Édouard Goerg, né Édouard Joseph Goerg à Sydney (Australie) le et mort à Callian (Var) le Notice d'autorité personne du catalogue général de la BNF., est un peintre, graveur et illustrateur expressionniste français.
Biographie Édouard Goerg est né en Australie. Il est le fils de Gustave Goerg, directeur des comptoirs familiaux du champagne Irroy en Australie et de Blanche Adet (mi-irlandaise, mi-bordelaise), qui voulaient y installer des comptoirs de champagne, issu donc d'une famille de négociants en champagnes. Édouard Goerg gagne ensuite leur comptoir en Grande-Bretagne où il demeure quelques années avant de s'installer à Paris en 1900. Dès lors, il voyage beaucoup en France comme en Italie, en Inde et à Ceylan.
Rompant avec sa famille bourgeoise qui le destinait à reprendre le négoce dans le champagne, Goerg s'oriente vers la peinture. Il devient l’élève de Paul Sérusier et Maurice Denis à l’académie Ranson à Paris où il étudie de 1913 à 1914Henri Danesi, « Édouard Goerg », Comité des travaux historiques et scientifiques (École nationale des chartes), 2018.. Il y rencontre le peintre bordelais Georges Préveraud de Sonneville (1889-1978) avec lequel il se lie d'amitié, puis il suit l’enseignement d'Antoine BourdelleLydia Harambourg, « Édouard Goerg : une œuvre miroir d’une vie (1893-1969) », chronique sur Canal Académie, 27 janvier 2013.. Son admiration se porte alors essentiellement vers Francisco Goya, Honoré Daumier et Georges Rouault.
Goerg est mobilisé durant la Première Guerre mondiale, et ce jusqu’en 1919. Il est envoyé sur le front de l'Ouest, puis est affecté dans les régions orientales du front et découvre ainsi la Grèce, la Turquie et la Serbie. L’expérience dramatique de la guerre va fortement influencer la nature de son œuvre dans les vingt années suivantes, avec notamment Ainsi va le monde sous l’œil de la police, un manifeste anti-guerre.
Démobilisé, Édouard Goerg retourne en 1919 à l'académie Ranson et y fait la connaissance d'Andrée Berolzheimer qu'il épouse en 1920Philippe Maréchaux, « Édouard Goerg - Biographie », Catalogue de la vente Édouard Goerg, Baron Ribeyre et Associés, Hôtel Drouot, Paris, 27 mars 2017.. Le conflit qui l'oppose longtemps à son père jusqu'à la mort de celui-ci, en 1929, oriente sa peinture vers une critique de la société bourgeoise et de ses mœurs hypocrites. À partir de 1920, il devient l'une des figures majeures de l’expressionnisme français, son œuvre se caractérisant par des couleurs profondes, des compositions étranges et des thèmes à contenu social (religion, cirque). Toute une période de son œuvre le rapproche également du surréalisme, notamment ses travaux dans le domaine de la lithographie. En tant qu'illustrateur, il réalise de nombreux livres de bibliophilie.
Dans l’entre-deux-guerres, son succès est manifeste. Il participe aux Ateliers d'art sacré avec son ancien maître Maurice Denis. En 1935, il rencontre Louis Aragon et contribue aux activités de l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires (A.E.A.R.)Nicole Racine, « La Querelle du Réalisme (1935-1936) », Sociétés et Représentations, n° 15, 2003, pages 113-131.. Il s'installe en 1938 au 11, rue Du Couédic.
Durant l’Occupation, Goerg est, avec André Fougeron et Édouard Pignon, l'un des trois dirigeants nationaux du Front national des arts. Il participe à l'album intitulé Vaincre, publié en au profit des FTP, réalisé avec notamment André Fougeron, Boris Taslitzky, Jean Aujame et Édouard Pignon.
À la même époque, il refuse de participer au voyage initié par Arno Breker que des artistes français (dont Charles Despiau) sont invités à effectuer dans le Reich pour y rencontrer Hitler. Son épouse Andrée, d’origine juive, doit se cacher avec leur fille Claude-Lise et meurt faute de pouvoir accéder aux soins. Goerg en ressent un profond traumatisme. Il est traité par électrochocs. Il se remarie en 1946.
Dans les années 1950, il enseigne la gravure à l’eau-forte aux Beaux-Arts de Paris et la peinture à l'académie de la Grande Chaumière; il aura notamment pour élève le peintre suisse Charles Pierre-Humbert.
Il devient président de la Société des peintres-graveurs français de 1945 à 1958Montmartre-Montparnasse Gallery, « Édouard Goerg ».. En 1965, il est élu membre de l'Académie des beaux-arts au fauteuil de Willem van Hasselt.
Sa seconde épouse l'encourage à peindre à nouveau. écrit Bernard Dorival Bernard Dorival, Les Peintres du du cubisme à l'abstraction, 1914-1957, éditions Pierre Tisné, 1957, pages 157-158.. De fait, la femme est un de ses thèmes de prédilection, qui revient en plusieurs périodes. La plus connue est celle des Femmes-fleurs à la discrète et sereine mélancolie.
Alors qu’il s’apprête à quitter sa femme, il meurt en « Mort du peintre Édouard Goerg », Le Monde, 15 avril 1969.. Sa mort de façon mystérieuse se complique de la disparition de tous ses écrits et mémoires qu'il tenait depuis 1912.
Il est inhumé dans le parc de son « château » à Callian, où son épouse, morte en , le rejoindra.
Élu le au fauteuil d'Édouard Goerg à l'Académie des beaux-arts, Jacques Despierre, dans son discours de réception, évoque l'œuvre de son prédécesseur en ces termes :
Œuvres Contributions bibliophiliques
Étienne Beaurouge, La Chanson du moteur, 4 gravures hors texte d'Édouard Goerg, 100 exemplaires numérotés sur papier Japon, Éditions de la Librairie Six, Paris, 1922. Ouvert la nuit, six planches gravées, chacune en 30 exemplaires numérotés, représentant les six nuits et destinées à illustrer l'ouvrage de Paul Morand ainsi titré (cette édition ne se réalisa pas), 1922. Jules Romains, Knock ou le Triomphe de la médecine, eau-forte originale d'Édouard Goerg, 290 exemplaires numérotés, René Van den Berg et Louis Enlart, 1924. Frédéric Boutet, , Tableau de l'au-delà, 14 eaux-fortes par Édouard Goerg, 347 exemplaires numérotés, , n° 7, 1927. Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (traduction de Gérard de Nerval), Aventures de la nuit de Saint-Sylvestre, 4 illustrations d'Édouard Goerg (aquarellées de la main de l'artiste dans certains exemplaires de tête), Éditions du Trianon, Paris, 1928. Paris, 1937, ouvrage collectif, 62 lithographies par 62 artistes, dont : Jean Cassou, Le Père-Lachaise, lithographies d'Édouard Goerg et Chériane, 500 exemplaires numérotés, Imprimerie Daragnès pour la ville de Paris, Exposition universelle de 1937. Pierre Ronsard, Joachim du Bellay, Louise Labé, Rémy Belleau, Étienne Jodellen Agrippa d'Aubigné, Gérard de Nerval, José Maria de Heredia, Sonnets d'amour, frontispice d'André Dunoyer de Segonzac, vignette de titre et bandeau de Robert Bonfils, eaux-fortes de Camille Berg, Michel Ciry, Luc-Albert Moreau, Jean-Gabriel Daragnès, Jean Frélaut, Maurice Savin, André Jacquemin, Demetrios Galanis, Henri Vergé-Sarrat, Jacques Boullaire, Roger Wild, Jean-Eugène Bersier, Hermine David, Marie Laurencin, Henry de Waroquier, Édouard Goerg, André Dignimont et Yves Brayer, 326 exemplaires numérotés, Compagnie française des arts graphiques, Paris, 1943. Vaincre, album enrichi de douze lithographies de Jean Aujame, Louis Berthomme Saint-André, André Fougeron, Édouard Goerg, Pierre Ladureau, Pierre-Paul Montagnac, Édouard Pignon, Boris Taslitzky et anonymes, trois cents exemplaires numérotés, édité par le Front national des arts au profit des F.T.P., Laurence Bertrand-Dorleac, L'album "Vivre", Musée de la Résistance. Saint-Jean, L'Apocalypse traduite selon le rythme par Paul-Louis Couchoud, 20 lithographies originales hors-texte par Édouard Goerg, 198 exemplaires numérotés, Jacques Haumont éditeur, Paris, 1945. Gabriel-Joseph Gros, Le Bouquet de la mariée, 30 lithographies, pointes sèches et eaux-fortes originales par Maurice Asselin, Michel Ciry, Jean-Joseph Crotti, Hermine David, René Demeurisse, André Derain, Othon Friesz, Édouard Goerg, Edmond Heuzé, Marie Laurencin, Robert Lotiron, André Marchand, Kostia Terechkovitch, Louis Touchagues…, 630 exemplaires numérotés, Marcel Sautier, Paris, 1945. Le Livre de Job, traduction du Père Dhorme, 33 eaux-fortes par Édouard Goerg, Éditions du Seuil, 1946. Guillaume Apollinaire (préface de Paul Léautaud, Il y a, 2 lithographies originales et 6 culs-de-lampe par Édouard Goerg, éditions Grégoire - Le Salon carré, 1947. Edgar Allan Poe, L'Ange du bizarre, suivi d'autres contes, 28 eaux-fortes originales d'Édouard Goerg, 275 exemplaires numérotés, Marcel Sautier, Paris, 1947. Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal - Spleen et idéal - Tableaux parisiens, 2 volumes, 2 frontispices et 269 lithographies originales d'Édouard Goerg, 210 exemplaires numérotés, Marcel Sautier, Paris, 1948Ivan Bernier (en collaboration avec Albert Legault), Les Illustrateurs de Baudelaire - 125 ans d'illustration baudelairienne.. Dante Alighieri, L'Enfer, 108 eaux-fortes originales d'Édouard Goerg, 2 volumes, 1950. Jean-Paul Sartre, La Nausée, éditions André Sauret, série du grand prix des Meilleurs romans du demi-siècle, 1950. Lewis Carroll (traduction de Bernard Citroën), Chiméra : deux contes photographiques (Un photographe à la campagne duivi de La légende de l'Écosse), frontispice d'Édouard Goerg, 11 eaux-fortes de Mario Avati, Les Impénitents, Paris, 1955. Pierre Lyautey et Raymond Cogniat, L'Histoire de France, 4 volumes illustrés par Paul Aïzpiri, Louis Berthomme Saint-André, Yves Brayer, Bernard Buffet, Christian Caillard, Roger Chapelain-Midy, Michel Ciry, Lucien Coutaud, André Dignimont, Lucien Fontanarosa, Michel de Gallard, Édouard Goerg, André Hambourg, Jean Jansem, Édouard Georges Mac-Avoy, André Minaux, Clément Serveau, Kostia Terechkovitch, Louis Touchagues, Pierre-Yves Trémois, Le Club du livre, Philippe Lebaud, 1963. François Mauriac, Le Sagouin, Galigaï, L'Agneau, frontispice de Bernard Buffet, Paris, éditions du Cercle du bibliophile, 1969. Franz Kafka, Le Procès, Paris, éditions Les Bibliophiles du Palais, 1967. William Beckford, Vathek, préface de Marc Chadourne, Paris, éditions du Cercle des amateurs de livres et d'art typographique, 1962.
Écrit Édouard Goerg, « La part du tragique », dans ouvrage collectif sous la direction de Gaston Diehl, Les problèmes de la peinture, Éditions Confluences, 1945.
Expositions Expositions personnelles
Expositions collectives
Collections Collections publiques Canada Québec, musée national des beaux-arts..
États-Unis Chicago, Art Institute of ChicagoArt Institute of Chicago, Édouard Goerg dans les collections.
France
Russie Saint-Petersbourg, musée de l'histoire de la Religion, L'Enfer de Dante Alighieri, eaux-fortes originales d'Édouard Goerg, 1950Ekaterina Teryukova, « Collecting and research in the Museum of history of religion », dans : sous la direction de Gretchen Buggeln, Crispin Paine et S. Brent Olate, Religion in museums - Global and multidisiplinary perspectives, Bloomsbury Academic, 2017, pages 147-154..
Suisse Genève, musée du Petit Palais.
Collections privées Oscar Ghez, Conciliabule, huile sur toile 73x92cm, 1928. Pierre Lévy Pierre Lévy, Des artistes et un collectionneur, Flammarion, 1976..
Réception critique et témoignages - René Barotte - Waldemar-George - Pierre Descargues Pierre Descargues, « Les bagarreurs de l'art figuratif - Les chefs de file de l'expressionnisme français », Connaissance des arts, juillet 1961. - Michel Ciry Michel Ciry, Le temps du refus - Journal 1968-69, Plon, 1971, page 215. - Les Muses, encyclopédie des arts - Pierre Mazars Pierre Mazars, « Un voyant, Goerg », Histoire et petites histoires de l'art, Grasset, 1978. - Gérald Schurr Gérald Schurr, Le Guidargus de la peinture, Les Éditions de l'Amateur, 1996, pages 370-371. - Jacques Busse<ref name="BEN"> Jacques Busse, Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, vol.6, pages 242-243.</ref> - Michel Charzat Michel Charzat, La Jeune Peinture française, 1910-1940, une époque, un art de vivre, Hazan, 2010.
Distinctions Décorations Chevalier de la Légion d'honneur. Commandeur dans l'Ordre des Arts et des Lettres.