La Corderie royale – Centre international de la mer est un vaste ensemble muséal situé au cœur de l’arsenal maritime de Rochefort. Le bâtiment construit de 1666 à 1669 est classé au titre des monuments historiques depuis 1967.
La partie ouverte aux visiteurs accueille depuis 1986 des expositions permanentes et temporaires dédiées au monde maritime et à l'histoire de l'arsenal de Rochefort.
Présentation La Corderie royale à proprement parler – c’est-à-dire le bâtiment – est une curiosité architecturale. D’une longueur de 374 mètres pour 8 mètres de largeur, la Corderie royale de Rochefort est jusqu’au le plus long bâtiment industriel en Europe. À titre de comparaison, la longueur de la Corderie royale est supérieure à la hauteur de la tour Eiffel (374 mètres contre 324 mètres).
Le site de la Corderie royale, qui abrite le Centre international de la mer, est un vaste espace muséographique faisant partie du grand arsenal de Rochefort, haut lieu historique, culturel et touristique de la ville qui comprend également le musée national de la Marine, la réplique de l'Hermione et le projet de rénovation du commissariat de la Marine sur le quai aux Vivres.
C'est le site muséographique le plus fréquenté de la ville recevant plus de chaque année.
Historique Le contexte gauche|vignette|261x261px|La Corderie royale vue aérienne La Corderie royale est l'un des bâtiments les plus importants de l'arsenal. La construction de l’arsenal est en outre à l’origine du développement de la ville de Rochefort au , laquelle n’était peuplée que de 500 habitants au début de ce siècle.
Rochefort au est un village, Roccafortis. Au milieu du , le roi Louis XIV cherche à construire une marine de guerre capable de concurrencer celles des Anglais et des Hollandais, alors très en avance pour leur industrie maritime. Il ne reste plus en effet en France que 20 navires, dont seulement 2 ou 3 sont aptes à prendre la mer.
En 1661, à la mort de Mazarin, Jean-Baptiste Colbert entre au service du roi et charge une commission composée de 5 membres de trouver l’endroit le plus propice à l’installation du futur arsenal du Ponant. En 1664, les membres de la commission se rendent sur la côte Ouest pour visiter des lieux le long des côtes, de Dunkerque jusqu’à Bayonne. En 1665, et en partie grâce à Jean Colbert du Terron, intendant de la ville de Rochefort et cousin du ministre Colbert, la décision est prise de l’installer près de l’embouchure de la Charente, en remontant le fleuve jusqu'à Rochefort.
Le site est privilégié entre autres à cause de son accès difficile par le fleuve pour d’éventuels envahisseurs.
Les plans sont tracés par l’architecte François Blondel et la construction débute dès , et ce malgré l’absence d’approbation de Louis XIV jusqu’en mars de cette année. Les travaux sont lancés avant même l’acquisition par l’État des terrains, appartenant à Jacques Henri de Cheusse. Le , celui-ci est exproprié de ses terres et les travaux deviennent enfin officiels. François Blondel admettra tout de même avoir « mené un peu vite la construction de la Corderie, l’étuve et les forges (…) ». Envoyé aux Antilles en , l’architecte ne put constater le résultat de ses études et de ses plans.
La construction La réalisation ne fut pas si simple en raison des caractéristiques du terrain choisi. Celui-ci est situé en bordure de la Charente, sur un sol constitué d'une couche de vase compactée de près d'une trentaine de mètres d'épaisseur, et parfois inondé d'une soixantaine de centimètres d'eau lors des grandes marées. Avant la construction du bâtiment lui-même, il fallut donc surélever de quelques pieds et construire un radier, constitué d'un quadrillage de pièces de bois de chêne de 30 centimètres de section, enfoncé à 5 pieds de profondeur sous la nappe phréatique jusqu'au bon sol.
Ce n'est qu'une fois le radier terminé que commença réellement la construction de l'assise, à l'aide de pierres calcaires provenant des carrières proches de Crazannes. Afin de ne pas déstabiliser ce radeau flottant, la construction se fit en largeur de manière symétrique, le passage au niveau supérieur n'ayant lieu que lorsque les deux pans de mur avaient atteint le même niveau. Au plus fort de la construction, 700 ouvriers se relaient pour construire le bâtiment. Finalement, après plus de trois ans de travail, la construction s’achève en .
Pendant près de deux cents ans, le bâtiment est utilisé pour réaliser la fabrication des cordages de la marine royale.
Les années d'or de la Corderie gauche|vignette|267x267px|Fileurs à l’œuvre au Au temps de sa construction, le cordage le plus long d'un navire mesurait une encablure (soit environ 195 m). Or celui-ci devait être réalisé d'un seul tenant afin d'être le plus solide possible. En sachant que le commettage (technique de fabrication d'un cordage consistant à réunir plusieurs brins ensemble par torsion continue), réduit sa longueur d'un tiers, l'atelier de fabrication devait donc faire au minimum 270 m de long, d'où les grandes dimensions du bâtiment de la Corderie royale de Rochefort (374 m). De plus, les navires de guerre les plus importants de l’époque nécessitaient jusqu’à de cordages.
L'aile principale est bordée par deux pavillons. Au nord, celui destiné au stockage du chanvre et, au sud, celui destiné au goudronnage du cordage. On utilisait à la corderie du chanvre qui arrivait des provinces de France et de Rīga en mer BaltiqueLa Lettonie produisait un chanvre réputé pour sa qualité, supérieure à celle du chanvre de France. afin de réaliser les cordages. Les étapes de la fabrication, aujourd’hui détaillées dans l’exposition de la Corderie royale, étaient entièrement prises en charge à l’arsenal. Cela comprenait la réception de la matière première : le fil de chanvre, sa transformation en fils de caret puis en cordages et enfin le goudronnage. vignette|278x278px|Réplique actuelle de l'Hermione construite à Rochefort Les cordages étaient ensuite envoyés à la forme de radoub au nord de l’arsenal en vue de leur utilisation pour la construction des navires de guerre. Entre 1669 et 1862, près de 550 navires seront construits au sein de l’arsenal de Rochefort, dont le Victorieux, la Méduse et l’Hermione, ce qui contribua fortement au renouveau de la marine royale française à partir du .
S’ajoutent également les travaux d’entretien et de réparation de la marine de guerre française pendant cette période.
La fin de la Corderie en 1862 et la reconversion du site À partir de la révolution industrielle, au , la propulsion à voile disparaît progressivement, remplacée par celle des bateaux à vapeur puis les bateaux à propulsion à l'huile lourde (gazole). La construction métallique de la coque remplace le bois. La production de cordages à Rochefort ralentit peu à peu jusqu’à être totalement arrêtée en 1862 avec le départ des cordiers. Le bâtiment n’est pas abandonné pour autant, il est reconverti et abrite plusieurs institutions dont : l'annexe de l'artillerie navale ; les locaux des travaux maritimes ; les archives secrètes de la Marine ; le musée des « petits-modèles » ; l'école de maistrance et des apprentis armuriers.
Le bâtiment fut réaménagé, modifié, coupé en deux pour pouvoir laisser passer une ligne de chemin de fer.
L’arsenal et ses cales de radoub sont aménagés pour permettre la construction de quelques navires selon les nouveaux standards de l’époque. Ainsi en 1829, le Sphinx, premier navire à vapeur de la marine française - connu pour avoir transporté l’obélisque de Louxor jusqu’en France - est lancé le . C’est également à l’arsenal de Rochefort que fut construit et testé le Plongeur, premier sous-marin propulsé par moteur, en 1863.
L'abandon progressif du site Au , l’arsenal de Rochefort commence à montrer des signes d’essoufflement. La construction des nouveaux cuirassés dessinés par les architectes navals est impossible sur le site, compte tenu de la largeur du fleuve, du faible tirant d’eau à marée haute de la Charente, et son envasement devient de plus en plus problématique.
Le , il est décidé de fermer l’arsenal avec, pour corollaire, l'abandon progressif de la Corderie. Cet abandon provoquera un déclin rapide de la ville de Rochefort, privée de sa principale source d’activité.
Le déclin est total lorsqu’un raid aérien allemand détruit la quasi-intégralité des bâtiments de l’arsenal et provoque l'incendie de la Corderie en 1944, lors du départ des forces d’occupation de la ville. Le feu qui dura plusieurs jours rend le bâtiment inutilisable.
Le projet de reconstruction À la suite de la guerre, de nombreux sites historiques sont réhabilités grâce aux crédits alloués aux dommages de guerre et à la reconstruction du pays, mais la Corderie royale n’en fit pas partie dans un premier temps. gauche|vignette|277x277px|La Corderie royale en ruines dans les années 1950 Laissée à l'abandon total pendant une vingtaine d'années, le bâtiment de la Corderie et ses alentours sont complètement envahis de broussailles et de ronces. Cette végétation abondante met en péril ce remarquable édifice représentatif de l'histoire de la ville. En 1964, le contre-amiral Maurice Dupont, nouveau commandant militaire de l'arrondissement maritime de Rochefort, entreprend un grand projet de réhabilitation du bâtiment. Sans soutien financier, avec l’aide de bénévoles et d’élèves de diverses écoles militaires des alentours, Maurice Dupont dirige le nettoyage du site et fait démolir et enlever les matériaux des constructions industrielles qui dataient du - baraquements, voie de chemin de fer, etc. Après un défrichage conséquent, l'amiral Dupont s'attelle à rendre le lieu attractif en installant des jeux pour enfants, des terrains de jeux de boules et en aménageant des pelouses, plantations d'arbustes et parterre de plantes.
Peu à peu, cet engouement personnel va se transmettre aux Rochefortais. L’amiral sollicite fortement les autorités militaires pour les convaincre de la nécessité de restaurer l'édifice.
Dans le même temps, la municipalité commence à s’intéresser à nouveau au sort de la Corderie et entreprend la démarche de classement de l'édifice au titre des monuments historiques. La Corderie royale bénéficiera à ce titre des années Malraux, années fastes pour la culture française et le patrimoine.
Le , ce classement est accepté et officialisé.
La priorité est ensuite mise sur les projets de travaux à réaliser. Il y a en effet urgence puisque les risques d’éboulement de la structure posent des problèmes de sécurité sur le site. De plus, la direction départementale de l’équipement prévoyait un projet de construction d’une rocade entre la Charente et le bâtiment de la Corderie, projet finalement abandonné après la mobilisation forte des élus à son encontre.
En 1973, le site de la Corderie royale est acheté à l'État par la ville de Rochefort – aidée financièrement par le « Contrat Ville moyenne » - et les travaux de réhabilitation peuvent débuter. thumb|La corderie en travaux au début 1980. thumb|La corderie terminée au début 1990.
La réhabilitation Les projets des travaux sont confiés à l’architecte Michel Mastorakis, architecte en chef des monuments historiques. Ce dernier met rapidement en garde les institutions contre le coût des travaux, qui selon lui seront d'au moins 7 millions de francs.
Pour limiter les frais dans l'étude des métrés, des matériaux traditionnels seront utilisés pour l’extérieur du bâtiment et du béton armé sera employé pour consolider l’intérieur, cloisons et murs, qui présente l’avantage d’être moins cher et plus solide.
Aujourd’hui encore, on peut voir quelques graffitis d’époque sur les pierres extérieures, dont les mieux conservées ont été réutilisées pour la reconstruction.
Les fondations sont également consolidées avec du béton armé, même si le radier était solide et encore en très bon état.