Le président de la République tunisienne () est le chef d'État en Tunisie depuis l'instauration de la fonction le . À ce titre, il dirige le pouvoir exécutif avec un gouvernement présidé par le chef du gouvernement. Selon l'article 87 de la Constitution républicaine du , il assure également le haut commandement des forces armées. Il est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans, renouvelable une seule fois.
Depuis le , Kaïs Saïed exerce la présidence.
Origine Le premier parti nationaliste, le Destour, fondé en 1920. souhaitait déjà la promulgation d'une constitution qui consacre la souveraineté populaire et les principes d'un pouvoir démocratique sans toucher au principe de la monarchie. Tout comme le Néo-Destour qui fait scission en 1934 sous la direction de Habib Bourguiba, il continue d'exprimer son allégeance au régime en place.. Le congrès du Néo-Destour tenu à Sfax du au . estime : Il est nécessaire de procéder d'urgence à des élections générales démocratiques pour les municipalités et pour une assemblée constituante qui sera chargée d'établir une constitution définissant le régime gouvernemental du pays sur la base de la monarchie constitutionnelle, étant entendu que le peuple seul est la source de la souveraineté qu'il exerce par l'intermédiaire d'un parlement composé d'une assemblée unique élue au suffrage universel et direct dans le respect du principe de la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.
À propos de la perception du régime par la population, Mohsen Toumi écrit : Parler de monarchie, d'ailleurs, est beaucoup dire. La dynastie husseinite et les familles de courtisans qui l'entouraient, d'origine turque comme elle (en fait des affranchis au service de l'Empire ottoman quasi exilés dans ses confins ouest) ne s'identifiaient aucunement au pays et le pays ne s'est jamais identifié à ces d'impôts qui n'hésitaient pas à faire appel aux armées étrangères pour réduire les séditions. Corrompus, décadents et incompétents, ils furent avec leurs proches à l'origine de la colonisation française et freinèrent tant qu'ils purent la marche vers l'indépendance.
Ce n'est donc que contraint que Lamine Bey signe le le décret appelant à l'élection de l'Assemblée constituante.. Aussitôt après l'indépendance et l'élection de l'Assemblée, le bureau politique du Néo-Destour réuni le force le souverain à charger Bourguiba de former le premier gouvernement de la Tunisie indépendante. Ce dernier prend alors une série de mesures comme la fin des privilèges de la famille husseinite (décret du ). ou l'administration du domaine privé de la liste civile du bey (budget annuel alloué aux dépenses de tous les membres de la famille beylicale) ainsi que du domaine de la couronne par un administrateur relevant du ministère des Finances. Charles Debbasch écrit à ce propos : Les dirigeants du Néo-Destour se sont progressivement rendu compte que l'existence du bey à la tête de l'État était une faille au principe d'unité. Peu à peu, les chefs du parti néo-destourien rognèrent toutes les prérogatives beylicales, à quoi sert alors le bey, qui au demeurant n'est pas néo-destourien ? C'est un élément hétérogène dans une structure homogène.
vignette|Cérémonie de proclamation de la république le .
À l'occasion du second anniversaire de son retour en Tunisie, le , Habib Bourguiba désire proclamer la République, mais la crise des rapports franco-tunisiens due à la suspension de l'aide financière de la France, ajourne l'événement. Le , le bureau politique du Néo-Destour annonce la convocation des députés de l'Assemblée constituante à une séance extraordinaire organisée le .. La séance débute à dans la salle du trône du palais du Bardo sous la présidence de Jellouli Farès et en présence du corps diplomatique.. Le Premier ministre Habib Bourguiba et les membres de son gouvernement, à l'exception de Béchir Ben Yahmed qui n'est pas parlementaire, siègent sur le banc des députés. Ouvrant la séance, Farès souligne que les députés sont appelés à se prononcer sur la forme du régime. Ahmed Ben Salah, vice-président de l'Assemblée, précise sa pensée en ces termes : L'État doit se libérer du joug hérité du passé, cela ne peut que consolider l'indépendance du pays et la souveraineté du peuple tunisien. Il n'y a aucun doute, nous serons aujourd'hui délivrés des séquelles de l'ancien régime. Il ne peut y avoir de souverain dans ce pays, et la volonté du peuple est sacrée. Notre génération a été élevée dans la doctrine du Néo-Destour, aspirant à la liberté, à la paix et à la prospérité. Nous devons jouir pleinement de notre souveraineté totale et sans partage. Lors de la lutte, nous avons déjà vécu un régime républicain, car à l'époque, il y avait deux Tunisie, l'une fictive, l'autre réelle. La République a déjà vécu en Tunisie sous l'illégalité ; nous devons aujourd'hui la légaliser. Ces propos sont confirmés par les interventions suivantes. À , Bourguiba commence un procès méthodique du règne des beys, accusant ces derniers de bassesse et de trahison. Il conclut finalement en appelant à la proclamation de la République : Le peuple tunisien a atteint un degré de maturité suffisant pour assumer la gestion de ses propres affaires. Je sais toute l'affection qu'il me porte. Certains ont pensé que je pourrais prendre en charge ses destinées. Mais j'ai un tel respect pour le peuple tunisien que je ne lui souhaite pas de maître et que le seul choix que je puisse lui indiquer est le choix de la République. Finalement, un vote à l'unanimité abolit un régime monarchique vieux de et instaure un régime républicain. qui s'appuie sur le seul Néo-Destour.. Les biens du bey sont alors confisqués et servent à régler la dette de l'État.. Bourguiba est immédiatement chargé des fonctions de président dans l'attente de la rédaction de la Constitution qui confirme deux ans plus tard la nature présidentielle du nouveau régime.
Élection
Le président de la République tunisienne est élu pour un mandat de cinq ans au suffrage universel, libre, direct et secret, au cours des derniers soixante jours du mandat présidentiel. L'article 74 de la Constitution établit que la candidature à la présidence de la République est un droit pour tout électeur, âgé d'au minimum , de nationalité tunisienne et de confession musulmane.. L'article précise que, s'il est titulaire d'une autre nationalité, il doit présenter un engagement selon lequel il renonce à celle-ci s'il est élu.
Le mode de scrutin utilisé est uninominal majoritaire à deux tours. L'article 75 indique que si la majorité absolue des suffrages exprimés n'est pas obtenue au premier tour du scrutin, un second tour est organisé dans les deux semaines qui suivent l'annonce des résultats définitifs du premier tour. Les deux candidats ayant obtenu le plus grand nombre de voix au premier tour se présentent au second, et celui remportant le plus de voix est déclaré élu. Si l'un des candidats en ballotage meurt, il est procédé à un nouvel appel aux candidatures, avec de nouvelles dates pour les élections dans un délai ne dépassant pas ; cette disposition ne s'applique pas à la renonciation éventuelle de candidats. La Constitution précise également que personne ne peut occuper le poste de président de la République pendant plus de deux mandats complets, successifs ou séparés, et qu'en cas de démission, le mandat est considéré comme ayant été accompli en totalité.
Histoire électorale + Résultats des élections présidentielles depuis 1959 Élection Candidat Résultat Parti politique Habib Bourguiba 91 % Néo-Destour . Habib Bourguiba 96 % Parti socialiste destourien (PSD) . Habib Bourguiba 99,76 % PSD Proclamé président à vie par la Chambre des députés le 18 mars 1975, cette mesure est annulée le 25 juillet 1988 (après son éviction). Habib Bourguiba 99,85 % PSD Zine el-Abidine Ben Ali 99,27 % Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) 20 mars 1994 Zine el-Abidine Ben Ali 99,91 % avance le chiffre de 99,80 %. RCD 24 octobre 1999. Zine el-Abidine Ben Ali 99,45 % avance le chiffre de 99,44 % et Le Canard enchaîné n°4581 (« Carthage de ses artères », 13 août 2008, p. 8) celui de 99,40 %. RCD Mohamed Belhaj Amor 0,31 % Parti de l'unité populaire (PUP) Abderrahmane Tlili 0,23 % Union démocratique unioniste (UDU) 24 octobre 2004. Zine el-Abidine Ben Ali 94,49 % RCD Mohamed Bouchiha 3,78 % PUP Mohamed Ali Halouani 0,95 % Mouvement Ettajdid Mounir Béji 0,79 % Parti social-libéral (PSL) 25 octobre 2009. Zine el-Abidine Ben Ali 89,62 % RCD Mohamed Bouchiha 5,01 % PUP Ahmed Inoubli 3,80 % UDU Ahmed Brahim 1,57 % Mouvement Ettajdid 12 décembre 2011 (indirect) Moncef Marzouki 75,74 % Congrès pour la République (coalition de la troïka) 21 décembre 2014.. Béji Caïd Essebsi 55,68 % Nidaa Tounes Moncef Marzouki 44,32 % Congrès pour la République 13 octobre 2019. Kaïs Saïed 72,71 % Indépendant Nabil Karoui 27,29 % Au cœur de la Tunisie6 octobre 2024. Kaïs Saïed 90,69 % Indépendant Ayachi Zammel 7,35 % Azimoun Zouhair Maghzaoui 1,97 % Mouvement du peuple
Le ont lieu les premières élections présidentielle et législatives.. Par la suite, les deux scrutins ont traditionnellement lieu le même jour, plus précisément un dimanche.
Dès le premier scrutin, Bourguiba qui bénéficie de l'aura du leader indépendantiste, est l'unique candidat incontesté. Il le reste jusqu'en 1974, son score ne cessant d'augmenter passant de 91 % en 1959 à 99,85 % en 1974. Ce n'est que le qu'un candidat autre que le président en place tente pour la première fois de se présenter contre lui. Chedly Zouiten, président de la Jeune chambre économique de Tunisie, annonce sa décision dans une déclaration à la presse pourtant suivie d'un communiqué des membres de son association dénonçant la décision de leur président. Comme attendu, sa candidature n'est pas retenue par la commission ad hoc. Ce scrutin sera le dernier puisque suivi l'année suivante par la proclamation de Bourguiba en tant que .
Il faut attendre vingt ans pour voir Moncef Marzouki, président sortant de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, projeter de se présenter contre Ben Ali en 1994. Il est le deuxième candidat à avoir tenté de se présenter contre un président sortant. Pourtant, il ne parvient pas à réunir le nombre nécessaire de signatures requises afin de participer à l'élection et sera même plus tard emprisonné. et interdit de passeport.. Face à ces blocages, il faut attendre les lois constitutionnelles votées , et dérogeant à l'article 40 de la Constitution, à l'occasion des élections de 1999, 2004 et 2009, pour que d'autres candidats puissent effectivement se présenter à la magistrature suprême.
Après la révolution ayant entraîné le départ de Ben Ali, l'Assemblée constituante élit le président de la République à bulletin secret, le , à la majorité absolue de ses membres. Dix candidats sont présentés mais, huit ne rassemblant pas les quinze signatures nécessaires et un autre ne remplissant pas l'âge requis, un seul remplit les conditions nécessaires à la candidature.. Moncef Marzouki est donc élu avec , trois contre, deux abstentions et blancs, succédant ainsi à Fouad Mebazaa qui assurait l'intérim..
Après l'adoption de la nouvelle Constitution, un scrutin est programmé le pour élire un nouveau président de la République.. Le , à l'issue du second tour, Béji Caïd Essebsi, ancien ministre sous Bourguiba et président de la Chambre des députés sous Ben Ali, est élu au second tour avec 55,68 % des votes, le président Marzouki recueillant 44,32 %. Il s'agit du premier président démocratiquement élu du pays..
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