L'élection présidentielle tunisienne de 2009, la neuvième à se tenir en Tunisie, est organisée le ; les électeurs résidents à l'étranger votent du au Décret portant convocation du corps électoral pour l'élection du président de la République et des membres de la Chambre des députés, Journal officiel de la République tunisienne, n°55, 10 juillet 2009, p. 1851..

Le journaliste Abdelaziz Barrouhi estime en que « compte tenu du rapport des forces sur l'échiquier politique tunisien et de l'enracinement du Rassemblement constitutionnel démocratique [parti au pouvoir], le seul parti de masse du pays, le président devrait être réélu haut la main »Abdelaziz Barrouhi, « Présidentielle 2009, les grandes manœuvres », Jeune Afrique, 9 mars 2008.. Au terme du scrutin, le président Zine el-Abidine Ben Ali est en effet réélu avec 89,62 % des voix, contre 5,01 % pour Mohamed Bouchiha, 3,80 % pour Ahmed Inoubli et 1,57 % pour Ahmed Brahim. La participation se monte officiellement à 89,40 %.

Cette élection présidentielle est la dernière sous le régime de Ben Ali.

Candidats annoncés et possibles Rassemblement constitutionnel démocratique

gauche|vignette|Portrait du président Ben Ali, candidat à sa succession.

Le RCD est en précampagne depuis . Le comité central du RCD exhorte dès le président sortant Ben Ali à se présenter comme candidat à un nouveau mandat et lui a renouvelé cet appel le , lors d'une ultime réunion du comité central sortant« Tunisie : Ben Ali candidat pour un cinquième mandat à la présidence en 2009 », Agence France-Presse, 30 juillet 2008.. Un nombre important d'autres structures et organisations le poussent également à se présenterEn voici une première liste non exhaustive sur « Les structures du RCD et les composantes de la société civile exhortent le Président Ben Ali à se porter candidat », Le Renouveau, 30 juillet 2008.. Les syndicats de l'Union générale tunisienne du travail, l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche et l'Union nationale de la femme tunisienne ont apporté leur soutien à cette candidature« Soutien à la candidature du Président Ben Ali à l'élection présidentielle de 2009 », La Presse de Tunisie, 17 juillet 2009., tout comme l'Organisation tunisienne de l'éducation et de la famille« L'Otef soutient la candidature de Ben Ali à l'élection présidentielle de 2009 », La Presse de Tunisie, août 2009., l'Union nationale des aveugles de Tunisie« Soutien réitéré de l'Unat à la candidature du Président Ben Ali à l'élection de 2009 », La Presse de Tunisie, 19 juillet 2009., l'Association tunisienne des mères, présidée par Saïda Agrebi« Multiples programmes de soutien à la candidature du Président Ben Ali », La Presse de Tunisie, 28 juillet 2009., l'Association tunisienne pour les droits de l'enfant« L'Association tunisienne pour les droits de l'enfant appuie la candidature du Président Ben Ali pour les prochaines élections », Info Tunisie, 25 août 2009., l'Union tunisienne des organisations des jeunes, l'Organisation tunisienne de l'équilibre familial, l'Association tunisienne des directeurs de journaux« L'ATDJ réitère son soutien au Président Ben Ali », Info Tunisie, 29 août 2009. et la section de Tunis de l'Union tunisienne d'aide aux insuffisants mentaux« Présidentielle 2009 : une saine émulation politique », Info Tunisie, 27 août 2009.. Le comité national de la campagne électorale de Ben Ali comprend trente membres dont quatre chefs d'entreprises et dix membres du gouvernementLa liste de ses membres est sur « Tunisie : Trois nouveaux noms dans le comité de la campagne électorale de Ben Ali », Business News, 4 août 2009..

Lors du cinquième congrès du RCD, organisé au Kram, le , Ben Ali annonce sa candidature pour un cinquième mandat de cinq ans. Cette candidature est rendue possible par la réforme constitutionnelle approuvée par le référendum du 26 mai 2002, qui a notamment supprimé la limite des mandats présidentiels successifs.

Parti démocrate progressiste Le premier candidat déclaré à cette élection est Ahmed Néjib Chebbi, fondateur du Parti démocrate progressiste (PDP), qui l'annonce dès le « Tunisie : Ben Ali va assouplir les conditions de candidature à la présidence », Agence France-Presse, 22 mars 2008., tout en exigeant une réforme du Code électoral pour supprimer notamment la clause sur le parrainage des candidatsJamel Arfaoui, « Chebbi veut poursuivre la campagne présidentielle tunisienne », Magharebia, 28 juillet 2008. par au moins trente élus (députés et mairesAbdelaziz Barrouhi, « Qui face à Ben Ali en 2009 ? », Jeune Afrique, 10 août 2008.), condition que seul peut remplir le RCD doté d'une majorité écrasante au Parlement« Tunisie : Ben Ali devrait annoncer sa candidature pour un 5 mandat », Agence France-Presse, 30 juillet 2008.. Le , le parlement adopte un amendement constitutionnel exceptionnel qui supprime cette condition de parrainage« Tunisie : six candidats potentiels pour la présidentielle de 2009 », Associated Press, 31 octobre 2008.. Néanmoins, cet amendement voté avec cinq oppositions restreint « la possibilité de dépôt de candidature à la présidence de la République [uniquement au] premier responsable de chaque parti », ce qui écarte donc Chebbi, qui, en , avait cédé la présidence du parti à Maya Jribi. Rachid Khéchana, autre dirigeant du PDP, a déploré à l'AFP un « amendement [...] conçu sur mesure pour écarter notre candidat ».

Dans un communiqué rendu public le , Chebbi déclare que « la première conséquence de cette loi est la confiscation de mon droit à me présenter au prochain scrutin présidentiel, c'est une tentative visant à m'exclure de cette course, après que le PDP ait décidé de me nommer pour cette élection ». Une source gouvernementale assure, elle, que « les [nouvelles] dispositions exceptionnelles [...] ne sont pas venues « remettre en cause » la candidature de qui que ce soit », mais qu'elles « permettent plutôt aux partis politiques non représentés au parlement, comme le PDP, de présenter des candidats à ce scrutin même s'ils ne remplissent pas les conditions de parrainage requises par la constitution »« Les autorités tunisiennes accusent le PDP de vouloir « induire l'opinion en erreur » », Associated Press, 18 mars 2009.. Outre ceci, cet amendement réduit à 18 ans l'âge minimum des électeurs, qui était de 21 ans auparavant, permettant ainsi à plus de de participer aux électionsAbdelmajid Haouachi, « La jeunesse, les droits civiques et la participation », Réalités, 22 juin 2009..

Le comité central du PDP réuni les et décide par 39 voix contre 16 que la candidature de Chebbi était maintenueSamy Ghorbal, « Néjib Chebbi engage le bras de fer », Jeune Afrique, 16 novembre 2008, p. 54.« Tunisie : l'opposant Néjib Chebbi maintient sa candidature à la présidentielle », Presse canadienne, 10 novembre 2008.. Maya Jribi a par ailleurs annoncé qu'elle ne se présentera pas, par « respect du libre-choix », Jeune Afrique l'expliquant par le fait qu'« elle ne pourra le faire tant que son prédécesseur à ce poste [dirigeant du parti], Néjib Chebbi, s'obstinera à vouloir se présenter sans réunir les conditions d'éligibilité ». Jeune Afrique rapporte en outre qu'« une femme candidate à la présidence serait une première en Tunisie ». La candidature de Chebbi est en outre soutenue par un collectif de personnalités indépendantes, dont l'ancien bâtonnier Abdessattar Ben Moussa, l'avocat et opposant Ayachi Hammami et le militant des droits de l'homme Khemaïs Chammari« Tunisie : un dirigeant de l'opposition candidat à la présidentielle de 2009 », Associated Press, 13 février 2008..

Parti de l'unité populaire Dans une interview publiée par le quotidien tunisien Le Temps le , le secrétaire général du Parti de l'unité populaire, Mohamed Bouchiha, a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2009, devenant ainsi le premier dirigeant de l'opposition tunisienne habilité à se présenter à le faire« Tunisie : l'opposant Mohamed Bouchiha annonce sa candidature à l'élection présidentielle de 2009 », Xinhua, 2 septembre 2008.. Le Conseil central du parti, réuni du au à l'hôtel Le Diplomat de Tunis, afin de fêter le de la reconnaissance du parti, officialise cette candidature« 25ème anniversaire du PUP », Le Temps, 18 novembre 2008.« Tunisie : un opposant annonce sa candidature à la présidentielle de 2009 », Agence France-Presse, 29 novembre 2008..

Union démocratique unioniste Le bureau politique de l'Union démocratique unioniste, réuni le , a recommandé au Conseil national du parti d'approuver la candidature de son secrétaire général, Ahmed Inoubli, à la présidentielle de 2009Néjib Sassi, « Les élections de 2009 et leur importance pour l'avenir du pays », Le Temps, 27 octobre 2008.. Réuni les et à Hammamet, ce dernier le fait par 74 voix contre 4Néjib Sassi, « Présidentielle de 2009. Innoubli candidat », L'Expression, 24 novembre 2008..

Mouvement Ettajdid

vignette|Portrait du candidat Ahmed Brahim.

En , le bureau politique du mouvement Ettajdid présente Ahmed Brahim, le premier secrétaire, comme candidat « potentiel » à l'élection« Vie des partis et des organisations », Le Quotidien, 25 octobre 2008.. Brahim lui-même déclare qu'il serait certainement candidat à l'électionNéjib Sassi, « Bouchiha, Innoubli et Brahim candidats de l'opposition », Le Temps, 15 novembre 2008.. Il est officiellement investi candidat le sous la bannière de l'Initiative nationale pour la démocratie et le progrès formée de personnalités et de militants indépendants (comme l'ancien bâtonnier du barreau tunisien Abdessattar Ben Moussa et la féministe syndicaliste Wassila AyachiPage du site du Parti du travail patriotique et démocratique.), du Parti socialiste de gauche, du Parti du travail patriotique et démocratique (deux formations de gauche non reconnues) et du mouvement EttajdidNéjib Sassi, « Personne n'a intérêt à ce que les élections de 2009 soient une réédition des élections précédentes avec leur cortège d'arbitraire, de pressions et d'abus », Le Temps, 16 mars 2009..

À l'occasion d'une première réunion publique, il affirme qu'il s'engage « dans une véritable compétition pour s'opposer fermement, d'égal à égal, au candidat du pouvoir »« Ahmed Brahim, candidat de gauche pour une vraie compétition à la présidence », Agence France-Presse, 22 mars 2009.Traduction du discours d'Ahmed Brahim à l'espace El-Hamra de Tunis (Ettajdid.org)..

Forum démocratique pour le travail et les libertés Mustapha Ben Jaafar, secrétaire général du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL), crée un « coup de théâtre » lorsqu'il annonce sa candidature pour l'élection le Abdelaziz Barrouhi, « Ben Jaafar aussi », Jeune Afrique, 16 décembre 2008.. En effet, bien que dirigeant d'un parti récent qui n'a pas encore tenu de congrès électif, Ben Jaafar défend sa candidature lors d'un entretien avec Jeune Afrique, le : La loi dit qu'il faut être élu, et je le suis. Mes pairs du FDTL m'ont choisi en tant que numéro un du mouvement. Je suis donc habilité à me porter candidat à la candidature pour l'élection présidentielle de 2009 dans le strict respect de la loi.

Ben Jaafar appuie sa candidature sur une analyse de juristes portant sur l'amendement constitutionnel de Abdelaziz Barrouhi, « Candidature, mode d'emploi », Jeune Afrique, 16 décembre 2008..

Mais Zouheir M'dhaffer, ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Fonction publique et du Développement administratif et ancien président du Conseil constitutionnel, insiste sur le fait que « le dirigeant d'un parti qui se présente à la présidentielle doit être élu par un congrès, et non par l'instance fondatrice de son mouvement »Abdelaziz Barrouhi, « Ben Jaafar, le cinquième homme », Jeune Afrique, 2 mai 2009.. Néanmoins, Ben Jaafar rappelle que « ni la constitution, ni le Code électoral, ni la loi sur les partis ne font état d'une telle exigence » et que celle-ci dépend du règlement intérieur des partis.