thumb|right|Église Saint-Yves de Plougonven (Finistère). Clocher-mur Beaumanoir.

Le style Beaumanoir désigne une série d'édifices religieux bretons de la période flamboyante, d'une facture originale. Ils sont reconnaissables à leur clocher-mur élancé, accosté d'une tourelle d'escalier, et à leur chevet à trois pans, à hauts gables et à noues multiples. Ils sont construits à la fin du et au , principalement dans le Bas-Trégor. Le style est imité jusqu'au .

L'existence d'un atelier ayant répandu le style ne prête pas à discussion. Mais l'attribution de cette paternité à Philippe Beaumanoir et à sa famille est controversée.

Localisation thumb|right|Chapelle Saint-Nicolas de Plufur (Côtes-d'Armor), le prototype du style Beaumanoir. thumb|alt=Vue du sud-est. Une minuscule sacristie à toit en appentis se niche dans l'angle du croisillon et du chevet. Au-dessus du toit du croisillon émerge le haut de la tourelle et du clocher.|right|upright=1|Chapelle Saint-Nicolas de Plufur. Chevet à pans, à hauts gables et à couverture à noues multiples.

On trouve des édifices de ce style de Guimiliau (Léon) à Ploumilliau (Trégor)« La chapelle Saint-Nicolas », sur plufur.bzh, 2010 (consulté le 23 mai 2016)., villes distantes d'une quarantaine de kilomètres : on en trouve surtout dans le Bas-Trégor, parfois dans le Léon, parfois en Cornouaille. De nombreux édifices de ce style sont construits au sein d'enclos paroissiaux.

Les deux caractéristiques principales du style

Le style Beaumanoir a recours à des éléments architecturaux connus en d'autres lieux. Son originalité consiste à les associer, et d'une manière systématique.

Le clocher-mur Beaumanoir

En Bretagne, au , l'orgueilleuse tour couronnée d'une flèche est réservée aux paroisses les plus opulentes. D'autres doivent se contenter d'un clocher-mur très simple dont le clocheton est percé d'une seule baie. Le clocher-mur Beaumanoir représente une solution intermédiaire : une structure suffisamment stable pour offrir une silhouette élancéeGilles Ollivier, « L'atelier Beaumanoir », in Mémoires de l'année 1985, Société d'émulation des Côtes-du-Nord, 1986, CXIV, 46.. Cette formule permet aux paroisses modestes et aux chapelles ne pouvant construire une tour de .

Le pignon est épais. Sa portion centrale est raidie par quatre contreforts de section constante, deux à l'avant, deux à l'arrière. L'ensemble dessine donc une pile dont la section serait un H écrasé. La particularité de cette pile est de s'élever bien plus haut que le faîtage de la nef. Elle supporte une plate-forme de pierre. Les angles de cette plate-forme reposent sur les quatre contreforts, et ses bords sur des assises en encorbellement. Elle est ornée de chimères et d'une balustrade flamboyante. Elle supporte un beffroi très léger, à deux niveaux et à trois baies, couronné d'une flèche« Le style de « l'atelier Beaumanoir » et », sur gilles.saunier.free.fr, 2005 (consulté le 17 mai 2016).. Arcs-boutants du beffroi et petits pinacles de charge reposent sur les piliers d'angle de la balustrade. Une tourelle d'escalier, livrant accès aux cloches, est accostée à l'un des contreforts.

Le chevet à trois pans, à hauts gables et à noues multiples

Dans une région où le chevet plat est très en faveur, le chevet Beaumanoir est polygonal. Les trois pans sont percés de trois fenêtres permettant d'obtenir un éclairage latéral du chœur. Les trois fenêtres sont surmontées de trois gables arrivant à même hauteur que les pignons des croisillons. La couverture de ce chevet est « à noues multiples » : elle se compose de trois petits toits, séparés par des noues avant de se raccorder en un même point au faîtage du chœur. Les noues dirigent les eaux de pluie vers des gargouilles, qui les évacuent. Chacune de ces gargouilles est soutenue par un pied-droit s'appuyant sur le couronnement d'un contrefort. On trouve cette particularité sur tous les chevets Beaumanoir répertoriés par René Couffon — sauf à Saint-Gildas de Carnoët, où les gargouilles s'appuient directement sur les contreforts. Cette disposition conduit Christian Millet à retirer le label Beaumanoir au chevet de Saint-Gildas de Carnoët. Voir sections « Chapelle Saint-Gildas de Carnoët » et « Liste de Christian Millet »..

Plan

Saint-Nicolas de Plufur, qui est une chapelle, offre la disposition de base du style Beaumanoir : clocher-mur à l'ouest, plan en croix latine, nef à un seul vaisseau, transept (vrai transept dans le cas de Saint-NicolasPierre Barbier, Le Trégor historique et monumental, Saint-Brieuc, Les presses bretonnes, 1960, 382.), chœur, abside à trois pans.

Les églises tréviales (Notre-Dame de Trédrez, Notre-Dame-de-la-Merci, à Trémel) ont le même plan, avec une nef à deux vaisseaux. Les églises paroissiales ont une nef à trois vaisseaux.

Certaines églises ajoutent un porche à deux niveaux (c'est-à-dire surmonté d'une chambre) à l'ouest, un porche à deux niveaux au sud, ainsi que des chapelles privatives ; mais aucune église n'a conservé un tel ensemble d'origine.

Les dix édifices retenus par René Couffon

René Couffon établit une liste d'églises et de chapelles du style. Il écarte trois édifices disparus : l'ancienne église de Plouigneau, signalée par Louis Le Guennec. Elle était ; l'ancienne église de Plounérin, signalée par Pol de Courcy. Elle présentait un chevet de type Beaumanoir, daté de 1500Pol de Courcy, De Rennes à Brest et à Saint-Malo : itinéraire descriptif et historique, coll. « Guides Joanne », Paris, Hachette, 1864, 210. Cité par . ; la chapelle de la Sainte-Trinité, en Plounérin, dotée d'un clocher-mur Beaumanoir.

Il retient dix édifices subsistant. Deux d'entre eux sont dans leur état primitif. Huit ont des clochers qui se ressemblent (plusieurs sont ). Six ont des chevets très proches.

Ces dix édifices conservent au moins une des deux caractéristiques principales du style : le clocher-mur élancé ou le chevet à noues multiples. Trois ont gardé clocher-mur et chevet d'origine. Cinq n'ont plus de Beaumanoir d'origine que leur clocher-mur. Deux n'ont plus de Beaumanoir d'origine que leur chevet.

+ Éléments « Beaumanoir » conservés Édifice Clocher-mur Chevet Observations Chapelle Saint-Nicolas de Plufur × × prototype du style, édifice le mieux conservé Église Notre-Dame de Trédrez × × Église Notre-Dame-de-la-Merci, à Trémel × × Église Saint-Yves de Plougonven × chevet plat reconstitué, une chapelle a un chevet Beaumanoir reconstitué Église Saint-Milliau de Ploumilliau × Église Saint-Miliau de Guimiliau × Église Saint-Ténénan de Guerlesquin × chevet à noues multiples du Église Saint-Judoce de Lohuec × clocher-mur écarté par Christian Millet Église Saint-Dogmaël de Ploulec'h × Chapelle Saint-Gildas de Carnoët × chevet écarté par Millet

Chapelle Saint-Nicolas de Plufur

thumb|alt=Vue du sud-sud-est. On voit principalement les quatre pignons sud (dont un porche à deux niveaux). Au-dessus, à gauche, apparaît le haut du clocher-mur. À droite, on ne voit qu'un pan du chevet.|right|upright=1|Église Notre-Dame de Trédrez.

thumb|alt=Vue du sud. Le clocher-mur est de profil. Au sud, s'alignent un porche à deux niveaux, le croisillon sud, puis une grande sacristie qui s'étend vers le sud.|right|upright=1|Église Notre-Dame-de-la-Merci, à Trémel.

thumb|alt=Vue du sud. Le porche ouest est à deux niveaux. Le clocher-mur est de profil. Vient ensuite le porche ouest, à deux niveaux et flanqué d'une tourelle. Deux petites chapelles sont masquées par le calvaire. Puis on voit une petite chapelle et une grande.|right|upright=1|Église Saint-Yves de Plougonven.

thumb|alt=Vue du sud-sud-ouest. À l'ouest un porche à deux niveaux, puis le clocher-mur, puis le porche sud, à deux niveaux et flanqué d'une tourelle, puis deux pignons sud.|right|upright=1|Église Saint-Milliau de Ploumilliau.

thumb|alt=Vue de l'ouest, en contre-plongée du clocher-mur. Il n'a ni fenêtre ni porche.|right|upright=1|Église Saint-Miliau de Guimiliau.

thumb|alt=Vue de l'ouest. La particularité est la fenêtre du pignon, très différente du style Beaumanoir, comme si on avait agrandi un pignon ancien.|right|upright=1|Église Saint-Ténénan de Guerlesquin.

thumb|alt=Vue du nord-ouest. La balustrade très simple du clocher et le beffroi plat et massif sont très différents des autres. Il n'y a pas de flèche.|right|upright=1|Église Saint-Judoce de Lohuec.

thumb|alt=Vue du sud-est. Au-dessus du porche sud, apparaît le haut de la tourelle et du clocher. Puis viennent le croisillon sud et la sacristie, qui cache une partie du chevet.|right|upright=1|Église Saint-Dogmaël de Ploulec'h.

thumb|alt=Vue du sud-est. Au-dessus du croisillon sud, apparaît le haut de la flèche. À droite, le chevet à trois pans. On remarque que les gargouilles reposent directement sur les contreforts.|right|upright=1|Chapelle Saint-Gildas de Carnoët.

La chapelle Saint-Nicolas de Plufur, dans le Trégor, est datée de 1499. Elle est, selon de nombreux auteurs dont René Couffon et André Mussat, le prototype du style Beaumanoir. André Mussat y voit en outre la plus belle réalisation dans ce style. Pour Christian Millet, elle est . Difficile d'accès, elle n'a subi ni remaniements ni ajouts ni destructions. Son extérieur est quasiment intact, 22 septembre 2015 (consulté le 29 mai 2016).. La balustrade de la plate-forme, disparue, doit être remontée.

Église Notre-Dame de Trédrez

L'église Notre-Dame (anciennement Saint-Laurent) de Trédrez, dans le Trégor, est datée de 1500. Elle est agrandie à plusieurs reprises. Le clocher-mur est semblable à celui de Saint-Nicolas de Plufur. La flèche est détruite par la foudre en 1881, mais restaurée à l'identique. Le chevet est le même que celui de Saint-Nicolas de Plufur, mais plus richement décoré.

Église Notre-Dame-de-la-Merci, à Trémel

L'église tréviale Notre-Dame-de-la-Merci, à Trémel, se trouve dans le Trégor. L'ornementation est encore plus sobre qu'à Saint-Nicolas de Plufur. Incendiée par les ligueurs en 1590, elle est reconstruite à partir de 1598 (le porche sud est reconstruit cette année-là). Il reste de l'église primitive le clocher-mur et le chevet, qui offrent tous deux de grandes ressemblances avec ceux de Saint-Nicolas de Plufur et de Notre-Dame de Trédrez. La nef et la petite chapelle sud sont également de style Beaumanoir, tandis que la grande chapelle sud, par ses remplages et ses crossettes, s'en écarte.

Église Saint-Yves de Plougonven

L'église Saint-Yves de Plougonven se trouve dans le Trégor. Le porche ouest, à deux niveaux, est construit en 1481. est construite vers la même époque. Deux chapelles des bas-côtés sont construites en 1507. En 1511, Philippe Beaumanoir dresse un devisLouis Le Guennec, Notice sur la commune de Plougonven, Finistère, Morlaix, Mouez ar Vro, 1922, 42 sq. L'église est décrite 192 sq.. L'église est terminée en 1523. Le porche sud comporte également un étage. L'édifice compte un grand nombre de chimères, presque toutes différentes« Architecture Beaumanoir », sur bro-plistin.pagesperso-orange.fr (consulté le 23 mai 2016).. Le chevet de l'église est plat. En revanche, la chapelle privative du croisillon nord est pourvue d'un chevet à noues multiples. L'église est presque entièrement détruite en 1929. Le clocher-mur reste debout. L'édifice est reconstitué très exactement.

Église Saint-Milliau de Ploumilliau

L'église Saint-Milliau de Ploumilliau est dans le Trégor. Sa flèche culmine à « L'église Saint-Milliau de Ploumilliau », sur infobretagne.com (consulté le 25 mai 2016).. Sa partie orientale est incendiée en 1589, pendant les guerres de la Ligue. Il ne reste de l'édifice Beaumanoir que le clocher-mur et les trois premières travées. La ressemblance avec la partie ouest de Saint-Yves de Plougonven est frappante : même pignon ouest, même clocher-mur Beaumanoir, précédé d'un porche à deux niveaux ; même porche sud, également à deux niveaux. Le chevet à pans est remplacé au par un chevet plat. Le faux transept est du .

Église Saint-Miliau de Guimiliau