque de façon maladive.

Ceux-ci troublent son jugement au point que Quichano se prend un beau jour pour le chevalier errant Don Quichotte, dont la mission est de parcourir l’Espagne pour combattre le mal et protéger les opprimés. Il part sur les routes, monté sur son vieux cheval Rossinante, et prend pour écuyer un naïf paysan, Sancho Panza, qui chevauche un âne (prénommé Rucio dans le texte espagnol, Grison dans la version française).

Don Quichotte voit dans la moindre auberge un château enchanté, prend les filles de paysans pour de belles princesses et les moulins à vent pour des géants envoyés par de méchants magiciens. Il fait d’une paysanne de son pays, Dulcinée du Toboso, qu’il ne rencontrera jamais, la dame de ses pensées à qui il jure amour et fidélité.

Sancho Panza, dont la principale préoccupation est, comme son nom l’indique, de se remplir la panse, estime que son maître souffre de visions, mais se conforme à sa conception du monde, et entreprend avec lui de briser l’envoûtement dont est victime Dulcinée.

Première partie La première partie compte et commence par un prologue dans lequel Cervantès se moque de l'érudition pédante et des poèmes comiques. L'auteur y fait l'éloge de son œuvre et justifie cela en disant qu'il n'a rencontré personne qui veuille faire l'éloge d'une œuvre aussi extravagante que celle-ci.

En effet, il s'agit, comme le dit le curé (un personnage du roman) au chapitre 47 de la première partie, d'une « écriture déliée », libre des normes, qui mélange « le lyrique, l'épique, le tragique, le comique » et dans laquelle s'entremêlent des histoires de genres différents, par exemple : Grisóstomo et la bergère Marcela, l'histoire du prisonnier, le discours sur les armes et les lettres, le discours de l'Âge d'Or, la première sortie de Don Quichotte seul et sa seconde sortie avec son inséparable écuyer Sancho Panza. La seconde partie raconte la troisième et dernière sortie.

Cervantes déclare que les premiers chapitres sont tirés des « Archives de La Manche » et le reste traduit depuis l'arabe de l’auteur morisque Cid Hamet Ben Engeli, par un traducteur lui même morisque. Cid Hamet Ben Engeli est l’enchanteur qui tire les ficelles de Don Quichotte tout au long du roman. L'auteur procède ainsi pour replacer son ouvrage à la suite des romans de chevaleries de son époque . Cependant, contrairement à ses prédécesseurs

Le roman commence par la description d'un pauvre hidalgo dont le nom exact ne sera révélé qu'à la fin de l'œuvre : Alonso Quichano, originaire d'un village indéterminé de la Manche, qui devient fou en lisant des livres de chevalerie et qui se prend pour un chevalier errant médiéval.

Il prend des suggestifs. Don Quichotte : la quixotte étant le nom espagnol du cuissot, une pièce d'armure protégeant le haut de la jambe. « de la Manche » : si, le premier sens renvoie au statut d'hidalgo et à la région de Tolède, le second sens est immédiat en espagnol : « La Mancha » sonne aussi comme « la tache », « la bêtise »Du latin mascula : marque qui reste après avoir versé une substance colorante. «mancha» en Diccionario de la lengua española. Editorial: Real Academia Española, Asociación de Academias de la Lengua Española y Espasa. 23.ª ed, Madrid, 2014. . Le jeu de mots en espagnol annonce les exploits des premiers chapitres du roman. Il baptise son cheval Rossinante (composé et un augmentatif de rocin, c'est-à-dire une rosse), reconstruit les armes de ses ancêtres et choisit une dame pour en être amoureux, Dulcinée du Toboso. Sans que personne le voie, il se lance dans la campagne pour sa première sortie mais soudainement se rappelle qu'il n'a pas été « armé chevalier ». Alors, en arrivant dans une auberge qu'il prend pour un château et en rencontrant l'aubergiste, qu'il prend pour le châtelain, et des prostituées, qu'il prend pour des dames semblables à celles du monde des livres de chevalerie, il décide de faire là une « veillée d'armes » et convainc l'aubergiste de lui donner l'adoubement.

Finalement, lors d'une cérémonie satirique, Don Quichotte est armé chevalier par l'aubergiste et à partir de ce moment, il reprend sa chevauchée avec plus d'entrain. Toutes sortes d'aventures tragi-comiques se succèdent dans lesquelles, motivé par la bonté et l'idéalisme, il cherche à « combattre les injustices » et aider les personnes défavorisées et les malheureux. Il professe un amour platonique et profond à sa dame, Dulcinée, qui est en réalité une jeune laboureuse « de belle allure », Aldonza Lorenzo.

Lors de sa première aventure, Don Quichotte tente de sauver un jeune homme appelé Andrés des coups de fouet de son patron, ce qui causera finalement plus de préjudice au jeune homme. Plus tard, à un carrefour, il défiera un groupe de marchands en leur demandant de reconnaître sa dame comme la plus belle du monde bien qu'ils ne puissent la voir. Roué de coups par l'un des marchands, il est recueilli par un voisin qui le ramène sur le dos de sa monture, dans le hameau où il sera soigné par sa nièce et maîtresse de maison.

Le curé, Pero Perez, et le barbier du village purgent la Bibliothèque de Don Quichotte et brûlent une partie des livres qui lui ont fait tant de mal, tout en lui faisant croire que ce sont des enchanteurs qui ont fait disparaître sa collection. Le recours aux manipulations des enchanteurs sera permanent dans le récit, des enchanteurs qui déforment à chaque étape la réalité de Don Quichotte, lui permettant d'expliquer ses échecs.

Entre la première et la deuxième sortie, Don Quichotte exige les services d'un écuyer, un laboureur appelé Sancho Panza, à qui il promet monts et merveilles, en particulier le nommer gouverneur d'un royaume qu'il conquerra dans ses aventures. Ainsi apparaît l'autre personnage fondamental du roman qui permet à Don Quichotte de dialoguer et qui contrebalancera son idéalisme extrême.

vignette|Premières éditions des deux parties. Une fois de plus, lors de sa deuxième sortie, accompagné par son écuyer Sancho, Don Quichotte se lance à travers le pour exercer son nouveau rôle. À ce moment de l'histoire se déroule l'épisode le plus connu (première partie, chapitre VIII) : Don Quichotte se bat contre des géants qui ne sont autres que des moulins à vent, malgré les avertissements de son écuyer.

À partir de là, se suivent de nombreuses aventures qui finissent généralement mal. Cependant, lors de la première aventure, Don Quichotte décroche une authentique victoire en battant un jeune biscaïen querelleur dans un véritable duel à mort, bien qu'il mette dans l'embarras une dame de passage qu'il désire protéger contre sa volonté.

Rapidement, maître et écuyer font face à des problèmes lorsqu'ils sont roués de coups par un groupe de muletiers à cause de Rossinante qui s'est trop approché de leurs juments. En piteux état, Don Quichotte et Sancho arrivent dans une auberge où ils essayent de se reposer. Les deux protagonistes se retrouvent au centre d'un hilarant scandale nocturne lorsque Don Quichotte confond dans son imagination une prostituée appelée Maritorne avec la fille de l'aubergiste, qu'il croit amoureuse de lui. Cela réveille la colère d'un muletier qui frappe Don Quichotte et Sancho. Le lendemain, après que Don Quichotte a essayé son baume magique de Fierabras, tous deux repartent mais auparavant, un groupe de cardeurs, qui logent à l'auberge, s'amusent à lancer Sancho en l'air à l'aide d'un drap.

Suit alors l'une des aventures les plus absurdes de Don Quichotte : l'aventure des troupeaux de brebis dans laquelle il confond les brebis avec deux armées qui vont se battre. Dans son imagination, il fait une longue description des principaux combattants à la surprise de Sancho. Finalement, Don Quichotte prend parti et attaque l'un des troupeaux mais les bergers le feront rapidement tomber de son cheval. Cette nuit-là, Don Quichotte attaque une procession de moines bénédictins en deuil qui accompagnent un cercueil vers sa tombe dans une autre ville. Puis, maître et écuyer veillent dans un bois où ils entendent des bruits importants qui font croire à Don Quichotte qu'il y a d'autres géants à proximité.

Le lendemain, Don Quichotte poursuit son voyage dans la « haute aventure et de la riche conquête de l’armet de Mambrin » (première partie, chapitre XXI) dans laquelle il arrache à un barbier le bassin que l'on retrouve sur la plupart de ses représentations. Ensuite, il se passe une nouvelle aventure grotesque dans laquelle Don Quichotte déforme à l'extrême l'idéal chevaleresque en libérant de force un groupe de galériens condamnés par la justice du roi. Les galériens, Ginès de Pasamont à leur tête, remercient leurs libérateurs mais lorsque Don Quichotte leur ordonne de se rendre immédiatement au Toboso pour narrer cette aventure à Dulcinée, ils refusent d'entreprendre un tel voyage et chassent leurs sauveurs en leur jetant des pierres.

Don Quichotte et Sancho se rendent ensuite à la Sierra Morena. Là, il leur arrive différentes aventures : l'étrange disparition du Rucio, l'âne de Sancho, non signalée dans la première édition et n'apparaissant que dans les versions ultérieures. En imitant Amadis de Gaule, Don Quichotte décide de faire pénitence et d'une certaine manière, il déclare à Sancho, surpris, son secret le plus intime, à savoir qui est en réalité Dulcinée du Toboso. Ils rencontrent un nouveau personnage, Cardenio, qui montre des troubles causés par une grande frustration amoureuse. Don Quichotte envoie Sancho porter une lettre pour Dulcinée ce qui l'oblige à prendre la direction du Toboso.