L'électorat de Saxe (en ) était un État du Saint-Empire romain germanique qui joua un rôle majeur dans l'Histoire de l'Allemagne. Il est né du duché de Saxe-Wittemberg en 1356, lorsque la Bulle d’or, promulguée par l’empereur , confirma les ducs de la maison d'Ascanie au statut de princes-électeurs — faisant de cette maison l'une des sept principautés investies d'une fonction élective au trône impérial.
En 1423, après l'extinction de la branche ascanienne de Saxe-Wittemberg, le margrave , issu de la maison de Wettin, obtient la souveraineté sur l'électorat. Sous le règne des Wettin, la dignité électorale s'étend également sur les territoires de Misnie et de Thuringe. Toutefois, en 1485, l'accord de Leipzig crée la séparation entre les branches ernestine et albertine, et la partition des territoires saxons, qui affaiblit clairement la position de l'électorat, notamment en tant que leader du protestantisme rivalisant avec les margraves de Brandebourg. Après la guerre de Smalkalde et la capitulation de Wittemberg (1547), la dignité électorale passa définitivement au duc Maurice de Saxe et à ses descendants de la branche albertine ; il ne restait à la branche ernestine que le duché de Saxe.
L'électorat disparaît lors de la dissolution du Saint-Empire en 1806 ; le dernier électeur, , allié à , devient roi de Saxe.
Géographie
Les domaines de électeurs de Saxe s'étendaient sur de grandes parties de l'Allemagne centrale actuelle (l'État libre de Saxe ainsi que les zones adjacentes de Saxe-Anhalt et de Thuringe) le long du fleuve Elbe. Ses frontières ne sont pas définies par des limites naturelles et sont constamment soumises à des changements. L'ancien duché de Saxe-Wittemberg, constituant le cœur historique de l'électorat, ne comprend qu'une zone relativement limitée, située à la limite orientale de la Saxe médiévale ; lors de l'acquisition de la dignité électorale par les margraves de Misnie en 1423, ce territoire est considérablement élargi vers le Sud, jusqu'à la région du Vogtland et au massif gréseux de l'Elbe. Après la capitulation de Wittemberg en 1547, les duchés ernestines en Thuringe furent irrémédiablement perdus.
Vers 1550, les États suivants sont frontaliers de l'électorat :
Les États voisins changent durant les siècles d'existence de l'électorat ; au sein du territoire saxon, il existait également quelques enclaves. Par le traité de Dresde, en 1635, les électeurs de Saxe ont obtenu la suprématie sur les Lusaces, terres de la couronne de Bohême ; leur emprise s'étendait alors jusqu'aux duchés de Silésie à l'Est.
Liste des électeurs de Saxe
Maison d'Ascanie
1356-1370 : , fils de ; 1370-1388 : Venceslas, son frère ; 1388-1419 : , son fils ; 1419-1422 : , son frère.
Maison de Wettin
1423-1428 : ; 1428-1464 : , son fils.
Électeurs ernestins
1464-1486 : Ernest 1486-1525 : , son fils 1525-1532 : , son frère 1532-1547 : , son fils
Électeurs albertins
1547-1553 : Maurice 1553-1586 : , son frère 1586-1591 : , son fils 1591-1611 : , son fils 1611-1656 : , son frère 1656-1680 : , son fils 1680-1691 : , son fils 1691-1694 : , son fils 1694-1733 : , son frère, roi de Pologne et grand-duc de Lituanie sous le nom d’ (1697-1704 et 1709-1733) 1733-1763 : , son fils, roi de Pologne et grand-duc de Lituanie sous le nom d’ (1734-1763) 1763-1763 : , son fils 1763-1768 : François-Xavier, son frère 1768-1806 : , son fils, devient roi de Saxe en 1806
Histoire
Formation Après la dissolution du duché de Saxe médiéval, le nom de Saxe fut d'abord appliqué à une petite partie du duché située sur l'Elbe autour de la ville de Wittemberg. Ce territoire fut donné à Bernhard, le second fils d' qui était le fondateur du margraviat de Brandebourg duquel sera issu le royaume de Prusse. Le fils de Bernhard, de Saxe, ajouta à ce territoire la seigneurie de Lauenbourg et les fils d' de Saxe, de Saxe et , divisèrent ce territoire en duché de Saxe-Wittemberg et en duché de Saxe-Lauenbourg.
En 1356, lorsque l'empereur promulgua la Bulle d'or, la loi fondamentale qui établissait les méthodes d'élection de l'empereur, le duché de Saxe-Wittemberg fut désigné comme l'un des sept électorats. Le duc reçut donc le droit, avec six autres électeurs, d'élire le roi de Germanie, futur empereur du Saint-Empire romain germanique. De ce fait, l'électorat de Saxe, bien que de petite taille, avait une position influente. À la dignité électorale était liée l'obligation de la primogéniture, c'est-à-dire le droit du seul fils aîné de succéder au souverain. Cela évitait la division du territoire des électorats entre plusieurs héritiers et prévenait ainsi la désintégration du pays. L'importance de cette disposition est prouvée a contrario par l'histoire de la plupart des principautés allemandes qui n'étaient pas des électorats.
La branche de Saxe-Wittemberg de la maison d'Ascanie s'éteint en 1422, après quoi l'empereur Sigismond donne le pays et la dignité électorale au margrave de Misnie , un membre de la maison de Wettin. La Marche de Misnie avait été fondée par l'empereur et était devenue propriété de la maison de Wettin en 1089, qui possédait aussi le landgraviat de Thuringe depuis 1247. Ainsi, en 1422, la Saxe-Wittemberg et le Margraviat de Misnie et de Thuringe furent unis sous un même souverain et le territoire unifié reçut progressivement le nom de Saxe. Frédéric mourut en 1464 et ses deux fils divisèrent son territoire à Leipzig le , provoquant la séparation de la maison de Wettin entre les branches ernestine et albertine. Le duc Ernest, fondateur de la branche ernestine, reçut la Saxe-Wittemberg et la dignité électorale qui lui était attachée ainsi que le landgraviat de Thuringe; le duc , le fondateur de la branche albertine, reçut le margraviat de Meissen.
La Réforme La Réforme protestante du est permise par la protection des prince-électeurs de Saxe. En 1502, établit une université à Wittemberg où Martin Luther est nommé professeur de théologie en 1508. À la même époque, il devint l'un des prédicateurs attachés à l'église du château de Wittemberg. Le , il afficha contre la porte de cette église les 95 thèses contre la vente d'indulgences et contre d'autres pratiques catholiques, marquant ainsi le début de ce qui sera appelé la Réforme. Le prince-électeur ne devint pas immédiatement un adepte de ces thèses, mais donna sa protection à Luther. Le pape refusa de faire venir Luther à Rome en 1518 et le prince-électeur lui délivra un sauf-conduit pour se rendre à la Diète de Worms en 1521. Lorsque Luther fut mis au ban de l'Empire à l'issue de la Diète de Worms, le prince-électeur le fit amener dans le château de Wartbourg, en Thuringe.
Les idées luthériennes se répandirent d'abord en Saxe. En 1525, à la mort de , son frère Jean, qui était déjà un luthérien zélé, lui succéda. Jean exerça une autorité complète sur l'Église, introduisit la confession luthérienne, ordonna la déposition de tous les prêtres qui avaient gardé la foi catholique et ordonna l'usage d'une nouvelle liturgie conçue par Luther. En 1531, il forma avec d'autres princes protestants la Ligue de Smalkalde pour le maintien de la doctrine protestante et pour une défense commune contre l'empereur Charles Quint, opposant à la Réforme. Le fils de Jean, Jean-Frédéric lui succéda et fut également l'un des leaders de la Ligue. En 1542, Jean-Frédéric s'empara de l'évêché de Naumbourg-Zeitz et pilla les possessions séculaires des diocèses de Meissen et de Hildesheim. La foi catholique fut supprimée par la force et les églises et les monastères furent dévalisés.
Jean-Frédéric fut défait et fait prisonnier par Charles Quint lors de la bataille de Muehlberg le . Dans la capitulation de Wittemberg, le , Jean-Frédéric fut forcé à céder la Saxe-Wittemberg et la dignité électorale au duc Maurice de Saxe de la branche albertine. Après la capitulation, la seule possession restant à la branche ernestine de la maison de Wettin fut la Thuringe qui, après des divisions répétées entre les héritiers, fut bientôt coupée en un grand nombre de petits duchés. Ces derniers étaient toujours en existence lors de la révolution allemande.
À la mort d' en 1500, chef de la branche albertine, son fils Georges lui succéda à la tête du margraviat de Misnie. Georges était un farouche opposant à la doctrine luthérienne et tenta d'influencer ses cousins, les princes-électeurs de Saxe-Wittemberg. Son frère Henri, qui lui succéda en 1539, était, lui, protestant et le margraviat de Misnie devint lui aussi réformé. Le fils et successeur d'Henri, Maurice, bien que protestant zélé, s'allia à l'empereur contre les membres de la Ligue de Smalkalde pour accroître ses possessions territoriales. À la suite de la défaite des protestants et comme mentionné plus haut, la capitulation de Wittemberg lui donna l'électorat de Saxe, réunissant à nouveau la Saxe-Wittemberg et le margraviat de Misnie. Frustré de ne pas avoir reçu l'ensemble des possessions de la branche albertine et souhaitant placer un protestant à la tête de l'Empire, Maurice s'éloigna de l'empereur. Il signa un traité avec la France en 1551 qui lui donnerait les Trois-Évêchés de Metz, Toul et Verdun et participa ainsi à la conspiration des princes contre l'empereur, qui n'échappa que de peu à la capture. La même année, l'empereur fut obligé, par le traité de Passau d'accorder la liberté de religion aux États protestants. Maurice mourut en 1553 à l'âge de 32 ans.
Son frère et successeur, Auguste, s'empara progressivement des diocèses de Mersebourg, Naumbourg et Misnie. Le dernier évêque de Mersebourg, Michael Helding, mourut à Vienne en 1561. L'empereur demanda alors l'élection d'un nouvel évêque, mais Auguste imposa l'élection de son fils Alexandre, alors âgé de huit ans, comme administrateur. Lorsque Alexandre mourut en 1565, Auguste administra le diocèse lui-même. De la même manière, il confisqua le diocèse de Naumbourg en 1564 après la mort du dernier évêque. Les chanoines des cathédrales de ces évêchés, qui étaient encore catholiques, ne purent le rester que pendant dix ans. En 1581, Jean de Haugwitz, le dernier évêque de Misnie, démissionna et se convertit au protestantisme six ans plus tard. Les domaines de l'évêché furent là aussi confisqués par le prince-électeur.
Durant les règnes des princes-électeurs Auguste (mort en 1586) et Christian (mort en 1591), une forme plus libre de protestantisme, appelée cryptocalvinisme, prévalut dans le pays. Pendant le règne de , le chancelier, Crell, qui avait diffusé cette doctrine, fut destitué et décapité en 1601. Un luthéranisme rigide fut réintroduit et, avec lui, un serment religieux.
Guerre de Trente Ans
La guerre de Trente Ans (1618-1648) eut lieu pendant le règne du prince-électeur . Durant ces évènements, le prince-électeur resta d'abord neutre. La position géographique de l'électorat de Saxe la condamnait pourtant à être impliquée dans la guerre. En tant que seigneur de l'État protestant le plus puissant, Jean-Georges était prédestiné à diriger les États protestants.
et son gouvernement se tinrent toutefois à la traditionnelle politique d'équilibre de la Saxe. Cette politique visait à maintenir le statu quo par rapport à la paix d'Augsbourg de 1555 qui avait établi la règle cujus regio, ejus religio (tel prince, telle religion). La Saxe luthérienne refusa ainsi catégoriquement de nouer des relations plus étroites avec les calvinistes menés par l'électeur palatin et ne souhaita pas soutenir la puissance grandissante de l'électeur de Brandebourg. L'empereur et les Habsbourg approuvaient pleinement la politique de .
Ne voulant pas s'opposer au Habsbourg , refusa en 1619 de se porter candidat à la couronne de Bohême qui lui était proposée par le chef des États protestants de Bohême, Joachim Andreas von Schlick. La même année, il accepta d'élire le même à la tête du Saint-Empire, contrecarrant les plans des autres électeurs protestants.