Aviazione e Marina est une revue italienne consacrée à l’aviation et à la marine, publiée par Interconair entre 1961 et 1981.
Généralités
Aviazione e Marina constitue la revue sinon la meilleure du point de vue de la qualité du moins la plus importante de toutes les revues traitant d’aviation et de marine militaire, de stratégie et d’histoire publiée en Italie durant les années 1960 et 1970. Elle inspira en particulier Armies & Weapons ainsi que Aviation & Marine International qui apparaît comme son prolongement international. Comme cette dernière, Aviazione e Marina a cessé de paraître en 1981.
Historique
La naissance du magazine
La revue Aviazione e Marina fait son apparition en kiosque en 1961. Le périodique, qui est enregistré à Gênes le , fait l’objet d’un numéro 0 de 4 pages seulement comprenant 25 photographies avant d’être imprimé pour son premier numéro à 500 exemplaires par Fratelli Pagano Tipografi Editori S.A.S. et mise en vente à 100 exemplaires.
D’emblée, elle apparaît assez différente, dans le format et dans le contenu éditorial, des revues italiennes du moment telle que Ali Nuove. Aviazione e Marina devient le premier magazine italien de l’après-seconde-guerre mondiale à être consacré simultanément aux secteurs aéronautiques et naval tant sur le plan militaire que civil. Il n’évoquait pas, par contre, les aspects sportifs ou divertissant de l’aéronautique tel que le vol à voile ou le modélisme.
Sa présentation, dont le titre est Interconair Aviazione e Marina, apparaît originale malgré le fait qu'il rappelle celui du magazine suisse Interavia qui était, à l'époque, une référence au niveau international.
Destinée principalement à la communauté de langue italienne, le périodique se présente initialement sous la forme d’une revue bimestrielle bilingue au format de poche 17 x 24 cm avec le texte des articles et la légende des photographies en italien et en anglais.
Selon ses premiers éditoriaux, elle doit son titre Interconair Aviazione e Marina de la contraction de International Conference of Naval and Air enthusiasts, la Conférence internationale d’enthousiastes de la marine et de l’air. Elle est présentée comme le bulletin périodique d’une association internationale d'experts nouvellement formée chargée d’un travail d'étude et de recherche concernant les domaines de l’aéronautique et de la marine. La dite association est dirigée par un comité central présidé par le journaliste hollandais Cor J. Meijer, dépendant pour la partie financière de la société suisse Interconair AG enregistrée à Zug, en Suisse. Elle était conçue et imprimée en Italie par des membres de la section italienne de l’association dont Gabriella Caffarata, Romolo Cichero, Carlo Luisi, Mario Lunardi, Ermanno Martino, Giorgio Mezzano. Aucun d’entre eux n’était alors inscrit à l'ordre de l'U.G.A.I. (Union des Journalistes Aéronautiques Italiens). Le siège de la rédaction est situé au 7, via Pozzo, à Gênes.
Une indépendance farouche
Selon les mêmes éditoriaux, la revue prétend vouloir travailler au seul service de ses lecteurs, en toute autonomie financière, indépendamment des organismes ministériels et de l’industrie afin d’exprimer ses propres opinions sur les problématiques de ces secteurs. Elle fait souffler un vent nouveau par rapport aux publications de l’époque dont on reproche le manque d’esprit critique et la connivence avec les milieux civils aéronautiques et militaires.
Par la suite, une organisation complexe est mise sur pied avec d’une part l’éditeur Interconair AG Zug, l'association internationale d'experts ainsi que la revue, le tout formant Interconair System International basée au 18 Elsässerstrasse à Bâle, donnant ainsi à Interconair la connotation d'un magazine étranger, bien que conçu, formaté et imprimé en Italie par des Italiens.
L’association compte parmi ses membres le journaliste britannique Brian Walters, président, ainsi que Romolo Cichero, secrétaire général, qui en fait apparaît comme le véritable propriétaire du titre Aviazione e Marina et son directeur de la publication. Les autres collaborateurs italiens ont pour nom G. Mezzano, Mario Lunardi, Ermanno Martino, A. Gigante, Tullio Marcon, E. Castellano, W.J. Acquarone, E. Manzoni, M. Bocchiardi, F. Lombardi, A. Borgiotti, M. Calcidese, Carlo D'Agostino, G.C. Del Nevo, E. Di Marino, G.C. Pesce, Sergio Mecchia, G.C. Pericoli, G. PiniAviazione e Marina, n° 23, janv.-fév. 1965.
Romolo Cichero base la gestion de son titre sur une mise à jour permanente de la présentation graphique, dont la couverture a bien présenté 7 différentes formes allant de celle des premiers numéros, avec le terme Interconair en gros caractères et Aviazione e Marina en petits caractères jusqu’à l’apparition de l’adjectif International. Pas moins de 5 formats sont adoptés tandis que l’apparence de la page de couverture change à 13 reprises. Une photographie centrale vient alternativement présenter un matériel aéronautique ou naval.
À partir du , la couverture intérieure est radicalement modifiée avec 8 pages imprimées en bichromie sur papier couché, donnant un magazine de 40 pages d’articles, de photographies et de dessins. Les 20 pages de texte, imprimées sur papier normal, sont séparées des 20 dernières par des photographies et dessins en noir et blanc imprimées sur un papier patiné assurant un bon rendu à l’inverse des images souvent opaques de son concurrent Ali Nuove.
Le nouveau magazine réussit à survivre aux deux premières années, après avoir rencontré un accueil croissant d’un public de connaisseurs italiens. Les bonnes ventes lui permettent de rapidement atteindre 90 pages par numéro.
Une volonté d’internationalisation
Romolo Cichero cherche très vite à donner une dimension internationale à son entreprise d’édition. La mise en place de plusieurs divisions commerciales autonomes témoigne également d’un esprit novateur et créatif de la part de Romolo Cichero. Chacune des 5 divisions est baptisée par un nom commençant en Inty ou Inter. Les lecteurs accueillent favorablement l'activité de vente par correspondance de livres militaires par Intybooks, livres d'origine étrangère, notamment britanniques, que l’on ne trouvait que dans certaines librairies spécialisées jusque-là à Rome ou Milan. En trois ans d’existence, Intybooks place sur le marché volumes. La commercialisation de copies de photos publiées est réalisée par Phoexer. Par la suite, la division spécialisée Intypress assure la publication de plusieurs nouveaux livres sur l’aéronautique et la marine réalisés par des auteurs italiens. Intyad gère de son côté les annonces publicitaires tandis que Interinfo se charge de la rédaction d’études pour une clientèle professionnelle de choix.
À partir du numéro 21 d'octobre/, le magazine est entièrement imprimé sur papier patiné. Les 4 premières et 4 dernières pages sont imprimées en quadrichromie avec une couverture constituée par une photographie alternativement composée d’un sujet aéronautique ou naval. La seconde, la troisième et la quatrième de couverture sont toujours réservées à l'aéronautique, les quatre autres à la marine.
Assez vite également, le succès du magazine suscite des jalousies auprès de confrères qui voient une partie de leur jeune public leur échapper. En particulier, la rédaction du magazine va entrer dans une série de joutes épistolaires par édito interposé, notamment avec Armando Silvestri, directeur de la revue Ali Nuove.
En été 1965, le magazine adopte un format 21 x 31 cm et atteint une soixantaine de pages.
Dans le numéro 31 de juin/, la séparation entre les pages de textes et des pages de photos est définitivement abandonnée. La publicité fait son apparition dans le magazine tandis que Romolo Cichero laisse la direction du magazine à Mario Lunardi pour assumer la fonction d'administrateur délégué de Interconair System International.
Le temps des controverses
Un fait insolite et inédit pour une publication aéronautique ou navale italienne intervient dans le numéro 35 de la revue. Quelques passages d’un article décrivant l’adoption du chasseur américain Lockheed F-104 Starfighter au sein de l'aéronautique militaire italienne comme inadapté, sont en effet censurés. En particulier, les chiffres du rayon d’action opérationnel de l’engin, considéré comme secret militaire, sont laissés en blanc tandis qu’est affichée avec ostentation l'inscription « censuré » en oblique. Pour enfoncer le clou, R. Cichero jette le doute dans le fascicule suivant sur l'existence même de la liberté de la presse en Italie.
Ce faisant, la rédaction de la revue confirme sa volonté d’indépendance, voire de contestation, vis-à-vis de l’industrie aéronautique comme le montrent plusieurs autres articles au sujet du très controversé Starfighter de la force aérienne italienne. Dans un de ses éditos, R. Cichero n’hésite pas à s’interroger : « Pourquoi en Italie est-il difficile de connaître les véritables problèmes militaires », paru dans le numéro 59 de .
Pour bon nombre d’employés, le passage à Interconair constitue une opportunité pour leur carrière de journaliste. L’arrivée de jeunes éléments remplaçant d’anciens journalistes a toujours été une politique menée par le propriétaire du titre. L'exemple de Nico (Domenico) Sgarlata qui a rejoint l'équipe de rédaction de Interconair en est frappant à cet égard. Après être devenu le rédacteur en chef et directeur responsable pour la partie aviation, il quitte le magazine au début de 1973 pour donner naissance, avec Corrado Barbieri, au magazine mensuel Aerei et par la suite à Aerospazio Mese. On estime que le magazine a contribué à former la troisième génération de journalistes aéronautiques italiens à hauteur de 60 %.
Un autre grand pas en avant pour le périodique est enregistré lorsque sa parution devient mensuelleAviazione e Marina, n° 37, fév. 1967.
Au fil du temps, l'association internationale des experts en aviation et marine de Interconair System International, considérée comme la principale source de données, intervient de moins en moins sur les pages du magazine lui-même.
En , le magazine adopte une structure différente avec une subdivision thématique rapportée aux cinq continents, permettant d’accorder une place importante aux forces aériennes et navales de l'Union soviétique et des nations du pacte de VarsovieAviazione e Marina, n° 48, juillet 1968.
Dans le numéro 49 est publié un supplément central détachable écrit par Piero Prato et intitulé Gli aerei Caproni-Reggiane 1938-1945 (Les avions Caproni-Reggiane 1938-1945) qui rencontra un vif succès auprès du public et de critique. Il sera suivi de I caccia Fiat 1930-1945 (Les Fiat de chasse 1930-1945") rédigé par Piero Vergnano.
Au début de 1969 apparaît pour la première fois dans le magazine un poster grand format de 62 x 59 cm. À la même époque, le tirage atteint exemplaires mensuels, un chiffre supérieur au tirage réuni des revues spécialisées italiennes. Il devient également le premier magazine italien à bénéficier d’un système de traitement de texte d’IBMAviazione e Marina, n° 53, fév. 1969.
Dans le même temps, le magazine opère la transition entre le processus d'impression lithographique à plat à un système plus rapide avec rotative offset mis en œuvre par l’imprimeur Il Resto del Carlino de Bologne.
L’apparition de la publicité
Avec le numéro 63 de janvier 1970 intitulé Terra Mare Cielo (Terre Mer Ciel), de 132 pages dont 18 en couleurs, Interconair aborde le sujet des forces armées terrestres. Cette formule qui ne sera pas retenue pour Aviazione e Marina va par contre donner naissance, en octobre 1971, au nouveau magazine bimestriel consacré aux forces terrestres Eserciti ed Armi qui rencontre un tel succès qu’est lancée une édition en langue anglaise baptisée Armies & Weapons après seulement 5 numéros, en collaboration avec l’éditeur britannique Ian Allan Ltd.