Bernard Deladrière est un homme politique et haut fonctionnaire français de Nouvelle-Calédonie et d'origine « pied noir », né en 1952 à Tunis (protectorat français de Tunisie, actuelle Tunisie).

Il est membre du Huitième Gouvernement de Nouvelle-Calédonie issu de l'Accord de Nouméa du au , chargé du budget, de la fiscalité, de l'économie numérique et des questions relatives à la communication audiovisuelle, puis des treizième, quatorzième et quinzième gouvernements du au , chargé des questions juridiques (droit civil, des assurances et de l'urbanisme), du suivi des transferts de compétences, du suivi des affaires relatives à la Francophonie, des relations avec les Provinces et communes, de la simplification administrative, de la modernisation de l'administration et de l'évaluation des politiques publiques. Il est également chargé de la santé de 2014 à 2015, du suivi de la construction du médipôle de Koutio de 2014 à 2017 et de l'économie numérique de 2017 à 2019.

Origines et formation Fils de l'islamologue spécialiste du soufisme classique Roger DeladrièreInterview de Bernard Deladrière, Bien entendu, c'est off, tatele.nc.P. LAURY, Compte rendu de lecture de G. GOBILLOT (coord.), Mystique musulmane – Parcours en compagnie d’un chercheur : Roger Deladrière, éd. Cariscript, Paris, 2002, 364 p., sur Abstracta Iranica, Vol. 25, mis en ligne 15/03/2006., il est né et passe les premières années de sa vie à Tunis. Sa famille quitte la Tunisie désormais indépendante pour Lyon en 1965. Il est le frère aîné de la haute-fonctionnaire européenne Geneviève Pons.

Élève du collège-lycée Ampère jusqu'en 1969, il entre ensuite à l'Institut d'études politiques (IEP) de Lyon. Il y passe le concours du ministère des Affaires étrangères à vingt ans en 1971 et, n'étant pas majeur, se fait émanciper pour commencer une carrière diplomatiqueP. FRÉDIÈRE, « Bernard Deladrière, l’éminence grise sort de l’ombre », Les Nouvelles Calédoniennes, 18/11/2009.Fiche sur trombi.com..

Diplomate puis haut fonctionnaire D'abord affecté à l'ambassade de France à Port-Louis sur l'île Maurice, il est ensuite vice-consul auprès de l'ambassade de New Delhi en Inde. Il y acquiert une passion pour ce pays, ainsi que pour le Tibet, y retourne par la suite régulièrement et déclare vouloir, après sa retraite, totalement s'y consacrer. Il sert également dans les représentations françaises au Rwanda de Juvénal Habyarimana, en Ouganda alors dirigé par Idi Amin Dada et au Zaïre de Mobutu Sese Seko.

De retour en France métropolitaine, il reprend ses études en intégrant la promotion Henri François d'Aguesseau (1980-1982) de l'École nationale d'administration (ÉNA). Il y côtoie notamment Thierry Lataste, futur Haut-commissaire de la République, délégué du gouvernement en Nouvelle-Calédonie de 1999 à 2002. À sa sortie en 1982, il intègre la magistrature administrative.

D'abord en poste à La Réunion, il est affecté à la Nouvelle-Calédonie où il arrive le . Il y a en effet été nommé par décret du président de la République daté du commissaire du gouvernement auprès du tribunal administratif de Nouméa qui vient juste d'être créé Ordonnance du 8 février 1985 réglementant la composition du Tribunal Administratif de Nouméa, JONC n°6338, 05/03/1985, p. 269..

Il arrive alors dans un contexte d'affrontements violents, politiques et ethniques, opposant les indépendantistes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) menés par Jean-Marie Tjibaou aux anti-indépendantistes du Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) de Jacques Lafleur. En effet, le , à la suite de la mort du dirigeant indépendantiste radical Éloi Machoro, tué d'une balle dans la poitrine par un membre du GIGN avec un autre militant indépendantiste, Marcel Nonnaro, dans une ferme de La Foa qu'ils occupaient, l'état d'urgence est déclaré et le couvre-feu installé en Nouvelle-Calédonie. Il déclare plus tard au sujet de cette époque : « Je pensais repartir au bout de trois ans et réintégrer la diplomatie. Mais à partir de 1988, j’ai voulu participer au processus original qui s’engageait », à savoir celui mis en place par les accords de Matignon-Oudinot qui rétablissent le calme sur le Territoire après près de quatre ans d'instabilité.

Collaborateur de Jacques Lafleur, Jean Lèques puis Pierre Frogier C'est par l'intermédiaire de Marie-Noëlle Thémereau, directrice du service des études, de la législation et du contentieux puis de celui des finances du Territoire de 1986 à 1988 et future femme politique, qu'il entre en contact avec les dirigeants du RPCR, Pierre Frogier (associé de Marie-Noëlle Thémereau à la tête d'une agence immobilière à partir de 1988) et surtout le chef du parti anti-indépendantiste Jacques Lafleur. Après sa victoire aux premières élections provinciales, le , et son accession à la présidence de l'Assemblée de la Province Sud (la plus peuplée et la plus riche du Territoire), ce dernier nomme Bernard Deladrière comme secrétaire général de cette nouvelle collectivité le Arrêté n° 02-89/PPS du 31 juillet 1989 relatif à la nomination du Secrétaire Général de la Province Sud, JONC n°6648, 16/08/1989, p. 1750..

Le , l'Assemblée de la Province Sud décide de se doter d'une société anonyme d'économie mixte (SAEM) pour gérer ses participations dans diverses entreprises et projets économiques, la Société de financement et de développement de la province Sud ou Promo-Sud. Lors de sa première réunion, le , le conseil d'administration de la société élit Bernard Deladrière comme président Examen de la gestion de la SEM Promosud - Exercices 1992 à 1996, Cour des comptes, LOD n°99/01, 03/08/1999.. Il dispose alors d'un rôle de premier plan dans la politique de développement économique et surtout touristique de la Province à cette époque, avec surtout en février 1995, l'inauguration du premier hôtel cinq étoiles de l'archipel, appartenant à la chaîne Le Méridien et agrémenté d'un casino, situé à la pointe Magnin à Nouméa et géré par sa filiale, la Société des Hôtels de Nouméa (dont Promosud détient 33,9 % du capital, Jacques Lafleur y ayant fait également participé les deux autres provinces et plusieurs organismes publics ou privés) Examen de la gestion exercices 1989 à 1996 de la Province Sud, Cour des comptes, 03/06/1998.. Il est suivi en 1998 par un autre Méridien de luxe à la baie d'Oro sur l'île des Pins Fiche Tourisme - Hôtellerie, site de l'ISEE.. Promosud prend en charge aussi l'aménagement, dans le quartier de Tina à l'est de Nouméa, entre 1992 et 1994, d'un golf dont les neuf premiers trous ont été inaugurés le Examen de gestion, de 1991 à 2000, de la SEM Tina, Cour des Comptes, 11/12/2001. pour une mise en service totale en 1997.

Il laisse le secrétariat général pour celui de directeur de cabinet de Jacques Lafleur à la présidence de la Province Sud le Arrêté n° 27-96/VP1 du 11 juillet 1996 portant délégation de signature au Directeur du Cabinet du Président de l'Assemblée de la Province Sud, JONC n°7157, 16/07/1996, p. 2698.. Il est ainsi l'un des acteurs principaux de la négociation de l'Accord de Nouméa, et est l'un de ses signataires pour le RPCR (aux côtés de Jacques Lafleur, Pierre Frogier, Simon Loueckhote, Harold Martin et Jean Lèques) le Accord sur la Nouvelle-Calédonie signé à Nouméa le 5 mai 1998, JORF n°121, 27/05/1998, p. 8039.. Lors de la phase d'élaboration du nouveau statut, il a notamment défendu la création d'un exécutif collégial élu, l'importance du poids des provinces et une autonomie importante au sein de la République avec un système de « souveraineté partagée ». Il présente notamment sa vision dans la contribution 14, intitulée « L'évolution dans le cadre de territoire d'outre-mer », du colloque organisé par le Centre de recherches et d'études administratives de la faculté de droit de l'Université Montpellier 1 les 14 et repris dans l'ouvrage L’Avenir statutaire de la Nouvelle-Calédonie. L’évolution des liens de la France avec ses collectivités périphériquesR. BERTRAM, P. DE DECKKER, Gouverner la Nouvelle-Calédonie: l'accord de Nouméa à l'épreuve de son premier gouvernement, éd. L'Harmattan, coll. « Mondes océaniens », 2009, p. 36.. Il est également très présent lors de la campagne de son parti pour le « oui » au référendum local de ratification de l'accord du et est généralement membre des délégations du RPCR puis Rassemblement-UMP et enfin Rassemblement aux Comités des signataires tenus régulièrement à Paris.

Après la mise en place des nouvelles institutions, il devient le secrétaire général du premier gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, présidé par le maire de Nouméa Jean Lèques, du Arrêté n° 99-01 du 28 mai 1999 portant nomination du Secrétaire Général du Gouvernement de Nouvelle-Calédonie, JONC n° 7383, 31/05/1999, p. 2963. au . Il préside ainsi à la mise en place de la nouvelle administration territoriale. Après la formation du deuxième gouvernement et le remplacement de Jean Lèques par Pierre Frogier, ce dernier prend Bernard Deladrière comme directeur de cabinet à compter du Arrêté n° 2001-1433/GNC du 22 mai 2001 portant nomination du directeur de cabinet de la présidence du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, JONC n°7547, 22/05/2001, p. 2362. et cela jusqu'à la défaite du RPCR (devenu entretemps le Rassemblement-UMP) aux élections provinciales du .

Il reste par la suite un proche collaborateur de Pierre Frogier au point d'être considéré comme son « éminence grise ». Il est son conseiller particulier dans le gouvernement de Marie-Noëlle Thémereau (Avenir ensemble) dont Frogier est le membre chargé du Commerce extérieur, du suivi des Questions relatives aux Relations extérieures et aux Relations avec l'Union européenne. Après son accession à la présidence du Rassemblement-UMP en juillet 2005, il en fait l'un de ses lieutenants pour la réorganisation du parti. Il confie notamment à Bernard Deladrière la direction de la commission électorale chargée notamment d'organiser les « primaires » pour le choix des candidats aux élections législatives de 2007« Le Rassemblement prépare les législatives », Les Nouvelles Calédoniennes, 09/06/2006.. De même, lorsque Pierre Frogier devient président du Congrès de la Nouvelle-Calédonie le , il reprend Bernard Deladrière comme directeur de cabinet.

En 2011, après son départ du gouvernement, il redevient le directeur de cabinet de Pierre Frogier à la présidence de l'Assemblée de la Province Sud, et reste à ce poste auprès de Cynthia Ligeard à partir de 2012 jusqu'aux provinciales de 2014. En 2013, il devient le président du Comité pour le projet institutionnel du Rassemblement-UMP, nouvelle instance de l'organisation du parti composée, outre lui-même, de treize personnes et chargée d'élaborer un « projet institutionnel consensuel pour l'après accord de Nouméa ».

Premiers mandats électifs et membre du gouvernement Fonctions municipales

Bernard Deladrière n'a jamais été présent sur une liste aux élections provinciales.

Il obtient son premier mandat électif en 1995 en étant élu conseiller municipal de Nouméa sur la liste menée par le maire sortant RPCR Jean Lèques, reconduite dès le premier tour. Il est alors adjoint au maire, chargé des affaires sociales, jusqu'en 2001. Il n'est pas candidat aux élections de 2001.

Aux municipales de 2008, il est cette fois-ci présent en sur la liste Rassemblement-UMP au Mont-Dore, deuxième commune du Territoire en nombre d'habitants, composante de l'agglomération du Grand Nouméa et fief électoral de Pierre Frogier qui en fut le maire de 1989 à 2001. Menée par le maire sortant Éric Gay, elle obtient la victoire au premier tour le avec 55,96 % des voix et 28 conseillers sur 35Résultats des élections municipales de 2008 au Mont-Dore, Les Nouvelles Calédoniennes.. Élu, Bernard Deladrière obtient le poste de chargé du Budget, des Finances, du Patrimoine et du Contrat d’agglomérationPrésentation du Conseil municipal du Mont-Dore sur son site officiel..

Membre du Gouvernement